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II. La prudence

« Pour nombre d'entre elles, qu'a été le mariage? Un départ pour l'inconnu, avec un inconnu. » (3)

Quelle est la matière sur laquelle peut et doit s'exercer la prudence des parents ?

Les parents doivent prendre toutes les précautions, pour assurer le bonheur temporel et éternel de leurs enfants.

Ceux-ci, sans doute, y sont les premiers intéressés; mais ils sont légers, inexpérimentés, trop confiants, très passionnés; ils agissent par impression et par sentiment, plutôt que par réflexion et jugement; ils sont trop « cœur » et pas assez « raison ».

Aux parents chrétiens, sérieux et éducateurs, de suppléer à ce qui leur manque, en examinant et en tranchant, avec prudence, la question : i° d'âge; 2° de religion; 3° de conduite; 4° de santé; 5° de sérieux d'esprit; 6° de courage; 7° de beauté; 8° de fortune; 9° de fréquentations.

Que faut-il considérer par rapport à l'âge auquel il convient de marier ses enfants?

Il faut considérer :

1° L'âge de la jeune fille ;

(i) Il faut qu'il croisse et que je diminue (Jean m, 3o.)

(2) M*r Piche.not, op. cit., p. 4oo.

(3) E. Lamt, La femme de demain. Les femmes et le savoir, m

l'éducation surnaturelle 489

2° L'âge du jeune homme;

3° L'âge relatif du jeune homme et de la jeune fille.

A quel âge faut-il marier les jeunes filles ?

La prudence, la raison, l'affection même que vous leur devez, l'avenir de la famille à naître, vous font un devoir de ne pas établir vos filles trop tôt (1).

Il faut, en effet : 1° Les laisser se fortifier et grandir : des époux trop jeunes donnent le jour à des enfants débiles, et ils leur inspirent moins de respect.

2° Faire leur apprentissage de la vie de famille et de la vie domestique : quand elles auraient l'âge légal, peuvent-elles, sans danger pour elles-mêmes, et sans dommage pour les autres, supporter les charges et remplir les devoirs de leur nouvel état ?

3° Leur donner le temps de s'affermir dans la pratique des devoirs de la vie chrétienne : combien passent de la pension au mariage et, après avoir peut-être communié tous les jours, en arrivent à ne plus même faire leurs pâques!

A quel âge faut-il marier les jeunes gens?

Ne mariez pas vos fils trop tard, dit Mîr Pichenot (1).

Les délais, sans motif sérieux, ne peuvent qu'être préjudiciables aux jeunes gens qui désirent se marier, et à l'union même qu'ils désirent contracter (2).

Comment ces délais sont-ils préjudiciables aux jeunes gens qui désirent se marier ?

Parce que les jeunes gens sont à l'âge des passions violentes, qui font courir à leur vertu le plus sérieux danger. Le remède est dans le mariage même, dont une des fins, d'après le catéchisme du Concile de Trente, est d'apaiser les révoltes de la chair. Les priver de ce remède ou en retarder l'emploi, « c'est exposer les jeunes gens à des chutes douloureuses, les traîner, parfois pendant des années, dans une vie de péché, leur faire contracter des habitudes mauvaises, leur donner du dégoût pour le mariage légitime, et compromettre ainsi leur salut » (2).

(i) M** Pichenot, op. cit., pp. 355-856.

(2) P. Hoppenot, Catéchisme du mariage, pp. i45-i46.

Comment ces délais sont-ils préjudiciables au mariage lui-même? 1° Les plaisirs faciles de la vie de vieux garçon rendent le mariage moins séduisant (1).

2° En arrivant à la vie de famille trop tard, avec un cœur gâté, un corps vieilli, des sens usés, le jeune homme sera peu disposé à remplir les obligations de son nouvel état.

3 El puis, malheur aux enfants qui naîtront de ces unions tardives : ces maigres fruits d'automne ne mûrissent que très difficilement (2).

Que demande la prudence par rapport à l'âge relatif des jeunes époux?

Deux choses :

1° Qu'il y ait une certaine différence. 2° Que cette différence ne soit jamais considérable.

En quel sens est-il désirable qu'il y ait une certaine différence d'âge entre les époux?

En ce sens que le mari doit être, ordinairement, un peu plus âgé que sa femme : c'est le vœu de la nature, l'indication de la Providence (2).

Pourquoi cela?

