‹ Catéchisme de l'éducationChapitre 49 sur 135 · PS. I, I · texte numérisé non relu

PS. I, I

<2) M»r Rosset, Devoirs des parents, p. 66.

Pourquoi la fuite de ces occasions de péché est-elle si importante pour la jeunesse?

Parce que la jeunesse est, dans l'ensemble de la vie, ce qu'est le temps, de la floraison, pour la vigne et les arbres fruitiers : un moment très critique.

El de même que le vent trop cliaud fane les fleurs, que le froid les tue, que les insecles parasites en dévorent les espérances, de même les occasions de péché peuvent porter, et poneni souvent, un coup mortel à la vertu frêle et délicate des jeunes gens et des jeunes tilles.

Tous les éducateurs sont-ils bien convaincus de cette importance ?

Il en est qui veulent avoir les idées larges, qui appellent « pruderie » la pudeur, qui est la défense naturelle de la vertu; qui ne connaissent d'autre méthode que celle qui consiste à suivre à peu près toutes les indications de la nature; qui, sous prétexte que l'ignorance n'est pas la vertu (1), se servent de tous les moyens pour « déniaiser » leurs enfants.

Quelles >ont les pratiques visiblement inspirées par ces principes?

i° Les fréquentations tendancielles.

L'on organise à dessein de petites réunions, où parents et amis, pareilles et amies, depuis treize ans jusqu'à dix-huit, vingt ou vingt-cinq ans, fraternisent autour de la même table à thé, auprès du même piano, dans les ébats d'un même jeu, dans les méandres d une même excursion, etc.

N'e>t-il pas nécessaire de se voir?

Et pour tixer sa vie, plus tard, ne faut-il pas entretenir certaines relations qui fassent se connaître ceux qui pourraient se convenir?

2° Les représentations en famille.

En vue ne ces leliles réunions, on « apprend des proverbes de société, saynètes, qu'on étudie tout l'hiver pour ne point les savoir au printemps ».

Qu'importe, après tout! Ne sont-ce pas les répétitions qui prt-sentent le véritable attrait?

d) « L'ignorance n'est pas la vertu, mais elle est providentielle, et à son ombre protectrice l'innocence peut se conserver, elle a le temps de s'affermi r afin u èir. à même de lutter un jour contre les efforts ue la tempête. »f (M«r Pichbnot, op. cit.)

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Et pourquoi?

Parce qu'on aura le droit — de par ses parents — de dire et de redire, en tant que « personnage », ce que l'on ne pourrait ni n'oserait exprimer dans les relations ordinaires de la vie.

— Mais puisque c'est dans le rôle! (1) 3° Le théâtre.

On conduit ses enfants à des pièces risquées.

Elles le sont tellement, que si une domestique osait se permettre de raconter quelque anecdote dans le genre de ce que l'on y a vu ei applaudi, on la chasserait immédiatement.

— La misérable! s'écrierait-on, qui ne rougit pas de dire de pareilles choses aux enfants !

Les enfants! J'en ai vu sous le feu des bougies. Des bambins de sept ans. user leurs énergies. Maigres et gracieux, circuler à minuit.

Parmi les fleurs, les chants, les parfums et le bruit. Ecouter, empourprés des roses de la fièvre,

Tous ces propos malsains qui passaient sur la lèvre

Le monde les tuait, et leur mère était là!

Et le bal radieux dansait sur tout cela! (2)

4° Les musées.

On visite des musées aux œuvres mal voilées.

5° Les lectures avancées.

On tolère des livres pour lesquels on cherche une excuse dans cette misérable allégation : a Ma fille n'est plus un bébé! Elle a dix-huit ans. »

Quel est l'inconvénient de ces sortes Je pratiques ?

C'est que l'homme n'est pas une bête: c'est qu'il y a pour lui un sixième commandement de Dieu, qui défend les pensées, les affections, les désirs, les imaginations, les regards, les paroles, les actions déshonnètes, et qui lui impose sub gravi la fuite de toute occasion prochaine de péché mortel.

On l'oublie, hélas!

Et on le laisse oublier!

