CHAPITRE
L'autorité est un droit
« Le principe d'autori!
base de toute société bien orga niséc. » il)
Quelle est la source de ce droit?
Cherchons-la dans l'étymologie même du mot autorité.
Autorité (en latin : auctoriias) vient du substantif auteur (en latin : auctor).
L'autorité est donc une prérogative d'auteur.
Et quiconque est auteur jouit de l'autorité, dans la mesure même où il est auteur.
Y a-t-il quelque autorité légitime qui puisse venir d'une autre source?
Non, car à tout autre qu'à l'auteur la chose pourrait dire :
Qui ètes-vous? Je ne vous connais pas : je ne vous dois rien ; je dois tout à celui qui m'a faite, mais je ne dois rien qu*à lui ou à ceux qu'il envoie (2).
Au contraire, à son auteur, elle répond naturellement :
C'est vous ? Me voici : vous m'avez laite ce que je suis: achevez. votre ouvrage: commandez : j'obéis (2J.
Quels sont les bénéficiaires de ce droit ?
1° Dieu d'abord. Il est l'auteur nécessaire et universel; il a donc une autorité pleine et personnelle sur toutes choses.
C'est ainsi que toutes les créatures se tournent vers Dieu pour lui dire : « Nous voici. Adsumus » (3).
L'homme lui-même, le roi de la création, s'approche du Créateur, et lui dit : Tuus sum ego; je suis à vous » (4). — « Deus meus es tu : in manibus tuis sortes meœ (5). Vous êtes mon Dieu ; mes destinées sont entre vos mains. »
(i) Imbert de Saint-Amam), La cour de Louis À'/T' (Marne), p. 56.
(2) M«» Dupanloup, De l'Education, t. II. p. 14.
(3) Job. xxxvui, 35.
(4) Ps cxviu, 94.
(5) Ps. xxx, i5.
2° Les parents ensuite.
Dieu a fait plus que de leur communiquer son autorité : il leur a donné quelque chose de la source même de toute autorité, en les constituant auteurs de la vie de leurs enfants, et auleurs de leur éducation, qui est comme la deuxième création de leur âme. Aussi les parents sont les instituteurs naturels, nécessaires et providentiels de leurs enfants.
3° Tous ceux à qui Dieu et les parents auront délégué une part de leur autorité.
Les instituteurs secondaires n'ont aucun droit naturel : ils ne peuvent être associés à l'éducation que parle père et la mère.
Et nulle puissance humaine ne peut imposer un instituteur à un enfant, malgré son père et sa mère : il y aurait, à cette contrainte, quelque chose qui blesserait la nature.
Ces principes sont-ils importants ?
M*r Dupanloup, le grand éducateur, les considérait comme tels.
Voici ce qu'il disait et répétait aux enfants qu'il élevait:
(Test de vos parents et de Dieu que j'ai reçu le droit d'élever votre enfance; mais ce droit, vos parents Font reçu immédiatement de Dieu, et de Dieu seul.
Notre autorité sur vous est passagère ; bientôt, nous n'en aurons plus d'autre que celle de notre affection et de votre reconnaissance ; l'autorité de vos parents est inaliénable. Nous pouvons cesser de nous dévouer à votre éducation ; eux, jusqu'à leurs derniers jours, vous doivent leurs leçons, et jusqu'à la fin aussi, vous devrez les écouter avec respect.
En un mot, ici même, dans tout le cours de votre éducation, vos premiers maitres sont vos parents, et, si vous êtes dociles à nos enseignements, vos parents demeureront, toute votre vie, vos înstituteurs les plus vénérés et les plus chers.
J'ai toujours été si pénétré de ces principes, que je crus devoir, un jour, éloigner du Petit Séminaire de Paris un jeune homme que j'aimais, et qui m'avait toujours aimé et respecté, mais qui, dans une même année, avait manqué deux fois, et gravement, de respect à sa mère. N'ayant pu le corriger, je ne me sentis pas le droit de continuer son éducation (1).
Quelle est l'étendue de ce droit ?
En Dieu, il est absolu; il n'est pas plus borné que les attributs divins. Mais, pour les créatures, ce droit, emprunté
(i) M*r Dufanloup, De l'Education, t. II, p. 164.
l'éducation morale 185
dans son origine, est limité dans son exercice : il est circonscrit par la loi de Dieu et par les jugements de la droite et prudente raison.
Quel est le devoir corrélatif de ce droit ?
C'est l'obligation de la soumission et de l'obéissance pour ceux sur qui ce droit s'exerce légitimement.