CHAPITRE IV
La résurrection de la vie surnaturelle
Si le méchant se détourne de la
méchanceté qu'il a pratiquée il
fera vivre son âme (1).
Comment s'opère la résurrection de la vie surnaturelle?
La résurrection de la vie surnaturelle s'opère, normalement, par la réception du sacrement de Pénitence.
(i) Ezech. xviii, 27.
A quel âge convient-il de conduire l'enfant à confesse ?
Il est impossible d'établir une règle uniforme. Certains enfants très précoces ont la raison suffisamment développée pour faire un péché grave, dès l'âge de trois ou quatre ans. C'est l'exception, j'en conviens volontiers; mais le cas n'est pas chimérique.
J'ai connu un petit garçon de trois ans et demi ou quatre ans, jaloux, à faire frémir, de sa petite sœur. Il manifestait pour elle la haine la plus violente.
— Ah! disait-il, avec un accent inoubliable, un jour que maman et la bonne ne seront pas là, je prendrai ma petite sœur, je la porterai jusque chez M. X... (ce monsieur demeurait au quatrième étage), et de là, je la jetterai par la fenêtre.
Que pensez-vous de ce petit raisonnement? (i)
Quand l'enfant manifeste une telle précocité d'intelligence, il faut le conduire à confesse bien avant l'âge de sept ans; il n'est personne qui n'en soit convaincu.
Les petits enfants commettent-ils facilement des péchés mortels?
Facilement, non.
Mais « beaucoup de parents s'illusionnent et croient aisément que leurs enfants sont d'une innocence absolue, tandis que le péché grave, hélas! a déjà flétri leur âme,
« On pourrait raconter à ce propos plus d'une histoire tristement instructive » (1).
N'y a-t-il pas une circonstance où il faut absolument tenir à faire confesser l'enfant qui a manifesté quelque lueur de raison?
Oui.
Quand il y a danger de mort.
En vain objecterait-on que si l'enfant, dans un âge aussi tendre, avait commis quelque faute grave, il ne s'en souviendrait probablement plus.
Car, outre que cette supposition est gratuite, la théologie nous apprend que ce n'est pas l'oubli du péché mortel oui remet l'âme en grâce avec Dieu. Il faut, pour cela, la contrition parfaite, avec le désir de se coniesser, ou l'absolution avec la contrition au moins imparfaite. Alors, mais alors seulement, tous les péchés, même ceux qu'on aurait involontairement oubliés, sont remis, et l'âme recouvre la grâce perdue.
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Que faut-il faire pour préparer V enfant à recevoir le sacrement de Pénitence?
i° II faut d'abord le placer franchement dans une atmosphère surnaturelle.
2° Il faut ensuite faciliter Faveu des péchés commis, par l'examen de conscience et la confiance dans le prêtre-conlesseur.
3° Il faut aussi le préparer à la contrition.
4° Il faut surtout lui inspirer une horreur profonde du sacrilège.
5° Il faut enfin le familiariser avec les formules en usage dans le diocèse dont il fait partie.
Quel est le moyen de placer l'enfant dans une atmosphère surnaturelle?
1° C'est de lui faire considérer le prêtre comme le représentant de Notre-Seigneur lui-même, dont il tient la place, partage les pouvoirs et communique le pardon.
2° C'est de lui dire que, au moment de l'absolution, c'est le sang même de Jésus-Christ qui coulera sur son âme, pour la purifier, la sanctifier, la diviniser.
Comment peut-on aider l'enfant à faire son examen de conscience?
La mère, d'ordinaire, connaît son enfant à fond : elle sait ce qu'il a fait, dit ou pensé et senti, beaucoup mieux qu'il ne le sait lui-même. Elle peut donc facilement lui apprendre à lire dans sa conscience. Pour y réussir, elle procédera par interrogations; elle rappellera ainsi ses souvenirs, elle fixera son attention et lui donnera le mérite, et presque la joie, de découvrir lui-même ce qu'il a à se reprocher.
Peut-être l'enfant niera-t-il de bonne foi, bien qu'il soit coupable ; mais la mère insistera, elle accentuera ses questions, elle mettra sur la voie, elle rappellera au petit apprenti de l'examen de conscience quelques circonstances où elle sait qu'il a manqué, et elle amènera ainsi doucement sur ses lèvres une parole d'aveu.
Quelle douce et consolante tâche pour une mère !
Qu'elle prenne garde d'abuser cependant. La première fois, elle fera tout; la seconde fois, elle fera un peu moins; la
troisième fois, moins encore: et elle se retirera peu à peu, pour laisser à l'enfant une initiative de plus en plus grande, jusqu'à ce que le sanctuaire de son âme soit entièrement fermé, et qu'il se prépare seul.
Il v a des choses que les mères doivent feindre de ne jamais savoir, bien qu'elles soient au courant de tout (1).
