CHAPITRE QUATRIÈME
Les particularités du culte extérieur dans l'Eglise catholique
SOMMAIRE
L'encens. — Les lampes, les cierges allumés. — L'eau tiénite. — Les diverses cérémonies de l'Eglise. — La pom- ;pe des solennités. — Le cuUe en esprit et en vérité.
A. L'encens, nous disent les protestants, est une superstition qui a échappé aux ruines du paganisme.
RÉPONSE. — Ouvrons la Bible un instant. Dieu ■ordonne à Moïse de fabriquer de Yencens, un parfum particulier destiné à brûler devant le tabernacle ; il lui en indique la composition précise, jusque dans les moindres détails, et il défend d'en préparer de semblable pour les usages ordinaires (i).
D'après la loi mosaïque, les objets offerts en sacrifice étaient parsemés de résines odorantes.
(1) Exod. x.xx, 34- jS.
De même dans le tempie de Jérusalem, on offrait ch^uepur, matin et soi, le sacrifice d^ IWen
L Apocalypse nous montre un ange se tenant avec un encensoir d'or devant l'autel qui et pi
1 Tt"^Îd°'"^ ""^ g-cie quantité de îfr! tums luM est donnée, et la fumée de l'encens corn
Je^us vient d'apparaître au milieu des hommes es Mages accourus de l'Orient pour lui offHre'
cens (2). L Evangile fait l'éloge de la femme pécheresse qu,, étant venue trouver Notre sT ' gneurdansla maison du pharisien, lui . L ts P.eds et les oint de parfums précieux (3)
L usage de brûler de l'encens, en témoignage
ne , .1 a même son fondement dans la Bible Les pusancennes liturgies de l'Orient nous parltn
icXT ''"' T''^"' '- pendant Ll eî[ off ,T "" ^'' -Pudiéque lorsqu'il etau offert aux Idoles par les païens. ^
tre dT'sa t^^""'' T"''"''''' '' P^^""'" chapitre de samt Luc, disait: «Plaise à Dieu qu'L
(') Apoc. vrij, 3, 4.
(2) Mt. II, II.
<3) Luc. vu, 38, 46.
CATÉCHISME OE CONTROVBHSK
ange nous assiste également, lorsque nous encensons l'autel pendant k- saint sacrifice. »
Dans l'Eglise catholique, on encense le Saint Sacrement pour exprimer l'adoration due au Sauveur caché sous les espèces eucharistiques. — On encense les reliques et le livre des Evangiles afin de manifester le respect dû aux saints et à la parole de Dieu. — Les autres encensements qu'on fait sur les objets bénits, sur le pain et sur le vin destinés au saint sacrifice, sont une image symbolique de la grâce qui sanctifie ces objets et les soustrait à un usage profane. — L'encensement du célébrant et des fidèles présents à la sainte messe signifie que leurs prières doivent s'élever -vers le ciel comme un encens d'agréable odcur (i). I ^Personne n'osera soutenir qu'il y a le moindre vestige d'idolâtrie dans ce magnifique symbolisme.
B. Des lampes, des cierges allumés en plein jour ! Pourquoi cette profusion de lumières, mous disent les protestants ?
A cette objection je réponds d'abord que cet usage ne renferme rien de contraire à la Bible, puisque nous y lisons que sept lampes étaient constamment allumées dans le tabernacle de l'Ancienne Alliance; elles étaient alimentées au
(l) Ps. CXL, 2.
CATÉCHISME DK CONTHOVERSB
moyen d'huile d'olive et étaient placées sur le chanaelier dor en présence du Seigneur (i) S, dans la Nouvelle Loi, il n'y a rien qui pres-
qu. le défende. B.en plus, on voit dans la Sainte tenture qu un grand nombre de lampes éclairaient
L'histoire des persécutions dans les premiers siècles de l'EgIi.e nous montre les chrétiens obT ges de se reunir dans les catacombes pour prier et assister au samt sacrifice : on y mettait des lampes des aerges pour illuminer cet obscur séjour Ces lumières n'avaient pas pour but seulement de faire disparaître les ténèbres physiques, mais elles étaient encore un signe de joie, une figure du Sauveur, lumière du monde, présent dans son Eglise un symbole du feu sacré de l'amour divin que Jésus est venu allumer ici-bas dans les cœurs.
