CHAPITRE NEUVIÈME
Du célibat des prêtres
SOMMAIRE
La chasteté obligatoire pour les prêtres de la Nouvelle Loi. — Notre-Seigneur l’a pratiquée, recommandée et honorée. — Les charges et. les fonctions des prêtres l’exigent. — Les chefs du protestantisme s’insurgent contre le célibat et se marient. — Objections que les Protestants tirent des épitres de saint Paul contre le célibat, et réponses. — Le célibat n’est pas contraire à la nature, non plus qu'aux intérêts de la population.
ARMI les princ.pales obligations que contrac-
tent les prêtres de la Nouvelle Loi, se trou-
ve celle de la continence parfaite ou de la chasteté.
Cette vertu a toujours été en grande vénération, même chez les païens ; les vierges étaient regardées comme des êtres supérieurs, seuls dignes d’avoir des relations intimes et constantes avec Dieu’; on les comblait d’honneurs ; on était
persuadé que leur union avec la divinité les rendait plus puissantes pour apaiser le courroux des dieux ou en obtenir des faveurs.
Le christianisme a favorisé ce sentimént, pour ainsi dire, naturel; il l'a popularisé, et l'Eglise catholique possède des milliers de vierges, pures comme des anges, qui font sa consolation et sa gloire.
NotreSeigneur a rehaussé encore la beauté naturelle de la chasteté et par ses conseils et par son exemple. Vierge lui-même, il veut naître d’une vierge immaculée; son père nourricier, saint Joseph, est vierge ; son précurseur et son disciple bien-aimé possèdent, eux aussi, l’auréole de la virginité. Ses apôtres, d’après la tradition, étaient vierges ou avaient du moins cessé de vivre avec leurs femmes après leur élévation à lapostolat. Le Sauveur et les écrivains inspirés ne cessent de recommander la continence parfaite comme un degré de perfection que tous ne peuvent pas atteindre : aussi se bornent-ils à la conseiller sans en faire un précepte.
Ceux qui sont revêtus du sacerdoce étant représentants de Jésus-Christ sur la terre, il était tout naturel qu’ils fussent tenus d’imiter leur divin Maître etde pratiquer la plus haute perfection possible, D'ailleurs toutes leurs charges, leurs fonctions de chaque jour, semblaient les y astreindre.
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Le prêtre offre le saint sacrifice tous les matins ; il tient entre ses mains le Dieu de toute pursté ; il le reçoit dans son Cœur: comment pourrait-il convenablement s'acquitter d’un ministère aussi saint avec un cœur rempli d’affections charnelles ?
Le prêtre est le dépositaire des secrets des consciences ; les tentations, les peines spirituelles, les fautes, les replis les plus cachés, tout lui est manifesté ; il doit être d’une discrétion inviolable ; il lui faut appliquer sur toutes ces plaies si profondes de l’âme humaine le remède convena- . ble, le baume salutaire destiné à les cicatriser et à prévenir la rechute : comment pourrait-il, avec une compagne un peu curieuse, garder le secret requis ? Comment diriger dans la pratique de la pureté, lorsqu'on n'est Pas pur soi-même? Les ministres Puséistes qui sont mariés et qui recommandent la confession à leurs ouailles, voient:ils beaucoup de fidèles venir leur ouvrir leurs consciences et confesser leurs fautes ? L'expérience prouve l'inutilité de leurs efforts.
Le prêtre est obligé de prier pour le peuple et pour ceux qui ne prient Pas ; il est le média. teur entre Dieu et l’homme coupable ; il doit élever vers le ciel des mains suppliantes et pures : où trouvera:t-il le temps et le recueillement nécessaires s’il a À s'occuper des soins du ménage, à pourvoir à l'entretien de sa femme et de ses
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enfants, à songer à l'avenir de ces êtres qui lui sont si chers?
Le prêtre est pasteur et doit, par conse uent, être prêt à donner sa vie pour ses brebis, s’il le faut ; mais comment le prêtre marié risquera-t-il sa vie pour assister un moribond atteint d’une maladie contagieuse? Sera:t-il disposé à laisser sa famille dans le deuil et la misère et à aller au secours de cet infortuné? Non, les faits nous montrent encore que la prudence intéressée et les affections de famille l’emportent sur toute autre considération : le devoir du ministre cède le pas à celui de l'époux.
Le prêtre est le ministre de Jésus-Christ, la lumière du monde, le sel de la terre: il luï faut une grande sainteté, une pureté inviolable, un détachement complet du monde et des affections de la terre, une parfaite liberté d'esprit et de cœur pour pouvoir sauvegarder les intérêts de Dieu au sein de l'humanité, prêcher sa doctrine, éclairer les consciences, empêcher la corruption des mœurs. Or ce n’est pas avec les embarras continuels d’une famille qu'il pourrait avoir cette sainte indépendance réclamée par ses redoutables fonctions, non plus que l'esprit de prière qui doit lunir constamment à Dieu.
