CHAPITRE SIXIÈME
La Pénitence
SOMMAIRE
Les actes du pénitent. -- Les protestants sou‘iennent que la confession est une inventiin humaine. — La confession est d'institution divine. — Preuves tirées de la Sainte Ecriture — de la tradition de tous les siècles. -- Les protestants ne peuvent démontrer ni quel aurait pu être linventeur de la confession — ni à quelle époque, ni en quel pays elle aurait pu être faite. — Un objecte faussement que ceux qui se confessent ne valent pas mieux que les autres,
Di toujours riche en miséricorde, a daigné instituer un sacrement qui remét tous les péchés commis après le baptême et auquel il nous est permis de recourir chaque fois que notre conscience est souillée.
Par le sacrement de pénitence le pécheur est purifié de ses souillures, affranchi de ses liens et rétabli dans la grâce et l'amitié de Dieu. Mais pour que le sacrement produise ces heureux effets, il faut que le pécheur y apporte les dispositions
requises ; il lui faut 1° avoir la Conrrition ou une véritable douleur de tous ses péchés mortels ; 2° les confesser tous, sans en cacher aucun ; 3° être résolu à satisfaire à la justice divine, c’est-à-dire à accomplir la pénitence imposée par le confesseur.
De ces trois actes du pénitent qui sont comme da matière de ce sacrement, le second — /a Con- Jession — est celui qui a été l'objet des plus nombreuses et des plus violentes attaques de la part des Protestants, Nous allons examiner la valeur de leurs objections.
La Confession, disent ils, est pas d'institution divine : Cest une invention des hommes. -— N oyons ce qui en est.
Dans l'Evangile saint Jean (c. XX, 22) j'y lis ces paroles de Notre S-igneur à ses Apôtres : «Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les aurez remis, et ils seront retenus à ceux à qui vous les aurez retenus. » Comme il est facile de le voir, Notre- Seigneur distingue deux espèces de fidèles : les uns à qui les péchés doivent être remis, et les” autres à qui les péchés doivent être retenus. Pour faire le discernement entre cette double espèce de pécheurs, il est nécessaire de porter un jugement et de savoir par conséquent quels sont ceux à qui il faut remettre les péchés et quels sont
ceux à qui il faut les retenir. Or comment porter un jugement raisonnable et solide en pareille matière sans connaître les dispositions intérieures des coupables ? Ne serait.ce pas s’exposer à remettre les péchés quand il faudrait les retenir, et à les retenir quand il faudrait les remettre? Mais ces dispositions intérieures des âmes ne peuvent être connues du prêtre que par l’aveu ou la con- Jession du pénitent. Donc Jésus-Christ ayant établi un ministère public qui a pour mission tantôt de remettre ou pardonner, tantôt de retenir ou ne pas pardonner les péchés, il s’ensuit qu'il a nécessairement établi la confession et que par conséquent elle est une institution divine et non Pas une invention des hommes.
Ce pouvoir judiciaire n’est.il pas encore conféré aux Apôtres lorsque Notre-Seigneur leur dit : « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel (1).»
Il est dit dans les Actes que des multitudes entières accouraïent vers Les Apôtres, confessant et annonçant leurs actions (2). »
Les Protestants affirment avec une inqualifiable
(à) Matth. xvint, 18.
(2) Act. xx, 18.
audace que la confession a été inventée et imposée par le IV* Concile de Latran en 1213.
Pour réduire À néant cette objection qui n’est que le fruit d’une profonde ignorance ou d’une insigne méchanceté, il me suffira de citer les témoignages de quelques écrivains antérieurs à ce concile. Remontons le cours des siècles.
Saint Bernard (1091-1153) écrit : « Que sert de dire une partie de ses péchés et de supprimer l'autre? de se purifier à demi et de rester à demi souillé ? Tout n’est.il pas découvert aux yeux de Dieu? Quoi! vous osez cacher quelque chose à celui qui tient la place de Dieu dans un si grand sacrement ! »
Saint Anselme (1033-1109) s'exprime ainsi dans son homélie sur les dix lépreux: « Découvrez fidèlement aux prêtres, par une confession humble, toutes les taches de votre lèpre intérieure, afin d'en être nettoyés.» Et ailleurs il dit: «Comme le péché originel est remis dans le baptême, ainsi les péchés actuels sont remis dans la confession, »
Saint Pierre Damien (988-1072) dit : « La confession doit être faite avec sincérité. Il ne faut pas déclarer une partie de ses péchés et retenir l'autre partie, confesser les péchés légers et dissimuler les péchés graves, car Jésus-Christ nous oblige à déclarer tous nos péchés. »
Dans les Canons d'Edgar, roi d'Angleterre, en
967, on lit ces paroles : « Lorsque quelqu'un veut faire la confession de ses péchés, qu'il agisse avec Courage, et qu'il ne rougisse pas de confesser ses crimes en s'accusant lui-même, parce que, sans la confession, il n’y a point de pardon. »
Un concile de Châlons, tenu en 81 3 ordonne aux prêtres d’instruire les fidèles sur la manière dont ils doivent confesser leurs péchés, même leurs péchés secrets, pour en obtenir la rémission.
