‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 45 sur 73 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Crédit

Qu est-ce que le crédit?

C’est la réputation de solvabilité d’une personne ou la réputation de valeur d’une chose. Quels sont les avantages généraux du crédit? Nous les résumerons ainsi qu’il suit :

1° En raison de son crédit, une personne peut emprunter des richesses d’une grande valeur, pendant un certain temps, au moyen d’un billet ou même d’une promesse verbale. 2“ A mesure que grandit le crédit d’une chose, ou autrement sa réputation de valeur, l’Etat ou la personne qui possède cette chose voit s’accroître sa faculté d’emprunt. 3° La production s’accroissant au fur et à mesure que s’augmente la faculté d’emprunter, qui se proportionne à l’é-

est inscrite une somme payable à vue et au porteur.

Qu est-ce quune lettre de change ?

•C’est un ordre écrit de payer à un tiers, ou à son cessionnaire direct ou indirect par endossement, une somme déterminée, à lieu et à jour fixes. La loi exige en outre que la lettre de change soit tirée d’un lieu à un autre et datée , que le tireur soit réellement créancier du tiré au moment de l’échéance , que la valeur fournie soit énoncée, que les endossements soient datés et signés.

Qu est-ce qiCune action et une obligation?

Une action est un titre qui donne droit à une part dans un capital. La valeur de tout capital étant sujette à varier, par suite, celle de l’action n’a aucune fixité. Une obligation est bien plus stable dans sa valeur, car c’est une hypothèque sur un capital. Cette obligation ne participe donc que légèrement aux accroissements ou aux diminutions qu’il est susceptible d’éprouver, toutefois si sa valeur est dans une proportion convenable avec celle du capital.

tat du crédit, la richesse d’une nation se développe évidemment avec son crédit.

A quoi doit être attribué le développement du crédit des personnes et des choses ?

Le développement du crédit des personnes et des choses est un des fruits de la civilisation. Bien que ce développement se fonde en grande partie sur l’énergie du travail, sur l’abondance des capitaux , il dépend aussi beaucoup des bonnes mœurs et des bonnes lois (lois sur la propriété, sur les prêts, sur les sociétés commerciales, etc.).

N'est-il pas résulté du crédit une quantité

d'institutions très-utiles?

Assurément. Le crédit a donné lieu à la création de divers titres, dits fiduciaires, qui rendent d’éminents services.

Quels sont ces titres ?

Les billets de banque, les lettres de change , les actions et obligations , les warrants, etc.

Qu'est-ce qu'un billet de banque?

Un billet émané d’une banque, et sur lequel

Qu'est-ce qu'un warrant ?

Un récépissé, transmissible par voie d’endossement, constatant qu’une personne possède, dans un dock ou magasin, une marchandise de tel poids et de telle qualité.

A quoi servent ces divers titres fiduciaires ?

Ils sont d’une grande utilité pour accroître les capitaux d’un pays, et, dans ce but, chacun de ces titres remplit un multitude de fonctions. — Ne pouvant les énumérer toutes, nous nous contenterons d’indiquer les principales.

1® A l’aide de billets de banque, on escompte en un instant de très-fortes sommes, et l’on opère leur translation à presque toutes distances, avec discrétion et sans efforts. Les billets de banque peuvent donc souvent remplacer avec avantage les métaux précieux.

2® Les lettres de change diffèrent complètement , comme nous l’avons vu, des billets de banque. Néanmoins elles font de même éviter bien des transports de numéraire, soit en agissant comme le font ces billets, soit en permettant de compenser les dettes réciproques des

cités et des nations. On peut ajouter encore qu’en escomptant l’avenir elles facilitent singulièrement la production des marchandises.

3® Par le moyen des actions et des obligations, on fractionne les valeurs immobilières importantes , et en même temps on les mobilise. D’où il suit que, les immeubles de grand prix devenant accessibles à la concurrence des petites bourses , on est plus à même d’accroître les facultés productrices de ces immeubles, et par suite la richesse nationale.

4® Les warrants étant tous cessibles par voie’ d’endossement, les propriétaires de marchandises ont la possibilité de se procurer du numéraire avec une simple signature, et cette possibilité est éminemment propre à dévelop per la richesse publique.

