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accroître sa production et sa richesse évaluée. L’investigation à laquelle nous allons nous livrer va rendre cette vérité palpable.
Voyons d’abord les billets de banque :
1” Si toutes les transactions se faisaient en échangeant toujours marchandises contre matières d’or ou d’argent, il faudrait, dans des pays tels que la France et l’Angleterre, une masse de numéraire bien plus considérable que celle qui s’y trouve. C’est aux billets de banque que l’on doit on partie cette épargne. Les espèces sonnantes économisées par cette valeur fiduciaire se placent à l’étranger, et rapportent un intérêt ou revenu net qui augmente la valeur du terme dMm (I — N) dans l’expression de la richesse évaluée que l’on connaît : PR rfMm (1— N) -f Mm -f- A — C.
2® Si l'on porte les yeux sur la Banque de France, par exemple, n’a-t-on pas vu ses actions monter au triple, au quadruple du chiffre primitif, en raison des 700 à 800 millions de francs en billets que son crédit lui a permis d’émettre; et en même temps n’est-on pas certain que le pays tire lui-même un grand bénéfice de celte émission? Delà, encore, un accroissement dans la valeur des deux termes A etdUm (I — N).
3° Lorsque les billets de banque ont cours à l’étranger, et que, malgré leurs remboursements successifs, il s’en maintient au dehors pour une certaine somme, évidemment cette somme sera rentrée en numéraire ou en marchandises dans l’intérieur du pays où ils ont été émis , et ce pays devra pour ce motif aux billets de banque une augmentation dans sa richesse évaluée.
4° Les billets émis par les banques, en faisant bai.s-
ser le taux de rintérêt, activent le commerce, l’industrie, et par cette raison procurent derechef de grands et très-grands profits, qui feront nécessairement accroître les nombres représentés par les expressions rfMm (I — N) et A.
Passons maintenant aux titres fiduciaires désignés par le nom d’actions, d’obligations.
Ils servent déjà, comme chacun sait, à appeler et grouper les petits capitaux pour fonder de grandes entreprises; mais leur utilité est plus grande encore.
Pour apprécier cette utilité tout entière, considérons une terre d’un seul tenant et de quelques milliers d’hectares. 11 est incontestable que, si cette terre ne peut se morceler de manière que toutes les parcelles soient à la convenance de nombreux acquéreurs, elle subira, en se vendant, une grande réduction de prix, et il en est de même de toutes les exploitations industrielles.
Eh bien, les actions et obligations qui ont permis de réunir une forte somme (Ui numéraire, pour constituer une industrie, en maintiennent encore à un haut prix le capital par l’état de division où elles le réduisent constamment. Ces titres ont donc un effet analogue à celui des billets de banque sur le terme f/Mm (I -N).
Quant aux lettres de change, l’industriel qui présenterait toutes les garanties convenables d’ordre, de probité, d’intelligence, et qui posséderait même des richeses importantes, toutefois non réalisées en métaux précieux, serait (luelquefois bien impuissant pour produire, ’il était abandonné à ses seules ressources. Avec le secours de la lettre de change, il se procure du numéraire, et donne un nouvel essor à ses fabrications.
NOTKS.
Ifl 4
La lettre de change, en faisant accorder des délais pour les payements, permet encore au consommateur de renouveler plus fré(iuemment ses acquisitions. La demande s’accroissant, l’industriel multiplie ses bénéfices; nouvelle cause d'augmentation pour la richesse évaluée.
Nous nous garderons de dire que les richesses d’un État sont augmentées parla valeur propre, par la valeur intrinsèque des titres fiduciaires ; mais nous certifierons qu’elles leur doivent une rapide expansion, parce que ces titres servent utilement et énergiquement d’agents, de moyens, de facteurs, d’instruments, d’outils, de machines, pour produire ces mêmes richesses.
Le crédit sur lequel reposent les titres fiduciaires est donc bien la cause d’un accroissement dans la richesse évaluée ; ce sera, si l’on veut, une cause indirecte, mais toujours une cause incontestable.
Note Y, page 250.
IDiôfUSôinn rrlntioc n In tl]ct)ric îic l’fib?cntfiômf.
