CHAPITRE VI
llesure de la richesse évaluée des particuliers
et des nations.
Comment appre'cie-t-on habituellement en monnaie la richesse des particuliers?
Tantôt en supputant leurs revenus *, tantôt en évaluant leurs meubles et immeubles.
Pouvez-vous de la même manière apprécier en monnaie la richesse d'une nation, ou autrement sa richesse évaluée ?
Bien que la méthode usuellement employée dans la mesure des richesses individuelles soit loin d’être exacte, elle en donne cependant un léger aperçu. Mais, en calculant au moyen de cette méthode la richesse évaluée d’une nation , on ne parviendrait à aucun résultat sérieux ,
^ Voyez note E et note H.
car il est d’autres éléments dont il faut abso^ lument tenir compte.
Lorsqu’un individu, pour un motif quelconque, se déplaît dans la contrée qu’il habite, rien ne l’empêche de dresser sa tente ailleurs, et d’y transporter ses capitaux et son industrie. Une nation, au contraire, ne peut se déplacer, et ses aliments doivent lui être assurés sur le territoire où elle est fixée. — Il est donc nécessaire, puisque les récoltes qui la font vivre suivent une rotation annuelle, de faire entrer dans le calcul de sa richesse ses productions et
ses consommations pendant cette période de temps.
Ensuite le nombre des citoyens est encore un des éléments de ce calcul. Autrement la Hollande, petit pays d’une richesse incontestée, serait très-pauvre comparée à la Russie, dont les possessions territoriales sont immenses, et
dont cependant l’opulence n’est pas proverbiale.
Ceci posé, pour obtenir l’expression d^' r ichesse évaluée en numéraire d’une nation ,
il faut additionner les valeurs 1° de chacun de ses immeubles, indépendamment de leurs revenus; 2“ de tous ses objets meubles qui n’ont pas été produits dans l’année; 3® de toutes ses productions annuelles ; puis retrancher de cette somme la valeur de la consommation pendant le même temps. De cette manière on aura la richesse évaluée cherchée, et, pour la rendre comparable, il faudra diviser les quatre termes de son expression par le nombre des citoyens * .
Comment expli(iue%-vous que, dans une année de disette, où le grain se paye fort cher, la richesse évaluée d"un peuple diminue, bien que la récolte de cette même année augmente de valeur?
Rien de plus facile, au moyen de l’expression que nous venons de donner. En effet, sur les quatre termes qu’elle comprend, deux particulièrement sont ici à considérer : celui de la production annuelle, qui est positif, et celui de la
2 Voyez note F, où il est démontré mathématiquement que cette expression comprend la valeur disponible de toutOi les richesses matérielles d’une nation et de toutes ses richezcies immatérielles.
consommation annuelle , qui est négatif. - Or si le terme de la production s’accroît, comme celui de la consommation progresse de la même manière, ce dernier annihile nécessaire ment l’effet du premier.
De plus, comme la récolte n’est pas suffisante, et qu’il faut acheter des céréales à l’étranger, le terme négatif de la consommation dépasse de beaucoup celui de la production , et par suite fait décroître la valeur de la l'i— chesse évaluée^.
Vous nous avez dit que le chiffre de la richesse évaluée était la mesure du pouvoir que son possesseur exerçait sur les hommes qui sont autour de lui et sur ce qu ils produisent. Les richesses évaluées des peuples peuvent-elles sous
ce rapport être comparées à celles des particuliers ?
Ces richesses ne peuvent être comparées, car il y a cette différence entre la richesse évaluée d un particulier et celle d’un peuple ,
* Voyez note G.