CHAPITRE VI
Ce que l’on doit appeler obiet» de luJte.
A plusieurs reprises, vous ave% parlé des objets deluxe; pouve%-vous préciser ce qu'on
doit entendre par ces mots ?
Rien, au premier abord, ne paraît plus facile à définir que l’objet de luxe; mais, en y réfléchissant , cette définition présente les plus
grandes difficultés.
Ce qui n’est pas indispensable n’est pas toujours un objet de luxe ; autrement tout serait objet de luxe, sauf une caverne pour s’abriter, quelques haillons pour se couvrir, et les aliments les plus communs pour soutenir son exi-
stence.Veut-onreconnaîtresiun objet est deluxe,
il faut tenir compte non-seulement de son prix, mais encore des habitudes et de la position de
fortune de celui qui doit en faire usage. Ainsi, un couvert d’argent, qui est un objet de luxe pour le pauvre, est presque une nécessité pour le riche. En nous résumant, nous croyons pouvoir dire , sans avoir la prétention de donner une définition , que tout objet qui n’est pas aussi indispensable qu’une chaumière , qu’une couverture grossière, qu’un aliment des plus communs, est d’autant plus de luxe qu’il satisfait plutôt nos goûts que nos besoins , et qu’il est moins facile de l’acquérir avec nos revenus.
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Qu est-ce que V absentéisme ?
C’est l’acte de la personne riche qui abandonne le pays où ses biens sont situés, pour aller habiter une autre contrée et y dépenser ses revenus.
L'absentéisme augmente - 1 - il la richesse d’usage de la nation chez laquelle on vient résiderai
Divers économistes, entre autres J. B. Say, et surtout Mac Gulloch, affirment que le touriste n’ajoule presque aucune richesse à la contrée qu’il parcourt. Nous prétendons, au contraire, que, lorsqu’un étranger vient dépenser dans un pays, en France par exemple, tous les ans 50,000 francs, il augmente le capital de
de cette nation d’une somme que nous évaluons à environ six fois ce revenu , ou
300,000 fr.
Sur quels raisonnements vous fondezrvous pour arriver à un pareil résultat ?
Jusqu’ici , pour apprécier les avantages que procurait un voyageur, on ne s’occupait bien à tort que des bénéfices faits par les personnes qui traitaient directement avec lui, et que l’on calculait à raison de 5 0/0 des dépenses faites, tandis qu’il est essentiel de tenir compte d’une foule de bénéfices indirects. — La location d’un appartement à ce voyageur, en même temps qu’elle est profitable au propriétaire de l’immeuble, ne contribue-t-elle pas à entretenir l’existence d’une quantité d’individus : maçons, peintres, tapissiers, ébénistes, etc., employés soit à sa construction, soit à ses réparations, soit à son ameublement? — Le dîner que consomme un touriste dans un hôtel, tout en accroissant les recettes du maître de cet hôtel, ne contribue-t-il pas à faire vivre une foule de personnes telles que cuisiniers, maraîchers, la-
boureurs, etc. ? De là il résulte nécessairement que le capital représenté tout à la fois par la terre, les manufactures et les maisons, s’accroît en proportion des dépenses faites par un étranger.
Certes, il serait très - difficile d’apprécier un à un les profits d’une contrée, relativement à chaque service direct ou indirect qu’elle rend à un voyageur, et d’obtenir la somme ,de tous ces gains partiels ; mais on peut y parvenir en opérant sur leur totalité.
Faisons observer d’abord que le capital d’une nation s’accroissant à mesure que sa population aisée devient plus dense, on peut le considérer dans d’étroites limites comme se développant proportionnellement à cette population. De plus, nous admettrons, d’après des statistiques assez généralement acceptées , que la France , avec trente-six millions d’âmes et un capital de 160 milliards, crée chaque année un produit brut, matériel et immatériel, de 25 milliards. Il suit de là que, moyennement, chacun de ses habitants possède un capital de 4,300 fr..
et consomme chaque année des marchandises pour une valeur de 700 fr. — En partant de ces bases , un étranger vient-il à dépenser constamment en France un revenu de 50,000 francs , il force par cela seul , d’une part , la population à s’augmenter pour ainsi dire de 71 satellites, car en moyenne nous savons que chaque habitant exige annuellement [700 francs pour sa dépense, et, d’une autre part, il donne au capital français un accroissement de 300,000 francs, produit de la multiplication de 4,000 par 71.
Mais, si V absentéisme est profitable au pays d’élection, nén résulte-t-il pas qu’il est funeste à la richesse évaluée du pays abandonné ?
Sans aucun doute. La richesse apportée par le touriste n’est qu’une richesse déplacée. Du moment que la richesse évaluée du pays d’élection s’est accrue, celle du pays abandonné doit nécessairement décroître , dans des proportions qui se rapprochent, et qu’il serait facile de calculer par la méthode que nous avons indiquée.
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Pouvez-vous citer des pays ou V absentéisme a été nuisible ?
Il en est plusieurs, l’Irlande et les Grandes- Indes, par exemple : on peut même avancer, sans être contredit, que la plupart des colonies souffrent de l’absentéisme et en ont singulièrement souffert.
Les tributs payés par les nations vaincues n'ont-ils pas un effet analogue à V absentéisme ?
Complètement analogue; et la théorie que nous venons de donner de l’absentéisme explique pourquoi ces nations, au grand étonnement des Romains, ne pouvaient leur payer le même tribut qu’elles payaient à leurs souverains avant la conquête. En les appauvrissant d’un capital six fois plus considérable que le montant du tribut qu’on levait sur elles , on détruisait leur facultés productrices. Au contraire, un impôt convenablement perçu et administré sagement n’est pour un pays qu’une nouvelle source de richesses. ^
' Voyez noie Y.