CHAPITRE III
L'autorité est une science
« C'est une grave accusation contre les parents que d'avoir des enfants désobéissants. » (4)
Pourquoi peut-on dire que l'autorité est une science ?
Parce que l'exercice du droit et l'accomplissement du devoir de l'autorité supposent la connaissance (la science) et le respect d'un certain nombre de principes. Les uns sont éloignés, les autres immédiats ; nous les examinons successivement.
Article I. — Les principes éloignés.
Tous ont la déraison de voir la vérité Chacun de sa fenêtre et rien que d'un côté, Sans qu'aucun d'eux, tenté par ce rocher sublime, Aille en faire le tour et monte sur sa cime (2).
Quels sont les principes éloignés qui conditionnent l'autorité? Il en est cinq :
1° Il faut s'y prendre très tôt.
2° Il faut que les parents respectent eux-mêmes la source de toute autorité : Dieu.
3° Il faut que les parents appuient leur autorité sur Dieu.
(i) Lhotzky.
(2) V. Hugo, Les rayons et les ombres, Sagesse.
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4° Il faut que les parents montrent en tout une conduite digne et noble.
5° Il faut que les parents évitent tout ce qui peut les mettre sur le pied d'égalité arec leurs enfants.
§ 1. — // faut s'y prendre très tôt.
« Courbe la tète de ton tils dans sa jeunesse. » {Eccli.)
Pourquoi faut-il que les parents affirment très tôt leur autorité?
Parce que l'expérience enseigne que « si l'enfant n'est pas maté dès trois ou quatre ans, il est presque certain qu'il ne le sera jamais » (1 1.
Qu'arrive-t-il, en effet, si on néglige l'affirmation précoce de l'autorité ?
L'enfant grandit : son indépendance se développe avec lui; ses insoumissions sont fréquentes; elles deviennent scandaleuses ; son arrogance fait honte; les parents ouvrent enfin les yeux; ils décident de réagir.
Il est trop tard.
Si le père ou la mère veulent user de rigueur, ils trouvent en face d'eux une telle opiniâtreté de résistance, que, par crainte des conséquences, ils renoncent à la lutte.
S'ils tiennent bon quand m,ême, l'enfant s'aigrit, se révolte intérieurement, cherche la cause du changement d'altitude de ses parents, maudit le foyer où on le châtie après l'avoir gâté : il n'accepte pas et il n'acceptera plus jamais l'autorité.
§ 2. ■— i7 faut que les parents respectent eux-mêmes la source de toute autorité : Dieu.
« Que tout homme soit soumis aux autorités supérieures, car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu
Pourquoi faut-il que les pqrents respectent eux-mêmes l'autorité'?
Parce que l'autorité est une : il n'y a pas l'autorité de celui-ci, l'autorité de celui-là : il y a Vautorité tout court; et ce qui la bat en brèche en n'importe quel supérieur l'affaiblit en tous les autres.
(i) F. Nicolay, Les enfants mal élevés, p. i4o. (a) Saint Paul, Rom. xm, i.
Et puis l'enfant, nous avons déjà eu occasion de le faire remarquer, est d'une implacable logique : il ne se soumettra pas longtemps à l'autorité de ses parents, si ses parents ne se soumettent pas à l'autorité de Dieu.
L'autorité ne paraît forte de son droit que lorsque ceux qui l'exercent ne vivent pas autrement qu'ils ne commandent aux autres de vivre il (.
. 3. — II faut que les parents appuient leur autorité sur Dieu.
Si le Seigneur ne bâtit ia maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. [Px. CNWJ.)
Pourquoi les parents doivent-ils appuyer leur autorité sur Dieu f Parce que Dieu est la seule base logique, immuable et durable de l'autorité.
Comment les parents feront-ils pour convaincre l'enfant de lu vérité de ce point d'appui?
Ils éviteront, dans l'exercice de leur autorité, toute considération égoïste ou passionnée; ils s'inspireront toujours de la pensée du devoir, et manifesteront pour lui une estime profonde et pratique.
