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CHAPITRE V

Les fruits de la vie surnaturelle

« Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit. » (2)

Quels sont les principaux fruits de la vie surnaturelle ? Ce sont : la foi (art. I); l'espérance (art. II); l'amour de Dieu (art. III) ; l'amour de l'Eglise (art. IV).

(i) Op. cit., pp. 3oo-3oi.

(a) Joan. xv, 5.

Article I. — La foi,

• Notre foi est un candélabre spirituel qui éclaire et qui échauffe l'arae.

(S. Thomas d'Aquin.)

D'où vient la foi de l'enfant ?

L'enfant a reçu, au baptême, la foi infuse, une vertu secrète, une disposition intime qui l'incline à croire, un germe béni qui ne demande qu'à se développer et à grandir. Les petits enfants baptisés ont des affinités surnaturelles avec les vérités chrétiennes qu'ils ne connaissent pas encore. Cette foi virtuelle, cette croyance implicite leur suffit d'abord ; ils croient par le cœur de l'Eglise et par le cœur de leur mère.

Que faut-il faire quand l'enfant atteint Vâge de raison ?

Quand l'enfant atteint l'âge de raison, il est obligé de produire un acte de foi explicite et formel.

A la mère d'épier le premier réveil de son intelligence pour la mettre, sur-le-champ, en rapport avec les vérités révélées, avec l'ordre surnaturel.

Qu'elle ne craigne pas; l'enfant ne s'étonnera de rien, il est préparé à tout. Il lui sera impossible, pendant longtemps encore, sans doute, de dire pourquoi il faut croire, mais il croit sans hésiter : son adhésion est franche, entière; aucun doute ne l'effleure; et cela n'est pas seulement le résultat de la crédulité naturelle à son âge, c'est aussi le fruit du Saint-Esprit qui l'éclairé et lui fait dire : « Je crois. » On peut affirmer que, depuis le baptême, l'enfant est naturellement chrétien.

Comment faut-il donc présenter à l'enfant les enseignements de la foi?

Il faut lui présenter les enseignements de la foi sous un jour proportionné à son intelligence; il faut les mettre à sa portée; il faut se servir d'exemples, de comparaisons, de souvenirs; il faut lui raconter la religion : la vérité pénétrera alors de plain-pied dans son âme, elle s'y enchâssera d'ellemême, car, pour elle, quand elle n'est pas contrariée par les passions ou les préjugés, se montrer, c'est triompher.

Rien n'est touchant comme la foi simple et naïve d'une vraie mère, dans ses rapports avec ses enfants, surtout quand elle est éclairée,

raisonnable: on dirait des petits anges qui écoutent les prédications d'un archange ou d'un chérubin (i).

Doit-on se contenter de l'enseignement par la parole?

Il faut y joindre l'exemple.

Le cœur et les mains doivent être d'accord avec les lèvres (1).

Une mère doit vivre de la foi, comme le juste de l'Ecriture, et cela, afin de créer autour de son enfant une atmosphère' pénétrée d'esprit chrétien, afin de lui infuser la religion dans le sang, afin d'en nourrir son âme pour la vie.

Article II. — L'espérance.

Tenez encor l'espérance,

Ce pan du manteau du Seigneur.

(V. Hugo, Les rayons et les ombres.)

Quel est l'objet de l'espérance?

Il est triple, au dire de saint Bernard : il y a :

1° L'espérance du pardon : spes veniœ;

2° L'espérance de la grâce : spes gratiœ ;

3° L'espérance de la gloire : spes gloriœ.

Est-il important de former les enfants à l'espoir du pardon?

Oui, parce que: 1° les enfants pèchent, parfois mortellement.

j'ai administré et enterré un pauvre enfant qui était mort des suites du péché: il n'avait pas onze ans (1).

2° Les enfants sont coupables au moins de péchés véniels. Et le péché véniel est déjà un grand mal ; il refroidit l'amour de Dieu; il empêche l'accroissement intérieur de la vie surnaturelle; il expose aux flammes du purgatoire.

Quel est le meilleur moyen d'affermir dans les enfants cette espérance du pardon?

C'est de les habituer à réparer au plus tôt les péchés qui leur échappent.

Il faut leur dire que Dieu est bon comme un père, tendre

(i) il*' PiÇFP^OT, op. cit., pp. 3l8 «t »Bo,

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comme une mère, et plus qu'une mère, suivant le langage de la Sainte Ecriture.

Il faut leur apprendre qu'ils n'ont même pas toujours besoin de confession, pour obtenir le pardon des péchés véniels: un Pater bien dit, un signe de croix bien fait, un petit morceau de pain bénit mangé avec foi, la bénédiction d'un évêque ou d'un prêtre, à plus forte raison celle du Saint Sacrement, avec l'acte de contrition ou de charité, le Confiteor dit du fond du cœur, et ils peuvent en être purifiés.