L Eglise a toujours conservé cet antique usage qui nous rappelle ces temps reculés où nos ancêtres ont souffert pour la foi, ainsi que les enseignements lumineux du Sauveur et l'amour que les fidèles doivent avoir pour un Dieu si bon. «En Orient, dit saint Jérôme, on allume des cierges
(i) L^vit. XXIV, 2-4.
(2) Act. XX, 8.
CATÉCHISME DE CONTROVEBSE
dans l'église en plein jour, non pour dissiper les ténèbres qui n'existent pas, mais pour exprimer une joie rcelle et représenter, par cette clarté sensible, la clarté intérieure dont le Psalmiste a parlé, lorsqu'il a dit : « Votre parole, Seigneur, est un flambeau qui m'éclaire et qui dirige mes pas dans le chemin de la vertu. »
Cette coutume existe encore de nos jours : nos solennités religieuses trouvent leur plus brillante expression dans les illuminations de nos temples, des autels, des reliques et des images des saints. Pourquoi donc blâmer un usage conforme à la Bible, en vigueur du temps des Apôtres et de leurs successeurs immédiats, conservé dans le monde entier jusqu'à nos jours ? Que fait-on dans la société civile quand on veut saluer le retour d'un roi ou d'un général victorieux? Comment lui exprime-t-on sa joie ? Comment honore-t-on ses beaux succès ? Chacun s'empresse d'illuminer sa demeure et de faire disparaître sous des milliers de feux l'obscurité ordinaire de la nuit. Ainsi en est-il dans l'Eglise, lorsqu'elle veut manifester son allégref-se et honorer son divin Fondateur ou les saints qui ont marché sur ses traces.
Certaines sectes protestantes ont rétabli l'usage des lumièies et même de l'encens ; un bon nombre ont fait replacer au sommet de leurs égliaes
la croix que les chefs de la Réforme en avaient lait enlever.
0. L'EAU BÉNITE. - Pourquoi, disent les Protestants, cette bizarre coutume de s'asperger d'eau en entrant dans l'église ?
RÉPONSE. - Chez tous les peuples, l'eau employée dans les cérémonies religieuses a la significafon symbolique de la pureté qui est requise pour rendre à Dieu le culte conven.ible. Dans la loi mosaïque, le Seigneur avait prescrit un grand nombre de purifications par l'eau, comme, par •exemple, chaque fois que les prêtres entraient dans le sanctuaire ou offraient de l'encens à l'au-
Cet usage a passé dans le culle chrétien et s'y est perpétué d'autant plus facilement que Jésus- Christ a communiqué à l'eau, unie aux paroles sacramentelles du baptême, la vertu de remettre les péchés. Saint Basile nous apprend que la bénédiction de l'eau repose sur une tradition venue des Apôtres.
L'eau bénite, placée à l'entrée de la maison de Dieu, nous rappelle que c'est par le baptême que nous .sommes devenus enfants de Dieu et de l'Eglise ; elle nous avertit de purifier nos pensées et nos affections, afin que nos prières méritent d'être exaucées. C'est ce qu'expriment les paroles chantées pendant l'aspersion de l'eau bénite-
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« Vous m'aspergerez avec l'hysope et je »erai purifié : vous me laverez et je deviendrai plus blanc que la neige. Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde. » Il n'y a donc dans cet antique usage rien qui ne soit parfaitement en harmonie avec la parole de Dieu et avec les sentiments de religion dont une âme chrétienne doit être péiiétrée.
