CHAPITRE IV
Effet de la con«ommatiun natnrelle, ou mémo de la destruction brutale des marcliandises, sur raccroissemcnt de la richesse é\’aliiée d*un pays.
La destruction brutale des diverses utilités d'un 'pays fait-elle toujours accroître ses capitaux ?
Tant s’en faut. Il est vrai qu’une consommation dite improductive, et faite à propos, est en général favorable au développement des capi" taux; mais si, dans une folle ivresse, des jeunes gens se divertissent àbriser de la vaisselle, des glaces, des lustres, etc.; si, dans un moment d’effervescence révolutionnaire, le peuple ne laisse aucune vitre aux fenêtres d’une ville, cette destruction fait presque toujours diminuer la richesse evalue'e nationale. — ï.es fabri-
cants de ces objets brisés gagneront sans doute un débouché à des actes d’un tel vandalisme, mais certes aux dépens de la richesse nationale.
Quel est le motif qui guide le peuple et cette folle jeunesse dans ces actes reprochables ?
Le peuple a trop l’instinct de sa richesse d'usage pour détruire du grain, abattre le bétail , brûler les étoffes communes , car toutes ces choses lui sont destinées. Mais, par une fatale aberration, il pense que les classes supérieures de la société possèdent des richesses immenses, indéfinies, et qu’en incendiant leurs châteaux, leurs palais ou ce qu’elles consomment seules, elles se hâteront de remplacer ce qu’il aura anéanti. Et là est son erreur. C’est à l’économie politique de l’éclairer, en lui faisant comprendre que le travail donné par les riches est en général proportionnel aux capitaux dont ils disposent, et qu’en anéantissant ces capitaux il se fait tort à lui-même. — Quant à cette folle jeunesse, on est bien forcé de reconnaître que, lorsque l’homme n’a plus sa raison pour le guider, l’instinct de la destruction, ainsi que chez
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certaines bêtes, prédomine en lui. Toutefois, dans cette circonstance, il brise ce qui lui appartient, tandis que le peuple, relativement aux faits que nous venons de rapporter, n’a pas la
même excuse.
Cependant vous nous avez dit que les Hollandais avaient accru leur richesse évaluée en détruisant une certaine quantité de marchandises (épices) qu'ils possédaient. Il est donc des circonstances dans lesquelles ce procédé brutaU barbare, tout en nuisant à la richesse d’usage, peut être favorable à la richesse évaluée?
Oui, il en est plusieurs, et une nation peut accroître parfois sa richesse évaluée en détruisant avec brutalité les articles de commerce qu’elle possède . La plupart du temps, c’est à l’ex pression de la richesse évaluée qu il faut en appeler pour être certain de cet accroissement Néanmoins, dans les cas suivants, qui concernent non-seulement la destruction brutale , mais encore la consommation ordinaire, il est possible de se prononcer sans son secours.
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