Le Vénérable Bède (673-735) écrit : « Les péchés ne peuvent être remis sans la confession. »
Saint Grégoire-le Grand (540-604) dit à son tour : « Pourquoi gardez-vous vos péchés dans le fond de votre conscience ? Surtez de l’abime par la confession, et vous serez déliés par le ministère des prêtres, comme Lazare fut délié par les mains des disciples du Sauveur. »
Saint Jean Climaque (525-605) rapporte l’exemple d’un voleur qui fit la coniession de ses péchés et il ajoute : « Je cite cet exemple pour engager tous les pécheurs à se confesser ; car, sans la confession, personne ne peut obtenir la rémission de ses fautes. »
Saint Sidoine, évêque de Clermont, (430-488) écrivant à un premier magistrat une lettre dans laquelle il disait que les évêques sont chargés de percer les ulcères secrets des consciences, ajoute : « A votre tribunal, celui qui confesse ses crimes
est condamné; mais celui qui se confesse à nous, . se confesse à Dieu et il est absous. »
Saint Augustin (354-430) disait aux fidèles de Son temps : « Que personne ne dise : « Je fais pénitence en secret aux yeux de Dieu ; c’est assez que celui qui doit m'accorder le pardon, connaisse la pénitence que je fais au fond de mon Cœur.» S'il en était ainsi, ce serait sans raison .que Jésus-Christ aurait dit : « Ce que vous licrez sur la terre sera lié dans le ciel» et qu'il aurait confié les clefs à son Eglise. Ce n’est donc pas assez de se confesser à Dieu, il faut encore se confesser à ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier. » Dans son livre De /a visite des énfirmes, 1, c. 4, i! dit encore : « Il en est qui se persuadent qu'il leur suffit pour le salut de confesser leurs crimes à Dieu seul, à qui rien n’est caché et qui connaît le fond des consciences. — Faites venir le prêtre auprès de vous ct faites lui part des secrets de votre conscience. Ne vous laissez point séduire par cette fausse idée qu'il suffit pour être sauvé de: faire à Dieu la confession de ses péchés, sans recourir aux prêtres ... Autrement comment cet oracle divin de la loi écrite comme de la loi de grâce aurait-il son accomplis- Sément: 4/45, montrez-vous aux .prétres ; et cet autre: Confessez vos péchés Les uns aux autres ? Etablissez donc vous-même le prêtre à la place
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de Dieu, comme juge des plaies de votre âme ; mettez-lui à découvert toute votre conduite et il vous appliquera le remède de la réconciliation. »
Saint Jérôme (346-429) : « Si le serpent infernal avait porté à quelqu'un une blessure cachée, si, à l'écart et sans témoins, il lui avait insinué le venin du péché, et que le malheureux s'obstinât à ne pas découvrir sa blessure à son frère et à son maître, le maître qui possède des paroles de guérison, ne lui serait pas plus utile que le médecin ne l’est au malade qui rougit de s'ouvrir à lui ; car le mal que la médecine ignore, elle ne le guérit pas. »
Saint Jean Chrysostome (344-407) dit :« L’homme, quel qu’il soit, qui s’est rendu coupable d’un péché grave, n’en ‘saurait anéantir le reproche au fond de sa conscience, Son crime, füût.il ignoré du reste des hommes, il le sait ; C’en est assez pour le livrer à de continuelles agitations. Le moyen de profiter de ces remords d’une conscience accusat:ice, de calmer cette plaie dévorante, d’imposer silence à ce bourreau intérieur qui vous châtie nuit et jour, quel est-il? C’est d’en faire l’humble confession, de la déposer dans le sein d'un homme qui ne vous la reprochera pas et qui vous en offrira le remède : c’est d’en confier le secret à lui seul et sans témoins, de lui dire tout avec une rigoureuse exactitude. Allez
CATÉCHISME LE CONTROVERSE br
montrer votre plaie au médecin spirituel et il vous donnera les moyens de la guérir. Confesser ses péchés, c’est les effacer. »
Saint Grégoire de Nysse (332-400): « Découvrez sans crainte à votre père spirituel tout ce que vous avez de plus caché; faites-lui connaître le fond de votre Cœur, comme ‘ous montreriez à un médecin vos plaies secrètes. »
