CHAPITRE X
Du libre échangée.
QiC est-ce que la liberté des échanges?
C’est la faculté que possèdent les nations , les provinces, les cités, d’échanger entre elles toutes espèces de marchandises , sans avoii à payer aucuns droits de douane aux limites séparatives de leurs territoires respectifs. Cependant on admet que , sans violer la liberté des échanges , on peut maintenir ces droits dans un
but fiscal.
Au point de vue de la richesse d’usage, quelle est votre opinion sur le libre échangé?
Le libre échange réduisant au strict nécessaire les efforts qu’exige la production de toutes les marchandises, puisque chaque pays fournit au monde entier ce qu’il produit le plus facilement, il est désirable, au point de vue
de la richesse drusage , cpie ce système soit adopté partout \
Pense%-vous que V accroissement de la richesse d’usage soit un rnotif suffisant pour faire accepter partout le libre e'change?
Non. Il faudrait encore que le libre échange fît accroître en même temps la richesse évaluée de chaque pays. Le monde n’est-il pas divisé en peuples rivaux , qui incessamment s’observent, souvent se combattent, et toujours profitent de leurs avantages pour en obtenir de plus grands encore ? Dès lors il est moins essentiel de développer la richesse d’usage des peuples, qui, comme nous l’avons vu, n’est pas susceptible de varier d’une manière bien sensible de l’un à l’autre *, que leur richesse évaluée, d’où dépendent en grande partie leur progrès dans la civilisation , leur force et leur indépendance. Sans doute , si la justice régnait sur toute la terre , si les hommes , dans leurs rapports internationaux, pouvaient être
DE LtOüNOMIE POLITIQUE.
assimilés aux membres d’une famille bien unie, dans laquelle chacun travaille autant pour ses proches que pour lui-même, rien ne serait plus heureux que l’avénement du libre échange. Mais à notre époque de telles suppositions ne sont que folles rêveries et pures chimères.
Vous pense% donc que le libre échange, qui accroît la richesse d’usage de toutes les nations, n accroît pas en même temps la richesse évaluée
de chacune ?
Assurément. N’avons-nous pas vu que le bas prix des marchandises fabriquées procède de cinq causes principales? Si donc ces causes peuvent être réunies chez un même peuple , et l’Angleterre en offre un exemple irrécusable, sous le régime du libre échange , la supériorité en fait de production et de richesse évaluée appartiendrait à ce peuple, qui par suite acquerrait une énorme prépondérance, et deviendrait le souverain maître du monde L
1 Voyez note U.