CHAPITRE II
L'autorité est un devoir
o Admirable alliance! Régir et servir, voilà ce qu'elle (l'autorité) est. » (Bosscet.) »
Ce droit de l'autorité est-il personnel, et ceux qui en jouissent peuvent-ils y renoncer?
Nullement.
L'auteur, en effet, ne peut pas abandonner sa chose; elle est de lui, elle est par lui, il doit en prendre soin.
Quel soin prennent de leurs enfants les parents qui veulent remplir le devoir de l'autorité?
Ils s'efforcent, suivant l'expression de Bossuet, de les régir et de les servir, ou mieux encore, de les régir pour les servir, car les supérieurs ne jouissent pas de l'autorité pour leur avantage personnel, mais uniquement pour le bien de ceux qui leur sont soumis; encore qu'ils soient au-dessus de leurs inférieurs, ils sont néanmoins, dans un sens véritable, leurs serviteurs (1).
Ceux qui commandent, dit saint Augustin (2), sont les serviteurs de ceux à qui ils semblent commander. S'ils commandent, ce n'est point
(i) C'est dans la même pensée que le Pape signe certains actes de son souvei rain pont fîcat : « Le serviteur des serviteurs de Dieu ». (a) La cité de Dieu, 1. XIX, ch. xix, à la fin.
par passion du pouvoir, c'est par devoir de venir en aide; ce n'est point par orgueil du premier rang, mais par inclination compatissante à secourir.
L'autorité ainsi entendue s'impose aux parents comme un devoir rigoureux.
Voltaire (1) flétrit le Sénat romain,
Qui. lâche déserteur de son autorité,
N'en a plus que l'orgueil pour toute dignité. -
Pourquoi V autorité s'impose-t-elle aux parents comme un devoir? Parce qu'elle est nécessaire (art. I).
Quelles obligations découlent de cette nécessité? Il en est deux principales : l'autorité doit être voulue (art. II); elle doit être sérieuse (art. III).
Article I. — L'autorité est nécessaire.
« L'autoritg est tellement nécessaire, que les révolutionnaires eux-mêmes n'ont rien de pius pressé que de la rétablir, a leur profit, après en avoir dépossédé ceux qui la détenaient légitimement. » R. B.
Comment peut-on prouver la nécessité de V autorité? Sans autorité, les parents sont incapables de remplir leurs Obligations d'éducateurs; ils ne peuvent : 1° Ni former leurs enfants:
2° Ni les préserver; 3° Ni s'en faire aimer; 4° Ni en jouir.
Quelle est la « première » impuissance des parents sans autorité?
Ils sont incapables de former leurs enfants. Toute formation, en effet, suppose nécessairement la force, chez celui qui forme, tout autant que la malléabilité chez celui qui est formé. En matière d'éducation, cela s'appelle l'autorité et le respect.
(i) Catilina, iv, a.
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L'éducation périt, en France, parce qu'il y manque l'autorité et le respect: rien n'a été plus souvent proclamé.
A quinze ans, un enfant est plus libre, aujourd'hui, plus indépendant de son père et de sa mère, qu'on ne L'était à trente ans sous Louis XIII (i).
Quelle est la « deuxième » impuissance des parents sans autorité?
Ils sont incapables de préserver leurs enfants.
Ils voudraient, par exemple, empêcher les rentrées tardives et compromettantes de leurs fils; ils voudraient interdire à leurs tilles telle fréquentation ou telle société, etc. Ils n'osent ni parler ni agir, et, s'ils le font parfois, c'est avec tant de mollesse et une telle timidité, qu'ils sont par avance et sûrement les vaincus de la lutte.
Quelle est la « troisième » impuissance des jwrents sans autorité?
Ils sont incapables de se faire aimer et de sauvegarder l'épanouissement et la gaieté.
Car enfin, quelque faibles qu'ils soient, ils ne peuvent tout accepter ni toujours fermer les yeux; leurs interventions provoquent des répliques pénibles et humiliantes; les punitions sont fréquentes, ou du moins la menace en est souvent brandie au-iiessus des têtes; c'est pour tous la gène, le serrement du cœur, la fermeture de l'âme, le manque d'épanouissement et de bonheur.
Quelle est la « quatrième » impuissance des parents sans autorité?
Ils ne jouissent pas de leurs enfants.
S'ils ont conservé un peu d'amour-propre, ils sentent qu'ils ne peuvent faire avec eux ni visites ni voyages.
Et si parfois, contraints par la nécessité, ils se résignent à les emmener, ils savent qu'ils courent au-devant des humiliations les plus mortifiantes.
