‹ Catéchisme de l'économie politique basée sur des principes rationnels [microform]Chapitre 7 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la richesse évaluée et de la richesse d*usage

des États.

La richesse d'usage et la richesse évaluée en espèces sont-elles de même à considérer lorsque Von veut apprécier la richesse d*une nation ?

Assurément.

Mais la quantité d’espèces que peut se pro-

I curer une nation , ou autrement sa richesse évaluée, n’est-elle pas proportionnelle à sa richesse d’usage, puisque plus on a d’argent,

plus sont nombreux les objets que l’on peut consommer ?

Non ; et ce que nous avons démontré poulies particuliers s’applique également aux nations. Supposons deux peuples également

nombreux et jouissant de la même aisance, c’est-à-dire que, relativement aux climats sous lesquels ils vivent, ils produiront annuellement des marchandises de telle qualité et en telle quantité, que , chez l’un et l’autre, chaque individu aura moyennement à sa disposition le même nombre d’unités d’existence \

Or, le prix de l’unité d’existence varie du simple au double, et plus encore, de pays à pays. N’en résulte-t-il pas que si, pour subvenir à des besoins urgents , chacun de ces peuples fait une économie d’un cinquième sur ses productions annuelles, l’un disposera seulement de iOO millions de francs, par exemple, lorsque l’autre , sans se gêner davantage , pourra disposer de 200 millions? — Deux peuples peuvent donc avoir une même aisance et une richesse de valeur différente.

Nous ajouterons que l’accord est loin d’être unanime entre les publicistes, pour décider

qui de la Russie, de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre, etc., a la plus grande richesse d'usage. — La difficulté qu’ils éprouvent dans ce classement doit être attribuée à la différence peu marquée qui existe entre ces diverses richesses, et l’explication de cette minime différence n’est pas difficile à donner. En effet, les productions annuelles dans un pays sont -elles supérieures à la consommation : là bientôt une population nouvelle ne manque pas de survenir. Ces productions éprouventelles, au contraire, un déficit : une plus grande mortalité vient presque à l’instant éclaircir les rangs de la population. D’où il résulte que la richesse d'usage normale des peuples s’élève partout à peu près au même niveau.

— Mais ce que personne n’oserait mettre en doute, c’est la supériorité de l’Angleterre sur la Russie par rapport à la valeur des marchandises de toute espèce que ces deux nations possèdent , à égalité de surface de territoire et même de population. Les richesses d'usage des divers navs ne sont Honp pm

' Voir, page 29, la définition de Vunité (inexistence

proportion avec leurs richesses évaluées \

Pouvez-vous indiquer les conditions particulières d*existence dans lesquelles se trouvent deux peuples dont Vun est supérieur à Vautre en richesse évaluée, en même temps qu*il lui est inférieur en richesse d*usage ?

Ces conditions d’existence sont très-différentes. Certes, le bien-être, c’est-à-dire la possession de tous les objets qui peuvent servir à nous loger, à nous nourrir et enfin à nous donner le confortable, est une richesse qu’ambitionnent et que recherchent avec raison tous les humains; mais il est des satisfactions d’un au-

tre genre après lesquelles ils soupirent et doivent soupirer encore avec bien plus d’ardeur, surtout lorsque l’on sait que les richesses d'usage de chaque peuple ne diffèrent que peu entre elles.

S’agit-il de venger une injure nationale, veulent-ils défendre leur liberté, leur indépendance, ou étendre leur domination au loin!

* Voyez note C.

Pour eux, qu’est-ce alors que le bien-être? Voyez comme ils le sacrifient sans hésitation, , comme ils marchent avec intrépidité au com-

bat, à la mort! Mais leurs efforts seront impuissants sans la richesse évaluée, c’est-à-dire s’ils n’ont pas à leur disposition un grand nombre d’espèces , la puissance des nations à notre époque étant, suivant nous, en rapport avec le capital dont elles peuvent disposer.

