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CHAPITRE I

La hiérarchie des Educateurs

« Les premiers droits, les droits antérieurs à tout droit, sont les droits des familles :

ce sont des droits primitifs et inviolables. » (Guizot.)

A qui incombe le grand devoir de l'éducation ?

Mgr Dupanloup répond :

L/enfent a droit à la sollicitude de toutes les autorités, à l'action et

aux bienfaits de tous les pouvoirs sur la terre Le prince, le

prêtre, le père, l'instituteur, le magistrat. la famille, la société, l'Eglise sont institués pour lui. La discipline morale, l'enseignement des lettres, les sciences, la religion, tous les prix du travail et de la vertu, la Providence, enfin tout est ici-bas pour lui, parce qu'il est lui-même ici-bas de Dieu et pour Dieu. Voilà pourquoi tout, en ce

monde, doit travailler â son éducation, tout doit concourir à l'élever, tout doit faire ou favoriser cette grande œuvre (i).

Tous ces concours ont-ils pratiquement la même importance?

Non; il en est même dont la collaboration est plutôt négative, ou tellement éloignée, qu'elle en devient pratiquement négligeable

Quels sont donc les ouvriers ordinaires de l'éducation chrétienne?

Pour faire un homme, dit le R. P. Didon, il faut Dieu, le père, la mère, le prêtre, le maître.

Dieu crée l'âme ;

Le prêtre oriente les âmes vers Dieu;

Le père a, pour sa part, les relations extérieures ; il commande, il protège :

Le maître développe l'intelligence;

Mais, après Dieu, l'ouvrier le plus important de l'éducation chrétienne, c'est la mère: c'est d'elle que dépend l'avenir de son fils; c'est elle qui en peut faire un Ahel ou un Gain (2).

Article I. — Les parents.

« Salut des enfants, gain des parents. » (S. Jérôme.)

« C'est l'enfant qui sauve la mère. » (M«* Rozeer, L'art d'être maman.)

L'action du père et l'action de la mère peuvent-elles être impunément séparées ?

Non; mille fois non ; car la famille est l'image de la Sainte Trinité; (3) la mère y représente l'amour, le père l'autorité; et tous les deux participent à cetle sagesse qui est la « compagne de la puissance et de l'amour, et qui les éclaire éternellement (4).

Voilà pourquoi ils sont inséparables, et ils doivent présider ensemble à l'éducation de leurs enfants.

(i) De l'Education, t. I", p 3.

(2) Cité par les Paillettes d'or, u« série, p. m. Cetle citation du P. Didon ne doit pas être prise au pied de la lettre; elle est trop absolue en plusieurs de ses formules ; le père a un rôle plus important que de diriger les opérations extérieures, de commander et de protéger; le maître n'est p is seul à développer les intelligences; et le prêtre n'est pas nécessairement renfermé dans la fonction spéciale, très belle d'ailleurs, qui consiste à orienter les âmes vers Dieu.

(3) Vois-tu, le père, la mère et leur petit enfant, c'est une trinité sacrée. Il faut tout accepter plutôt que de la désunir. » (Brjeux, Susette, Acl. 111, 8.)

(A) M*r Dupanloup, De l'Education, t. Il, p. i34.

Gomme le cœur et la vie manquent dans une éducation où une mère n'a pas assez de part! Et aussi qu'il y a d'hésitation et de faiblesse dans une éducation dont un père est absent (i) !

Chacun des deux parents a donc un rôle à jouer ?

Oui ; et ce rôle est en rapport avec le caractère et avec la fonction particulière de l'un et de l'autre. Mais tous les efforts tentés pour le remplir doivent être harmonisés, concertés, conjugués, et tendre au même but : — la formation de l'homme et de l'élu.

Cependant, s'il est vrai de dire que, pour faire l'éducation, le père et la mère ne doivent avoir qu'un seul esprit, un seul cœur et une seule volonté, n'est-il pas juste d'ajouter que c'est à la mère que revient, en pratique, la majeure partie de la tâche ?

Oui ; et l'on peut affirmer, en toute vérité, que la mère occupe le premier rang dans la hiérarchie des éducateurs.

Pourquoi la mère occupe-t-elle le premier rang dans la hiérarchie des éducateurs ?

Pour trois raisons :

1° Parce qu'elle vit davantage avec les enfants;

2° Parce qu'elle est plus clairvoyante;

3° Parce qu'elle aime avec plus de dévouement.

Est-il toujours vrai que la mère est, « plus » que tout autre, « avec ses enfants » ?

