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LES FINS DERNIERES

Qu*est-ce que le petit enfant peut savoir des fins dernières ?

Il peut savoir que l'âme ne meurt pas; qu'au moment de ce qu'on appelle la mort, elle paraît devant Dieu qui la juge, la récompense ou la punit.

Us (les enfants) voient mourir quelqu'un; ils savent qu'on l'enterre; dites-leur :

— Ce mort est-il dans le tombeau?

— Oui.

— Il n'est donc pas en paradis?

— Pardonnez-moi : il y est.

— Gomment est-il dans le tombeau et dans le paradis en même 4emps?

— C'est son âme qui est en paradis ; c'est son corps qui est mis dans la terre.

— Son âme n'est donc pas son corps?

— Non.

— L'âme n'est donc pas morte ?

— Non; elle vivra toujours dans le ciel. Ajoutez :

— Et vous, voulez-vous être sauvé?

— Mais qu'est-ce que se sauver?

— C'est que l'âme va en paradis quand on est mort.

— Et la mort, qu'est-ce?

— C'est que l'àme quitte le corps, et que le corps s'en va en poussière (i).

Que faut-il faire pour donner aux enfants une idée du bonheur et du malheur éternels ?

Il faut employer des comparaisons.

Comparez, par exemple, une goutte de rosée avec toute l'eau de la carafe qu'ils ont sous les yeux, puis avec toute l'eau de tel fleuve qu'ils connaissent bien, et enfin avec toute l'eau de la mer qu'ils ont vue aux dernières vacances. Ils comprendront très bien, je vous assure. Continuez ensuite votre raisonnement, en vous servant toujours de comparaisons familières tirées des objets qui tombent sous leurs yeux.

— Vous voyez bien, alors, leur direz-vous. que le bonheur qu'on goûte ici-bas n'est pas le vrai bonheur, puisqu'il est si vite fini. Vous vous êtes bien amusés, au mois d'août dernier, sur la plage de la Baule? Et maintenant ce plaisir-là est passé, tandis qu'au ciel le bonheur dure toujours.

— Tu as bien souffert, l'autre jour, mon petit Paul, quand le docteur a percé l'abcès que tu avais à la joue. As-tu mal encore

(I) Fénelon, op. cit., ch.

maintenant? Non. n'est-ce pas? Les douleurs de ce monde ne sont donc pas grand'chose puisqu'elles ne durent pas toujours : en enfer, au contraire, on sera toujours malheureux. Donc nous devons^ viter par-dessus tout le malheur qui ne finit pas.

Par conséquent, il faut aller au ciel, à tout prix, et ceux-là sont bien fous qui désobéissent gravement, en ce monde, aux commandements du bon Dieu, puisqu'ils paieront un petit moment de plaisir par un châtiment éternel (1).

§ 3. — Le moyen principal de cette instruction : le catéchisme.

« Les petits enfants demandent du pain. » (Jer., Lam., iv, k.)

A quel moment faut-il faire apprendre la lettre du catéchisme?

Aussitôt que l'enfant est capable d'en retenir quelque chose :

ce qui veut dire, dès le plus jeune âge.

Quand faut-il envoyer l'enfant au cours de catéchisme ? Le plus tôt possible.

Comment les parents doivent-ils envisager les cours de catéchisme ?

Ils doivent les considérer comme étant les plus importants de tous.

En conséquence, ils n'en dispenseront jamais leurs enfants, sous prétexte de manque de temps, de leçonsà apprendre ou de devoirs à faire; même pour des raisons d'examens, ils ne supprimeront pas, fût-ce d'une manière passagère, ce moyen nécessaire d'une science nécessaire.

Tous les parents même bien pensants raisonnent-ils de la sorte?

Non, malheureusement.

Certains parents considèrent ces coirs de catéchisme comme une formalité à laquelle il faut bien que l'enfant se soumette pour être admis à la communion solennelle : et cette formalité, ils la réduisent au minimum.

Si la communion solennelle était autorisée après quinze jours ou un mois de catéchisme, il est beaucoup de parents qui profiteraient avec reconnaissance de la permission.

D'autres acceptent pour l'éducation de leurs enfants des institutions où le cours d'instruction religieuse est facultatif,

(ij Charruau, Aux mères, pp. 122-123.