§„ 4 // jaut que les parents montrent en tout une conduite digne et noble?
ii n'a, d'ordinaire, que l'autorité dont on est digne. »
m Peu d'hommes sont dignes d'être chefs de famille, et peu de familles sont dignes d'avoir un chef. » (Jolbert.)
Pourquoi les parents doivent-ils montrer une conduite toujours et noble:'
1° Parce que l'exercice de l'autorité est facile, quand ceux qui en sont dépositaires méritent l'estime. Or, l'estime ne va qu'a la noblesse, à la dignité et à la vertu.
La maîtrise de soi, une fermeté toujours calme, une conte-
(i) Saim Augustin.
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nance vertueuse, relèvent les parents aux yeux des enfants, ravissent l'estime et affirment l'autorité.
Don Bosco, à Turin, conduisait, seul, en promenade, pendant toute une journée 300 prisonniers (1).
2° Par contre, tout ce qui abaisse un homme, comme les propos grossiers, les jurons, les excès dans la boisson, les accès de colère, etc., constituent autant de petits scandales qui portent nécessairement atteinte à l'autorité de ceux qui les donnent.
N'y a-t-il pas des défauts qui nuisent plus gravement à Vauterite des parents?
On peut signaler ici le mensonge et les préférences.
Quelles sont les jointes de « mensonge » trop généralement employés dans l'éducation?
1 On fait des promesses fausses;
2 On surprend la bonne foi;
3 On sert des contre-vérités r2).
En quoi consistent les « promesses fausses »?
Elles consistent à exploiter les désirs connus ou su j de l'enfant, à lui en promettre la réalisation, pour prix de son obéissance, puis, une fois le résultat obtenu, à oublier instantanément les engagements contractés.
— Donne cela à ton petit frère, je t'achèterai une belle grande poupée.
— Si tu es bien sage, nous irons voir Guignol.
— Si tu apprends ta leçon, tu feras une belle promenade. L'enfant s'y laisse prendre, parce qu'il est naturellement
confiant, mais comme la récompense promise ne vient jamais, il finit bien pa • s'apercevoir qu'on se joue de lui et qu'on abuse de sa crédulité.
Quel est le résultat de ces constatations ?
1 L'enfant est entraîné à penser que le mensonge n'est pas un défaut, puisque sa mère en use à tout instant.
2 Puis un beau jour, défiant parce que toujours trompé,
(i) J.-U. Francesia, Vie du vénérable Don Bosco, p. i58. (2) D après Xicolay, op. cit., p. 98 et sq .
il demande à voir ce qu'on lui promet, ou bien, scandalisé et révolté, il s'écrie :
— Voilà des années qu'on me promet un tas de récompenses, je n'en ai jamais vu aucune; c'est de la farce!
Rien de plus insolent, mais rien de plus juste !
Comment « surprend-on » la « bonne foi » de l enfant?
On se sert de sa confiance, pour obtenir sa docilité, et aussitôt on tourne contre lui l'acte de bonne volonté qu'il a posé.
— Gomme tu as bien travaillé, je vais te conduire au cinéma.
Et on le mène chez le dentiste!
— Donne-moi ton chemin de fer, je vais te montrer comment on le fait manœuvrer.
— Maintenant, tu ne l'auras plus !
N'y a-t-il pas quelque chose de piiv encore? C'est de servir aux enfants des contre-vérités flagrantes. Il s'agit, par exemple, de faire ingurgiter une potion désagréable.
— Oh! que c'est bon! dit la mère, en faisant semblant de goûter.
L'enfant, gagné, saisit le bol perfide et constate aussitôt
qu'on veut lui faire absorber un breuvage rebutant On
l'a trompé, il ne l'oubliera jamais.
S'il y goûte, c'est pire encore, car alors l'humiliation d'avoir été dupe s'ajoute à l'indignation d'avoir été trompé, et l'amour-propre froissé produit presque toujours la haine et le désir de- la vengeance.