Cette théorie de l’absentéisme a donné lieu, dans une séance delà Société de statistiijiie, à la discussion suivante, discussion à laquelle ont pris part MM. Wohuvsfd,
NOTES
membre de riiistilut ; Dapuît, inspecteur ^^énéral des ponts et chaussées; Le Ilir^ docteur en droit.
M. Dupuil, inspecteur général des ponts et chaussées. — La méthode qu’emploie M. du Mesnil - Marigny pour évaluer raugmenlation de richesse produite dans une ville par le séjour d’un étranger qui vient y dépenser ses revenus ne me paraît pas rationnelle, 11 n’y a pas là augmentation de richesses proprement dite, il n’y a qu’un déplacement dans la production et la consommation. Si cet étranger était resté chez lui, il y aurait dépensé ses revenus, et d’autres personnes auraient
réalisé les profits qu’il a fait faire aux habitants de la ville. 11 ne faut pas perdre de vue que cet étranger consomme les produits qu’il achète, et que les bénéfices
de ceux (|ui les lui vendent ne sont pas l’équivalent de
ses dépenses. S’il a dépensé ou consommé pour 50,000 fr. de produits, ceux qui les ont fabriqués ou vendus n’ont peut-être réalisé qu’un bénéfice de 1 0,000 fr. On s’égare, du reste, toutes les fois qu’on veut évaluer la richesse publique en argent, parce que la valeur des produits diminue par le bon marché quand leur quantité augmente; de sorte que, pour certaines denrées, la valeur totale augmente quand leur quantité diminue. Si, dans une bonne année, 100 millions d’hectolitres de froment se vendent au prix moyen de 20 fr. riiectolilre, la récolte vaut 2 milliards; si, dans une mauvaise année, 80 millions d’hectolitres se vendent 30 fr., la récolte se vend 2,400 millions. Dira-t-on que le revenu de la France se trouve augmenté de 400 millions ? De même pour le vin et pour une foule d’autres objets. On dénio-
NüTES.
lirait la moitié de Paris que l’autre moitié vaudrait peut-être plus que le Paris actuel. La hausse des valeurs ne correspond donc pas à une augmentation de richesse, puisque la hausse qui profite au producteur nuit au consommateur. Quand on veut se rendre compte de l’effet d’une mesure économique, il ne faut pas considérer son effet sur les prix, mais sur la production. 11 faut voir si elle augmente la quantité ou la qualité des choses qui ont la propriété de satisfaire nos besoins matériels ou intellectuels.
M. du Mesnil-Marigny. — La richesse qui se développe dans un pays, lorsqu’un opulent étranger vient y dépenser ses revenus, évidemment n’est pas une nouvelle richesse créée, mais bien une richesse déplacée. En restant chez lui, le touriste en aurait fait profiter son pays. .\ussi n’y a-t-il aucune discussion à élever sur ce point. Mais, si quelqu’un estimait que la France accroît son revenu de 400 millions dans l’hypothèse citée par M. Dupuit, pendant une année de disette, c’est qu’il se servirait d’une méthode défectueuse pour apprécier ce que j'appellerai sa richesse de valeur.
La richesse de valeur d’un pays doit s’apprécier au moyen d’une expression à laquelle nous ne donnerons ici, pour plus de simplicité, que trois termes :1e premier renfermant la valeur de ses capitaux engagés et de toutes ses réserves ; le second, la valeur de sa production annuelle, et le troisième (que l’on doit retrancher de la somme des deux premiers), se composant de la valeur de la consommation annuelle.
Or, la France, dans une année de disette, où elle ne récolte que 80 millions d’hectolitres de grains, valeur
NOTES
!2 milliards 400 millions, à 30 fr. riiectolitre, taisant à peu près la même consommation qu’en temps normal, où elle récolte et consomme 100 millions (riiectolitres de grains, ù ^0 IV. l’hectolitre, valeur 2 milliards, est obligée d’acheter à l’étranger pour 20 millions d’hectolitres, au taux de 30 tV.
Dès lors, dans l’expression de la richesse, le terme de la consommation dépasse de 600 millions celui de la production, et la richesse générale, loin de s’accroître, décroît au contraire de 600 millions.
L’observation de M. Diipuit sur l’accroissement des valeurs par la diminution des quantités est très-fondée. Il est certain qu’on peut augmenter la valeur d’une quantité de marchandises lors(iu’on en détruit une partie. On sacritie dans ce cas la richesse de bien-être à la richesse de valeur.