Combien n'en r^ncontre-t-on pas, dans les chemins de fer, les tramways et les salons, qui ne savent plus quelle contenance prendre, parce qu'ils sont impuissants à tenir en respect des lutins de quelques années dont la conduite les fait rougir.
(i) M«r Dupanloup, De l'Education, t. II, p. n.
Article II. — L'autorité doit être voulue.
Ah! que me dites vous?
— Ce que tu clois savoir r (Corkeile.)
Si V autorité s'impose aux parents comme un rigoureux devoir, elle doit donc être voulue?
Oui, certes, et l'on De comprend pas qu'il puisse y avoir des parents assez peu sérieux et assez mal inspirés pour rechercher la popularité, au détriment de l'autorité; pour se faire mendiants d'affection, et pour sacrifier systématiquement tous leurs droits de supérieurs, de crainte que, en les exerçant, ils ne ferment des cœurs dans lesquels ils voudraient être tout et régner seuls.
Est-il vrai que l'autorité manque de nos jours?
4° Ecoutons 11. Guizot, ancien ministre de l'Instruction publique, dont l'expérience et les lumières ne se peuvent contester; il disait :
Je n'hésite pas. "pour mon compte, à dire que les mœurs domestiques sont faibles, molles, et que la puissance paternelle ne s'exerce pas en matière d'éducation avec toute l'énergie dont l'éducation aurait besoin J'apporte ici mon expérience personnelle : la faiblesse des mœurs domestiques est aujourd'hui un obstacle réel dans l'éducation publique. Non, la puissance paternelle n'a pas, dans l'intérieur des familles et sur l'éducation, le degré d'influence salutaire qu'elle a pu avoir à d'autres époques, quand les mœurs étaient plus fortes et les idées plus arrêtées (I).
2* Votre avis est bon, m'écrivait un père; si mon fils me consulte, je parlerai dans ce sens.
Or. il s'agissait d'un enfant de quinze ans, et d'un point de convenance grave sur lequel, autrefois, personne n'eût imaginé qu'un fils pût avoir un autre avis que son père (2).
3° Que de fois, dans les visites que nous rendions à nos paroissiens, en vue d'obtenir l'assistance de tel ou tel jeune homme à des réunions de conscrits ou autres, nous avons rencontré des mères nous répondant :
— Je lui dirai.
— Mais vous insisterez?
— Ah î vous savez, les jeunes gens d'aujourd'hui !
Et ces paroles étaient accompagnées d'un tel geste d'impuis-
(i) Cité par Me Dupanloup, op. cit., t. II, p. 268. (2) M*r Dopanloup, op. cit., t. II, p. 270.
sance et de capitulation, que nous ne sentions plus la force de rien ajouter.
Oui! les jeunes gens d'aujourd'hui!
On n'ose plus rien leur dire ! — Ils sont les maîtres ! — On ne les contrarie pas, ils seraient capables de faire un mauvais coup!
Dans quel sens l'autorité doit-elle être voulue par les parents? En ce sens qu'ils doivent être assez habiles et assez énergiques pour imposer leur volonté el obtenir la soumission.
Article III. — L'autorité doit être sérieuse.
« Ne laissez aucun de vos fils vous arracher des mains le sceptre de l'autorité, il servirait pour vous frapper au cœur. » (1)
Que faut-il pour que l'autorité soit sérieuse? * Il faut qu'elle soit énergique, et qu'elle ne cède pas aveuglément aux caprices de la mode.
Quand l'autorité est-elle énergique?
Quand elle se propose d'obtenir, par des moyens appropriés, l'obéissance sans discussion aux ordres donnés.
Autrefois, l'on acceptait et l'on pratiquait ce genre d'autorité, et l'on formait bien autrement que de nos jours.
Un exemple entre mille; il est tiré de l'ouvrage du P. Gharruau : Aux mères (2).
M"" X... avait quatre fils, tous officiers dans l'armée française. Ces jeunes gens aimaient leur mère avec une vive tendresse et 1Û4 obéissaient avec la même simplicité quaux jours de leur enfance. Elle, de son côté, toute aimante et bonne, n'avait jamais cessé pourtant d'affirmer en toute occasion son autorité maternelle. Un jour quelle avait la joie de voir tous ses enfants réunis à sa table, son fils aîné, qui était capitaine, lui répondit sans y prendre garde avec une certaine brusquerie.
— Charles, dit-elle, plie ta serviette et va-t*en diner dans ta chambre.