Deux peuples sont en guerre : quel est celui ^ qui tiendra en campagne les bataillons les plus

nombreux, donnera à ces bataillons le plus de persistance dans leur action, armera le plus grand nombre de navires et se procurera les engins les plus meurtriers ? Ce sera évidemment celui qui pourra dépenser la somme d’argent la plus considérable, car toutes les marchandises nécessaires pour ces armements ont généralement la même valeur sur toutes es places de l’Europe. Ensuite, comment ansporter des armées, les faire vivre sur des territoires neutres, amis et ennemis, si ce n’est en tant capable de supporter les énormes

frais que de pareilles opérations nécessitent?

Le grand Frédéric partageait bien complètement cette manière de voir. Suivant lui, pour faire la guerre , il fallait trois choses . de 1 ai— gent , de l’argent , et encore de l’argent.

Napoléon lui-même- était de cet avis :

(( La victoire , disait-il , est toujours du côté des plus gros bataillons » ; or , les plus gros bataillons sont à ceux qui peuvent les prendre

à leur solde.

Sans doute on doit tenir compte des qualités guerrières des peuples î mais, il faut le leconnaître, à mesure que la civilisation progresse , les machines offensives et défensives prennent dans les batailles une importance si grande et en même temps s’élèvent tellement de prix, que c’est seulement avec beaucoup d’or qu’on peut les acquérir, les mettre en jeu, et en définitive triompher sur les champs de bataille.

Du reste , la campagne de Crimée, présente à tous les souvenirs, fournit la preuve de ce que nous avançons. La Russie ne manquait ni d’hommes de courage, ni d’ingénieurs habiles;

et, bien qu’ayant à repousser seulement des armées qui venaient de fort loin l’envahir, elle a fini par être vaincue.

Que pouvait-elle, avec un budget de onze cents millions de francs, contre deux budgets dont l’ensemble atteignait ^ quatre milliards?

Lovsquô la richesse évaluée des nations s’accroît , en résulte-t-il seulement qu elles ont plus d’autorité dans le monde, et qu’elles sont plus à même de triompher de leurs ennemis ?

Non-seulement une nation trouve cet avantage dans 1 accroissement de sa richesse évaluée ou de son capital , mais encore les citoyens qui la composent , en raison de ce qu’ils ont chacun, dans le partage général, une importante richesse évaluée, sont nantis des insignes prérogatives que nous allons énumérer

Gomme nous l’avons déjà fait remarquer,

^ Voyez note D.

2 « Le capital (dit M. Rossi) est la vie matérielle des » a mesure de leur civilisation et de leurs progrès.

formes diverses, met en mouvement, anime et double les forces sociales. C’est à l’aide

ces citoyens peuvent jouir tout spécialement des avantages de la locomotion. — Ne savonsnous pas que c’est de 1 Angleterre, pays eminent par sa richesse évaluée, que partent les nombreux voyageurs que l’on rencontre sur tous les points du globe? — Cette faculté de locomotion permet aux peuples d’importer chez eux les meilleurs procédés de fabrication. Elle leur fait apprécier et discerner en connaissance de cause toutes les mesures soit nationales, soit internationales, les plus favorables à leur prospérité. Enfin ils acquièrent, grâce à elle, une maturité, une excellence dans le jugement, qui les rend bien supérieurs aux peuples sédentaires.

A l’aide de capitaux considérables, les citoyens d’une nation peuvent se livrer à une foule d’entreprises lucratives, et multiplier ces mêmes capitaux avec une grande facilité.

Toujours en raison de l’abondance des

« du capital que les hommes se rapprochent , que les goûts a se multiplient , et que peu à peu l’homme s’élève dans « l’échelle de ses besoins et de ses jouissances. »

capitaux, nombre de personnes, ayant une fortune assurée, peuvent consacrer leurs loisirs au perfectionnement des sciences, et à la recherche de tout ce qui étend la sphère de l’homme et ennoblit son rôle sur cette terre.

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