N'y a-t-il pas à craindre quelque présomption dans le développement de cette espérance ?

Peut-être.

Il faut la prêcher quand même : la confiance en la miséricorde honore Dieu et redonne du cœur.

Et il vaut mieux encore qu'ils (les enfants) aillent en purgatoire, un jour, pour avoir eu trop de présomption, que de tomber par désespoir en enfer. Pourquoi Gain a-t-il été maudit? Est-ce parce qu'il avait tué son frère? Non. Pourquoi Judas a-t-il été perdu? Est-ce à cause de sa trahison? Non. Est-ce à cause de sa première Communion sacrilège? Non; c'est parce qu'ils ont manqué de confiance. Le désespoir, c'est le péché contre le Saint-Esprit, c'est le péché irrémissible (1).

Pourquoi les enfants ont-ils besoin d'être formés à l'espérance de la grâce?

1° Parce que la présomption est le fond de leur caractère : ils ne doutent de rien, et ils s'imaginent n'avoir besoin de personne. Il faut donc leur apprendre que, sans la grâce, nous ne pouvons rien, ni éviter le mal, ni faire le bien, ni nous sauver : c'est de foi.

2° Parce que les enfants, jeunes présomptueux, ne tardent pas à expérimenter leur faiblesse, et ils sont d'autant plus tentés de se décourager qu'ils avaient eu davantage de confiance en eux-mêmes. Il faut alors leur dire que Ton peut tout, avec la grâce de Dieu, humblement sollicitée, généreusement suivie.

Comment peut-on exciter dans les enfants l'espérance de la gloire? 1° En leur disant que la récompense du ciel est sûre, abondante, éternelle.

(l) M*r PlCHENOT, Pp. Cit., p. 202.

2° En les soutenant, dans l'accomplissement de leurs devoirs, par la perspective, surnaturellement ouverte à leurs yeux, de l'éternité bienheureuse.

3° En leur rappelant quelques traits de la vie des saints, plus spécialement instructifs en la matière.

La mère de saint Symphorien lui criait, au moment où on le conduisait au supplice :

— Mon fils, mon fils, souvenez-vous de la vie éternelle; regardez les cieux; on ne vous enlève pas la vie, on vous la change pour une meilleure.

Sainte Félicité de Rome, la mère des Machabées, soutenaient la foi et le courage de leurs sept enfants, aux prises avec le bourreau, par la pensée de la résurrection glorieuse.

Article III. — L'amour de Dieu,

« Ah ! qui n'aime pas Dieu est fou. » {Vie du bienheureux Crispin, p. 103.)

Quelle est V importance de l'amour de Dieu?

Elle est immense.

Le plus grand malheur en ce monde, la source de toutes les erreurs et de tous les vices, c'est qu'on n'aime pas Dieu (1).

Comment faut-il faire pour exciter, dans le cœur de l'enfant,

un véritable amour de Dieu?

Il faut le bien persuader qu'il est, lui-même, l'objet d'un grand amour, de la part de Dieu.

Si l'on n'aime pas Dieu, ordinairement du moins, c'est parce qu'on ne croit pas en être aimé.

Si on avait la conviction, la persuasion intime de cette vérité : que Dieu nous a aimés de toute éternité, qu'il nous aime, malgré nos fautes et nos faiblesses, qu'il veut nous aimer toujours, il nous serait impossible de ne pas nous attacher à lui : car l'amour appelle l'amour, comme le feu appelle le feu; c'est une loi de nature, c'est une loi du cœur.

(i) M«' PlCHENOT, Op. Cit., p. 264.

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Quelles sont les vérités qui convaincront plus facilement l'enfant de l'amour de Dieu à son égard?

1° C'est d'abord la création, avec les multiples bienfaits de Dieu, répandus dans l'ordre de la nature : le printemps et le parfum de ses fleurs, de ces fleurs qui sont nées, disent les poètes, du sourire de Dieu, et qui jetaient les saints en des extases de reconnaissance; l'été et ses moissons dorées, avec lesquelles Dieu nourrit le corps et l'âme de chacun de nous; l'automne et ses fruits variés et savoureux qui faisaient dire à Bernardin de Saint-Pierre que les plantes portent avec elles leur théologie; l'hiver, enfin, et la bénédiction de son feu, de ses eaux, et de ses longues nuits reposantes.

2° Le bienfait de sa propre existence. Il la tient de Dieu.

La mère des Machabées disait à ses sept enfants, le jour de leur martyre :

— Je ne sais pas comment vous avez paru dans mon sein; car ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit, l'âme et la vie; ce n'est pas même moi qui ai organisé vos corps, assemblé vos membres, mais bien le Créateur du monde qui a tout fait.