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et mis sur le même pied que la leçon de piano; et où l'aumônier est assimilé au professeur d'escrime ou de gymnastique.

En pratique, comment la mère s' intéresser a-t-elle au cours de catéchisme ?

1° Tout d'abord, elle y enverra régulièrement et exactement ses enfants.

2° De plus, elle fera en sorte que la leçon donnée soit apprise et bien sue, et elle tiendra une main ferme à la rédaction des devoirs, si devoirs il y a.

3° Elle s'informera auprès de l'enfant de ce qu'il aura appris et retenu.

4° Elle prendra contact avec le catéchiste, pour en faire le collaborateur averti de son œuvre d'éducatrice.

Nous avons fait, pendant vingt ans, le catéchisme dans diverses paroisses. Nous n'avons pas rencontré un seul père ou une seule mère venant nous trouver par souci de l'instruction religieuse de son enfant.

On s'informait de sa conduite ou de son savoir, mais en vue de prévenir les punitions ou de le voir obtenir une place flatteuse; mais jamais personne ne nous a fait remarquer que telle ou telle leçon n'était pas comprise, n'avait pas été étudiée, etc.

Article II. — La formation de la conscience.

« Dieu est au milieu de l'âme ; il a pour trône la conscience ■ les bons. »{!)

Qu'est-ce que la conscience?

C'est, dans l'âme des enfants, la demeure que Dieu s'est choisie et où il veut régner, c'est-à-dire « parler, agir, promulguer la loi, insinuer ses conseils, prononcer des sentences, punir et récompenser » (2).

Comment la mère peut-elle contribuer à la formation de la conscience?

En la suppléant; en l'éclairant; en la simplifiant; en la dirigeant; en la préservant; en l'exerçant.

(i) Saint Augustin.

(2) M. l'abbé Claude Bouvier, L'Education religieuse, p. i45.

§ 1. — Il faut la suppléer.)

« La mère doit être la 'première conscience de l'enfant qui n'a pas de conscience » (1).

Quand la mère doit-elle suppléer la conscience de l'enfant?

Quand l'enfant est très jeune; quand sa conscience est encore endormie ; quand sa nature se développe dans l'irresponsabilité.

Si la mère alors était tentée d'abandonner tout souci, en se disant que l'enfant s'élèvera bien seul, elle n'aurait qu'à se rappeler le péché originel, avec ses déplorables suites, pour comprendre que c'est à elle d'apercevoir et d'éloigner, pour l'enfant, le mal qu'il ne saurait ni voir ni repousser par luimême, comme c'est à elle de saluer et de retenir les tendances bonnes dont il n'a pas encore le mérite, mais qui s'épanouiront un jour en fruits de grâce et de sainteté.

§2.-7/ faut Véclairer.

« Il y a là (dans ta conscience) Dieu et toi » (2).

Comment la mère peut-elle éclairer la conscience de l'enfant?

En exploitant la merveilleuse facilité d'adaptation au bien dont la nature et plus encore la grâce du baptême ont enrichi l'enfant.

La nature. — Dès le plus jeune âge, l'enfant fait un choix entre ses jouets; il manifeste des préférences pour telle personne, de la répugnance pour telle autre; il se détourne avec horreur de certains spectacles, en contemple d'autres avec complaisance. C'est une première distinction entre le bien et le mal : elle est loin d'être toujours moralement exacte; mais elle peut et doit servir à dégager des profondeurs de la conscience la notion fondamentale de ce qui est permis ou défendu.

La grâce du baptême. — Quand la mère, pour instruire de la bonté et de la malice morale des choses, dit à l'enfant : «C'est beau! C'est laid! »; outre l'avantage appré-

\\) M. l'abbé Claude Bouvier, l'Education religieuse, p. i45. |a) Saint Augustin.

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ciable d'unir le bien et le beau et de projeter sur la loi de Dieu quelque chose de la splendeur qui l'enveloppe lui-même, elle peut ajouter : « Ce qui est laid fait pleurer le petit Jésus, ce qui est beau le fait sourire » ; par là, elle atteint la fibre surnaturelle, si délicate et si sensible, qu'aucun choc extérieur n'est encore venu fausser, et qui vibre au premier contact avec le nom et les choses de Dieu ; par là, elle rattache à un principe supérieur et divin la joie ou la tristesse qu'elle éprouve elle-même de la conduite de son enfant; par là elle donne à la conscience en voie de formation une orientation simple et droite.