Charles se leva, simplement et quitta aussitôt la salle à manger. Il revint au dessert embrasser sa mère, et obtint son pardon.
(i) D'après M»r Rozier, L'art d'être maman, p. i43. (2) P. 8i.
Ses frères et lui semblaient trouver cela tout simple; je serais tenté, moi. de trouver cela très beau (1).
Quel est le principal obstacle à l'autorité des parents?
C'est la timidité : les parents n'osent pas commander. Et quand ils ont le désir d'obtenir quelque chose : 1° Ils l'insinuent par voie de comparaison; 2° ils morigènent en quelque monologue impersonnel; 3° ils s'abaissent même jusqu'aux supplications (2).
En quoi consiste la méthode des « comparaisons » employée par les parents timides qui n'osent pas commander ?
Elle consiste à invoquer l'exemple des autres pour se justifier soi-même d'avoir un désir et d'oser le manifester :
— Voyez comme le petit Georges est bien élevé; il obéit tout, de suite et sans jamais répondre.
— Ah! par exemple, hier encore il a été privé de promenade, pour avoir manqué de respect à sa mère?
— Comment le savez-vous?
— C'est lui qui me l'a dit, et même qu'il a ajouté : « J'ai répondu que cela m'était bien égal, puisque je n'avais pas envie de sortir. »
Quel est le résultat de cette méthode?
Les parents n'ont pas voulu ni osé prendre le dessus, ils ont franchement le dessous. C'est généralement l'enfant qui a le dernier mot.
En quoi consiste la pratique des « monologues » ?
Elle consiste à donner à ses conseils, à ses réflexions, à ses remontrances, la forme d'une conférence.
Au lieu de s'adresser directement à l'enfant, certains parents parlent de lui à la troisième personne, et d'euxmêmes sous la forme impersonnelle :
— Oh! qu'il est insupportable! On ne sait plus par
quel côté le prendre! Kien ne le touche! On dirait qu'il
le fait exprès! Quel plaisir peut-on avoir à vexer ainsi
les gens! etc.
(i) Nous rapportons ce trait comme exemplp d'autorité; mais nous ne prenons pas à notre compte l'admiration pure et sLnple du P. Charruau. (s,i D'après F. Nicolay, op. cit., p. 98 et sq.
Un, dit Voltaire, est un personnage aux larges épaules qui endosse les responsabilités dont les peureux veulent se décharger. On est la formule préférée des âmes faibles. Le je et le moi les épouvantent.
Quelles sont les conséquences de cette pratique?
Elles sont désastreuses.
L'enfant sent que ses parents ont peur; il souligne leur faiblesse par son silence et son dédain, et s'il provoque par là la colère de ses ascendants, il se sent alors tellement au-dessus d'eux, qu'il peut leur demander avec un air de bonhomie moqueuse ce qu'ils ont à se monter ainsi.
En quoi consistent les « supplications » ?
Elles consistent à employer des formes qui ne conviennent guère qu'à des inférieurs p'arlant à leurs supérieurs.
— Pierre, va me chercher mes lunettes sur la table dans ma chambre.
, — Non, je ne sais où elles sont !
— Si, tu le sais, puisque je te le dis; elles sont sur la table !
— Je n'ai pas le temps, je dois raccommoder mon cerfvolant.
— Tu n'es pas gentil, tu ne veux jamais faire ce que je te demande.
Et la mère, vaincue, se résigne à gravir elle-même les marches de l'escalier.
Quelles sont les méthodes en vogue dont l'autorité sérieuse doit se défier ?
L'autorité sérieuse doit toujours se défier : 1° De la méthode anglo-saxonne; 2° de la méthode de sentiment.
Que faut-il entendre par la « méthode anglo-saxonne? »
C'est la méthode de ceux qui, pris d'engouement pour ce qui se passe outre-Manche ou au delà des océans, trouvent : que la jeunesse d'autrefois était trop assujettie et pour un temps trop long; que les caractères ne se développaient pas assez librement; que cela nuisait à la spontanéité des natures: que l'émancipation de la jeunesse est un des bienfaits du siècle.
Que faut-il penser de cette méthode ?
Ecoutons M*r Dupanloup (1) :
On prétend que l'obéissance abaisse la volonté ; que le respect nuit a l'affection ; que la crainte filiale déprime le caractère !
Eh bien ! tout cela, en éducation, vaut, à mes yeux, les fameuses maximes des prédicateurs socialistes, en fait de charité : l'aumône avilit ; en fait de justice : la propriété, c'est le vol; en fait de religion : Dieu, c'est le mal!