Que faire pour inspirer à l'enfant la confiance dont il a besoin?
1° Lui parler avec conviction du secret de la confession; 2° L'habituer à un grand respect pour le prêtre; 3° Pénétrer son âme d'une vénération profonde pour le confesseur.
Que peut-on dire à l'enfant relativement au secret de la confession?
1° Jamais le prêtre ne révélera à qui que ce soit ce qu'il sait par la confession;
2° Si, par impossible, il le faisait, il commettrait un grand crime qui le rendrait digne de l'enfer.
3° Il aimerait mieux mourir que de violer un secret si grave et si sacré.
L'histoire de saint Jean Népomucène illustrera, de bienfaisante façon, cette vérité essentielle :
Pressa par Wenceslas, empereur d'Allemagne et roi de Bohême, de révéler la confession de L'impératrice Jeanne, le saint évèque brava toutes les menaces du tyran, et paya de sa vie sa fidélité au secret sacramentel. Quelques années après sa mort, on ouvrit son cercueil. Le corps était entièrement décomposé, a l'exception de
la langue qui fut trouvée fraîche et intacte Dieu glorifiait, par
cette merveille, le martyr de la confession (2).
Comment peut-on former l'enfant au respect du prêtre?
1° Par l'exemple.
Que les parents ne jugent, ne critiquent ni ne blâment les ministres de Dieu.
Qu'ils témoignent, dans toute leur attitude, un véritable culte pour leur personne et leur ministère.
Les ennemis de la religion ont tenté tout le possible pour
(i) M*r Pichenot, op. cit., p. 3oo.
(2) D'après Charruao, op. cit., p. 46.
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rabaisser le prêtre : « Après tout, disent-ils, c'est un homme comme un autre. »
Les pères et mères, qui répéteraient cette parole, pourraient se reprocher d'avoir porté un coup mortel au respect, dans l'âme de leurs enfants; ils seraient devenus, sans le vouloir, les complices des sectaires et des francsmaçons.
2° Par la répression attristée de tout écart.
Nous nous trouvions un jour dans une famille, nous entretenant avec la mère des questions d'éducation, et nous émettions cette idée, hélas! trop vraie : que les enfants bien élevés sont plutôt rares.
Une fillette de quinze ans, orgueilleuse comme un paon, parce que flattée, choyée et gâtée, allait et venait dans la salle où nous nous trouvions.
A notre réflexion, qu'elle trouva sans doute trop vraie pour y rester indifférente, elle chuchota à l'oreille de sa mère :
— Et lui (lui, c'était nous), est-ce qu'il a été bien élevé? La mère se contenta de répondre, d'un air souriant :
— Oh! la méchante!
Et la preuve que sa désapprobation était toute négative, c'est qu'elle nous répéta, sans même éprouver le besoin de s'excuser, le propos qui avait été tenu, et que nous n'avions pas entendu. (Authentique.)
C'était une insolence tout à fait aux antipodes du respect que l'on doit inspirer aux enfants à l'égard du prêtre.
3° Par certaines manifestations extérieures.
Autrefois, au passage du prêtre, les enfants s'agenouillaient pour recevoir sa bénédiction.
Si l'on ne peut ou si l'on ne veut restaurer cette pieuse coutume, au moins qu'on habitue les enfants à saluer leur prêtre, et à chaque fois que le ministre de Dieu visite la famille, que la mère réclame sa bénédiction pour ses petits enfants, et que ceux-ci la reçoivent à genoux, les mains jointes.
La vénération ajoute-t-elle quelque chose au respect?
Elle fait monter l'âme d'un degré dans la voie surnaturelle où le respect l'avait déjà placée ; elle y ajoute un sentiment de religieuse affection; elle prépare à toutes les docilités.
Heureux les enfants élevés dans l'estime de cette vertu!
Nous en avons connu, de ceux-là!
— C'est II. le curé qui f'â dit, observaient-ils. Et c'était sacré !
— C'est mon confesseur qui me l'a conseillé ! E1 c'était indiscuté!
Oh ! les merveilles que nous opérions ! Les belles âmes que nous formions ! Les solides assises de salut que nous jetions ! Les consolations que nous avions !
Quel est le fruit naturel de ce respect et de cette vénération? C'est la confiance.
La confiance est-elle nécessaire?
Elle est un moyen de salut, absolument nécessaire dans certaines circonstances. Car enfin un grand nombre d'enfants tomberont, en grandissant, dans le péché mortel; ils devront donc s'adresser au prêtre, ministre du sacrement de Pénitence, pour être pardonnes. L'aveu sera facile, s'il est inspiré par la confiance ; il serait presque impossible, s'il n'avait au moins le respect pour point d'appui.
La confiance est-elle généralement pratiquée?
Non.
Moins encore que le respect et la vénération, qu'elle suppose toujours, mais qu'elle n'accompagne pas nécessairement.