S 3. — 77 faut la simplifier.

a Dieu n'a fait que dix commandements, auxquels on n'en ajoute pas impunément. » (i)

Que faut-il entendre par cette expression : « simplifier la conscience »?

Cela veut dire :

Que les parents ne doivent pas compromettre l'autorité sainte dont ils se recommandent dans des interventions trop fréquentes ou inspirées par le caprice et la vanité.

§ 4. — R faut la diriger.

Sous l'œil de cet esprit suprême et formidable. (V. Hugo. Lu légende des siècles, xliv.i

Comment la mère peut-elle diriger la conscience de V enfant?

Par cette formule : Dieu te voit.

Si l'enfant en était bien convaincu :

1° Il éviterait généralement le mal.

Comment, en effet, se laisser aller au péché, sous le regard d'un Dieu que l'on sait tout-puissant, juste et éternel ?

2° 11 le réparerait après l'avoir commis.

Le remords, en effet, lui ferait entendre la voix de Dieu, celle-là même qui poursuivait Adam après sa désobéissance : Adam, où es-tu?

D'autre part, le Jésus de la Crèche, le Jésus du Calvaire, le Jésus pleurant sur Jérusalem, le Jésus pardonnant à Made-

(i) Bouvier, op. cit., p. 102.

leine, élèverait en lui la confiance au niveau de la crainte : et l'enfant, n'y tenant plus, solliciterait et obtiendrait un pardon réparateur.

3° Il se jetterait d'emblée dans la générosité, l'amour de Dieu et la vertu.-

Est-il quelque chose dont ne soit capable un enfant qui aurait compris et senti la suavité du joug divin?

§5. — Il faut la préserver.

Ce bec d'acier, la conscience.

(V. Hugo. L'art d'être grand-père, xvtii.i

Quel est le grand moyen de préserver la conscience des enfants'?

C'est de lui infuser des principes.

Le grand danger que court la conscience des enfants, c'est qu'on laisse peu à peu s'altérer autour d'eux les principes, les principes

qui importent plus que les actes On se corrige d'une faiblesse,

on se corrige plus rarement d'une idée fausse, plus rarement encore d'une tournure générale de l'esprit qui met en doute ou diminue les vérités morales

(Voir ce que nous avons dit de l'attachement aux principes, dans la formation de la volonté ; et de l'amour du devoir, dans la formation du cœur.)

De quoi faut-il préserver la conscience de l'enfant?

i° Du péché:

2° Du scrupule; 3e Des illusions.

Quels sont les moyens à prendre pour préserver du « péché » la conscience de l'enfant?

Il faut :

I Lui donner une idée juste du péché; 2e Lui en inspirer une profonde horreur.

Que faut-il pour que l'enfant ait une idée juste du pèche?

II faut :

1° Qu'il ne soit pas induit en erreur;

(i) Bouvier, op. cit., p. i5g

l'éducation surnaturelle 413

2° Qu'il connaisse la grande différence qu'il y a entre le péché mortel et le péché véniel ; 3° Qu'il apprécie à sa véritable valeur le péché véniel.

Y a-t-il donc des enfants qui sont induits en erreur?

Il v a des mères, des institutrices, ou même de bonnes filles de service, pieuses peut-être, mais certainement d'une piété mal éclairée, qui croient avoir découvert un moyen très ingénieux de gouverner leur petit monde.

Elles déclarent solennellement aux enfants que. s'ils commettent telle ou telle sottise, s'ils sont désobéissants, s'ils font du bruit, s'ils se battent, etc., ils commettront un péché mortel et que le diable les emportera en enfer.

Elles s'applaudissent de leur industrie, parce que, pensent-elles, elles obtiennent ainsi quelquefois d'être écoutées, et que d'ailleurs, en cas de désobéissance, la matière étant nulle ou fort légère, le péché grave n'est point à craindre

Que faut-il penser de cette méthode?

Cette conduite est très blâmable

D'abord, il ne faut jamais dire ce qui n'est pas vrai.

