CHAPITRE HUITIÈME De l'Ordre
SOMMAIRE
Les chets de la Réforme ont rejeté le sacrement de l’Ordre. — La Sainte Ecriture démontre que l'Ordre est un sacrement. — Luther, :Calvin, Zwingle et autres enseignent le sacerdoce universel. — Hiérarchie dans l’Eglise anglicane, mais les ordinations y sont invalides.
N grand nombre des premiers réformateurs
du seizième siècle étaient revêtus du carac- ‘ère sacerdotal; ils avaient consacré leur vie à Dieu et avaient exercé leurs sublimes fonctions. On est étonné, scandalisé de les voir plus tard violer publiquement leurs vœux solennels, soustraire à Dieu ce qu'ils lui avaient librement donné, avilir leur dignité par leurs œuvres mauvaises, travailler avec une infernale énergie à se dégrader eux-mêmes officiellement et à faire de leur déchéance un article de foi. Luther, Œcolampade, Bucer étaient moines ; Zwingle et Carlostadt étaient prêtres ; Cranmer et Wolsey étaient archevêques, l’un de Cantorbéry, l'autre d’York, etc.
Nul doute que si ces faux apôtres n'avaient été obligés de justifier leur conduite scandaleuse, la violation de leurs vœux et leur révolte contre l'autorité de laquelle ils tenaient leur mission, jamais ils n'auraient songé à abolir le sacrement de l'Ordre, Il leu: fallait ou renoncer à leur honneur et consentir à passer pour des misérables, ou sacrifier un sacrement : nos réformateurs se prononcèrent pour cette dernière alternative ; ils se mettaient encore en contradiction avec leur Bible, mais qu'importe? La Bible ne devait.elle pas se plier aux besoins de leur cause ?
Nous lisons dans la Sainte Ecriture que Notre- Seigneur donna à ses Apôtres la mission d’enseigner avec autorité toutes les nations, de prêcher l'Evangile dans le monde entier, de baptiser, de remettre ou de retenir les péchés, d'offrir le sacrifice de son corps et de son sang ; en un mot, il les envoya comme son Père l'avait envoyé. Ces Pouvoirs, accordés à quelques hommes privilégiés au profit de tous les chrétiens, devaient durer autant que l'Eglise et par conséquent se transmettre régulièrement à des successeurs. Cette transmission s’opère encore par l’ordination ou le sacrement de l'Ordre, comme nous allons le voir.
Les Apôtres, suivant « l’ordre qu'ils reçoivent de lEsprit-Saint, séparent Paul et Barnabé du Commun des fidèles ; et après avoir jeûné et prié,
ils leur imposent les mains et les appliquent à l'œuvre du ministère. » Par ce rite de l'imposition des mains de l’Apôtre ou de l’Evêque, le prêtre se trouve séparé des autres hommes et une grâce spéciale lui est conférée. C’est ce que saint Paul exprime clairement lorsqu'il écrit à son disciple Timothée, évêque d'Ephèse. « Ne négligez pas la g'âce qui vous a été donnée par la parole prophétique (ou sacramentelle) jointe à l'imposition des mains des prêtres (du clergé). » Et dans une seconde épître il lui dit : « Je vous avertis de ressusciter la grâce de Dieu qui est en vous par l’imposition de #es mains. » Il y a donc là un rite sacramentel ; nous y voyons l'imposition des mains faite d’abord par l’Apôtre et ensuite par les prêtres-ou évêques qui étaient présents, et la grâce divine, attachée à. ce signe extérieur, doit être conservée avec soin.
Saint Augustin parle du baptême et de l’ordre comme de deu’ sacrements qui sont donnés à l’homme par we certaine consécration. Saint Ambroise dit que « l’homme impose les mains et que Dieu accorde la grâce. »
Saint Paul ordonne à son disciple, Tite, d'instituer des prêtres (ou évêques) dans les diverses cités de Crète, — Il recommande à Timothée de ne point se presser d’’mposer les mains à qui que ce soit. — Ailleurs s'adressant aux frêfres des
Eglises d'Asie, réunis à Ephèse, il leur dit: «Veillez sur vous et sur tout le troupeau au milieu duquel le Saint-Esprit vous a établis comme évêques pour gouverner l'Eglise de Dieu qu'il a acquise par son sang.» Nous avons donc là une classe d'hommes destinés à veiller sur les fidèles : ils sont les successeurs des Apôtres, comme les prêtres le sont des simples disciples ; ils obtiennent par l'imposition des mains la plénitude du sacerdoce et leur charge est de gouverner l'Eglise de Dieu. Bientôt se fait sentir le besoin de ministres inférieurs aux prêtres, et alors des diacres sont choisis et consacrés par l'imposition des mains pour aider les prêtres dans leurs fonctions, pour distribuer les aumônes, etc. La hiérarchie se trouvait établie, telle que la décrit le concile de Trente et telle queles Pères de la primitive Eglise nous la représentent,
Luther repoussa carrément cette doctrine. Il enseigna que «tous les chrétiens sont prêtres et que tous les prêtres sont chrétiens. Anathème à quiconque distingue le prêtre du simple chrétien !» Il va même jusqu’à dire que tous ceux qui s’attribuent dans l'Eglise un sacerdoce visible les distinguant des laïques, ne sont que « des ministres de Satan et des idoles de perdition. » D'après cette doctrine, toute personne baptisée est revétue du sacerdoce et peut exercer les fonctions
74 CATÉCHISME DE CONTRUVERSE
sacrées. Calvin, Œcolampade et Zwingle admirent également le sacerdoce universel et accablèrent d'épithètes injurieuses les prêtres catholiques, voulant sans doute que les gros mots fussent considérés comme des raisons capables d’anéantir le sacrement de l'Ordre. Toutefois on fut bientôt dans l'obligation de rétablir une certaine hiérarchie, afin de maintenir le bon ordre ; elle se composait de æiacres, de prédicateurs, de prévôts, de surintendants, et même d'évêgues et d'archevêques, comme en Prusse et en Angleterre.
L'Eglise anglicane a conservé jusqu’à un certain point la hiérarchie ; mais nous pouvons affrmer sans crainte avec le Cardinal Wiseman, que, «indépendamment de toutes les questions historiques, les ordinations anglicanes sont certainement invalides et de nulle valeur. » C’est aussi ce que Notre Saint Père le Pape Léon XIII, a proclamé récemment en face du monde entier après un sérieux examen de cette grave question.
Dans tous les pays protestants, on a remplacé le Pape par le roi, la reine, les chefs de l'Etat; on a substitué à une autorité divine une autorité purement humaine et incompétente en matières religieuses.