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III — L'AME

Est-il aisé de donner à l'enfant une idée de l'âme?

Ne le dissimulons pas : c'est un sujet très ardu.

La vérité la plus difficile à faire entendre est que nous avons une âme plus précieuse q*ue notre corps (2).

Comment donc faut-il s'y prendre ?

C'est Fénelon qui va nous le dire. Voici ce qu'il préconise dans son traité De V éducation des filles, chef-d'œuvre, à notre avis, trop négligé.

Dites donc à votre enfant en qui la raison agit déjà :

— Est-ce votre âme qui mange?

(i) Mf Pichenot, op. cit., p.

(2) FÉNELON, Op. Cit., Ch. VI.

l'éducation surnaturelle 43o

S'il répond mal, ne le grondez point; mais dites-lui doucement que l'âme ne mange pas. C'est le corps, direz-vous, qui mange : c'est le corps qui est semblable aux bêtes. Les bêtes ont-elles de l'esprit? Sont-elles savantes?

— Non, répondra l'enfant.

— Mais elles mangent, continuerez-vous, quoiqu'elles n'aient pas d'esprit. Vous voyez bien que ce n'est pas l'esprit qui mange, c'est le corps qui prend les viandes pour se nourrir; c'est lui qui marche, c'est lui qui dort.

— Et l'âme, que fait-elle ?

— Elle raisonne: elle connaît tout le monde: elle aime certaines choses; il y en a d'autres qu'elle regarde avec aversion.

Ajoutez, comme en vous jouant :

— Vovez-vous cette table?

— Oui.

— Vous la connaissez donc?

— Oui.

— Vous voyez bien qu'elle n'est pas faite comme cette chaise: vous savez bien qu'elle est de bois et qu'elle n'est pas comme la cheminée qui est de pierre?

— Oui, répondra l'enfant.

N'allez pas plus loin sans avoir reconnu, dans le ton de sa voix et dans ses yeux, que ces vérités si simples l'ont frappé. Puis dites-lui :

— Mais cette table vous connaît-elle ?

Vous verrez que l'enfant se mettra à rire, pour se moquer de cette question. N'importe; ajoutez :

— Qui vous aime mieux de cette table ou de cette chaise? Il rira encore. Continuez :

— Et la fenêtre, est-elle bien sage?

Puis essayez d'aller plus loin :

— Et cette poupée, vous répond-elle, quand vous lui parlez ?

— Non.

— Pourquoi? Est-ce qu'elle n'a point d'esprit?

— Non, elle n'en a pas.

— Elle n'est donc pas comme vous; car vous la connaissez, et elle ne vous connaît point. Mais après votre mort, quand vous serez sous terre, ne serez-vous pas comme cette poupée ?

— Oui.

— Vous ne sentirez plus rien?

— Vous ne connaîtrez plus personne?

— Non.

— Et votre. âme sera dans le ciel?

— Oui.

— N'y verra-t-elle pas Dieu?

— Il est vrai.

— Et l'âme de la poupée, où est-elle à présent?

Vous verrez que l'enfant souriant vous répondra, ou du moins vous fera entendre que la poupée n'a pas d'âme (i).

(i) Fénelon, De l'éducation des filles, cli. vi.

Peut-on donner à l'enfant une idée de la spiritualité de l'âme?

Je crois que le meilleur et le plus simple moyen de leur faire concevoir cette spiritualité de Dieu et de l'ânie est de leur faire remarquer la différence qui est entre un homme mort et un homme vivant : dans l'un, il n'y a que le corps: dans l'autre, le corps est joint a l'esprit. Ensuite, il faut leur montrer que ce qui raisonne est bien plus parfait que ce qui n'a que figure et mouvement il).

Comment peut-on enseigner aux enfants V immortalité de l'âme ?

C'est encore Fénelon (1) qui va nous le dire :

Faites ensuite remarquer, par divers exemples, qu'aucun corps ne périt; ils se séparent seulement : ainsi les parties du bois brûlé tombent en cendre ou s'envolent en fumée. Si donc, ajouterez-vous. ce qui n'est en soi-même que de la cendre, incapable de connaître et de penser, ne périt jamais, à plus forte raison notre âme, qui connaît et qui pense, ne cessera jamais d'être. Le corps peut mourir, c'est-a-dire qu'il peut quitter l'âme et être de la cendre; mais l'âme vivra, car elle pensera toujours.

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