Malheureusement non ; et cela pour diverses raisons que nous n'examinons pas en ce moment. Le plus souvent, néanmoins, il en est ainsi ; c'est le vœu de la nature, et les circonstances en favorisent d'ordinaire la réalisation.

L'enfant passe dans l'intimité de sa mère la plus grande partie de ses premières années.

Est-il vrai que la mère est généralement « plus clairvoyante » dans les questions d'éducation ?

Oui ; on peut dire de la mère qu'elle a l'instinct de l'éducation ; elle doit cet avantage à la mission même que Dieu lui a confiée.

C'est à elle, en effet, comme autrefois la fille de Pharaon

i) M" Dupa-nloup, De VEducation, t. II, p. i3&

à la mère de Moïse, que Dieu a dit : « Recevez cet enfant, élevez- le pour moi. »

Et comme Dieu n'emploie pas ses créatures et n'agit pas par elles sans leur communiquer quelque chose de ses attributs divins, il a dû donner aux parents, et à la mère plus spécialement, une participation de sa sagesse, de son intelligence et de sa clairvoyance (1).

Est-ce que V « amour de la mère » n'est pas encore un meilleur titre au rôle prépondérant qu'elle joue dans V éducation? Incontestablement, et pour deux raisons principales : i° Parce que « aimer l'enfant et se faire aimer de lui, sera toujours le grand secret de l'éducation » (2).

L'éducation, c'est l'amour (3).

L'éducation doit être une bienveillance et une bonté continues (4).

2° Parce que l'éducation, qui ne va pas sans de nombreux et pénibles sacrifices, suppose, chez l'éducateur, un amour profond, dévoué et désintéressé.

Or, personne n'est capable, au même degré que la mère, des tendresses et des héroïsmes de cet amour.

Personne, par conséquent, ne peut lui contester la place qu'elle occupe dans la hiérarchie des éducateurs.

L'amour maternel est-il donc plus grand que l'amour paternel? (5)

1° L'amour maternel est, dans le principe, à son maximum d'épanouissement.

En venant à la lumière du jour, l'enfant trouve en sa mère une tendresse parfaite, dans la plénitude de son intensité.

Le fjère est flatté de son nouvea i titre, content d'avoir un héritier, mais le bébé, en lui-même, n'éveille pas les enthou-

(i) « Dieu, qui a prêté à la mère sa puissance de Créateur, lui a donné aussi sa puissance de Sauveur. » (Paillettes d'or, série VI, p. 106.) — « Ma femme voit juste, déclarent nombre de maiis. Elle voit juste, c'est-à-dire saisit d'un coup d'œil, penè re le défaut cache, doit a la finesse de sa sensibilité une justesse de jugement que les déductions logiques les plus parfaites n'atteiynent qu'avec lenteur quand elles y parviennent. » — Fiessinger, La formation des caractères, p. io3.

(2) F. Kieffer, L'autorité , p. 126.

(3) Lacheliek.

(£> Hestalozzi.

(o) F. Nicolay (Les enfants mal élevés, p. 3^9) établit un parallèle entre ces deux amours; nous y avons puisé les idées par lesquelles nous repondons à la question.

siasmes généreux que ressent la femme dans sa maternité expansive et triomphante.

2° L'amour de la mère est fait de dévouement.

L'affection du père est calme et modérée; il ne ressent de véritable émotion que le jour où l'enfant balbutie papa, en ayant l'air de le reconnaître.

C'est qu'il y a, chez lui, une pointe d'égoïsme : donnant, donnant.

3° L'amour de la mère est fait d'abnégation.

La mère aime l'enfant à proportion des sacrifices qu'elle s'impose pour lui. Plus il est faible, chétif, disgracié même, plus la part de tendresse qu'elle lui réserve est grande.

Montaigne n'eût pas osé dire, devant elle, ce mot cynique

qu'il proféra en parlant de ses fils: « J'en ai perdu un

ou deux!

Le père, lui, semble aimer l'enfant dans la mesure du plaisir que celui-ci lui procure.

Il répéterait volontiers la parole connue : « Tant que les enfants ne sont pas propres, ils sont exclusivement à la mère. »

Que rémlte-t-il de ce que nous venons de dire du rôle de la mère dans l'œuvre de l'éducation? 0

Il en résulte que l'enfant sera, généralement, ce que sa mère l'aura fait.

Du soin des mères dépend la première éducation des hommes. D'eues dépendent leurs mœurs, leurs passions, leurs goûts, leur bonheur même il».

Je suis d'avis que la bonne ou la mauvaise conduite à venir d'un enfant dépend entièrement de sa mère (2).

Rien ne rapproche plus de Dieu que le souvenir d'une sainte mère (3).