Cela est si vrai, que dans les milieux où l'on préconise ces principes et où l'on pratique plus ou moins cette morale relâchée, les enfants, fussent-ils apparemment pieux, marchent

(iï Xicolay, op. cit., p. i56.

(2) Du PONTAVICE DE HaUSSBY.

à pieds joints sur le sixième commandement ; il n'existe pas plus pour leur conscience que pour leur conduite.

Les parents qui se comportent de cette façon sont donc bien coupables ?

Oui.

Ils sont responsables devant Dieu du manque de vertu de leurs entants; car ce sérail miracle que, en pareil milieu, les enfants eussent une vertu complète.

Les parents doivent-ils régler l'heure de la rentrée de leurs adolescents ?

Oui.

Ils doivent même, généralement, exiger que jeunes gens et jeunes filles soient de retour, pour le repas du soir et la prière en commun.

Que doivent faire les parents, quand il y a quelque manquant?

Ils doivent se mettre à sa recherche.

Dans les pâturages de nos montagnes, le berger, le soir venu, parque ses brebis et les compte. S'il lui en manque, à moins qu'il soit un mercenaire sans conscience, ii prend

sur son sommeil pour aller à la recherche des égarées

Il se dit : Il y a des précipices dans la montagne, et mes brebis pourraient y tomber; il y a des Lêtes fauves, et mes brebis pourraient être dévorées. Et il ne consent à prendre son sommeil qu'après les avoir toutes ramenées au bercail.

Si, le soir venu, les enfants ne sont pas tous rentrés au bercail du foyer, les parents doivent au moins faire pour eux ce que le berger fait pour ses bêtes !

Il pouvait dire, lui : peut-être mes brebis tomberont dans le précipice; peut-être seront-elles dévorées par les bêtes fauves.

Pour les parents, ce peut-être est de trop.

Les enfants qui rentrent tardivement, sans que leurs père et mère en aient su et approuvé les motifs, sont sûrement tombés dans l'abîme, dans l'abîme du péché; ils ont été sûrement dévorés, dévorés par le « lion rugissant » de l'Ecriture, c'est-à-diie par le démon.

Et quand la porte s'ouvre pour livrer passage au prodigue non converti, si les parents disent : « Le voilà ! c'est mon fils qui rentre ! » ils se trompent.

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Ce n'est plus leur fils! Ce n'est plus que son apparence, son spectre, sa tunique! Lui? Une bête féroce l'a dévoré! Il n'est plus ! Il n'est plus ce qu'il était ; son cœur est perduson esprit perverti, son àme morte ; ce n'est plus que son cadavre î (i)

§ 2. — L'argent.

Ceux qui pensent ici-bas posséder quelque chose La possèdent bien moins qu'ils n'en sont poss

(Corneille •

Quelles précautions faut-il prendre par rapport à l'argent ?

i° Les parents ne doivent jamais laisser à la disposition de leurs enfants qu'un argent nécessaire, pour un usage déterminé et contrôlé.

Quel instrument de perdition que ce maudit argent, entre des mains inaptes à s'en servir : avec lui, les mauvais livres, les mauvais plaisirs, les mauvaises compagnies s'en viennent tour à tour solliciter les passions de l'enfant : ils finissent par l'entraîner dans l'abîme.

2° Les parents ne doivent jamais tenter leurs enfants.

Qu'ils ne laissent pas d'argent à portée de la main.

Quel ordre, quel sérieux y a-t-il dans une famille où le petit jeune homme peut voler cinq, dix et même vingt francs, sans que ses parents s'en aperçoivent !

Et cela se rencontre, surtout quand les parents tiennent un commerce de détail.

Qu'ils fassent leurs achats, par eux-mêmes ou par des personnes sûres. S'ils en chargent parfois les entants, qu'ils ouvrent les yeux, qu'ils se fassent rendre compte, et au besoin qu'ils aillent aux informations.

§ 3. — Les lectures.

Et ne rengage en la lecture Que de quelque matière pure Qui touche autant le cœur qu'elle occupe les ye

Quel est le premier bat et quel doit être le premier résultat de la surveillance en matière de lectures ?

C'est de faire connaître les livres, journaux, brochures, etc. que les enfants ont à leur disposition.

(i) D'après M*r Gibier.