Parce que la femme est plus précoce; et l'homme, qui est ordinairement moins réfléchi, emporté qu'il est par la fougue de son tempérament et de son caractère, a besoin de quelques années de plus pour acquérir le poids, la maturité, la position, l'expérience nécessaire à un chef de famille, qui veut comprendre ses devoirs comme il faut et les bien remplir. Dailleurs, le niveau se rétablit en peu de temps; l'homme se conserve mieux que la femme; la maternité vieillit, et on finit par avoir bientôt, en réalité, le même âge (2).

Quels sont les inconvénients d'une trop grande différence d'âge entre (es époux?

1° La sympathie est nécessairement moindre.

2° La partie plus jeune déserte facilement le foyer.

3° L'époux abandonné est en proie aux morsures empoisonnées de la plus sombre jalousie.

4° Les enfants souffriront, peut-être toute leur vie, de cette inégalité d'âge entre leur père et leur mère.

5° Ils auront des chances d'être plus tôt orphelins.

(i) P. Hoppenot, Catéchisme du mariage., p. 147. (3) M" Pichbnot, op. cit., pp. 357-362-363,

Quelles sont les obligations de la prudence par rapport à la religion des jeunes époux?

i° II faut faire en sorte de rendre impossibles les mariages entre personnes de religion différente.

2° Il faut mettre la religion au premier rang des conditions que Ton exige, pour fixer son choix.

Pourquoi faut-il rejeter les mariages entre catholiques et hérétiques ?

Parce que l'Eglise les a en horreur, au point qu'elle a fait de l'hérésie un empêchement de mariage.

D'où vient cette horreur?

Du danger de perversion auquel sont exposés le conjoint catholique et les enfants.

Il faut se garder de mariages semblables, pour cette raison surtout qu'ils fournissent l'occasion de se trouver dans une société et de participer à des pratiques religieuses défendues: qu'ils sont ainsi une cause de danger pour la religion de celui des deux époux qui est catholique; qu'ils sont un obstacle à la bonne éducation des enfants, et que souvent ils amènent les esprits à considérer toutes les religions comme égales, sans faire aucune différence entre la vérité et l'erreur (i).

Que faut-il penser des dispenses que l'Eglise accorde quelquefois?

Il faut penser que l'Eglise n'accorde ces dispenses qu'à regret, pour de graves raisons, et en vue d'éviter un plus grand mal. Mais elle prive les mariages ainsi contractés des bénédictions solennelles qu'elle se plait à répandre sur ses vrais enfants, montrant, par là, la tristesse et l'inquiétude que lui causent ces unions, si souvent préjudiciables à la foi.

Pourquoi la religion doit-elle être au premier rang des exigences formulées par les parents, quand il s'agit de choisir un compagnon ou une compagne de vie à leurs enfants?

1* Parce que, pour les chrétiens, le mariage n'est pas seulement l'union des vies, mais la fusion des âmes, fusion qui ne peut être réelle et complète, s'il n'y a communauté de religion (2).

2° Parce que le mariage est un sacrement des vivants, qu'il

(i) Léon XIII, Encyclique Arcanam.

(2) HOPPENOT, Op. Cit., p. 125.

y aurait sacrilège à recevoir sans être en état de grâce, sincèrement religieux, par conséquent.

3° Parce qu'un jeune homme ou une jeune fille qui aiment comme il faut aimer, c'est-à-dire pour le ciel autant que pour la terre, ne pourront jamais .accepter de lier leur vie à une créature sans religion, en état perpétuel de damnation : en conséquence, ils n'épouseront qu'un chrétien pratiquant.

Quels inconvénients y aurait-il à passer outre à cette recommandation?

1° Si c'est le mari qui n'a pas de religion :

Il est bien à craindre que l'homme sans religion diminue peu à peu et finisse par anéantir la religion de sa compagne. Il lui fera déserter d*abord les pratiques de surérogation et de convenance, puis les devoirs essentiels, puis les principes, les sacrements, le Décalogue. l'Eglise, Jésus-Christ, Dieu lui-même. En quelques années, la piété de Tépouse devient languissante, sa foi s'étonne et se déconcerte, ses souvenirs d'éducation chrétienne s'effritent et disparaissent, sa conscience tombe comme par lambeaux. Un beau jour, la femme se trouve au niveau de l'homme. Les voilà semblables l'un à l'autre, sans pratiques, sans croyances, sans espoirs, comme deux astres éteints, comme deux anges foudroyés (i).

2° Si c'est la femme qui n'a pas de religion :

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