Et Lamartine, après avoir fait de sa mère un éloge d'une exquise délicatesse, disait :

Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte mère!

Les Américains des États-Unis ont inscrit dans leur calendrier national : La fête des mères!

(i) J.-J. Rousseau.

(2) Napoléon.

(3) Ozanam, Lettres, I, p. 225.

2i CATÉCHISME DE L'ÉDUCATION

Le mérite de la femme, écrivait J. de Maistre à sa fille, est de régler sa maison; de rendre son mari heureux, de le consoler, de l'encourager et d'élever ses enfants, c'est-à-dire de faire des hommes; voilà le grand accouchement qui n'a pas été maudit comme l'autre (1).

Un historien protestant disait de la vieille France que c'était un royaume fait par des évèques. Hélas! ni les évêques ni les prêtres ne referont la France moderne, si les mères chrétiennes ne viennent à leur aide. Dieu a confié aux mères le berceau de l'homme; le berceau, c'est-à-dire presque tout (2).

Les mères ont donc une grande responsabilité? (3)

Oui, certes; elles ne doivent jamais la perdre de vue; elles feront donc tout le possible pour élever leurs capacités à la hauteur de leur tâche; et, pour se soutenir, elles se répéteront à elles-mêmes: « Cet enfant sera-ce que je le ferai; vraisemblablement, il sera sauvé si je le sauve, il sera damné si je le damne! »

Quels sont les devoirs particuliers du père?

Les devoirs particuliers du père sont en harmonie avec la nature de son intelligence, avec son autorilé de chef, avec l'esprit de décision et d'énergie qui, en général, le caractérise.

1° L'intelligence du père est ordinairement plus ferme, plus équilibrée, plus sûre; à lui, en conséquence, de former la pensée de ses fils et même de ses filles.

2° Son autorité de chef de famille appelle, pour être bien exercée, un caractère digne et trempé, marqué de force et empreint de douceur; à lui, en conséquence, de former la virilité de ses enfants, par des paroles autorisées et l'exemple d'une vie de devoir et d'honneur.

3° Le père, par sa situation même dans la famille, est le juge, en dernier ressort, des décisions à prendre, et l'acteur initial et principal de leur exécution. A lui donc de former la volonté de ses enfants en leur donnant la lumière, l'élan, l'énergie et la constance qui leur sont nécessaires.

<i) Lettres et opuscules, t. !•», p. 190.

(2) Mf Bougaud, Histoire de sainte Monique, p. 21-22.

(3) C'est surtout à elles que ces pages sont destinées ; elles les liront, les méditeront, s'en pénétreront et s*en inspireront avec autant de soin qu'en mettent leurs enfants à apprendre et à comprendre le résumé de la doctrine chrétienne.

Ce sera leur catéchisme, le catéchisme du premier de leurs devoirs d'état.

GÉNÉRALITÉS SUR l'ÉDUCATIOV 25

Article II. — Le prêtre.

Il dit (le prêtre^ : Enfants, soyez soumis.

Pères, soignez vos fils : mères, gardez vos tilles. (A. D., Paillettes d'Or, XIIe série, 74.)

Quelle est la part du prêtre dans l'œuvre de l'éducation*

Le prêtre, comme catéchiste, comme directeur de patronage, comme professeur, comme confesseur, joue un rôle très important dans la formation intellectuelle morale et religieuse de l'enfant.

Il est donc le collaborateur du père et de la mère, et il doit être traité comme tel.

Les parents sérieux le voient, le consultent, le renseignent, se concertent avec lui en vue de travailler, d'un commun accord, par l'emploi des mêmes moyens, ou du moins par l'application des mêmes principes, à ïa poursuite d'un même but.

Tous les parents comprennent-ils la ressource de cette collaboration?

1° Beaucoup ne la soupçonnent même pas; ils seraient fort étonnés d'entendre affirmer que le prêtre peut avoir quelque chose à voir, à dire ou à faire, en dehors des heures qu'il passe avec les enfants dans les diverses fonctions de son ministère.

2° D'autres négligent de l'exploiter; ils ne connaissent le catéchiste, le professeur ou le directeur de patronage, que par les récits intéressés, tendancieux, plus ou moins mensongers ou exagérés, qui leur sont faits par leurs enfants, en des jours de paresse, de dissipation ou de correction.

3° Quelques-uns même la dédaignent; ils laissent entrevoir à leurs enfants, par manière d'encouragement, le jour où prendra fin la sujétion qui en résulte, et sans se ranger directement, peut-être, à l'avis de l'enfant qui se plaint, ils bornent leurs aspirations, en ce qui le concerne, à obtenir de lui une passivité qui ne se révolte pas, sans souci de la docilité respectueuse qui contribuerait si efficacement à sa formation!