(2) Corneille, Imitation,

Les parents doivent donc faire l'inventaire fréquent et détaillé des poches, des cartables, du petit mobilier : lit, tiroirs, etc.

Ils doivent savoir si, le soir venu, quand toute la maison est censée endormie, leurs jeunes gens ou jeunes filles ne se livrent pas à des lectures qu'ils ont multiples raisons de cacher.

N'est-ce pas parce que la mère avait manqué à tous ses devoirs de surveillance qu'une fillelte (elle n'avait pas treize ans) a pu acheter, garder pendant des semaines et « siroter» un ouvrage de Voltaire, aussi iinpie.qu'iramoral : l'Ingénu (1)?

N'est-ce pas pour la même raison qu'une jeune fille, ayant reçu, le samedi soir, un roman de Marcel Prévost, put veiller jusqu'à deux heures de la nuit, pour en achever la lecture, et fut incapable, après cet exploit, de se lever assez tôt pour assister à la Messe dominicale? {Authentique.)

N'est-ce pas pour la môme raison, compliquée d'ignorance, sans doute, que, dans telle famille pieuse, les enfants, dont une fillette de seize ans, communiant tous les jours, lisent fréquemment du Balzac, de l'Eugène Sue, dont les romans au moins sont à l'index? Authentique.)

Quel est le deuxième but et quel doit être le deuxième résultat de la surveillance en matière de lectures ?

C'est d'interdire l'accès du foyer à tout ce qui est susceptible de causer quelque mal à l'esprit, au cœur ou à l'àme.

La mère, comme cet archange à fépée flamboyante dont parle l'Ecriture, et qui défendait l'entrée du paradis terrestre, doit se placer, e8e aussi, au seuil de la maison paternelle, et dire courageusement aux mauvais exemples, aux lectures pernicieuses, aux compagnies funestes, aux paroles malséantes qui voudraient en forcer rentrée : Tu ne passeras pas ! (2)

« Tu ne passeras pas ! » dira la mère chrétienne à ces journaux, illustrés ou non, d'inspiration étrangère.

(i) C'était de Voltaire, et peut-être de ce livre-là, que V. Hugo disait : Hélas! si ta main chaste ouvrait ce livre infâme. Tu sentirais soudain Dieu mourir d^ns ton âme ! Ce soir tu pencherais ton front triste et boudeur, Pour voir passer au loin, dans quelque verte allée, Les chars étincelants à la roue étoilée, Et demain tu rirais de la sainte pudeur !

{Les rayons et tes ombres. Regard jeté dans une mansarde.)

(2) Cardinal Dubourg, Lettre pastorale : en un double jubilé {La Croix, 28 octobre 1916.)

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« Tu ne passeras pas! » dira la mère chrétienne à ces publications triviales, grossières, quelconques, qui amusent sans instruire et distraient en rabaissant (I).

« Tu ne casseras pas! » dira la mère chrétienne à ces livres et journaux colporteurs d'impiété et de corruption.

Ce sont des assassins pires que les brigands qui détroussent les voyageurs : les brigands tuent les corps: eux. ils tuent les âmes (2).

Quel est le troisiètne but et quel doit être le troisième résultat de la surveillance en matière de lectures ?

C'est de diriger les lectures de l'enfant dans le sens le plus pratiquement utile à la formation de son imagination, de son esprit, de son cœur, de sa volonté, de sa foi et de sa vertu.

Y a-t-il beaucoup d'enfants qui bénéficient de cette direction ?

Très peu.

Le plus grand nombre pourraient répéter ce que Félicien Limerel, dans la Barrière, de René Bazin, reprochait à ses parents : « Qui donc s'est occupé de mes lectures? J'ai lu tout ce que j'ai voulu, sans choix, sans gradation, sans le guide qu'il m'aurait fallu. »

Cette direction est-elle facile ?

Nous ne te prétendons pas.

Nous croyons, au contraire, qu'elle est souverainement délicate: elle suppose, en effet, la connaissance de multiples ouvrages; une notion exacte de l'état d'âme des enfants; la science détaillée des besoins de leur esprit; la contemplation facile des fluctuations de leur cœur.