Saint Ambroise (340-397): « Ce que vous cachez, Dieu le révèlera ; Ce que vous révélez, Dieu le cachera. Vous ne voulez pas le découvrir à ces hommes assis en son nom sur la chaire de Moïse? Il l'étalera à la face de l’univers. »
Saint Ephrem (313-378): « Vous avez honte de confesser vos péchés ; rougissez plutôt de les avoir commis. »
Saint Cyprien (200-258): « Vous refusez de faire pénitence, vous qui avez sacrifié (aux idoles) et acheté des billets aux magistrats (attestant à faux qu'on n'était pas chrétien): combien sont plus louables ceux qui, pour en avoir eu seulement la pensée, viennent s’en confesser aux prêtres de Dieu ! »—I] dit encore que tous doivent se confesser avant de mourir, «alors que leur confession est admissible, alors que la satisfaction qu'ils ont à faire et l’absolution donnée par le prêtre peuvent encore être agréables à Dieu. »
Origène (185 253) compare le pécheur au
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malade qui, oppressé par des aliments indigestes, ne guérit qu'après avoir rejeté tout ce qui pesait sur son estomac. En recommandant au chrétien de suivre cet exemple et de s’accuser lui:même de ses fautes pour en être déchargé, il l’exhorte à choisir avec le plus grand soin le dépositaire des secrets de sa conscience, .
Saint Irénée (140-202) parle de plusieurs chrétiennes qui avaient été perverties par un hérétique ; mais, étant rentrées en elles-mêmes, « elles retournèrent à l'église et confessèrent ce péché avec leurs autres fautes. » ë
Tertullien (160-240) enseigne clairement que la confession est d'institution divine. Il blâme Ceux qui, par honte, refusent d’avouer leurs iniquités, « comme si nous les cachions à Dieu, quand nous en dérobons la connaissance aux hommes.
— Vautil mieux se damner en secret, que d’être absot.s en public?» Ii compare ceux qui ont honte de faire l'aveu de leurs fautes à ces malades qui, rougissant de découvrir à l'œil du médecin leurs plaies secrètes, se laissent mourir par l'effet de leur honte. « Quoi! s’écrietil, on ne Pourra Supporter la honte de satisfaire à un Dieu que l’on a offensé et d’être réintégré dans ses droits au salut dont on s’était rendu indigne! Belle excuse que ta honte, en vérité: tu marchaïis dans le crime tête levée, et tu n’oses courber
ta tête pour demander grâce! Pour moi, je ne sacrifie pas À la honte, quand il m'est plus avantageux de la sacrifier elle-même... »
Saint Clément Romain, qui vivait au premier siècle, s'exprime ainsi : « Que celui qui veut sauver son âme ne rougisse point de confesser ses péchés à celui qui préside (au prêtre), afin qu'il en reçoive la guérison par la parole de Dieu et Par un salutaire conseil,» Puis il ajoute que saint Pierre enseignait aux fidèles à révéler aux prêtres jusqu'aux mauvaises pensées. « Pendant que nous sommes en ce monde, dit-il encore, Convertissons nous de tout notre cœur en renon- Gant au mal que nous avons commis durant notre vie, afin d'obtenir le salut du Seigneur pendant que nous avons le temps de faire pénitence. Car, après que nous aurons quitté ce monde, nous ne Pourrons ni nous confesser ni faire pénitence dans le lieu où nous serons. »
Ceux qui désireraient avoir des témoignages encore plus nombreux et plus développés des Saints Pères et autres écrivains des treize premiers siècles de l'Eglise, n’ont qu'à se procurer le Caté. chisme de saint Canisius, traduit par l'abbé A..C, Pelletier (3° édition, t. it, publié chez Vivès, Paris, en 1865); ils y trouveront ample matière pour justifier pleinement la doctrine de l'Eglise catholique et pour réfuter l'erreur protestante sur
Vorigine divine de la confession sacramentelle. Les citations que j'ai faites suffisent pour démon. trer que la pratique de la confession des péchés a existé dès le berceau de l'Eglise, qu’elle s’est maintenue dans tous les siècles et que le quaième concile de Latran ne l’a pas inventée, mais qu'il n’a fait qu’en régulariser l’usage en ordonnant à tous les fidèles parvenus à l’âge de discrétion de confesser tous leurs péchés au moins une fois l'an.