Tout cela, en fait d'éducation, c'est le renversement de tout sens moral et de toute vertu : et c'est par suite de ces détestables principes, de ces aveuglements et de ces faiblesses que l'éducation a pu être définie par un homme d'esprit :
L'art de développer chez un enfant tous les défauts qu'il a reçus de la nature, et d'y ajouter tous ceux que la nature a oublié de lui donner.
Cependant, cette méthode n'est-elle pas préconisée par des éducateurs intelligents ?
Nous ne le nions pas. M. Demolins s'est fait l'apôtre de ce système, et, pour l'appuyer, il a écrit tout un ouvrage sous ce titre : .4 quoi tient la supériorité anglo-saxonne?
Quels sont les côtés faibles de la thèse de M. Demolins ?
1° Elle suppose résolu ce qui est en question. Avant de chercher à quoi tient la supériorité anglo-saxonne, il aurait fallu prouver qu'elle existe. C'eût été peut-être plus difficile.
Je puis vous affirmer que la moralité des collèges anglais laisse étrangement à désirer r2i.
2° Elle donne à entendre que tous les caractères s'accommodent de toutes les méthodes. C'est là une erreur.
Nous ne sommes pas en Angleterre ni en Amérique; nous sommes en France: ce qui réussit au delà de la Manche ou de l'Océan peut très bien-ne pas convenir à notre tempérament. Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà, disait Pascal (3).
Est-il vrai qu'il faille subir cette méthode?
Certains le prétendent, et, tout en déplorant le souffle d'indépendance précoce qui règne partout, et dont les jeunes gens ressentent, de si bonne heure, la fatale influence, ils
(i) De l'Éducation, t. If, p. 269.
(2) R. P. Charruau, Nos enfants, p. 67.
(3; Pensées, petite édit. Bruno, p. 465.
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affirment qu'il n'y a rien à faire, que c'est dans l'air, et que la sagesse demande d'en prendre son parti.
Les aveu tries !
Ils se plaisent à voir en dehors d'eux ce qui est en euxmêmes, comme cet astronome qui voyait dans un astre l'insecte posé sur le miroir de son télescope 1 1 .
Non, le mal n'est pas dans l'air : il est dans la mollesse des mœurs domestiques, dans l'affaissement et dans les déchéances de l'autorité paternelle et maternelle.
Quelle conduite faut-il donc tenir en face de la méthode anglosaxonne?
Il faut d'abord s'en délier, comme de tout ce qui vient de l'étranger; les nouveautés d'outre-mer ou d'outre-monts doivent être soumises à un contrôle sévère.
Il faut ensuite réserver une plus arande part de ses faveurs aux méthodes anciennes, si longtemps et mguère encore en honneur chez nous, dans les meilleurs milieux.
On demandait un jour à une dame qui est un remarquable exemple de ce que peut une parfaite éducation appliquée à une nature d'élite; modèle de piété filiale et de toutes les plus aimables vertus: mais aussi modèle d'aveuglement et de déraison maternelle.
— Est-ce donc ainsi qu'on en usait avec vous ? Est-ce ainsi que vous en avez usé vous-même plus tard avec vos parents?
— Oh! non ! répondit-elle naïvement ; nous n'avons pas été gâtés, tant s'en faut, et, à trente ans, nous avions pour mon père et ma mère autant de vénération, autant de déférence, et encore plus d'amour que dans la première enfance.
— Eh bien ! permettez que je vous le fasse remarquer, il a manqué un point essentiel a votre éducation : vos parents auraient dû vous enseigner l'art de rendre à > os enfants l'éducation que vous-même avez reçue d'eue.
Ce qu'un auteur facétieux écrivait un jour serait-il donc vrai ? La Providence nous a donné des parents pour nous montrer de quelle manière nous ne devons pas nous comporter avec nos enfants (2).
Que faut-il entendre par la « méthode de sentiment » ?
C'est celle qui consiste à substituer à l'autorité qui s'impose l'affection qui touche, l'explication qui convainc, le conseil qui décide (3).
(i) Allusion à la prétendue aventure de Paul Neal, un des membres de la Société royale de Loudres, qui aurait pris pour un éléphant dans la lune une souris qui s'était glissée entre les verres de son télescope. (La Fo^tainb, Fables, vu, 18.)
(ai M** Dupanloup, op. cit., t. II., p 272.
(3; D'après F. Nicolat, Les enfants mal élevés, 1. III, ch. i,r.
