CHAPITRE XXI
Du produit net et 5u proîiutt brut
Quelle est la source de nos revenus ?
Nos revenus découlent du produit brut et du produit net que l’homme obtient au moyen de son travail et de ses capitaux.
Qu'est-ce que le produit brut et le produit net?
Le produit brut est la valeur de toutes les choses que l’on retire de l’exploitation d’une industrie pendant une année. Le produit net est ce qui reste de cette valeur lorsqu’on en a retranché l’intérêt du capital employé , les salaires, les honoraires et autres frais.
J, -B. Say ne pre'tendait-il pas que le produit
brut chez une nation se confondait avec le produit net ?
J. -B. Say n’avait jamais calculé la valeur des capitaux engagés que possède une nation (comme il l’avoue franchement du reste). S’il avait fait ce calcul , il aurait reconnu que ces capitaux n’existent qu’à la condition de donner un produit net, et il aurait apprécié à sa juste valeur ce produit net, qui est soldé chaque année aux capitalistes. Or, comme le produit brut se compose non-seulement de ce produit net, mais encore de toutes les autres valeurs créées annuellement pour rémunérer les entrepreneurs et les travailleurs de toute sorte , il est évident qu’une nation a tout à la fois un produit brut et un produit net, qui diffèrent complètement l’un de l’autre.
A combien évaluez-vous en France le capital national f le produit brut et le produit net?
Le capital de la France s’élève à environ 160 milliards; nous estimerons son produit net à 6 milliards, et son produit brut à 25 mil-
lînrrlc
• Voici à peu près comment le produit brut se décompose :
1“ Produit brut de l’agriculture. 5,000”'" ‘ 2“ Idem de l’industrie et
du commerce
3" Idem des maisons ne servant à aucune exploitation ....
4" Idem immatériel . . . . . .
Expliquez-nous comment il se fait que le produit net de la France^ 6 milliards, soit aussi faible relativement auproduit brut, 25 milliards, c’est-à-dire un peu moins du quart.
Rien de plus facile. Un revenu net de cent mille livres de rentes, surtout s’il résulte d’une exploitation industrielle, est accompagné d’un produit brut six et sept fois plus* considérable. (Nous connaissons même une houillère de laquelle on retire chaque année des charbons pour plus de 1 million de francs , et qui cependant ne rend que le dixième de cette somme à ses actionnaires.) Le produit brut serait donc sept à huit fois plus considérable que le produit net, si dans l’agriculture il n’y avait pas moins d’écart entre ces deux espèces de produits; le plus souvent, en effet, le premier n’y est que le double ou le triple du second. On voit ainsi que, tout compensé, on s’éloigne assez peu de la vérité en admettant que le produit brut de la France est environ quatre fois aussi considérable que son produit net.
mm
mm
mm
* Ce nombre , qui figure habituellement dans les ouvrages économiques , nous paraît beaucoup trop faible. Il est probable qu’on a eu le tort de ne pas faire entrer dans le calcul de sa détermination les marchandises que les cultivateurs confectionnent pour leur usage.
* Cette somme se compose des émoluments, honoraires, traitements, rémunérations, etc., attribués aux fonctionnaires publics , aux notaires , aux avoués , aux médecins, aux artistes, aux hommes de lettres, etc. Les produits immatériels incorporés aux fabrications n’y sont pas compris.
3 Pour se rendre compte de la possibilité d’un produit brut aussi élevé, il faut considérer que le revenu de chaque citoyen se paye sur le revenu des autres. Ainsi les salaires des ouvriers, les honoraires des professeurs, des médecins, des chirurgiens, etc., sont payés sur les revenus de ceux qui usent de leurs services.
GATËCÜISME
J0C la biûtribution îica reoemta fittrc Ica copitoliatca et lc6 bioera traoaiUeura.
Comment se fait la distribution de nos revenus ?
Lorsqu’un industriel se procure la matière première qui lui est indispensable , il rembourse au fournisseur toutes les avances que cette matière a exigées pour être produite, et par conséquent toutes les portions de revenus afférentes aux personnes qui ont aidé à la procréer. En suivant tous les produits , au fur et à mesure qu’ils se transforment et se consomment, on verra que leur valeur se répand successivement entre une foule de producteurs. — Pour le coton , par exemple, le négociant l’achète brut au planteur, puis le fait transporter au Havre, où il est vendu aux enchères. Dans cette vente sont acquittés les frais de premier achat , ceux de navigation et d’entre-
positaire. — On le file, on le teint, on le tisse, on le coupe, on lui donne une forme; alors un débitant l’acquiert , en soldant toutes les avances qu’il a coûté. De ce dernier, il passe enfin au consommateur, qui se trouve avoir payé, pour le vêtement qu’il porte, des travailleurs dans toutes les parties du monde.
Dans la répartition du produit brut d'une nation, vaut-il mieux ou bien que la part afférente aux travailleurs soit considérable , le revenu net s'amoindrissant, ou bien que cette part des travailleurs soit faible et que le revenu net soit très-grand ?
Dans le partage du produit brut entre les capitalistes et les travailleurs, il est une certaine proportion qu’il serait désirable de voir s’établir. Si l’extrême concurrence de ces der-
niers fait diminuer leur salaire, le produit net et le capital s’augmenteront. Sans doute, jusqu’à un certain point, c’est un avantage pour une nation; mais, si le produit net est exagéré , les conséquences en sont désastreuses, car les travailleurs perdent l’aisance à laquelle ils ont droit,
2in , CATÉCHISME
et la population se flétrit et dégénère. — D’un autre côté, si, en raison d’une forte demande de bras, le salaire s’accroît outre mesure, comme le produit net diminue, le capital national diminue aussi, et il est inutile de rappeler tous les inconvénients qui s’ensuivent.
Mais si lapoiHion du produit brut obtenue par les travailleurs s'accroissait de plus en plus par suite de gp^es bien dirigées, ne serait-il pas possible, en prélevant de petites sommes sur chacun d'eux, de réunir des capitaux aussi productifs que ceux que peuvent fournir actuellement les capitalites ?
Evidemment non, car dans chaque industrie le salaire des travailleurs absorbant presque entièrement le produit brut , ce ne serait plus l’intérêt individuel, mais bien l’intérêt social qui seul présiderait à la création des ouvrages importants; et l’on n’ignore pas le peu d’énergie de son action. — Ensuite, s’ils ne doivent rien rapporter, comment se procurer les capitaux nécessaires à une exploitation ? Il faut
dra donc recourir à une collecte, ou plutôt à un emprunt forcé. Dès lors, que peut-on attendre d’un pareil. système.
Elc la réefroc b’une nation.
Qu'est-ce que la réserve d'une nation?
Une nation bien administrée et en voie de prospérité , au lieu de consommer tout, ce qu’elle produit, augmente chaque année ses fonds productifs , car, ses consommations devenant incessamment plus considérables, il faut absolument y pourvoir. Cette augmentation annuelle des fonds productifs, accrue des marchandises qui n’ont pas été consommées , compose ce que l’on appelle la réserve d’une nation. — Cette réserve est à notre époque, pour la France, d’une valeur d’environ 1200 à 1500 millions de francs par an.