D. Les cérémonies dï l'Eglise en général sont l'objet des attaques des protestants qui lui reprochent d'avoir dévié de la simplicité primitive de l'Eva-igile.
RÉPONSE. — Saint Paul (i Cor. xiv, 40) ordonne que, dans les églises, « tout se fasse décemment et avec ordre. » Cette prcicripiion de l'Apôtre suppose l'existence de certaines règles déterminées.
D'ailleurs Notre-Seigneur n'a-t-il pas lui-même fait usage quelquefois de certaines cérémonies ? Voyez-le en présence du sourd-muet dont on lui demande la guérison. Il commence par le séparer de la foi ; il lui met les doigts dans les oreilles ; il touche sa langue avec de la salive ; il lève les yeux au ciel ; puis il soupire et prononce enfin une parole qui requiert une interprétation spéciale : Ephpheia, c'est-à-dire, ouvre-toi (i). N'était-ce pas
(I) Marc, VII, 32-35.
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U une suite de cérémonies qu'on retrouve en partie dans l'administration du baptême chez les ca tnoliques ?
S'agit-il de communiquer aux Apôtres un pouvoir qu. n'appartient en propre qu'à Dieu seul, ce u. de remettre les péchés, Jésus souffle sur eux et leur dit: « Recevez le Saint-Esprit. Us péchés seront remis à ceux à qui vo;.s les remettrez et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (i). » Cette cérémonie, comme toutes les autres, avait une signification ; par ce souffle divin il donnait à ses apôtres le pouvoir de vivifier les âmes et de leur rendre la vie surnaturelle qu'elles ont perdue par le péché.
Plus tard, Jésus aperçoit un aveugle de naissance. Après avoir dit à ses disciples qu'il est la lumière du monde, il crache à terre, il fait de la boue avec sa salive, il frotte de cette boue les yeux de l'aveugle et il lui dit : « Va, lave-toi dans la piscine de Siloé. » L'aveugle obéit et recouvre la vue (2). Les protestants devraient crier à la superstition contre le Sauveur lui-même !
Quant à nous, catholiques, nous croyons eue 1 Eglise, investie d'une autorité divine, peut à l'exemple de Jésus-Christ, faire usage de certaines
(1) Jean, xx, 22.
(2) Jean, IX, 1-7.
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cérémonies qui (utrlent à nos sens, qui indiquent certains effets spirituels, qui révèlent les grâces intérieures octroyées à l'homme déchu. L'eau versée sur la tête de l'enfant au jour de son baptême nous exprime clairement la grâce qui purifie son âme de toutes les souillures du péché ; de même ■ les autres» cérémonies nous montrent tour à tour les effets de la grâce qui guérit l'aveuglement spirituel, la surdité spirituelle, la purification des sens, etc.
Nous croyons encore que ces différents accessoires du culte catholique, lorsqu'ils sont unis à un grand esprit de religion et de piété, contribuent pourbeaucoupà augmenterle respect, la confiance, la vénération dts fidèles pour les choses saintes. L'homme n'est pas un pur esprit ; c'est à l'aide des .sens extérieurs, des objets sensibles qu'il s'élève à la connaissance et à l'amour des choses spirituelles et invisibles.
Nous croyons enfin que, si Jacob a pu de luimême oindre d'huile la pierre sur laquelle il avait reposé sa tête et l'ériger en monument commémoratif de sa fameuse vision (i) ; s'il a pu, lui, simple particulier, faire cette nouvelle cérémonie et être agréable à Dieu (2) ; si, plus tard, la Synagogue
(i) Gen. .\xviii, 18.
(2) rien, XXXI, 13.