Le saint Concile de Trente a donc eu raison de porter le décret suivant dans sa session XIV, C. 5: «En conséquence de l'institution du sacrement de pénitence que nous avons expliquée, l'Eglise universelle a toujours entendu que la confession de tous les péchés a été dès lors aussi instituée par Notre-Seigneur, et qu’elle est nécessaire de droit divin à tous ceux qui ont péché depuis leu baptême. Car Notre-Seigneur Jésus-Christ, devant quitter la terre pour monter au ciel, a laissé les prêtres pour être ses vicaires, ou pour juger et présider à sa place : en sorte que les fidèles sont obligés de leur déférer tous les péchés où ils peuvent tomber, pour qu’en vertu du pouvoir des clefs dont les prêtres sont investis, ils puissent, par une juste sentence, leur remettre ou leur retenir leurs péchés. Car il est manifeste qu’ils ne pourraient pas porter ce jugement s'ils
n'avaient auparavant instruit la cause, ni garder l'équité dans l'injonction des pénitences, si on ne leur faisait connaître ses péchés que d’une manière générale, au lieu de le faire en particulier et en détail, Il suit de là que les pénitents doivent dire en confession tous les péchés mortels dont ils se sentent Coupables après une exacte discussion de leur conscience, . .»
Siles Protestants viennent nous dire encore, malgré la pratique constante de dix-huit siècles, que la confession a été inventée par les hommes, nous sommes parfaitement en droit de leur demander d’en donner des Preuves convaincantes. Qu'ils parlent enfin ou qu’ils reconnaissent qu'ils ont tort et que nous avons raison.
“ Si la confession était une invention des hom- Mmes, on en connaîtrait nécessairement l'inventeur; Car la confession est une institution d’un genre trop particulier pour que l’histoire ne nous ait Pas transmis le nom de son auteur, elle qui nous à transmis tant de noms insignifiants ! On connaît le nom de celui qui apporta aux Grecs leur alphabet ; il s'appelait Cadmus. On connaît le nom de celui qui introduisit le Premier en France la culture de Ja Pomme de terre ; il s’appelait Parmentier... On devrait aussi connaître celui qui inventa la confession. On devrait trouver son nom dans la Biographie universelle.
Comment donc s’appelait-il ? Est-ce Thomas, Anselme, Bonaventure ? Vous ne répondez pas.
— Si, d’un côté, l’histoire a dû nous faire connaître l'inventeur de la confession, si, de l’autre, elle ne nous en a pas même transmis le nom, ne faut-il pas conclure que cet inventeur de la confession dont on parle tant n’a jamais existé et que, loin d'être un personnage historique, il n’est qu'un être imaginaire et inventé. » (L’Abbé Berseaux). i
Certains ‘protestants se rendent absolument ridicules en prétendant que la confession a été inventée au ‘treizième siècle par le quatrième Concile de Latran : c’est comme s'ils affirmaient que Québec n’a été fondé qu’au dix-neuvième siècle. Les témoignages qui ont été rapportés ci-dessus prouvent jusqu’à l'évidence que la confession a existé à toutes les époques depuis l’origine du christianisme ; le Concile de Latran ne fit rien autre chose que d’ordonner aux fidèles de se confesser au moins ous les ans : la loi de la confession existait depuis Jésus-Christ, le Concile en détermina seulement l'application.
Le protestantisme ne peut donc nous faire connaître ni / nom de l'inventeur de la confession, ni 4 siècle où elle aurait été inventée : il ne peut davantage nous dire dans quel pays cette invention extraordinaire se serait produite au
grand jour ; n'est-ce Pas là une preuve que l’homme n’est Pour rien dans l'institution de la Confession et qu'on ne Peut en assigner l’origine qu’à Jésus-Christ qui donna à ses Apôtres le pouvoir de lier et de délier, de remettre et deretenirles péchés? Mais si Notre-Seigneur lui-même à institué la confession, n'est-il Pas absolument nécessaire d’en tenir Compte, d’y recourir et de se contesser ?