C’est ainsi que l’histoire constate qu’à certaines épo- (jues, les Hollandais ont jeté à la mer des chargements de denrées coloniales, pour donner une plus grande valeur à ceux qu’ils conservaient.
De l’observation deM. Diipuit il résulte donc uni([uement qu’il faut, pour bien connaître la richesse d’un peuple, tenir compte et de sa richesse de bien-être et de sa richesse de valeur.
Je suis complètement de cette opinion; seulement je dois faire observer que, dans ma note sur l’absentéisme il n’a été question que de la richesse de valeur.
Toutefois, j’ajouterai que la richesse d’usage d’une contrée est peu modiliée par le séjour qu’y fait un touriste, attendu ({ue cha([ue marchandise qu’il consomme est remplacée par une marchandise de même valeur
NOTES. 323
(numéraire ou denrée) qu’il fournit en échange. Cette contrée, relativement au nombre de ses habitants, n’éprouve donc presque aucune réduction dans ses objets de consommation.
Cn membre. — A quoi bon distinguer la richesse de bien-être de la richesse de valeur, puisque plus on a d’espèces, plus on peut consommer?
M. du Mesnil-3larigny. — Ces deux richesses sont d ’une nature toute différente : la richesse de bien-être, qui est relative au nombre des besoins que l’on peut satisfaire, diffère peu dans les divers pays. En effet, les productions annuelles sont-elles supérieures à la consommation, une population nouvelle ne manque pas de surgir pour se les partager. Un déficit vient-il à se déclarer dans les productions ordinaires, une plus grande mortalité rétablit l’équilibre entre les subsistances et la population. D’où il résulte que la richesse d'usage ne diffère pas très-sensiblement d’un pays à l’autre. Il en est tout autrement de la richesse de valeur. N’est-il pas incontestable que l’Angleterre, à égalité de territoire ou de population, possède une richesse de valeur cinq à six fois plus grande que celle de la Russie?
D’ailleurs, la puissance et la prépondérance des peuides est plutôt proportionnelle à la masse des capitaux tiu’ils possèdent qu’à leur richesse de bien-être.
4/. lUo/oîcsAi, membre de l’Institut, président.— Jen’ai pas entendu la lecture du travail de M. du Mesnil-Marigny; je ne saurais donc en étudier, en ce moment, les principes. Je me bornerai à une observation générale. La méthode (lui consiste à tenir exclusivement compte de la richesse évaluée, au lieu de s’attacher à la richesse
3‘iü NOTES.
d'ulUllè, substitue une valeur nominale à la possession d’avantages réels. C’est ainsi que, pour citer un exemple, lorsque les chemins de fer seront revenus entre les mains de l’Étal, il y aura en apparence une suppression considérable de capitaux et de revenus particuliers, et cependant la richesse réelle du pays se sera sensiblement accrue si l’État, qui n’aura pas de dividende à distribuer à des actionnaires, réduit les anciens tarifs.
11 suffit de signaler un lésultat de cette nature pour se tenir en garde contre les conclusions de M. duMesnil- Marigny. Produire beaucoup et consommer beaucoup valent mieux que produire peu et consommer peu, bien que, dans ces deux cas, il ne reste qu’une même quantité épargnée.
Quant à l’élévation des prix, il importe de distinguer celle qui provient de l’augmentation de l’aisance générale et d’une demande accrue de celle qui tient à des moyens artificiels ; dans le premier cas, l’équilibre de tous les intérêts se maintient; dans le second, l’intérêt du plus grand nombre est sacrifié au bénéfice de quelques-uns. Pour se donner la triste satisfaction d’aligner de plus gros chiffres, on diminue ce qui constitue le fond même de la richesse véritable, et, comme le chien de la fable, on lâche la proie pour l’ombre.
M. duMesnil- Marigny. — 11 n’y a qu’une légère nuance entre l’opinion de M. le président et la mienne. Ainsi que lui, je pense qu’il ne faut pas s’attacher exclusivement à la richesse évaluée et qu'il faut s’occuper aussi de la richesse d'utilité, chacune de ces deux sortes de richesses ayant une grande importance.
