‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 47 sur 73 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Du revenu des divers eapitaux, et de Tusure.

Les revenus des terres , des maisons , du numéraire^ etc., appelés fermages, loyers, intérêts, etc., sont-ils toujours proportionnels à la valeur des divers capitaux qui donnent naissance à ces revenus ?

Il y a toujours une très-grande différence entre les revenus de divers capitaux ayant la même valeur. D’abord, le revenu de chacun d*eux subit la loi de l’offre et de la demande. La location des maisons, des domaines, et même des métaux précieux, est-elle très-recherchée, le revenu annuel des capitaux que ces diverses marchandises représentent s’accroît. Ensuite les capitaux qui offrent le plus dfe chances de perte donnent toujours plus de

revenus que ceux dont il est presque impossible de dépouiller le propriétaire. Ainsi, les domaines ne rapportent annuellement, en général, que 3 à 4 p. 0/0, tandis que le revenu des métaux précieux est souvent de 6 p. 0/0 et plus.

Chez tous les peuples, le taux du revenu dans la location des capitaux résulte-t-il toujours de la concurrence seule ?

Oui, en exceptant toutefois le numéraire, dont l’intérêt, d’après les lois françaises et d’après celles de plusieurs autres pays, ne peut dépasser un certain quantum.

Et pour quelle raison?

Autrefois on ne connaissait guère d’autre exploitation que celle de la terre, car le commerce et l’industrie existaient à peine. Or, l’abondance du bétail et la simplicité des instruments aratoires ne nécessitant presque jamais l’aide du numéraire, il était inutile de recourir aux métaux précieux pour accroître la production agricole. Comme ces métaux n’étaient destinés qu’à acquérir les marchandises servant à

la consommation journalière, en général on ne les prêtait qu’aux personnes dans l’infortune, et trop souvent on profitait de leur malheureuse position pour la rendre plus affreuse encore. De là le nom d’usure; de là les plaintes des philosophes moralistes; de là les théories contre le revenu des métaux précieux, qui n’avait aucune raison d’être, disait-on, puisque l’or et l’argent par eux-mêmes étaient complètement improductifs.

Depuis les insignes progrès que les industries commerciales, manufacturières et agricoles ont faits chez toutes les nations , on doit maintenant convenir que les choses se sont singulièrement modifiées. Le numéraire est devenu producteur au premier chef, et on ne peut même plus concevoir une production sans son auxiliaire. Rien ne doit donc plus s’opposer à ce qu’il ait un revenu libre, dépendant de la seule concurrence, comme tous les autres capitaux.

Mais, si les choses se sont modifiées, il n’en est pas de même des esprits. Nos législateurs,

dont l’éducation économique n’est pas ici au niveau de la science , tiennent toujours aux anciens usages, et en France le taux de l’intérêt de l’argent est fixé à 5 p. 0/0 pour les particuliers et à 6 p. 0/0 pour le commerce.

Quelle inconséquence cependant que de permettre à un industriel de vendre un objet quatre fois ce qu’il lui a coûté, c’est-à-dire de tirer souvent un intérêt de 300 p. 0/0 et plus par année d’une certaine marchandise, tandis que le possesseur de numéraire ne peut faire produire à ce numéraire, pendant le même temps, que cinq ou six fois le centième de ce qu’il vaut.

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