Même les enfants relativement bien élevés ne savent pas bien ce qu'est cette vertu : et quand on veut la leur faire comprendre, quand on veut les amener à la pratiquer, on sent qu'il y a, à l'ouverture de l'âme, un obstacle, une pierre qui fait penser à celle dont les saintes femmes disaient: « Qui nous enlèvera la pierre du tombeau? »
Oui, il y a une pierre; et quand nous réussissons à la renverser, la libération de l'âme est accompagnée d'une telle explosion de joie, que nous concluons au besoin naturel de la confiance, et à la déformation, donc à la mauvaise éducation, de l'âme qui ne la pratique pas.
— Quel malheur qu'on ne m'ait pas formée à cette confiance! s'écriait une fillette, le jour où elle comprit enfin la douceur, les avantages et la nécessité de cette vertu.
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Quel est le complément de cette confiance?
C'est, de la part de l'enfant et de ses parents, la soumission aux directions spirituelles du prêtre-confesseur.
Lui seul est juge : il doit être un juge écoulé.
Que de fois il nous est arrivé de demander à tel ou tel enfant de venir se confesser toutes les semaines, par exemple, et d'entendre une réponse comme ceile-ci :
— Maman a dit que c'était assez de me confesser tous les quinze jours.
Non! non! non!
Comment peut-on préparer l'en faut à la contrition?
1° L'enfant, d'ordinaire, n'y pense pas. Il faut donc y penser pour lui.
2° L'enfant court risque de se faire une idée fausse de la contrition : il faut donc l'instruire exactement.
Un petit garçon répondait, un jour, au catéchisme, que la contri* tion parfaite est celle qui est sérieuse, et la contrition imparfaite celle qui n'est pas sérieuse (1).
On voit quels dangers une pareille instruction religieuse peut faire courir à la vie surnaturelle et au salut de l'âme.
3° L'enfant est exposé à ne pas assez surnaturaliser son repentir, il faut l'aider à faire, avec son cœur et sa foi, le triple pèlerinage classique: au calvaire, au ciel et en enfer
Que faut-il que l'enfant sache par rapport à la communion sacrilège?
Il faut en parler de manière à lui inspirer une horreur profonde pour ce grand péché.
Et néanmoins faire remarquer que, même si on avait eu le malheur d'imiter Judas dans son crime, il ne faudrait pas le suivre dans son désespoir, mais se confesser au plus tôt, pour retrouver la grâce de Dieu.
Il sera opportun de dire que le prêtre n'est, jamais étonné des aveux qu'on lui fait, parce qu'il connaît le cœur humain, et qu'il est pénétré, comme Notre-Seigneur lui-même, de tendresse et de compassion à l'égard des pauvres pécheurs.
U) Ckarrvav, Aux mères, p. 47,
Quelles sont les règles et les formules auxquelles il faut habituer l'enfant?
M&r Pichenot (1) ne dédaigne pas d'entrer dans quelques détails.
Ils (les enfants) ôteront leurs gants, ils se mettront à genoux, ils feront le signe de la croix et diront : « Bénissez-moi, mon Père, parce que j'ai péché. » Mon Père! ce mot ouvre le cœur, porte à la confiance et transporte l'âme dans un autre monde. Recommandezleur de dire le Confiteor en français et correctement, ce qui est assez rare. Qu'ils disent : « je confesse », et non pas : « je me confesse »; « à Dieu tout-puissant », et non pas : « à Dieu le Père toutpuissant »; car ils ne doivent pas se confesser à la première personne de la Sainte Trinité seulement, mais aux trois personnes en même temps. Et puis, en disant : « le Père tout-puissant » ils prendront le Credo et continueront : « le Père tout-puissant, créateur du ciel et
de la terre » et les voilà perdus! « Et à vous, mon Père », ces
paroles sont essentielles pour distinguer cette prière au confessionnal de celle qu'on dit dans ses prières du ma in et du soir. Il ne s'agit pas ici précisément de la confession à Dieu, mais de la confession au prêtre : « Et à vous, mon Père, que j'ai beaucoup péché »; habituez-les à ne jamais dire — ce qui est une faute de français et un contresens — « et à vous, mon Père, de prier pour moi ». Qu'ils s'arrêtent avant : « c'est ma faute » ; car c'est au milieu du Confiteor qu'il faut placer sa confession et dire ses péchés.
Quand ils ont tout dit et répondu aux questions du confesseur, qu'ils se hâtent de terminer par cette formule : « Je m'accuse encore de tous les péchés dont je ne me souviens pas, et de tous ceux de ma vie passée; j'en demande pardon à Dieu, et, à vous, mon Père, la pénitence et l'absolution, si vous m'en jugez digne. » Et ils achèvent le Confiteor en se frappant la poitrine et en disant : « C'est ma faute »