Et puis, comment les parents ne voient-ils pas qu'ils exposent l'enfant à pécher s'il agit contre sa conscience? Le cas n'est pas du tout chimérique, pour ceux qui sont arrivés à l'âge de raison.

Si l'enfant est convaincu qu'il va pécher mortellement, qu'il va déplaire gravement à Dieu en faisant ce qu'on lui a défendu, et s'il passe outre, malgré l'avertissement de sa conscience, il fait une faute, puisqu'il consent à offenser Dieu, et, dans certaines circonstances, cette faute peut être mortelle 1 1 1

Comment peut-on apprendre à l'enfant à distinguer le péché mortel et le péché véniel?

Il ne s'agit pas encore de lui donner, par le détail, les notions théologiques qui illuminent la question; mais il faut lui dire qu'il y a des péchés mortels : donner des exemples; qu'on perd, si on en commet un seul, l'amitié de Dieu, et qu'on mérite d'aller en enfer, pour toute l'éternité, ce qui est le plus grand des malheurs.

Il faut lui dire aussi qu'il y a des péchés véniels qui ne méritent pas l'enfer, qui ne nous rendent pas ennemis de Dieu, mais qu'ils sont pourtant le plus grand mal après le péché mortel.

Il faut ajouter que Dieu déteste le péché véniel, qu'il le

(i) Charruau, Aux mères, pp. 20-21,

punit en purgatoire, et que Xotre-Seigneur a souffert sur la croix à cause des fautes vénielles.

Quel est le danger à éviter quand on s'efforce d'établir cette distinction?

Il faut éviter tout ce qui pourrait laisser penser qu'on ne fait aucun cas du péché véniel.

Une faut donc pas dire aux enfants: Ceci n'e.U rien, ce n'est qu'un péché véniel. Il n'y a pas de péché mortel à agir ainsi, par conséquent ce n'est pas la peine de s'en tourmenter.

Vous donneriez hien vite aux enfants la conviction que le péché véniel n'est rien ou presque rien, qu'en tout cas on peut le commettre sans s'inquiéter: que tout ce qui n'est pas péché mortel est permis il».

C'est pour n'avoir pas été instruites avec précision et délicatesse que certaines personnes disent :

On peut manquer le commencement de la messe, le dimanche; on peut avoir des distractions volontaires dans ses prières; on peut travailler, le dimanche, pourvu que ce soit moins de deux heures, etc.

La conscience, à ce jeu, perdrait vite toute délicatesse, le péché véniel n'arrêterait plus, l'enfant se rapprocherait donc insensiblement du péché grave. Il y a là un véritable danger.

Bossuet, dans l'oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, nous parle de l'horreur qu'elle avait pour tout péché :

Elle a dit souvent, dans cetle bienheureuse simplicité qui lui était commune avec tous les saints, qu'elle ne comprenait pas comment on pouvait commettre volontairement un seul péché, pour petit qu'il fût. Elle ne disait donc pas : « Il est véniel »; elle disait : « Il est péché », et son cœur innocent se soulevait.

Que peut-on faire pour inspirer à l'enfant Vhorreur du péché?

1° Il faut d'abord que l'éducateur en soit lui-même profondément pénétré : on ne peut donner que ce que l'on a; on ne peut convaincre que de ce dont on est convaincu.

i 11 faut que l'éducateur traduise dans ses paroles, ses gestes, son attitude, même ses jeux de physionomie, une sincère et profonde répulsion pour tout ce qui offense Dieu.

o II faut multiplier les exemples, vivantes leçons qui impressionnent l'enfant, et lui font une mentalité.

(i) Charruau, op cit., p. 21.

L EDUCATION SURNATURELLE Uo

Comment peut-on préserver du « scrupule» la conscience de l'enfant?

1° En l'exerçant « à distinguer une suggestion involontaire, une explosion, un entraînement irréfléchi, une complaisance inaperçue de l'instinct, d'avec le consentement délibéré et plein, qui constitue les défaillances imputables » (1).