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V '^*!!'":r' '"'"'"«^""«^ «te nouvelle, d'après 1 V.S de Mardochée seulement (., en 'souvS de la déhvrance des Juifs, nous ne voyon, ,«, pourquo. -Kghse ne pourrai, pas légalement Ta bl.r les fêtes et les cérémonies qu'elle juge nécessa.res à la majesté du culte. Sans doute c'e. Jésus-Chr,st qui a institué les sacrement, Ce" lu. qu, a attaché aux signes sensibles une vertu sancfficatnce, mais il a laissé la détermination des a^cxesso,res à la sagesse de ses apôtres et de son
1""'' , '''':'"'"''"'' «='"-. 'a décoration de
les admirer. C'est qu'en effet tout «t en harmo n.e avec l'objet que nous nou.s proposons ; nous voulons adorer l'i„fi„ie grandeur de Dieu qui h" bite dans nos temples, et pour un tel but, r en ne sauraurevét,r une trop grande spkndeur.
Voyez donc ce qu'on faisait dans l'ancienne Loi qu, n éta.t que I ombre et la figure de la nouvelle Quele nelait pas la richesse des vêtements du grand-pretre! Quelle magnificence, quels trésors entasses dans ce temple qui nal>ritait pourtant pas U,eu lu,-même ! Quelles fêtes imposantes que celles qu, att,ra,ent à Jérusalem toute une nation ! (i) Ksther, in;. 21.
Peut-on raisonnablement blâmer l'Eglise catholique de n'avoir pas voulu rester au-dessous de la Synagogue, de n'avoir pas moins fait pour la réalité qu'on faisait autrefois pour la figure, d'avoir travaillé à rendre à son divin Epoux la gloire qui lui est due ? Il est assez remarquable que ceux qui trouvent trop de luxe dans les églises n'en trouvent jamais trop dans les théâtres, dans les places publiques, (ians leurs demeures. Cela vient probablement de ce que ces hommes mettent la matière au-dessus de l'esprit, la terre au-dessus du ciel.
Sans doute les chrétiens des premiers siècles, traqués comme des bêtes fauves, obligés de se réfugier dans les catacombes, ne pouvaient pas célébrer avec éclat leurs cérémonies religieuses. Mais ce n'était pas là un état normal. Aussi lorsque la liberté chrétienne commença à briller sans nuages sur le monde, les fidèles eurent à cœur de témoigner à Dieu leur reconnaissance et leur affection dans de splendides solennités; la majesté du culte prit un grand essor sous la direction si sage de la sainte Eglise. C'était le petit grain de semence jeté en terre, puis s'élevant au-dessus du sol et devenant un grand arbre.
Sui quoi donc s'appuient certaines sectes protestantes pour démontrer la nécessité de recevoir la communion à jeun, de se servir de parrains et de marraines au baptême, de s'agenouiller devant
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l'évêque qui donne la confirmation, de se revêtir d'un surplis blanc dans l'Eglise? Est-ce sur la Bible? Non, elle ne parle pas de cela. Elles ont emporté cela de l'Eglise catholique dont elles se sont séparées et l'ont conservé.
Mais, reprennent certains protestants, Jésus- Christ n'a-t-h pas enseigné que Dieu exige de ses adorateurs un culte en esprit et en vérité (i)?
RÉPONSE. C'est vrai, et nous prétendons la même chose: le culte intérieur est essentiel ; il est même la base nécessaire du culte extérieur Ce dernier n'est d'aucun prix aux yeux de Dieu s il ne prend ses racines dans le cœur même, s'il n est pas, pour ainsi dire, une efflorescence du véritable amour de Dieu. Ce que Jésus-Christ réprouve hautement, c'est cet attachement extrême aux pratiques extérieures du culte, tandis qu'on néglige la pratique des vertus sans lesquelles on ne saurait plaire à Dieu. Telle était la manière d agir des Pharisiens, vrais sépulcres blanchis, dont la religion ne consistait que dans de fréquentes ablutions et autres pratiques extérieures, tandis qu ils cachaient sous le voile de l'hypocrisie la dureté, l'ambition, l'avarice, la profonde corruption de leur cœur.
(I) Jean, iv, 23, 24.