Ces divers titres doivent -ils être comptés

parmi les richesses d'un Etat ?

Sans doute, puisqu’ils ont une utilité. Aussi n’avons-nous pas manqué de les porter dans le tableau qui renferme toutes les richesses.

suite, en grande partie, des mœurs publiques et des vices de la législation, le crédit était dans son enfance? Les propriétés territoriales, étant peu garanties , se négociaient seulement sur le pied de dix fois la rente. Est-il possible de nier qu’elles se vendent aujourd’hui près de trente fois cette rente, ou environ trois fois autant qu’à cette époque * , relativement au même revenu? Et ce résultat incontestable n’estil pas dû au crédit de la chose, qui maintenant est plus grand , parce que la civilisation moderne a su faire approprier cette chose d’une manière plus complète. Les capitaux terriens, grâce au développement du crédit, ont donc acquis une plus-value, et, comme conséquence nécessaire, la richesse évaluée de notre pays a pris de l’accroissement.

A quoi attribuez-vous Verreur dans laquelle sont tombés certains économistes en affirmant

Mais, la création de ces titres introduit-elle de nouveaux capitaux dans un État ?

En aucune sorte. Ces titres, en essence et en principe sans valeur par eux-mêmes, ne sont que des instruments bien entendus, des machines parfaitement organisées, pour aider à multiplier les capitaux L

Le crédit, dans son mouvement d'expansion , fait-il accroître la richesse évaluée d'un peu-

Le crédit , en grandissant chez une nation , non-seulement fait accroître indirectement sa richesse évaluée, en raison du plus grand emploi que l’on y fait ordinairement des titres fiduciaires , mais encore il provoque par une action directe l’accroissement de cette même richesse évaluée. En effet, nous avons vu que le développement du crédit dépendait beaucoup des bonnes lois et des bonnes mœurs. Or, que se passait-il en France, par exemple, il y a quelques centaines d’années , alors que, par

< Réellement, la valeur actuelle des terres, au lieu d’être seulement triplée, est plus que vingtuplée, mais cette plus value résulte de l’abondance des métaux précieux, ainsi que de l’amélioration des cultures , et non du crédit.

' Vovez note X

que le crédit n accroît pas les richesses d*une nation, etquil ne fait que faciliter leur transmission ?

A ce que, ne faisant aucune distinction entre la richesse évaluée et la richesse drusage, ils n’appréciaient les effets du crédit que par rapport à cette dernière espèce de richesse. Ainsi, lorsque des charrues sont données à loyer, pendant que leurs propriétaires ne les utilisent pas , ces économistes ont raison de dire que la richesse d*usage générale (qu’ils appellent simplement richesse), considérée par rapport au nombre des charrues dont un pays peut disposer, n’a pas augmenté; mais ils doivent reconnaître que sa richesse évaluée s’est accrue : 1® parce que, les charrues servant plus souvent, la production a été surexcitée; 2® parce que le loyer des charrues accroît en même temps et le capital de leurs propriétaires , et la richesse évaluée nationale.

Nous ajouterons que le développement du crédit, en donnant une plus-value aux maisons, n’augmente pas pour cela la richesse dhisage des

habitants d’un pays par rapport à ces maisons, lesquelles restent toujours en même nombre, et I ne prennent ni plus d’élégance ni plus de confort ; mais il accroît la richesse évaluée de ces

habitants. Du reste , au moment où une révo-

lution éclate dans une contrée, on peut parfaitement apprécier la différence des actions qu’exerce le crédit sur sa richesse évaluée et sur sa richesse d'usage. En France, par exemple, i nous avons vu, en 1848, la richesse évaluée diminuer de moitié ou du tiers, en raison de ce que les propriétés paraissaient menacées. La richesse d'îisage a-t-elle diminué dans les mêmes proportions? Réellement non. Il est très-peu de personnes qui se soient privées du tiers de ce qu’elles consommaient d’habitude en nourriture, en habillements, et même en logements L

Lr

^ Déjà depuis longtemps nous avons démontré mathématiquement que le crédit accroît le capital d'une nation. M. Macleod, éminent économiste anglais, dans son Dictionnaire d'économie politique^ se réunit à nous pour donner à cette vérité une nouvelle consécration.

it:

fi

Page 1