CHAPITRE II
L'importance de l'Education
Regardez : les enfants se sont assis en rond. Leur mère est à côté, leur mère au jeune front
Qu'on prend pour une sœur aînée; Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus, De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus
Dans l'urne de la destinée (2).
Quelle impression doit produire en nous la définition que nous venons de donner?
Elle doit nous convaincre de la grande importance de l'éducation, et nous déterminer à prêter à tout ce qui s'y rapporte une attention soutenue, docile et généreuse.
Cette importance a-t-elle été suffisamment comprise? Si l'on consulte les bons auteurs, on est frappé de l'énergie et de la netteté de leurs affirmations :
J'ai toujours pensé qu'on réformerait le genre humain, si on réformait Téducation de la jeunesse (3).
Je dois ma fortune à la manière dont elle (ma mère), m'a élevé (4).
Rien ne peut se substituer à l'éducation. Elle est la principale, celle qui prime. Elle seule organise et met en relief l'instruction, la con-
<i) F. Nicolay, op. cit., p. 106.
(2) V. Hcgo, Les voix intérieures.
(3) Lejbnitz.
(4) Napoléon.
GÉNÉRALITÉS SUR l'ÉDIJCATION 17
duit, la règle, la dirige. L'éducation sans instruction fera toujours, même ignorants, des hommes sensiblement supérieurs à ceux qui ne seraient qu'instruits: tandis que l'expérience démontre, avec une cruauié lumineuse, que l'instruction sans éducation n'est capable que de produire des déclassés, des irrités de la vie, des malheureux ou des méchants (1).
Si je demandais à l'Espagne, au Portugal et à d'autres nations" célèbres l'histoire de leurs malheurs, elles me répondraient peut-être : « Nous sommes tombées depuis que l'éducation nous faisant défaut, les hommes, chez nous, ont défailli. » (2)
Qui a sauvé autrefois la France au sortir du chaos de nos guerres civiles et préparé la grandeur du siècle de Louis XIV? C'est la prodigieuse force de l'éducation qui fut donnée à la jeunesse française pendant les quarante premières années du xvir siècle, et la multitude d'hommes éminents qu'elle fit agir de toutes parts (8).
Trouve-t-on les mêmes convictions dans la masse des éducateurs*
Hélas! non.
Et l'on est bien obligé de constater que ceux-là mêmes qui sont le plus directement responsables de l'éducation, n'en connaissent généralement ni les principes ni les méthodes.
Combien de parents entreprennent la tâche si difficile d'élever leurs enfants, sans avoir jamais songé aux principes qui doivent diriger l'éducation physique, intellectuelle et morale ! Ce qui est plus étrange encore, c'est que ni la présomption des parents ni le danger couru par les enfants ne nous font éprouver de surprise ou de colère (3).
Nous avons nous-même donné des conférences sur l'éducation, dans une paroisse de 20000 âmes, composée en grande partie de réfugiés (c'était pendant la guerre) et de baigneurs, par conséquent de personnes jouissant de certains loisirs : nous avons réuni de 100 à 180 auditeurs. Nous eûmes donc la tristesse — nous ne disons pas la surprise — de constater que le grand nombre n'attachaient à la question qu'une importance pratiquement nulle.
Et cependant, ne pourrait-on pas, hélas ! appliquer à la famille la parole connuedu chancelier Oxenstiern. conseiller de Gustave- Adolphe. et tuteur de la reine Christine :
A son fils, partant pour visiter les grandes capitales de l'Europe,
(i) Henri Lavkdaw, La famille française, p. i33.
(2) M*' Dupanloup, De l'Education, t. I", p. vi.
(3) Herbert Spexcer, cité par l'abbé Le Camus, L'Education chrétienne, p. vi-vn.
il disait : Allez voir avec quelle petite dose de sagesse le monde est gouverné
L'ignorance est-elle le seul défaut à craindre de la part des éducateurs?
Il en est qui savent, qui comprennent leurs responsabilités et s'en effrayent parfois; mais ils finissent par s'y habituer, et, inférieurs à leur tâche, vaincus dans la lutte, résignés à leur défaite, ils ne font ni plus ni mieux que les ignorants qui ne savent pas.
Et cette difficulté est d'autant plus grande que, pour bien s'acquitter de leur mission, il leur faudrait « réfléchir », ce qui est, comme chacun sait, une des formes "les plus redoutées par tous de l'activité humaine (2).
Que peut-on dire aux éducateurs ignorants et décourages f* On peut et on doit leur faire remarquer que, pour eux, l'éducation est un devoir; qu'il est, par conséquent, de toute nécessité qu'ils en connaissent les principes et qu'ils les appliquent avec constance et générosité.
Pourquoi l'éducation est-elle un devoir ?
1° Parce que l'éducation est dans la logique même de la paternité et de la maternité, et dans Tordre des fonctions professionnelles pour lous ceux qui partagent la responsabilité des parents.
2° Parce que l'éducation est pour l'enfant une condition sine qua non de formation et de salut.
3° Parce que l'éducation est, pour les parents, le seul moyen d'être en règle avec Dieu, qui leur demandera compte du dépôt confié.
(i) M«* Dupanloup, De l'Education, t. I", p. xxyi. (2) Mme Fishkr, L'Education. Montessori, p. 3.