‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 35 sur 73 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la proteetion

EstHl quelques moyens de parer à ces échanges désastreux pour la richesse évaluée de certains peuples ?

Nous avons le régime protecteur ‘, qui consiste à réserver le marché intérieur d’un pays aux produits de son industrie, et à ouvrir à ces produits les marchés étrangers, soit au moyen de droits de douane frappant sur les marchandises du dehors, soit au moyen de primes à la sortie accordées à celles qui sont indigènes.

Dès lors on ne pourra plus dire que votre sys-

^ Il existe dans le monde deux puissances qui le gouvernent : l’une éternelle comme lui, la valeur; l’autre imposée ou de convention , et parfois peu durable , que l’on nomme la puissance légale. Nous voulons donner aux peuples , au moyen de la protection, la première de ces puissances.

tètne économique repose sur la liberté des Iran sactions ?

La liberté complète des transactions y est en effet soumise à des restrictions , mais 1 indépendance de l’homme, chez les peuples reconnus comme les plus libres de l’Europe, n’est jamais complète. N’existe-t-il pas toujours pour eux un Code qui mesure la liberté aux forts et qui met le faible à l’abri de leurs atteintes ? — Eh bien! en économie politique, le système dit protecteur est le Gode du libre commerce, et a ce titre il intervient pour protéger la faiblesse industrielle de certains peuples L

La protection, sans contredit, fera cesser les échanges désastreux dont il a été parlé*, mais, en élevant le prix des marchandises, elle pèsera sur les consommateurs. Est-il bien vrai, malgré r.p.t inconvénient. au*elle accroîtra la richesse

’ De plus, est-ce que le libre échange annule nécessairement dans l’intérieur d’un pays tous les règlements préventifs qui concernent soit le débit des pharmaciens, soit nombre d’autres débits ?

Oui, sans doute, et nous allons le démontrer. Toutefois, comme cette proposition est des plus essentielles à établir, car bien des personnes prétendent que le bénéfice fait par les producteurs protégés est plus que compensé par la perte que font les consommateurs en payant les produits plus chers , nous prions que l’on nous pardonne les chiffres et les calculs sur lesquels nous allons nous appuyer. Pour plus de clarté et d’exactitude, nous raisonnerons sur une industrie française, celle du lainage par exemple, et les nombres dont nous nous servirons seront extraits de la statistique générale et officielle de ce pays. Que l’on fasse bien attention que cette démonstration ne repose pas sur la parfaite exactitude de tel ou tel chiffre , mais sur ce principe indiscutable, qu’en considérant le travailleur comme capitaliste, directeur et ouvrier, s’il gagne moyennement 250 fr. dans l’agriculture avec un capital de 3,000 fr., il gagnera dans le lainage ou dans d’autres industries, avec le même capital, une somme bien plus importante.

Gela posé, le lainage occupe 144,000 ouvriers, patrons et autres; il emploie pour 335 millions de francs en matières premières, et produit pour 473 millions de francs de marchandises. Les bénéfices et salaires s’élèvent à 138 millions. — Si cette fabrication introduite en France nécessite un tarif protecteur de 15 p. 100, les 15/100 de 473 millions, valeur de la production totale, étant de 70,950,000 fr., incontestablement on frappera les consommateurs de lainage d’une taxe énorme se montant à cette dernière somme.

Voilà certes un sacrifice très-pénible que l’on exigera d’eux ; mais, en définitive, il n’y aura rien de perdu ni rien de très-alarmant pour notre pays par suite de cette taxe, attendu que ces 70,950,000 francs passeront seulèment des mains des consommateurs à celles de nos producteurs. — Ne frappe-t-on pas d’autres classes d’administrés par des impôts bien plus accablants, afin de distribuer la richesse d’une manière plus utile?

Mais OÙ sont les profits que la France retire

de cette protection de 15 p. 100?

Ces profits, elle les trouve dans une somme de (37,500,000 fr., qui est la différence entre les 138 millions coût du travail de la laine et les 70,950,000 fr., qui n’ont fait que se répartir autrement.