Les plus anciens Pères de l'Eglise et les Conciles ont parfaitement compris l'importance de la
chasteté pour le prêtre une condition indispen sacerdoce. Si des ho
quelquefois ordonnés
Luther, Œcolampade, Bucer et autres, cédant
aux yeux de l'univers chrét union, ils commencèrent célibat des prêtres :
Saintes Ecritures,
"Eglise, des Conciles, contraire à la nature et à l’
Saint Paul dit que l’évéque doit être irréprochable, n'avoir épousé qu'une seule femme... et tenir ses enfants Soumis en toute chasteté (r). Donc, disent Jes Protestants, les
(1) I Tim. I HS Tir I, 6.
évêques, et à plus forte raison, les prêtres peuvent contracter mariage.
RÉPONSE. — Le sens’ de ces paroles est que l'on ne doit pas choisir pour évêque un homme qui aurait déjà été marié plus d’une fois, ou qui aurait des enfants insubordonnés et scandaleux. Mais saint Paul ne dit pas que quelqu'un, pour devenir évêque ou prêtre, doive être marié, puisqu'il ne l'était pas lui-même et qu'il exprimait le désir que ‘out le monde fût comme lui, vierge et continent ; il ne‘déclare pas non plus que le mariage soit permis présentement à ceux qui veulent entrer dans le sanctuaire ; il se contente d’affirmer que, si l’on choisit l'évêque parmi les veufs qui ont déjà une famille, il ne devra avoir contracté mariage qu’une fois et avoir des enfants formés aux vertus chrétiennes.
DEUXIÈME OBJECTION. — Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, leur dit : « N'avons nous pas le droit de mener partout avec nous une femme sœur, à l'exemple des autres Apôtres (1)?» Donc, disent les protestants et incrédules; les Apôtres étaient mariés.
Réponse. — Tous les plus anciens Pères de V’'Eglise soutiennentque les Apôtres demeurèrent tous vierges, à l'exception de saint Pierre qui était
(2) 1 Cor. IX, 6.
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marié avant d’être appelé à l'apostolat, mais qui renonça alors à ses droits d'époux. Nos adversaires ont bonne grâce à venir soutenir le contraire, lorsque saint Paul déclare lui même qu'il n'était Pas engagé dans le mariage. Prétendraient.ils par hasard être mieux renseignés sur ces faits à dix-neuf siècles de distance que les Pères du deuxième, du troisième et du quatrième siècle ? Pareille prétention serait absurde. — Les femmes sœurs dont il est ici question, étaient des femmes pieuses qui, avec leurs Propres revenus, assistaient les prédicateurs de l'Evangile dans leurs besoins temporels.
TRoisiÈME OBJECTION. — Que faites-vous, nous disent les protestants, des paroles de saint Paul aux Corinthiens : « A cause de la fornication, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari. » Voilà un précepte qui est clair et formel.
RÉPONSE, — Le grand Apôtre évidemment ne fait pas un précepte du mariage, puisqu'il eût été le premier à le violer, en demeurant, comme il le fit, célibataire pendant toute sa vie et en conseillant à toutle monde de garderla virginité. Il n’engage donc pas les célibataires à contracter mariage, mais il veut que chaque homme, déjà marié, vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari, afin d'éviter le péché de fornication.
QUATRIÈME OBJECTION. — Saint Paul ajoute
encore: «S'ils ne peuvent garder la continence, qu'ils se marient. Car il vaut mieux se marier que de brûler (1).» Donc la préférence est donnée au mariage. +
RÉPONSE. — L'Apôtre parle en cet endroit de personnes libres, c’est-à-dire qui ne sont liées ni par un vœu de virginité ni par le mariage. Alors il leur déclare que plutôt que de #r4/er ou d’être <consumé par le feu des passions impures et d'offenser Dieu gravement, il vaut mieux se marier. C'est aussi ce que prétendent les catholiques. Mais si quelqu’un a déjà contracté des engagements envers une épouse ou envers Dieu à qui il s’est irrévocablement consacré, nous ne lui permettons pas de les violer, — cela serait contraire à la doctrine du même Apôtre, — mais nous lui conseillons d’avoir recours à la prière, à la vigilance, à la mortifieation, à la fréquentation des sacrements, comme autant de remèdes divins contre les tentations du démon.
CINQUIÈME OBJECTION. — Mais, reprennent nos adversaires, le même Apôtre n’a-t-il pas écrit que c’est une doctrine diabolique que de défendre le mariage? Ne veut-il pas que les jeunes personnes se marient, (2) etc.
(1) I Cor. vit. 0.
(2) I Tim. 1V, 3; V, 14.
RÉPONSE. — Saint Paul dit que c’est une doctrine diabolique de défendre le mariage d'une manière générale, comme le faisaient certains hérétiques de son temps qui regardaient le mariage Comme chose absolument impure, mais il ne prétend pas que ceux qui se sont liés à Dieu par des vœux solennels doivent les violer et contracter des engagements qui seraient directement opposés aux premiers. Les catholiques n'interdisent pas non plus le mariage aux personnes encore li. bres ; au contraire, ils le considèrent comme un sacrement, conférant la grâce divine à ceux”’qui le reçoivent dignement, et ils ne le défendent qu’à ceux qui sont déjà consacrés à Dieu librement et d’une manière irrévocable.