Elle est, comme le sacrement de Pénitence luimême, le grand moyen qui nous est donné d’expier nos péchés, de purifier notre âme, de lui rendre la paix et la joie des enfants de Dieu, de Prévenir les crimes secrets, de faire pratiquer toutes les vertus morales et de nous ouvrir la porte du ciel. Jean-Jacques Rousseau disait : « Que de restitutions, que de réparations la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques ! Combien les approches des temps de la Communion n’opèrent-elles pas de réconciliations et d’'aumônes ! » — Ecoutez les Paroles d’un autre impie, Voltaire : « La confession est une chose excellente, elle est très bonne pour engager les Cœurs ulcérés de haine à pardonner, et pour faire rendre aux voleurs ce qu'ils peuvent avoir dérobé au prochain. » — « Les ennemis de l'Eglise Romaine qui se sont élevés contre une institution si salutaire (la Confession), semblent avoir ôté aux
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hommes le plus grand frein que l’on pût mettre à leurs crimes.» Commé on le voit, ces ennemis acharnés de la religion ont été amenés, comme malgré eux, malgré leur esprit de dénigrement et de mensonge, à rendre hommage à la vérité catholique.
Des mécréants font quelquefois l’objecr.on suivaute: 11 ne manque pas de personnes qui se confessent et qui ne valent pas mieux que les autres. -
A cela je réponds qu’il serait injuste et déraisonnable de conclure à l’inefficacité de la confession sacramentelle, parce qu’elle ne réprime pas tous les vices. Est-ce qu’on ne devrait pas, au même titre, rejeter la médecine, parce qu’elle ne guérit pas de tous les maux, l’éloquence, parce qu’elle ne persuade pas tous les auditeurs, la raison, parce qu’elle ne préserve pas de toutes les erreurs, les tribunaux parce qu’ils n’atteignent pas tous les coupables et ne vengent pas tous les honnêtes gens? Avec pareil raisonnement on pourrait arriver à détruire ce qu'il y a de plus nécessaire icibas.
Pour être juste, il ne faut pas comparer tel fidèle en particulier qui se confesse avec tel autre qui ne se confesse pas, mais plutôt comparer l’ensemble à l’ensemble. Or, la comparaison de l’ensemble à l'ensemble est toute en faveur de la confession.
«Il y a plus de loyauté, plus de chasteté, plus de respect pour la réputation du prochain, en un mot, plus de vertu parmi ceux qui usent de la confession que parmi ceux qui n’en usent pas. Les statistiques en font foi. Aujourd'hui ce n’est Pas principalement dans les rangs de ceux qui se confessent que se recrutent les prisons et les ba- &nes. Au seizième siècle, l'abolition de la confession eut pour résultat, dans l’Allemagne protestante, le débordement des mœurs le plus effroyable, une corruption que les réformateurs eux-mémes déplorèrent avec des larmes de sang et attribuèrent à l'abandon de la confession, à la théorie nouvelle sur la justification. Erasme écrivait au médecin Henri Stromer : « Le nouvel évangile a, du moins, l'avantage de nous montrer une nouvelle espèce d'hommes, hautains, impudents, fourbes et blasphémateurs, divisés entre eux, dangereux, rien qui vaille, querelleurs, séditieux, furieux, et qui, pour tout dire, me sont tellement antipathiques, que, si je savais au monde un lieu qui n’en fût infesté, je m’y réfugierais à l'instant. »
« Pour être équitable encore, il faut comparer non pas le pire d’entre les hommes qui se confessent avec le meilleur d’entre ceux qui ne se confessent pas, mais plutôt Comparer, dans chaque camp, le moins parfait avec le moins parfait, et le plus parfait avec le plus parfait. Or, n'est-il pas
vrai que le plus parfait des chrétiens qui ne pratiquent pas n’est qu’un honnête homme, tandis que le plus parfait des chrétiens qui pratiquent est un saint? N'est-il pas vrai que le moins parfait des ‘chrétiens qui pratiquent est un homme qui, s’il a des défauts, a aussi des vertus, tandis que le moins parfait des chrétiens qui ne pratiquent pas est un scélérat consommé? N’est-il pas vrai aussi qu’il y a des chrétiens qui ne se confessent pas et qui valent infiniment moins que le très grand nombre de ceux qui se confessent? En effet, il est certain 1° Que quiconque veut se livrer au désordre et au vice cesse aussitôt de se confesser ; 2° que quiconque se confesse veut se conserver pur et chaste et l'est généralement ; 3° que quiconque veut revenir au bien, après s'être précipité dans le mal, commence par recourir au ministère du prêtre, pour en recevoir l’absolution du passé. » (Cf. Abbé Berseaux).
Sans doute, il y a des chrétiens qui abusert de la confession, mais il ne s'ensuit pas pour cela que la confession soit mauvaise. De quoi n’abuse-t-on pas ? Combien de personnes abusent de la nourriture: en concluera-t-on que la nourriture est mauvaise? Les abus viennent de la liberté et sont condamnés par les institutions ; c’est donc à la liberté qu’ils doivent être imputés et non pas aux institutions elles-mêmes.