Quant aux chemins de fer, lorsqu’ils seront passés
NOTES
des mains des particuliers dans celles du Gouvernement, l’expression que nous avons donnée pour mesurer la richesse évaluée d’un pays montrera (jiie la somme de ses capitaux, loin de décroître en raison d’une diminution dans les nouveaux tarifs et en conséquence d’une perte partielle dans la valeur des chemins de fer, se développera au contraire, attendu que les frais de transports, pour toutes les industries nationales, seront beaucoup moindres.
J/. Le//î?’. —Je considère comme certain, pour revenir au mémoire de M. du Mesnil-Marigny, que les 50,000 fr. jetés en excédant, par un étranger, dans Paris,
1° Excitent le travail local et la production locale,
2" Appellent les produits du dehors et accroissent la production générale,
3° Augmentent le commerce extérieur, qui doit répondre aux besoins nouveaux, et en définitive donnent un grand essor à la richesse publique.
{Extrait du Jocun.vl de la Société de Statistiole de Paris.)
ELN DES -NOTES.
VNNEXES.
ANNEXE I
Kf^ponsc à 11. Th. .U.4X.\EQLI\ , ineiiibrc de la Société d*Économio |iolitique et de Statistique de Paris.
Dans un ouvrage tout récent et très-remarquable à beaucoup d’égards, intitulé Travail et liberté, M. Mannequin prétend qu’on ne peut faire accroître la richesse évaluée d’une nation par le fait du système protecteur. « Vous pouvez bien, dit-il, au moyen de droits de douane, élever le prix d’un produit, mais immédiatement alors toutes les autres marchandises (y compris les immeubles de diverses natures : terres, usines, maisons, etc.), ne manqueront pas de se déprécier, parce que la somme des valeurs nationales doit rester toujours invariable.
Voici du reste comment s'exprime ce publiciste : te M. du Mesnil -Marigny croit avec beaucoup de monde que, si la valeur d’un produit particulier s’élève,
ANiNEXKS.
la somme des valeurs romposanl la fortune publique s'élève en même temps et d’autant. De là son désir de faire augmenter la valeur de certains produits au moyen de la protection. Mais il fuiblie qu'à cette auc/mentalion arbitraire correspond forcément une baisse équivalente d'autres produits, et qu’à la gène qui en résulte pour la production générale correspond en outre une diminution de la fortune publique...
Cette objection ne nous paraît i>as même spécieuse. En effet :
1" Lors(|u’à la suite d’une révolution, le droit de pro- I priété est contesté, est-ce que le capital d’une nation ne
se réduit pas immédiatement d’une quantité prodigieuse, bien qu’aucune marchandise n’ait été exportée ou détruite? Inversement, lorsque le crédit renaît dans un pays, est-ce que les capitaux ne semblent pas sortir de dessous terre? II n’y a donc pas égalité constante dans la somme des valeurs que possède une nation.
tî” Nous n’avons jamais eu l’intention de faire hausser, au moyen du système protecteur, la valeur des produits, dans le but d’augmenter directement par cette hausse la richesse évaluée d’une nation. Si, par suite de l’application de ce système, on fait hausser i la valeur d’un produit, c’est uniquement afin qu’on
profite des grands bénéfices que sa fabrication est à même de donner. (Nous avons démontré, page 421, qu’en général on retirait plus de bénéfices de l’industrie que de ragriculture.) — Nous ajouterons que la hausse du prix d’un produit, par elle-mème, n’a presque aucune action sur la richesse évaluée nationale , attendu que , d’après son expression, la valeur d’un produit étant
ANNEXES
comprise en même temps et dans le terme de la production, qui est positif, et dans celui de la consommation, qui est négatif, ces deux termes se détruisent sensiblement l’un par l’autre.
3“ Quant à la gêne qui résulte du système protecteur, et à laquelle correspond une diminution dans la fortune publique, nous démontrons, page 158, qu’en déduisant les sommes perdues parles consommateurs des bénéfices qu’une protection intelligente fait obtenir aux producteurs de toute sorte, il y a un boni réel qui accroîl nécessairement la richesse évaluée nationale.
Nous ne pouvons trop le répéter, il s’agit pour nous constamment et tout spécialement du capital engagé qui sert à produire, capital dont on doit chercher à accroître la valeur par une protection judicieuse \ quels que soient les prix, élevés ou bas, qui peuvent en résulter pour les produits.
> Nous avons prouvé que souvent la protection était nuisible.
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ANNEXES