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FÉ SELON

(1) Y. Hugo, Les feuilles d'automne, XIX \

o(> CATÉCHISME DE L'ÉDUCATION

L'éducateur ne doit pas contrarier cet épanouissement confiant et charmant; il évitera, par conséquent, toute froideur sans motif connu, tout air maussade, la bouderie et la raideur. Il y aurait même des avantages à ce qu'il se laissât gagner à la joie exubérante de l'enfant.

Les enfants sont plus gais que nous. Et. quand nous les aimons, ce sont eux qui nous égayent, effacent nos soucis et dissipent nos tristesfi

En quoi la « manière de voir » de l'enfant diffère-t-elle dr la manière de voir des grandes personnes, et plus spécialement de celles qui relèvent?

Les parents et les maîtres se placent au point de vue du bien général; ils considèrent l'honneur de la maison ou de la famille; ils envisagent l'avenir, qu'il faut préparer par le travail.

L'enfant, lui, ne voit que l'intérêt personnel; il ne comprend rien à la répercussion du détail sur l'ensemble; il n'apprécie que le moment présent, et, d'instinct, il se laisse aller à son irrésistible attrait pour le jeu.

De là, des confliis, des résistances parfois , et les parents

désolés crient à l'ingratitude! Non, il y a beaucoup de légèreté, sans doute, mais très peu, ou pas du tout, de méchanceté.

Avec les enfants, l'indulgence est toujours plus près de la justice que la sévérité, héias! et aussi avec les hommes; car si les enfants sont de petits hommes, les hommes, il faut l'avouer, sont souvent de grands enfants. Quand on se dévoue à l'œuvre de l'éducation, il faut donc un fonds inépuisable d'indulgence. Cette indulgence est l'équité même (2).

L'enfant ne « sent-il » pas comme nous sentons nous-mêmes?

1° L'enfant sent tout à la fois plus profondément et moins douloureusement.

Plus profondément, parce que le champ est libre.

Personne ne peut mesurer jusqu'où va l'influence d'une impression dans une âme d'enfant. Dans une âme d'adulte, cette influence est limitée par le passé, les habitudes acquises : elle doi! forcément s'accommoder au rythme établi: dans une âme d' nfant, il serait présomptueux de mesurer ses bornes. Elle a le champ libre. Elle le pénétrera, s'enfoncera, croîtra dans l'ombre; elle ne paraîtra peutèt e au grand jour que lorsqu'il sera trop tard pour l'éliminer. Quelle tâche c'est de gouverner les impressions des enfants! (3)

■ i) M" Pape-Carpentier, Ibid.

(ai M'r Dupa.vloup, De l'Education, t. Ier, p. i84-

K'à) M-»' L Félîx-Faure-Goyau, L'action sociale de la femme (juin i*>i3, p. 241)

GÉNÉRALITÉS SUR L'ÉDUCATION ol

Moins douloureusement, en vertu de celte loi mystérieuse et providentielle qui proportionne les impressions à la force des cœurs et des tempéraments :

La douleur est un fruit; Dieu ne le fait pas croître Sur la branche trop faible encor pour le porter (i).

L'enfant n'est pas impressionné des mêmes choses.

L'éducateur s'efforce de tout, prévoir, de tout combiner. Aujourd'hui, l'on aménage des chambres d'enfants avec de petits meubles, de^ murailles claires, de riantes images. Il s'agit d'influencer sans secousse leur imagination. Ils regarderont, je n'en doute pa . les couleurs gaies de leurs murailles et les bons exemptes de leurs petits tableaux. Mais ce qui parlera davantage à leur imagination, ce sera tel pli de rideau, tel jeu d'ombre et de lumière que vous n'avez ni combiné ni prévu (2).

L'enfant ne « parle-t-il » donc pas comme ses parente et ses éducateurs?

Oui, matériellement.

Mais, parce qu'il est enfant, il ne donne pas aux mots le sens que les grandes personnes y attachent; de là la galerie classique des « enfants terribles ».

Les choses que dit un enfant ne sont pas. pour lui. ce qu'elles sont pour nous; il n'y joint pas les mêmes idées. Les idées, si tant est qu'il en ait. n'ont dans sa tête ni suite ni liaison: rien de fixe, rien d'assuré dans tout ce qu'il pense. Un instant vous diriez : c'est un génie! Et l'instant d'après : c'est un sot! vous vous tromperiez toujours : c'est un entant! (3)

En quoi l'enfant « agit-il » différemment des grandes personnes?

1° Il est susceptible d'élans désintéressés et enthousiastes; quand on lui présente un but difficile qu'il y a quelque gloire à atteindre, il se lance avec toute son âme; il est capable de prodiges.

Que l'éducateur s'abstienne de froisser ces généreux sentiments; qu'il garde pour lui les appréciations désenchantées de son expérience; qu'il admire plutôt, se souvenant de la parole de AYordworth : « Le plus beau de tous les dons, c'est une âme vivante »; qu'il s'efforce même de renouveler sa jeunesse, en imitant les beaux exemples qu'il a sous les yeux.

2°llestemporté, mais il oublieviteetnegardepasde rancune.

(i) V. Hugo, Les enfants, XLIV.

(a) .Mmo Félix- Paure-Guyau, L'action sociale de la femme (janvier 1913, p. 240).

(3; Rousseau, Emile, 1. II.

Lui tenir une rigueur prolongée de ses écarts de caractère serait le traiter en homme qui réfléchit et se rend compte, et oublier qu'il est encore enfant et agit en enfant.

3° Il est espiègle; il aime à jouer de bons tours à ses maitres; il saisit, avec facilité, les côtés faibles et les ridicules des grandes personnes.

Tout cela est mal et répréhensible, mais l'enfant n'en juge pas comme nous: s'il fait de la peine en agissant de la sorte. <fest presque sans s en rendre compte; il serait donc exagéré d:y voir un manque de cœur, ou de répéter après La Fontaine : « Cet âge est sans pitié! »

4° 11 est entêté, parce qu'il est irréfléchi et incapable de voir à quelle extrémité il peut, à cause de cela, acculer ses maitres ou ses parenls.

5° Il est poseur, tant qu'il juge que son attitude peut lui atlirei1 quelque approbation.

Quelle est la conclusion pratique qui découle Je ces observations?

C'est qu'il faut connaître l'enfant tel qu'il est, et le bien comprendre, pour prévenir, en face de ses écarts, les colères inutiles, les erreurs de tactique, et les manques de doigté dans la répression.

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