Ces conditions sont si rarement réalisées, que quand nous eniendons quelque grandissant ou quelque grandissante nous afiirmer que les lectures qu'ils font sont contrôlées par leur mère, nous ne nous sentons pas, pour autant, absolument défendu de toute inquiétude.

ii « Julie, elle a lu, trop tôt, trop de livres. Ils ont coulé en elle des appétits d'émoi ion qui lui ont fait paraître insupportable la carrière d'institutrice à laquelle tu la destinais. » (P. Bodrget, YEtape, p. 457.)

(2) Un Rosset, op. cit., 65.

Quel est le quatrième but, et quel doit être le quatrième résultat de la surveillance en matière de lectures ?

C'est d'exercer l'enfant à se défendre lui-même en le formant à la droiture personnelle, en l'habituant à suivre immédiatement et délicatement la voix de sa conscience.

§ 4. — Les exercices de piété.

« La piété est le bouclier de la vertu. » (M*r Gibier.)

Quelles sont les obligations de surveillance par rapport à la piété?

Les parents doivent savoir :

Comment leurs enfants prient matin et soir;

Comment ils assistent aux offices le dimanche;

Quelle place ils occupent à l'église ;

Comment ils s'y comportent ;

Quand et comment ils reçoivent les sacrements;

Quelle est leur conduite aux catéchismes.

Il ne suffit pas de faire des recommandations : il faut contrôler la mise en pratique. Le moyen le plus facile serait, en toutes choses possibles, de faire avec eux ce qu'on veut qu'ils fassent.

Comment résumer tout ce qui a été dit sur la surveillance ?

En un petit questionnaire qui pourra servir d'examen particulier périodique aux éducateurs soucieux de leurs responsabilités en la matière.

Pères et mères,

1° Savez-rous où se trouvent vos enfants, quand ils ne sont pas sous vos yeux?

Avec qui ?

A tout instant?

2° Connaissez-vous leurs camarades de classe?

Connaissez-vous leurs compagnons de route?

Connaissez-vous les amis avec lesquels ils se lient?

Connaissez-vous les familles des enfants qu'ils fréquentent?

3° Etes-vous sûrs de vos domestiques?

Etes-vous sûrs de vos employés?

Etes-vous sûrs des amis qui entrent chez vous, vont et viennent en plus ou moins grande liberté?

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Etes-vous sûrs des maîtres à qui vous les confiez?

Etes-vous sûrs de ceux que vous appelez « personnes de confiance »?

Vous dites : oui !

Seriez-vous aussi affirmatifs et répondriez-vous avec la même assurance s'il s'agissait de leur confier votre fortune : deux cent mille francs, par exemple, en titres au porteur?

4° Quand ils sont sortis pour un but déterminé,

Savez-vous s'ils ne vous ont pas trompés?

Savez -vous s'ils ne vous ont pas fait quelque tour de lièvre?

Savez-vous si leur empressement à faire vos courses ne cache pas quelque secret dessein?

Vous dites : ils sont si peu de temps dehors !

Faut-il longtemps pour échanger des aveux ou se faire des promesses ?

Faut-il longtemps pour se glisser une lettre?

Faut-il longtemps pour prendre un rendez-vous?

5° Etes-vous renseignés sur leurs lectures?

Avez-vous fait l'inventaire de leur bibliothèque?

Avez-vous exploré tous les coins pouvant servir de cachettes à des publications interdites?

Etes-vous sûrs que, le soir ou le matin, ils ne se livrent pas, dans leur chambre ou leur lit, à des lectures de curiosité malsaine?

6° Ne croyez-vous pas trop vite qu'ils disent leurs prières de chaque jour, qu'ils se confessent au moment voulu et communient de même ? —

Ne croyez-vous pas trop facilement qu'ils arrivent à temps à la Messe le dimanche; qu'ils s'y tiennent pieusement; et qu'ils n'en sortent pas plus vite que ne font les chrétiens sérieux et bien posés?

7° Votre surveillance n'a-t-elle pas été indiscrète ou tatillonne?

N'avez-vous pas, en l'exagérant, exposé vos enfants à l'hypocrisie ou à une excessive passivité ?

En vous substituant à eux, partout et toujours, n'avezvous pas brisé leur initiative ou découragé leur bonne volonté?

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