Il Ta reçue, cette existence, plutôt qu'une infinité d'autres qui auraient été meilleurs que lui. Dieu, à sa place, aurait pu faire un ange ou une étoile. Pourquoi lui? Amour, amour.

Et cette existence ne lui sera plus jamais enlevée : elle est indestructible. Elle entraine avec elle une multitude d'autres bienfaits, que l'enfant comprendra, quand son père ou sa mère auront comparé son état avec l'état de ceux qui en sont privés : les infirmes et les déshérités de la vie.

3° Les mystères de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eucharistie, de l'éternité bienheureuse.

Article IV. — L'amour de PEglise.

« U n'est point meilleure mère eja ce monde. » (Proverbe chrétien du moyen âge.)

Pourquoi faut-il inspirer aux enfants l'amour de l'Eglise?

Parce que l'Eglise est notre mère.

Dieu nous l'a donnée, pour diriger nos pas vers le ciel, pour guérir nos maladies, panser nos blessures, nous ressusciter, si nous avons eu le malheur de perdre la vie de lame, et nous porter dans ses bras, du berceau à la tombe, jusqu'à la vie qui ne finira jamais (1).

(i) Charruau, Nos enfants, pp. i3i-i32.

Ne faut-il pas aussi leur inspirer l'amour du Souverain Pontife?

Oui. •

Le Souverain Pontife a été établi par Jésus-Christ lui-même, comme son vicaire sur la terre et le chef suprême de toute l'Eglise.

Il faut engager les enfants à prélever sur leur petit avoir la partdu Pape, généreusement versée au Denier de Saint-Pierre.

Jadis, dit le P. Charruau, de tout jeunes enfants tombaient malades de douleur, a la nouvelle que la petite armée de Pie IX avait été écrasée par les Piémontais (1).

Cet amour tend à diminuer, semble-t-il : il faut le ranimer par tous les moyens.

Ne rions pas de la généreuse ardeur de ce petit homme de sept ans. qui voulait être zouave et qui faisait tous les jours l'exercice, pour se préparer à chasser de Rome le roi d'Italie et à enlever aux Allemands l'Alsace-Lorraine.

Dans un homme de sept ans, il y a beaucoup de ce qu'il sera à trente (2).

Est-ce assez d'inspirer aux enfants l'amour de l'Eglise et du Souverain Pontife ?

Il faut encore leur faire comprendre, aimer et soutenir les œuvres catholiques : le Denier du clergé, la Propagation de la Foi, la Sainte Enfance, l'œuvre de Saint-François de Sales, les écoles catholiques à tous les degrés, et plus spécialement les Séminaires, les œuvres post-scolaires, les œuvres sociales catholiques, les œuvres de presse, etc.

Est-il vrai que la générosité pour les œuvres catholiques est moins grande qu'elle n'était autrefois ?

Certains le pensent.

i# Au collège. — Jadis, au bon vieux temps, raconte le P. Charruau (3), quand un missionnaire nous faisait visite au collège, qu'il nous parlait des milliers' d'àmes qu'il avait à convertir, et de la faiblesse de ses ressources, aussitôt nous ouvrions avec empressement nos petites bourbes, et presque toujours nous donnions tout sans compter.

Nous n'étions point grondés pour ce manque d'économie.

Au contraire, le soir venu, quand nous leur racontions notre journée, nos mères nous serraient dans leurs bras et nous baisaient au front en nous disant :

(i) Charruau, Nos enfants, p. i32.

(2) D après le P. Charruau, Aux mères, p. Ii5.

(3) Nos enfants, p. 146.

— Mon enfant, ta as bien fait.

Et l'on nous laissait plusieurs jours sans le sou. pour ne pas diminuer notre mérite.

Aujourd'hui, vous trouverez très peu d'enfants capables de cette générosité, et ce manque de courage tient surtout, soyez-en sûr, a la mollesse avec laquelle on élève actuellement filles et garçons.

2° Dans la vie. — Les enfants restent trop souvent moins bons que leurs pères et mères; la générosité des parents est descendue dans leurs enfants; et quand disparait quelque noble vieillard qui était la providence d'un quartier, d'une ville, d'un diocèse, parfois d'un pays tout entier, il n'est généralement pas remplacé. Nous avons remarqué nous-même et nous sommes payé pour nous en faire une opinion fondée), que, dans certains milieux, la générosité des parents, comparée à celle des enfants, réalise une proportion de dix à un.

D'où cela vient-il ?

1° De la mollesse de l'éducation;

2° Du luxe qui fait établir le foyer qui commence, sur le même pied que celui sur lequel les parents ont fini, après une vie de travail.

3° De cette erreur déformante, qui porte les parents à acquitter eux-mêmes, jusqu'à la fin de leur vie, toutes les obligations d'œuvres de leurs enfants.

Nécessairement, ils en diminuent d'autant leur part personnelle, et ils habituent leurs descendants à ne rien faire.

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