2° En lui apprenant de bonne heure, au moins dans leurs grandes lignes, « les articles essentiels de ce traité de « la conscience » dont les théologiens ne veulent pas avoir le monopole, et qu'on devrait bien rendre accessible aux fidèles, dans les cours un peu sérieux d'instruction religieuse, ne fût-ce que pour diminuer de moitié les scrupuleux et les scrupuleuses. » < l)

Que faut-il faire quand le scrupule est entré dans Vâme de l'enfant?

Il faut le traiter avec calme et avec patience.

Si les inquiétudes de l'âme malade ont quelque fondement, on renvoie au confesseur.

Si le scrupule présente un caractère morbide, on coupe court aux confidences, qui ne font, en général, qu'aggraver le désordre, et on impose, avec une douce fermeté, lés décisions qui conviennent : elles seront facilement acceptées, si l'enfant a confiance en sa mère, et si la médication est employée sans retard.

Quelles sont les « illusions » dont il faut préserver la conscience des enfants?

i° Les illusions sur les promesses de la vie; 2° Les illusions sur la rectitude de leurs intentions, 3° Les illusions sur la nécessité de consulter dans leurs doutes; 4° Les illusions sur les aveux qu'ils doivent faire.

Vest-il pas naturel et très doux de laisser les enfants dans certaines illusions?

Oui, en effet.

L'illusion est sainte , a dit le poète, et certains parents

(i) Bouvier, op. cit., pp. i-j'-i-S.

croient qu'il n'y a pas d'inconvénient à y laisser les enfants indéfiniment plongés.

Au souvenir de leurs propres désenchantements, tandis qu'elles voient leurs espoirs s'évanouir, certaines mères ressemblent à ce personnage du tableau de Gleyre qui, accoudé sur le rivage, regarde mélancoliquement les illusions encore jeunes, alertes, séduisantes, s'éloigner vers la haute mer

Alo'r>. ces mères disent : A quoi bon prévenir nos enfants que nos songes se dissipent comme la cendre et s'éloignent comme le vent? tl)

Or, cela est très faux, donc très nuisible.

Que faut-il faire pour préserver les enfants de l'illusion relative aux promesses de la vie?

Il faut plonger les enfants, et spécialement les jeunes filles, dans un bain de réalité.

Il (ce remède) consiste à les mettre en présence de la vie comme elle est. avec ses angoisses, ses épreuves, ses mille besognes, ses joies menues et espacées, mais réelles, à les forcer par là à sortir d'elles-mêmes, à s'intéresser aux choses, à les mettre en particulier en présence du pauvre, pour leur faire sentir que leurs causes d'affliction sont bien médiocres, si elles se comparent, et qu'elles doivent beaucoup de reconnaissance à Dieu qui leur a fait vers lui des chemins plus faciles (1).

Quelle est la deuxième illusion dont il faut préserver la conscience?

C'est l'illusion relative à la rectitude des intentions.

Les intentions sont l'âme de nos actes; elles en constituent, pour une grande part, la moralité et la valeur. De leur bonté ou de leur malice dépendent la sincérité et la droiture du caractère.

Il est donc important de ne pas permettre aux enfants de s'illusionner sur l'honnêteté foncière de leurs dispositions, de ne pas leur laisser croire qu'il suffit de paraître, de dire ou de promettre, alors que la loyauté demande qu'ils s'efforcent d'être tels qu'ils doivent ou qu'ils veulent paraître, qu'ils ne disent jamais que ce qu'ils pensent, et qu'ils ne promettent que ce qu'ils ont l'intention de tenir.

i) Bouvier, op. cit., pp. 181-182-183.

l'éducation surnaturelle 4i7

Quelle est la troisième illusion dont il faut préserver la conscience:'

C'est celle qui ferait croire qu'on peut toujours impunément se conduire seul, dans la vie spirituelle, et que, par conséquent, l'on n'a pas besoin de directeur de conscience.

Dans le monde, on allègue vingt prétextes pour se dispenser d'y recourir. On le voudrait pieux, très uni au bon Dieu (et l'on a cent fois raison», très au courant du temps où l'on vit, des usages de la société, très instruit : en quoi Ton s'accorde avec sainte Thérèse elle-même. On le voudrait un peu austère, et cependant très large. On voudrait qu'il devine les choses, et aussi qu'il ne les devine pas trop. Et comme on n'a pas toujours près de soi l'homme exceptionnel en qui fusionnent tant de mérites, on déclare que. dans l'im- {)ossibilité de choisir, on s'abstient. Or. quand les mères s'abstiennent, es jeunes, même s'ils se sont confessés régulièrement jusque-là. finissent par s'abstenir il).