Quand l’Apôtre ajoute que les jeunes personnes doivent se marier, il parle des jeunes veuves, qui sont plus attachées aux plaisirs du monde qu’au service du Christ; son désir est qu’elles se marient de nouveau et s’épargnent ainsi des chutes déplorables.
Toute la doctrine de saint Paul, — comme celle du Christ, — se réduit aux points suivants : 1° Il proclame l'unité et l’indissolubilité dusacrement de mariage. « Pour ceux qui sont mariés, dit-il, ce n'est pas moi, mais le Seigneur qui commande que la femme ne se sépare point de son mari... Que le mari de même ne quitte point sa femme. »
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2° Il préfère la virginité à l’état du mariage et il la conseille comme plus parfaite. « Je voudrais, dit:il, que vous fussiez tous comme moi (non marié) ; mais chacun reçoit de Dieu son don particulier... Je dis à ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, qu'il leur est avantageux de rester ainsi, comme moi-même... N’êtes-vous point lié à une femme ? Ne cherchez pas de femme...
Celui qui marie sa fille fait bien ; celui qui ne la marie pas fait encore mieux (1 Cor. vut).» 3° Il veut que celui qui a déjà été marié plus d’une fois ne soit pas admis à l’épiscopat ou à la prêétrise.
L'avantage du célibat dans le sacerdoce est incontestable. Si le prêtre était marié, pourrait-il se dévouer tout entier à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes ? Exposerait-il bien souvent sa vie pour accomplir les fonctions de son ministère? Non, l’histoire nous en offre une démonstration évidente chez les schismatiques et les protestants : leurs théologiens et écrivains les plus distingués se plaisent à reconnaître la supériorité d'un clergé non marié et les inconvénients qui résultent des ministres ayant femme et enfants. D'ailleurs saint Paul ne déclare-t-il pas que « celui qui n’a pas de femme met sa sollicitude dans les choses du Seigneur et cherche comment il plaira au Seigneur? » Au contraire «celui qui est avec
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une femme met sa sollicitude dans les choses du monde, et cherche comment il plaira à sa femme, et il se trouve ainsi partagé (1). »
SIXIÈME OBJECTION. — Le célibat est contraire à la nature; il est impossible. De là certains désordres qu’on n'aurait pas à déplorer s’il était Permis au clergé de se marier.
RÉPONSE. — Comment le célibat pourrait-il être impossible et contraire à la nature, lorsqu'on le voit conseillé par le Sauveur et les Apôtres, observé par saint Paul, saint Jean et toute cette myriade de religieux, de prêtres, de vierges de tout âge et de toute condition qui ont illustré l'Eglise depuis dix-huit siècles ? Que doivent penser alors les protestants de leurs ministres veufs ou non mariés, des veuves de ministres, des jeunes personnes qui, pour une raison quelconque, ne trouvent pas d’époux? S'ils ne gardent pas la continence, ils vivent dans le péché : conséquence affreuse mais logique de cette doctrine. Non, Dieu ne commande pas des choses impossibles; sa grâce ne fait pas défaut à ceux qui la lui demandent et par elle l’homme devient fort contre les tentations du démon.
On voudrait permettre le mariage aux clercs, Pour empêcher certains désordres. — Quoi qu’en
(1) I Cor. vu, 32, 33:
puissent dire nos adversaires, ces désordres, Dieu merci, sont très rares ; cependant nous ne devons pas être surpris qu’il en arrive parfois, puisque sur douze Apôtres il y eut untraître, Judas. Mais, dites-moi, est-ce qu'il n’y a pas aussi des désordres dans le mariage ? Sil fallait abolir le célibat parce qu’il s’y rencontre des abus, i! ne serait pas moins rationnel d’abolir le mariage ou de permettre la polygamie, parce qu’il y a des adultères. Parce que quelques impurs sectaires, comme Luther, Loyson, Chiniquy et autres ont souillé leur sacerdoce par une alliance sacrilège, ce n’est pas une raison de juger le célibat impossible ou tyrannique. Les liens du mariage sont aussi indissolubles que ceux qui sont contractés avec Dieu au jour de l’ordination : on ne parle jamais de tyrannie dans le premier cas, pourquoi en parle-t-on si fréqueniment dans le second ? SEPTIÈME OBJECTION. — Le célibat, dit-on, nuit aux intérêts de la population.
RÉPONSE. — Les faits prouvent tout le contraire, car c’est dans les pays où les religieux et religieuses sont en plus grand nombre que la population est la plus dense ou s'accroît le plus rapidement. On en a des exemples en Italie, en Belgique, et même dans notre province catholique de Québec. La raison en est simple: c’est qu'il ya dans le clergé célibataire une force moralisatrice qui
empêche la corruption de la jeunesse, qui sanctifie les époux et qui assure par là à la société le service de ces nombreuses et patriarcales familles qui font l'admiration de tout le monde,