CATÉCHISME DE L'ÊDUavnG.N 7
lies raisons invoque-t-on à l'appui de cette méthode?
En parlant au cœur et a la raison, en persuadant que les ordres donnés sont justes et sages, on forme une intelligence qui comprend, une raison qui juge sainement, une volonté qui se soumet librement. L'obéissance est alors un acte moral.
Tandis que la méthode d'autorité, qui ne permet ni raisonnement ni choix réfléchi, fait des vaincus au lieu de faire des convaincus; elle fait plier le corps, mais elle contrarie, et parfois elle révolte la volonté; elle crée de l'automatisme au lieu d'éveiller l'autonomie.
Quelle est la valeur de cet raisons?
Elles partent d'un principe faux ou au moins dangereux, et elles se heurtent pratiquement à des difficultés insurmontable
Quel est le principe faux, ou au mojns dangereux, qui sert de base à la méthode de sentiment?
C'est l'affirmation, ou du moins l'acceptation d'une certaine égalité entre les parents et les enfants.
En entreprenant de persuader l'enfant, on se place sur le même terrain que lui ; on l'autorise à discuter et à contredire; un s'expose soi-même à être débordé, à n'avoir pas la repartie •lui convient ou la présence d'esprit qui sauve.
D'autre part, l'enfant, forcé dans ses derniers retranchements, fail valoir, pour se justifier, des raisons absurdes; les parents s'irritent et ils finissent par de gros mots ou des
voies de fait, à moins qu'ils ne fassent appel à leur autorité
ce qui est la condamnation snns phrases du système tout entier.
nt les difficultés pratiques qui s'opposent à la m la méthode de sentiment ?
Il en est trois principales :
1° Avant que l'enfant soit assez grand pour apprécier la sagesse des ordres reçus, que feront ses parents?
Attendront-ils ''
Le laisseront-ils grandir a sa guise:'
Et quand il aura contracté, pendant dix, douze ou quinze ans, des habitudes d'indépendance, réussiront-ils, avec de
beaux discours, a lui faire reprendre sur lui-même une autorité réelle et sérieuse ?
2° Et quand ce petit être grandissant, esprit curieux, né malin, posera des questions indiscrètes, déplacées, insolubles quand ses prétentions seront irréalisables ou
folles encore une fois, que feront ses parents ?
3° Et quand Penfant aura atteint l'âge des passions fougueuses; quand il sera bien enivré d'indépendance et assoiffé
de désirs nous le demandons une troisième fois : que
feront les parents?
Groit-on qu'il suffira à la mère de s écrier «l'une voix mélodramatique : « Malheureux enfant! Tu ne m'aimes donc plus? » pour que celui-ci désarme sur-le-champ et devienne tout à coup souple, facile et transformé ? 1 1 ■
Faut-il donc rejeter font sentiment et tout raisonnement dans l'éducation ?
Non.
La persuasion développe, chez l'enfant, la tendresse du cœur, la délicatesse de l'âme, l'intelligence et le jugement.
Mais pour que ces avantages, réels et importants, restent purs de tout alliage nuisible, il faut que la méthode de sentiment soit appliquée avec discrétion, corrigée et complétée par la méthode d'autorité, chacun des deux facteurs étant employé dans l'ordre voulu par l'expérience et la raison.
« Elle savait persuader et convaincre aussi bien que commander, et faire valoir la raison non moins que l'autorité », dit Bossuet de la reine d'Angleterre (2).
Quel est l'ordre exige par l'expérience et /</ raison dans remploi sucessifde l'autorité et du sentiment?
Il faut employer la discipline d'abord, la persuasion ensuite.
1° C'est logique.
L'autorité s'impose, tant que l'enfant n'esl pas assez rai sonnable pour comprendre, pas assez sasre ni assez fort pour se vaincre soi-même.
Quand l'enfant grandi sera maître de sa raison et de son intelligence, on fera appel au cœur et au sentiment, non pas
(i) Nicolay, op. cit., p. i36.
(2) Oraison funèbre de la reine d'Angleterre,
ir# partie.
exclusivement, mais par manière de complément et de récompense.
Pour diriger une branche, on commence par user de la force, on emploie même le fer. Ensuite, il sufiit d'un simple fil, d'un faible jonc pour la maintenir dans la direction voulue.
2° C'est pratiquement le seul moyen d'utiliser les deux méthodes.
L'éducation commencée par la discipline peut (et doit) se compléter par l'éducation du cœur.
Tandis qu'il n'est pas possible, une fois l'éducation sentimentale reconnue insuffisante, de recourir utilement à la sévérité.