Quelle est la disposition essentielle qui doit animer l'enfant dans ses rapports avec le directeur de sa conscience?

C'est que l'enfant ne considère jamais son directeur comme un étranger ou un intrus : il est son père, c'est ainsi qu'il le nomme; qu'il le traite toujours comme tel.

D'ailleurs, « diriger une conscience, ce n'est pas lui imposer ses idées, ce n'est pas penser, agir à sa place, c'est plutôt la regarder vivre au nom du bon Dieu » (2), et ajouter parfois à ce rôle de témoin celui déjuge et d'ami : du juge qui prononce les sentences impartiales; de l'ami qui répète, au moment opportun, les encouragements, les reproches ou les menaces de Notre-Seigneur lui-même.

Quelle est la quatrième illusion dont il faut préserver la conscience'?

C'est l'illusion relative aux aveux qu'il faut faire en confession.

Cette illusion est multiple.

Tantôt le péché, qui n'avait paru qu'une peccadille, quand on était sur le point de le commettre, prend des proportions effrayantes au moment de l'accusation : et l'on hésite à en faire l'aveu.

Tantôt la faute commise, qui apparaissait d'abord sous son

(i) Bouvier, pp. 186-187.

(a) Jbid., p. 187. — Ceci est dit pour calmer les appréhensions de certains parents qui pourraient craindre, de la part du directeur de conscience, une action personnelle exagérée

véritable jour, s'atténue, s estompe à mesure qu'approche l'heure de la confession, Ton se convainc bientôt qu'il n'y a pas lieu de s'en préoccuper, et l'on se tait

$ 6. — Il faut l'exercer.

Cet œil me regarde toujours !

(V. Hugo. La consciente.)

Quels sont les moyens ordinaires d'exercer la conscience de V enfant? 1° C'est l'examen de conscience; 2° C'est la confession;

3° C'est l'utilisation des crises par lesquelles il passe, en grandissant.

Gomment faut-il faire l'examen de conscience de l'enfant?

Le soir, dans le silence qui favorise le recueillement et appelle la sincérité, la mère repasse av<»c son enfant les divers événements de la journée, les lui fait apprécier, détache son cœur de ce qui est mal, lui fait prendre de bonnes résolutions pour le lendemain, et termine le petit exercice par sa maternelle bénédiction, accompagnée d'un dernier baiser.

Quand l'enfant aura grandi, sera-t-il possible de continuer la même méthode? Heureuses les mères qui en seraient sollicitées! « De treize à dix-huit ans, une âme ouverte est presque toujours une àme sauvée. » (i)

Au moins, la mère pourra-t-elle toujours agir au for extérieur, demander à ses enfants s'ils font leur examen de conscience, leur en proposer les principaux articles durant la prière du soir

Quel est le deuxième moyen d'exercer la conscience de l'enfant? C'est la confession. (Voir chap. iv.)

Quelles sont les crises les plus ordinaires que traverse la conscience des enfants qui grandissent?

C'est la crise de l'obéissance.

C'est la crise des sens.

(l) Bouvier, p. i83.

l'éducation surnaturelle 449

C'est la crise du cœur.

C'est la crise de la foi ébranlée par le scandale.

En quoi consiste la crise de l'obéissance?

Elle consiste en ce que l'enfant qui grandit supporte plus difficilement le joug de l'autorité ; il a quinze ans, seize ans, dix-sept ans; il se sent capable de quelque chose; il voudrait se gouverner lui-même, et il souffre d'être gouverné par d'autres; la loi lui pèse, parce qu'il la considère comme une entrave et qu'il aspire à la liberté

Gomment peut-on utiliser cette crise de l'obéissance?

La mère, prêchant d'exemple plus que de paroles, montrera à son enfant les avantages qu'elle a retirés elle-même de sa soumission à Dieu, à l'Eglise, à l'autorité légitime du père et de l'époux; elle fera surtout ressortir que, en agissant de la sorte, on s'assure ce bien qui dépasse tous les biens et les remplace au besoin, et qui se nomme la paix de la conscience.