Quelles conséquences découlent de ces méthodes d'odieuse tromperie?
1° Les parents se sont diminués eux-mêmes, en jouant un rôle mensonger.
2° Ils ont fait de l'éducation à rebours, en enseignant avec gravité l'art de tromper.
3° Ils ont détruit à jamais la confiance dans l'âme de leurs enfants. -
Les « préférences » sont-elles fréquentes ?
Oui, malheureusement.
Les unes s'appuient sur une ressemblance physique : on
éprouve naturellement une sympathie plus profonde pour ceux qui sont marqués de% mêmes traits.
Les autres sont produites par les qualités extérieures de grâce, d'amabilité, d'intelligence : on s'attache plus fortement à ceux dont la contenance flatte l'amour-propre et autorise les plus belles espérances.
Comment ces préférences se traduisent-elles:'
Le préféré est naturellement mis en avant; il est plus soigné que ses frères et sœurs; il est exempté des grosses besognes; ses goûts sont flattés; ses défauts eux-mêmes sont considérés comme des vertus, au moins sont-ils tolérés; il est proposé pour modèle sans qu'il le mérite, parfois, et sous le bénéfice d* cette perfection imaginaire,, la mère déclare tout haut qu'elle l'aime plus que les autres :
— Vois ton frère, comme il est gentil, lui, il obéit tout de
suite, il se tient comme il faut Aussi je l'aime bien, pas
toi, tu sais
Quels sont les ravages produits par ces préférences?
Le préféré est un enfant gâté; il devient orgueilleux, méprisant, capricieux, paresseux, incapable de se suffire, sensuel et dévoyé
Les autres sont presque nécessairement jaloux et haineux.
Leur esprit s'assombrit, leur cœur s'aigrit et se serre: il est assiégé par la tristesse et souvent par la haine.
Oui, par la haine.
Rappelez-vous l'histoire de Joseph, pères et mères imprudents, c'est pour vous qu'elle a été écrite.
§ 5. — Il faut que les parents évitent tout ce qui peut les mettre sur le pied d'égalité avec leurs enfants.
Les enfants doivent avoir pour amis leurs eamarad non pas leurs pères et leur> maîtres. » (4)
Pourquoi cette recommandation '?
Parce que l'égalité et l'autorité s'excluent.
Les libertés dans le langage, les familiarités dans les pro-
(i) Joobbrt, Pensées.
cédés, le laisser-aller dans les récréations, diminuent les distances, produisent une impression d'égalité et nuisent à l'autorité.
Flattez votre tils et il vous causera de grandes frayeurs; jouez avec lui et il vous attristera.
Ne vous amusez point à rire avec lui. de peur que vous n'en ayez de la douleur, et qu'a la (in vous n'en grinciez dos dents [1).
N'est-ce pas aussi l'avis des penseurs de tous les siècles'.'
Écoutons Platon :
Lorsque l'intérieur des familles est en proie u celle insolente égalité, tout, jusqu'aux animaux, semble respirer l'anarchie. Le père craint et respecte son tils, et le (ils traite bientôt le père comme son égal. Il n'a plus pour les auteurs de ses jours ni respect ni crainte: il veut pouvoir dire en tout « : .le suis libre. »
Et de Bonald :
De^ affections que la raison ne dirigea plus et une éducation domestique molle el sans dignité prirent la place de ces relations d'autorité et de soumission entre les enfants et leurs parents, dont la génération qui finit a vu dans son jeune âge les dernières traces. Des enfants qui avaient dans l'esprit des idées d'égalité avec leurs parents, et dans le cœur des sentiments d'insubordination à leurs volontés, se permirent, en ieur parlant, le tutoiement, qui. dans notre langue, exprime la familiarité ou le mépris, et les parents qui avaient la conscience de leur faiblesse, n'osant pas êlre les maîtres, aspirèrent à être les amis, les confidents, trop souvent les complices de leurs enfants. 11 y eut. en France, des pères, des mères, des enfants, mais il n'y eut plus de pouvoir dans la famille, et la société politique en fut ébranlée jusque dans ses fondements.
