‹ Catéchisme de l'éducationChapitre 111 sur 135 · I — DIEU · texte numérisé non relu

I — DIEU

Quelle est la première vérité qu'il faut apprendre à l'enfant? C'est l'existence de Dieu.

— Qu'est-ce que Dieu? demandions-nous un jour à un enfant de catéchisme.

— Ah! Monsieur, fut-il répondu, nous n'en sommes pas encore à cette leçon-là (2).

Il est évident que l'enfant devrait être à cette leçon-là, dés le premier éveil de son âme, aussitôt qu'il manifeste quelques lueurs d'intelligence.

Comment peut-on donner aux enfants une idée de l'existence de Dieu ?

En les élevant jusqu'à lui par la considération des choses de ce monde.

(i) Ps. cxviii, i3o.

(2j Charruau, Aux mères, p. 17.

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L'enfant n'a aucune peine à discerner le monde invisible derrière

le voile des choses visibles On dirait que, hier encore, il était

dans la présence de Dieu (i).

Il faut montrer aux enfants une maison, et les accoutumer à comprendre que cette maison ne s'est pas bâtie d'elle-même. Les pierres. leur direz-vous. ne se sont pas élevées sans que personne les portât. Il est bon même de leur montrer des maçons qui bâtissent: puis faites-leur regarder le ciel, la terre et les principales choses que Dieu y a faites pour l'usage de l'homme; dites-leur : Voyez combien le monde est plus beau et mieux fait qu'une maison. S'est-il fait de lui-même? — Non, sans doute: c'est Dieu qui l'a bâti de ses propres mains (2).

Doit-on se contenter d'apprendre aux enfants l'existence de Dieu ?

Il faut dégager de cette notion confuse l'idée d'un Dieu

providence, d'un Dieu présent partout. d'unDieu juste et bon.

Comment peut-on donner à l'enfant la foi en la Providence?

1° En lui enseignant, avec le catéchisme, que rien, absolument rien, n'arrive ici-bas sans l'ordre oit la permission de Dieu.

2° En lui faisant connaître ce que la Bible nous apprend sur cette vérité. Joseph, indignement vendu par ses frères, leur disait plus tard, en les revoyant : « Ce n'est pas vous, c'est Dieu qui a tout fait ; il m'a envoyé devant vous. »

Le Sauveur, dans l'Evangile, nous enseigne que « pas un cheveu ne tombe de notre tête sans la permission de Dieu ».

3° En le familiarisant avec la pensée des saints et des bons chrétiens :

— Le hasard n'est que l'incognito de la Providence.

— Consolez-vous, le coup est parti de plus haut, disait sainte Jeanne de Chantai a celui qui avait tué son mari.

— Le canon qui a emporté Turenne était chargé de toute éternité, écrivait Mm' de Sévigné.

— L'homme s'agite et Dieu le mené; l'homme propose et Dieu dispose; nous apprennent deux proverbes chrétiens.

4° En l'habituant à appliquer ces profondes vérités aux menus incidents de sa vie quotidienne.

Comment peut-on donner à l'enfant la foi en la présence de Dieu?

1e En lui apprenant, sur ce point, la belle et féconde vérité

théologique : à savoir que Dieu est partout, que rien ne lui

(i) Nkwmah, cité par Cl. Bouvier, L'éducation religieuse, p. 32. (2) Féis-elon, De l'éducation des filles, ch. vi.

échappe, que c'est en lui que nous avons l'être, le mouvement et la vie, que nous baignons en lui comme le poisson dans l'eau.

2° En l'exerçant à vivre dans cette pensée.

On n'insiste pas assez, disait Diderot, sur la présence de Dieu; les hommes ont banni la divinité d'entre eux; il semble que les murs d'un temple bornent sa vie et qu'elle n'existe point au delà. Si j'avais un enfant à élever, ajoutait-il, je lui ferais de la divinité une compagnie si réelle qu'il lui en coûterait de s'en distraire. Au lieu de lui citer l'exemple d'un autre homme qu'il connaît, quelquefois plus méchant que lui. je lui dirais brusquement : Dieu t'entend et tu mens!..... Des jeûnes gens veulent être pris par les sens; je multiplierais donc autour de lui les signes indicatifs de la présence divine. Sil se faisait, par exemple, un cercle chez moi, j'y marquerais une place à Dieu, et j'accoutumerais mon élève à dire : nous étions, quatre : Dieu, mon ami, mon gouverneur et moi.

A quoi faut-il aboutir, dans cet enseignement relatif à Dieu ? Il faut aboutir, et dès le plus jeune âge, à inspirer aux. enfants l'amour etla crainte de Dieu.

Représentez Dieu assis sur un trône, avec des yeux plus brillants que les ravons du soleil et plus perçants que les éclairs: faites-le parler: donnez-lui des oreilles qui écoutent tout, des mains qui portent l'univers, des bras toujours levés pour punir les méchants, un cœur tendre et paternel pour rendre heureux ceux qui l'aiment (1).