Comment faut-il envisager la collaboration du prêtre confesseur?

Avec une délicatesse extrême, ce qui ne veut pas dire avec indifférence.

Les enfants sont libres, et ils doivent toujours se sentir libres; mais ce n'est pas entraver leur liberté que de leur apprendre à en faire un bon usage.

Les parents doivent, autant que possible, aider leurs enfants à choisir le confesseur qui leur convient. Ils doivent au moins le connaître, pour collaborer avec lui à la formation de l'âme et de la conscience; si le confesseur ne peut rien dire à la mère, la mère peut renseigner le confesseur sur une multitude de choses (1).

Ils doivent inspirer aux enfants, par leurs paroles et leurs actes, la confiance que mérite le représentant de Jésus-Christ au tribunal de la pénitence.

Article III. — Le maître.

Un choix pareil Est d'assez grande importance Pour que longtemps on y pense (2).

Lé maître doit-il être rangé parmi les ouvriers ordinaires de l'éducation ?

* Oui, car il est presque impossible de se passer de son concours.

1° Les garçons ont besoin d'émulation et de frottement mutuel; il leur faut une main d'homme pour retenir et guider leurs débordantes ardeurs; et, comme il est bien rare que le père puisse s'occuper d'eux suffisamment, on est amené à dire que l'école et le collège s'imposent à peu près nécessairement.

2° Pour les filles, si la mère de famille avait le temps, les forces, les connaissances et les aptitudes nécessaires, elle serait l'éducatrice idéale. Mais comme le plus souvent l'une ou l'autre de ces conditions fait défaut, l'institutrice est indispensable.

Le maître a donc sa place marquée parmi les ouvriers ordinaires de l'éducation.

Quelle est la part du maître dans l'œuvre de l'éducation? L'éducation complète, c'est-à-dire chrétienne, ayant pour objectif dernier de faire des élus, tous ceux qui y travaillent

(1) La question est délicate et demande beaucoup de circonspection.

(2) Florian, Fables. 11, i5.

doivent tenir compte de ce but, pour y subordonner l'orientation de leur concours.

Le maître, pour être vraiment le collaborateur des parents, doit donc être chrétien, chrétien dans ses convictions, chrétien dans sa vie, chrétien dans son enseignement.

Il n'y a que le sophisme qui puisse établir un mur de séparation entre l'enseignement des vérités chrétiennes et l'enseignement des lettres et des sciences humaines, attendu qu'elles se touchent et souvent se confondent indivisiblement; attendu que la nature, elle. n'a pas établi de mur de clôture entre l'esprit et le cœur, entre l'homme littéraire ou scientifique et l'homme religieux (1).

Le sage et vertueux Rollin disait :

La piété, une piété vraie, noble, simple, aimable, est, de toutes les qualités d'un instituteur, la plus essentielle, la plus importante, celle qu'il faut préférer à toutes les autres, et qui y ajoute un prix infini. Elle seule inspire aux maîtres un zèle, une ardeur, un empressement pour le bien de leurs disciples, qui attirent sur tous la bénédiction du ciel (2).

Le maître ne serait-il pas un collaborateur acceptable, s'il pratiquait une neutralité respectueuse?

Philosophiquement, la neutralité est un leurre et une absurdité; théologiquement, elle est une faute et un blasphème (3); en matière d'éducation, elle est une monstruosité et une décapitation.

La libre pensée ne peut pas plus être une méthode d'éducation nationale que la grêle un procédé de culture agricole (4).

Suffira- t-il que le maître soit bon chrétien ?

Non; il faudra encore qu'il soit ferme, droit, dévoué, de bon jugement et de bonne éducation. Ce que Montaigne semble résumer d'un mot, quand il dit : « Je voudrais qu'on fût soigneux de lui choisir (à l'enfant) un précepteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine... » (5)

Que faut-il penser de l'internat ?

1° L'internat s'impose aux parents, généralement, du moins :

(i) Cardinal Pie, cité par M*T Baunard, Dieu dans l'école, I, p. 71.

(2) Cité par M** Dupanloup, op. cit., t. II, p. 354.

(3) « C'est l'athéisme moins le nom » Léon XIII, Encycl. Immortale Dei.

(4) Georges Ohnet, le Figaro.