Article II. — Les moyens immédiats.
<< L'éducation serait-elle donc la seule science sans principes? » (2)
Oiiels sont les moyens immédiats d'acquérir et de garder l'autorité?
Il en est cinq principaux :
1° Il faut parler peu.
2° 11 ne faut engager l'autorité qu'avec discrétion. 3° Il faut être clair.
(i) Eecli. xxx, 9-10.
(a) F. Nicolay, op. cit., p. 7.
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4° Il faut prendre au sérieux ce que Ton dit. 5° Il faut exiger l'obéissance immédiate. 6° Il faut tenir jusqu'au bout.
§ 1. — // faut parler peu.
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet. L'auditoire était sourd aussi bien que muet (La Fontaine.
Quel est le sens de cette formule : « il faut papier peu » ?
Il faut intervenir rarement.
Il serait désastreux, en eifet, de ne rien permettre et de ne rien passer.
Certains parents parlent sans arrêt, tantôt pour commander, tantôt pour interdire, tantôt pour conseiller :
— Pierre, prends garde de tomber.
— Tiens-toi bien.
— Regarde devant toi.
— Ne marche pas si vite.
— Attention au tramway.
Etc.
L'enfant finit par ne plus entendre les recommandations qu'on lui fait.
Les parents eux-mêmes n'attachent pas d'importance à ce qu'ils disent, et quand ils veulent mettre en jeu toute leur autorité, ils s'aperçoivent qu'elle est sans force et n'a plus de prise.
§2. — II ne faut engager l'autorité qu'avec discrétion.
Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse et qu'on n'observe point.
(La Fontaine.)
Que faut-il faire pour pratiquer la discrétion dans l'exercice de l'autorité?
1° Il ne faut engager l'autorité que rarement.
Il faut commander rarement mais formellement, afin d'accorder à l'enfant, sans risque pour lui et sans danger pour l'autorité paternelle, le maximum de liberté possible.
On laisse volontiers flotter ies rênes du coursier que l'on sait pouvoir brider à temps, quand on longera le précipice de la route; on
ne tient pas constamment à l'attache ni sous le fouet, le chien fidèle qui a pris l'habitude d'obéir à la voix de son maître 1 .
2° Il ne faut engager l'autorité qu'à bon escient : C'est-à-dire pour des questions qui en valent la peine, et dans des ordres dont la sagesse et l'opportunité soient indiscutables.
C'est une situation pénible, paralysante et généralement sans issue honorable, que celle de ces parents obligés, par leur imprudence, de reculer s'ils veulent être raisonnables, ou de s'engager à fond pour des vétilles ou des erreurs, s'ils veulent sauvegarder leur autorité.
§ 3. — // faut être clair.
h Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle ? »
(La Bruykre.)
Dans quel sens faut-il entendre cette recommandation?
En deux sens différents.
i° Quand on a à commander, il est de toute nécessité que l'on sache nettement ce que l'on veut.
2° Quand on commande, il est indispensable d'exprimer sa volonté en termes clairs, qui ne prêtent à aucune équivoque et à aucune erreur d'interprétation.
Nous avons souvent remarqué que dans un groupe donné d'enfants, l'obéissance n'était pas ponctuelle, parce que les ordres n'étaient pas clairs : on n'avait pas compris.
g 4. — Il faut prendre au sérieux ce que l'on dit.
« Celui qui se fait ver de terre peut-il se plaindre d'être écrasé?»
(Kant.)
Y a-t-il donc des parents qui ne prennent pas au sérieux ce qu'ils disent ?
Peut-être le prennent-ils au sérieux; mais un certain nombre n'en ont pas l'air.
