‹ Catéchisme de l'éducationChapitre 120 sur 135 · I. — La discrétion · texte numérisé non relu

I. — La discrétion

« Mon père et ma mère m'ont engagée, sans me rien dire, clans ce mariage qui m'est odieux.

Sur quoi doit porter la discrétion des parents ?

La discrétion doit avoir pour objet :

1° La décision elle-même;

2 Les moyens de la faire connaître;

3 La façon de comprendre la nouvelle vie des jeunes époux.

Pourquoi les parents doivent-ils envisager avec discrétion la décision que leurs enfants sont susceptibles de prendre, par rapport au mariage?

Parce que « le mariage exige une vraie vocation » (2); et que cette vocation ne doit pas être considérée comme absolument certaine par le seul fait qu'il s'agit d'un sujet qui n'est appelé ni à l'état ecclésiastique ni à la vie religieuse.

Gardez-vous bien de pousser vos enfants au mariage, s'ils n'éprouvent aucun penchant pour cet état de vie. Très probablement ils n'y sont point appelés; autrement il est bien à croire qu'ils en sentiraient l'attrait (2).

Quel serait le meilleur moyen de trancher prudemment la ques-

Ce serait de ménager aux intéressés quelques jours de retraite.

Quel serait l'objet spécial de cette retraite?

1 Une étude : l'étude de la vocation en général, et plus spécialement de l'appel à la vie du mariage.

2 Une promesse : la promesse de remplir, dans la vie conjugale, si on y est appelé, toutes les obligations qui s'imposent au chrétien.

Quel est le deuxième objet de la discrétion des parents?

Il consiste à ne pas croire que, pour réussir à placer ses jeunes filles, il faut les produire à jet continu, les conduire à toutes les fêtes, les affubler de toilettes tapageuses, etc.

(i) Chabruau, Vers le mariage, p. 377.

(2) Ckarruat;, Aux mères, p. 22a.

l'éducation surnaturelle 487

Se faire remarquer n'est point nécessairement se distinguer. Loin delà (1).

Il y a un proverbe flamand qui dit :

(Le flamand, dans les mots, brave l'honnêteté.)

« Les bonnes bêtes, on va les chercher .à l'étable. »

N'exagérons cependant pas.

Il faut ce qu'il faut. Ce qui veut dire que les gens sérieux savent si bien doser la réserve et la complaisance, les obligations de la vie de famille, et les concessions qu'il convient de faire à la vie de société, la modestie et l'épanouissement, que l'estime et la sympathie s'attachent à leur nom, qu'ils se font une réputation solide et de bon aloi, et qu'ils aboutissent au meilleur résultat, par l'emploi des meilleurs moyens.

Quelles sont les obligations que la discrétion impose aux parents, après le mariage de leurs enfants ?

1° Les parents doivent s'effacer et consentir à n'occuper plus la première place, dans le cœur de leur fils et de leur fille.

C'est Dieu qui le veut: « L'homme quittera son père et sa mère, pour s'attacher à son épouse, et ils seront deux dans une chair. » (2)

Et par la force des choses, comme par la grâce même du sacrement, une affection nouvelle s'empare du cœur, souveraine, dominante; l'amour détrône la piété filiale, quoiqu'il ne l'éteigne pas : Est-ce qu'un fils peut oublier sa mère? Est-ce qu'une fille peut se détacher de son père? Non, sans doute. Mais ce fils et cette fille aiment d'une autre manière; la hiérarchie des sentiments a subi des modifications; et ce sont les parents qui sont sacrifiés.

C'est pénible, pour la mère surtout; et nous ne nous étonnons pas que cela produise parfois une tentation dejalousie. Est-ce que Blanche de Castille, cette mère si parfaite, n'était pas jalouse de Marguerite de Provence, la femme de saint Louis*? Mais il faut y résister à tout prix. Une mère chrétienne trouvera, dans sa foi et dans la grâce de Dieu, la force de s'oublier, d'imposer silence à la nature, et de répéter, sans

(i) Nicolay, Les enfants mal élevés, p. i59. (2) Genèse, h, 2^.

amertume, la parole de saint Jean-Baptiste : Oportet illum crescere, me autem minui(i). A eux l'affection et le bonheur, à moi l'oubli et la solitude.

2° Les parents, quand ils le peuvent, doivent appliquer à la lettre le principe : Chacun cliez soi.

Il est rare, en effet, que les jeunes gens se trouvent bien dans la maison de leurs parents; il est plus rare encore que les parents se trouvent bien chez leurs enfants. Des influences qui se croisent au foyer domestique provoquent à la longue des chocs et d'inévitables conflits. La sagesse consiste à éviter les complications. Il n'y a pas de place pour deux reines, dans la même ruche ; il faut que le nouvel essaim, il faut que les nouveaux époux soient leurs maîtres, se posent ailleurs et vivent chez eux (2).

Au moins faut-il que les enfants soient maîtres de leur choix.

Page 1