Fay bien, crain rien, ai-je lu un jour sur une tombe étrangère, dans l'église de Gantorbéry, et je me suis réjoui que notre langue française ait ainsi plusieurs versions du vieux proverbe chrétien : Fais ton devoir, advienne que pourra (i).

En quoi consiste la crise des sens?

Elle consiste en ce que le jeune homme, qui s'était jusquelà abstenu du fruit défendu, bien convaincu qu'il mourrait s'il en mangeait, se sent tout à coup attiré vers lui par toutes les voix de la curiosité, de la vanité, de la sensualité et de l'indépendance, qui lui répètent les paroles entendues autrefois par nos premiers parents : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » (2)

Comment peut-on utiliser cette crise des sens pour la formation de la conscience?

Le lecteur est prié de se reporter à ce que nous avons dit de la préservation des enfants dans l'étude de la sensualité.

(i) Bouvier, p. iç (2) Gen. m, 5.

CATÉCHISME DE L'ÉDUClATION 15

En quoi consiste la crise du cœur ?

Elle consiste en ce que l'enfant, qui n'avait eu besoin jusquelà que d'aimer ses parents, sent peu à peu son cœur sortir du cercle de la famille. Pour calmer ses premières inquiétudes, il s'appuie sur les amitiés dont l'histoire ou la littérature lui ont fait admirer la profondeur et la fidélité : David et Jonathas, Nisus et Euryale, etc. Bientôt, cependant, un effroi le saisit : est-ce que cette affection, aux allures innocentes, n'est pas un larcin commis au détriment de l'amour qu'il doit à Dieu et à ses parents? Et puis, n'a-t-il pas senti que, à tel jour, il aurait préféré être seul avec l'objet de son affection : même ses parents étaient en trop. Grise terrible qui commence pour l'enfant, et dont l'enjeuji'est rien moins que la liberté de son cœur.

Comment peut-on utiliser cette crise du cœur pour la formation de la conscience?

En rendant le foyer si agréable et si attirant, que ce soit toujours un remords ou un regret de le quitter, et un besoin d'y revenir.

Heureusement, les moyens sont nombreux qui produisent

ce résultat :

Joies de la poésie, de l'art, culte en commun du vrai, délices des amitiés fraternelles, des prévenances qu'on se prodigue, qu'on prodigue surtout aux parents qui vieillissent, entraînement mutuel au devoir, à la charité, je ne sais quoi encore de très pur et de très doux pourrait embellir la maison, la rendre souverainement désirable, comme l'abri le plus sur et le plus noble de la conscience (1).

Alors l'enfant résisterait facilement aux séductions extérieures qui l'atteindraient à peine, et il apprendrait à donner satisfaction aux besoins de son cœur, sans troubler sa conscience.

En quoi consiste la crise de la foi ?

Elle vient de l'impression produite par une double constatation.

La première, relative au petit nombre de ceux qui servent Dieu.

(I) BOWIBR, p. 199.

— Dimanche, dira le jeune étudiant à sa mère, j'étais presque seul à l'église; tandis que, au théâtre, où vous ne me permettez pas d'aller, mes camarades étaient presque tous.

La deuxième, relative aux avantages de tout genre qui sont assurés aux transfuges de la foi, de l'Eglise et de la conscience.

— Faut-il donc tout sacrifier? demande à sa mère le jeune homme ébranlé et troublé (1).

Comment utiliser cette crise redoutable?

Dans le premier cas, la mère ouvrira à son fils une perspective de vaillance. Elle lui fera remarquer que ceux qui marchent avec lui, si peu nombreux soient-ils, constituent une élite, qu'ils sont comme le sel de la terre, comme le ferment nouveau qui travaille la masse de la société ; qu'ils sont tous dignes d'estime; qu'ils valent bien les autres, aux yeux de la conscience ; qu'au surplus, les autres finiront par se laisser entraîner : il en est toujours ainsi depuis les apôtres.

Dans le deuxième cas, la mère fera remarquer à l'enfant que, en dehors des fonctions officielles, il reste encore bien des voies ouvertes à son activité et à ses talents. Elle lui dira, cependant, que la conscience exige parfois certains sacrifices, qu'il faut consentir généreusement.

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