En agissant ainsi, on dépose dans l'âme des enfants ces principes de la foi qui sont le fondement de leur bonheur éternel .

Et quand les passions viennent à gronder, faisant taire toutes les voix qui ne sont qu'humaines, ils écoutent encore leur conscience ou leur mère qui leur parlent au nom de Dieu :

— Cela n'est pas permis: c'est Dieu qui le défend; si tu cèdes, crains le châtiment; si tu résistes, à toi la récompense du ciel, etc.

Il — JÉSUS-CHRIST

Quelle place faut-il donner à Jésus-Christ dans l'instruction religieuse des enfants/

La première.

Le grand Apôtre se glorifiait de ne savoir, de ne prêcher que Jésus, et Jésus crucifié.

(I) Ft.VELO.N, op. cit., ch. VI.

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Jésus-Christ, c'est le fondement de l'édifice, c'est la pierre angulaire: il n'v a pas d'autre nom sous le soleil par lequel nous puissions être sauvés. Jésus-Christ, c'est Dieu homme. Dieu visible. Dieu mis à notre portée et rapproché de nous. On ne connaît pas Dieu si on ne connaît pas Jésus-Christ son Fils : Personne ne vient au Père si ce n'est par moi,a-t-il dit lui-même Jésus-Christ, c'est la manifestation vivante, authentique, de toutes les perfections de Dieu.

Tous ceux, dit Pascal, qui cherchent Dieu sans Jésus-Christ ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse ou qui leur soit véritablement utile; car. ou ils n'arrivent pas à connaître Dieu, ou, s'ils y arrivent, c'est inutilement pour eux. parce qu'ils ne peuvent toujours pas communiquer avec lui sans médiateur Jésus-Christ était

nier, il sera demain et dans tous les siècles des siècles. Promis,, figuré, prophétisé, attendu, voilà toute l'histoire du vieux monde. Prêché, cru, aimé, servi, reçu, continué, voilà toute l'histoire du monde moderne. Vu, contemple, possédé dans sa nature divine et dans sa nature humaine, voilà tout le bonheur de l'éternelle vie

Jésus-Christ est le grand objet de la piété chrétienne. L'Eglise est son corps, il en est l'âme, elle ne vit que par lui (1).

C'est donc à cet enseignement que les parents doivent toujours ramener leurs enfants, s'ils veulent les intéresser et les instruire d'une manière sûre et véritablement chrétienne.

Comment peut-on instruire les enfants de ce qu'ils doivent savoir sur Jésus-Christ?

En les plaçant devant la crèche et devant la croix.

1° En face de la crèche, ils devinent, aiment et adorent le mystère du petit Jésus, qui leur ressemble comme un frère : c'est le mystère de l'Incarnation.

En face de la crèche, par le récit des circonstances de la nativité, la mère peut instruire ses enfants de l'amour de Dieu, toucher leur cœur, émouvoir leur volonté, les amener à se corriger et à devenir meilleurs, porïr faire plaisir au petit Jésus qui les a tant aimés. Elle leur suggérera quelques pratiques de dévotion à leur portée: embrasser avec respect le petit Enfant de la crèche; lui demander sa bénédiction; partager avec lui.

J'ai entendu raconter qu'un petit enfant qu'on avait habitué à faire ainsi, n'ayant un jour qu'une tartine de confitures, dit naïvement : Petit Jésus, je vous en offre la moitié. (Il le faisait d'autant plus volontiers, sans doute, qu'il était bien sûr de la manger tout entière.) Mais il paraît que le petit Jésus, touché, voulut rendre au

(l) PlOHKNOT, Op. Cit., pp. I /tO- 1 4 J

centuple ce qu'on lui offrait : il fit entendre sa voix, au moins l'enfant crut qu'il lui (lisait :

— Et moi je t'invite à souper demain avec moi chez mon Père. Le cher enfant raconta joyeusement l'invitation qu'il avait reçue,

les parents s'en effrayèrent et le lendemain le petit ange s'était

envolé au ciel; il prenait place au souper de la gloire, comme parle Bossuet il).

En face de la crèche, la mère dira à ses enfants que le petit Jésus faisait bien sa prière, qu'il était bien obéissant, qu'il ne mentait pas, qu'il ne se mettait jamais en colère, qu'il ne connaissait ni la gourmandise ni la paresse, etc.

2 En face de la croix, ils devinent, aiment et adorent le mvstère du même Jésus qui souffre pour leurs « sottises », en obtient le pardon et fait pour eux la juste pénitence : c'est le mystère de la Rédemption.

En face de la croix, la mère dira à ses enfants que Jésus les a aimés jusqu'à la mort la plus ignominieuse, la mort de la croix, qu'il les a aimés sans leur rien devoir et sans avoir rien à gagner; qu'il les a aimés personnellement, chacun d'eux comme s'il était seul.

Ah! quel livre! quel spectacle que le crucifix! 11 parle à tous les yeux, il parle à tous les cœurs ; il impressionne toujours les enfants, et allume en eux le feu sacré de la charité.

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