Car, en partageant ces 67,500,000 fr. entre les 144,000 travailleurs, chacun d’eux reçoit moyennement une allocation annuelle de 165 fr., somme qui dépasse de 215 francs les 250 fr. que reçoit annuellement l’agriculteur en se servant du même capital (les travailleurs étant considérés en même temps comme capitalistes, patrons et ouvriers). (Voyez page 108.)

D’où il résulte que, la journée du laineur étant plus payée que celle de l’agriculteur, à égalité de capital employé et déduction faite des charges supportées par les consommateurs, la richesse évaluée de la France s’accroîtra en raison de cette protection, qui permet à ses travailleurs de s’occuper de lainage plutôt que d’agriculture.

fc.-

Du reste, croit-on que, si ces 144,000 industriels n’avaient pu s’employer au lainage, ils se se seraient classés tout naturellement parmi les agriculteurs? — Sans nul doute, s’il s’agissait d’un pays vierge, où commenceraient à s’établir des hommes laborieux et éclairés. Mais dans un pays civilisé depuis des siècles, et contenant une nombreuse population, les cultivateurs ne s’accroissent en nombre qu’autant qu’ils peuvent trouver une existence de plus en plus facile. Aussi est-il certain que , dans un pareil pays, ils se seraient gardés d’admettre ou de maintenir en surplus dans leurs rangs 144,000 travailleurs, si cette intrusion avait dû être pour eux une cause d’appauvrissement.

La protection a donc fait accroître les capitaux français, non-seulement en raison de ce qu’elle a donné un ouvrage lucratif à ses travailleurs, mais encore parce qu’elle leur a donné une occupation qu’ils n’auraient pas trouvée dans l’agriculture. — Nous savons, au surplus, que les bénéfices élevés obtenus par les lai-

DE L’ÉCONOMIE POLITIUllE.

neurs se traduisent en consommations qui accroissent la production de l’agriculture, et en conséquence le capital de la terre. — Dans le but d’accroître la richesse évaluée d’un pays, on peut donc accorder une protection constante, normale, à des industries qui sans elle ne pourraient y exister \

‘ Voyez note V.

un ouvrier pour qu’il ne soit pas à charge à ses concitoyens. — Or, en choisissant notre exemple en France, une famille composée de cinq personnes peut encore, dans maintes localités, pourvoir à ses besoins les plus essentiels avec une recette annuelle de 500 fr. par an. — Nous admettrons donc que la somme de 100 fr. est le minimum de ce que doit gagner moyennement un individu quelconque, et qu’au-dessous de cette somme, il n’y a pour lui qu’indigence, misère, et qu’ainsi il est à charge à la société.

Ceci posé, en revenant au lainage, nous allons voir que ce chiffre de 100 fr. correspond î'i une protection d’environ 26 p. 100. — En effet, défalquons les 124 millions, dont les consommateurs sont grevés par le fait d’une protection ainsi tarifée, des 138 millions de bénéfices et salaires obtenus dans cette fabrication ; il restera une somme de 14,400,000 fr., dont la 144 millième partie est bien 100 fr.

Le taux de 26 p. 100 est donc le maximum de la protection utile du lainage, car, en élevant ce taux, on s’assurerait, par le chiffre cor-

Lorsque dans un pays on veut protéger une industrie en mettant des droits de douanes sur les marchandises étrangères qui pourraient leur faire une désastreuse concurrence, ny at-ïl pas une limite supérieure pour ces droits , limite telle que, si elle était franchie, la richesse évaluée de ce pays diminuerait ?

Les diverses industries d’un pays , lorsqu’elles ne sont pas naturellement viables, ne peuvent y être protégées que jusqu’à une certaine limite, limite au delà de laquelle il y aurait du profit à recevoir les marchandises étrangères.

Afin de le démontrer, nous rechercherons d’abord quel est le salaire annuel indispensable à

Des limites que la protection des industries

ne doit pas franchir.

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