(5) Essais, I, 2b.

a) Quand ils n'ont pas d'école convenable à proximité de chez eux ;

b) Quand ils sont complètement absorbés par les soucis de la vie ;

c) Quand ils se sentent incapables de remplir leurs obligations d'éducateurs;

d) Quand ils ont des enfants spécialement difficiles, sur lesquels ils n'ont pas d'autorité.

2° L'internat produit quelques bons résultats :

a) Le travail est peut-être meilleur, bien que la supériorité intellectuelle de l'é.ève interne sur l'élève externe ne soit pas établie par les concours (1) ;

b) La formation est plus complète, surtout quand l'atmosphère de l'internat est, moralement et religieusement, plus pure que l'atmosphère de la famille ;

c) Il constitue un certain apprentissage de la vie, à condition, cependant, que l'enfant ne soit pas trop tôt séparé de ses parents; c'est ainsi, par exemple, que l'on considère comme avantageux, pour une jeune fille, de passer en pension une ou deux années de fin d'études.

3° Mais, à côté de cela, que d'inconvénients :

a) Au régime de l'internat, l'action des parents est forcément diminuée; leur autorité sans exercice risque de devenir une autorité sans force.

b) L'enfant, sevré, pendant de longues semaines, parfois, des manifestations, si nécessaires à son âge, de l'affection paternelle et maternelle, est exposé à perdie pied, à tomber et à se noyer dans les flots fangeux de l'impureté ;

c) L'enfant sera tenté d'abuser de la liberté dont il jouira, sans transition peut-être, après la contrainte de la vie commune, des mouvements réglés et de la discipline austère de l'internat;

d) Ce déraciné se fixera-t-il dans la famille après son retour? Ne se débarrassera -t-il pas de ses parents, comme ceux-ci se sont débarrassés de lui, le jour où ils l'ont mis en pension?

Au total, l'internat, en principe, n'est pas à recommander, au moins dans le tout jeune âge.

(i) F. Nicolay, op. cit., p. libg.

Article IV.— L'Etat.

« L'Etat a trop d'enfants pour être un bon père de famille. »

(Clemenceau, discours du 30 octobre £902, au Sénat.)

a L'Etat assiste la famille et ne la supplante pas.» (Portalis.)

L'Etat n'a-t-il pas émis certaines prétentions au sujet de l'éducation ?

La patrie seule a le droit d'élever ses enfants, disait Robespierre à la Convention (22 février 1794). Elle ne peut confier ce dépôt à l'orgueil des familles ni aux préjugés des particuliers.

Il faut remplacer les pères et les mères par une éducation commune obligée, prétendait Le Bon.

L'enfant appartient à l'Etat avant d'appartenir à ses parents, affirmait Danton.

C'était langage de révolutionnaires.

Mais l'idée qu'ils émettaient s'est bien un peu réveillée de nos jours.

Que faut-il en penser ?

Disons-le bien haut: cette confiscation de l'enfant serait contraire au bon sens, à la nature, à la justice, à la liberté.

L'enfant appartient avant tout à ceux sans lesquels il ne serait pas.

De plus, ses parents seuls ont ce qu'il faut pour l'élever comme il convient, à savoir : l'affection la plus tendre et 1» plus dévouée; l'autorité la plus naturelle et la plus sacrée; et l'intérêt le plus grave et le plus direct à bien s'acquitter de ce devoir.

Tandis que l'Etat, en assumant la charge de l'éducation, s'imposerait un fardeau absolument au-dessus de ses moyens.

L'Etat se jugeant doué de toutes les aptitudes et de la clairvoyance voulues pour manier à sa guise cette chose plus délicate qu'une fleur, une âme d'enfant ! fait penser à cet éléphant du cirque s'essayant au pastel, avec le succès et la grâce qu'on devine (i).

L'Etat ne doit pas s'occuper des choses de l'enseignement, « parce qu'il n'est ni un professeur, ni un philosophe, ni un père de famille, parce que, quand il s'en mêle, il est le plus souvent assez maladroit, et assez souvent ridicule » (2).

(i) F. Nicolat, op. cit., p. 457.

(2) E. Faguet, Le libéralisme, p. 161-162.

Est-ce à dire que l'Etat puisse et doive se désintéresser de l'éducation de l'enfance?

Assurément non; il doit la favoriser de tout son pouvoir, en encourageant le développement des lettres, des sciences et des arts. Il a sur elle un droit incontestable de surveillance et de contrôle en tout ce qui touche à l 'hygiène, à la moralité, à la sécurité publique. Il peut et doit intervenir pour réprimer les abus, stimuler la négligence coupable de certains parents, et sauvegarder le droit des enfants, en leur assurant le minimum d'éducation indispensable pour remplir leurs devoirs d'hommes et de citoyens (1).

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