‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 24 sur 73 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

IJn échange librement consenti entre deux pays peut faire aceroitre inégalement la ri* chesse évaluée de chacun d’eux.

L* échange joue-t-il un rôle important dans V économie politique ?

Un rôle des plus importants. Sans l’échange il n’y aurait pas de division de travail. Que chaque famille fabrique ce dont elle a besoin , alors on reviendra à l’enfance de la civilisation, c’est-à-dire à la barbarie. Aussi quelques économistes sont-ils allés jusqu’à dire que l’échange était l’économie politique^ elle-même.

Qu'est-ce qu*une vente, et qu est-ce quun achat ?

* Suivant Bastiat, l’échange c’est l’économie politique. Whately voulait appeler l’économie politique katallettique, ou science de l’échange.

On fait un achat quand on se procure un objet quelconque avec de la monnaie, et une vente quand on échange contre de la monnaie un objet que l'on possède.

Que deviennent les richesses d’usage et les richesses évaluées de deux individus qui ont contracté un échange ?

L’un et l’autre gagnent de la richesse d'usage, car, si cet échange n’avait pas dû leur faire éprouver une satisfaction, ils ne l’auraient pas contracté. On peut presque dire que cet accroissement de bien-être est le même de chaque côté , car les satisfactions doivent être à peu près compensées. Quant à leurs richesses évaluées, généralement en raison, d’une part, du prix des objets échangés, et, d’une autre part, soit de l’intérêt des capitaux qui ont servi à les produire, soit du nombre des journées de travail qui y ont été appliquées, l’un des échangistes augmente plus que l’autre sa richesse évaluée.

Prenons pour exemple un artiste qui troque un tableau de sa composition du prix de 2000 fr..

tableau qui lui aura coûté quinze jours de travail, contre 100 hectolitres de blé, au prix de 20 fr. l’hectolitre. Les journées du peintre seront payées environ 130 fr. chacune, tandis que celles de l’agriculteur, en raison de leur nombre, qui se monte à près de deux mille, ne ressortiront pas à plus de 1 fr., même en y

comprenant l’intérêt du capital de la terre qu’il a exploitée.

Par suite de cet échange, le cultivateur gagnant 1 fr. par jour, tandis que le peintre gagne 130 fr., il est incontestable que les richesses évaluées de deux échangistes doivent

s’accroître inégalement chez l’un et chez l’autre ^ .

Un échange fait entre citoyens d'une nation augmente-t-il toujours et la richesse évaluée et la richesse d’usage de cette nation ?

En général , cette richesse évaluée ne s’accroît pas par suite d’un échange que font entre eux deux citoyens, attendu que la

Voir la note P, qui le démontre mathématiquement.

perte de Tun, s’il y a perte, est compensée par le gain de l’autre. Toutefois, la multiplicité des échanges annonçant que la division du travail est bien entendue et que la production est considérable , cette multiplicité d’échanges , chez une nation, est un indice de l’accroissement de sa richesse évaluée. Quant à sa richesse de bienêtre , chaque échange l’accroît , puisque chacun des échangistes se procure de^ cette manière ce qu’il désire, ce dont il a besoin.

La quantité des échanges d’un peuple se trouve donc dans une certaine relation avec sa richesse évaluée et sa richesse de hien-être. Et c’est ce qui explique l’état de souffrance dans lequel il se trouve lorsque son commerce intérieur ou extérieur est arrêté pour une cause

quelconque.

Que deviennent la richesse évaluée et la richesse d’usage de deux nations qui contractera un échange ?

Généralement leur richesse de bien-être s’augmente, mais la richesse évaluée de l’une s’accroît, tandis que celle de l’autre diminue

au moins relativement, ainsi que nous l’avons établi lorsqu’un échange se fait entre particuliers.

U économie politique a-t-elle beaucoup d'enseignements à donner aux particuliers et aux nations sur la pratique de V échange?

L’économie politique n’a que peu à apprendre aux particuliers, et l’on peut dire que généralement leurs lumières et leur habileté relativement à l’échange ne laissent rien à désirer. Du reste, la loi met en interdit, comme incapables et faibles d’esprit, ceux qui d’ordinaire sont victimes dans ce genre d’opérations.

Il en est tout autrement des échanges entre nations. Quelques-unes font souvent par ignorance , et non par incapacité, des pertes énormes , et il n’est aucune législation internationale qui puisse les arrêter en les frappant d’interdit. Mais la science économique commence à se créer, à se vulgariser, et bientôt elles seront à même de reconnaître et de rectifier leurs erreurs.

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