Ils commandent et menacent par formules, auxquelles ni eux-mêmes ni, à plus forte raison, les enfants ne font atten-
i; F. XlC'-LAT, o/\ cit., p. 142.
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tion; ils n'attachent d'importance ni à ce qu'ils disent, ni à ce qu'ils promettent, ni à ce dont ils menacent.
Ils parlent avec ce même ton d'indifférence que l'on prend, quand on se rencontre, pour se demander mutuellement : « Comment allez-vous? »
On pense si peu à ce que l'on dit, que si la personne saluée de cette façon avait été malade, on croirait avoir manqué de politesse pour n'avoir pas pris des nouvelles de sa santé.
£5. — // faut exiger l'obéissance immédiate.
.Mercure en lit l'annonce, et gens se présentèrent,
(La Fontaine.)
Que faut-il penser de ï 'obéissance retardée ?
L'obéissance qui fait répéter deux fois un ordre reçu n'est plus de l'obéissance : elle ne doit jamais être acceptée pour suffisante; elle doit être traitée comme la désobéissance.
Combien de parents, cependant, se résignent à répéter deux fois, trois fois et plus, les ordres qu'ils donnent à leurs enfants.
Et ils accompagnent ces répétitions des mots « immédiatement » et « tout de suite », ne remarquant pas ou ne voulant pas remarquer qu'ils se mettent ainsi en contradiction flagrante avec eux-mêmes, et qu'ils se payent de mots.
Il est vrai qu'il y a un avantage : puisque l'obéissance à la cinquième sommation, par exemple, est encore, d'après la formule paternelle ou maternelle, une obéissance immédiate, il n'y a pas à sévir, et on peut S3 bercer de l'illusion d'un triomphe.
Mais ce n'est qu'une illusion; en réalité, l'obéissance manque d'une qualité essentielle : la promptitude.
Jacques est mal levé et pleurniche sans trêve. Sa maman, agacée : « Si tu ne te tais pas dans une minute, tu mangeras ton dessert dans ton assiette à soupe! i C'est la punition qui fait le plus peur à Jacques.) Il pleure de plus belle. « Tu m'as entendue? — Oui, mais je sais pas combien c'est, « une minute » ; alors, j'sais pas ce que j'ai encore à pleurer. »
Ce petit trait, absolument authentique, montre que les enfants exploitent jusqu'à l'extrême la faiblesse de leur père et de leur mère (1).
(ï) Un jeune professeur raconte : « Je commis un jour l'imprudence de dire à un élève : Je vous donne un quart d'heure pour obéir. L'élève tira sa montre,
Quel autre inconvénient produit d'ordinaire l'obéissance relardée? Elle engendre l'obéissance qui discute.
ijce faut-il penser de l'obéissance qui discute'/
Elle est plus défectueuse encore que l'obéissance retardée. Elle est le vice capital de l'éducation sentimentale, dont nous avons déjà parlé :
— Louis, prends ton manteau!
— Maman, ce n'est pas la peine.
— Regarde comme le temps se couvre: le vent est d'Ouest, le baromètre baisse ; prends-le tout de même.
— Maman, je t'assure qu'il ne pleuvra pas.
— Jeudi, en allant chez ton oncle, tu n'avais pas ton manteau : il a plu. et tu as été mouillé jusqu'aux os.
— Oui. mais dimanche tu me l'as fait prendre, et jamais le temps n'a été si beau.
Si la mère est résolue a se faire obéir, elle ajoute nerveusement
— Sais-tu que tu mo lasses, avec tes réflexions. Prends ton manteau, je le veux.
Des lors, à quoi bou le petit cours de météorologie de tout à l'heure, pour aboutir a un ordre final (i).
| 6. — Il faut tenir jusqu'au bout.
D'inutiles clameurs je fais grâce à l'enfance, Mais, prescrite une fois, je maintiens ma défense. Je réclame fort peu ; mais, d'un cœur résolu. Je veux obstinément le peu que .j'ai voulu (-2*.
Que faut-il faire pratiquement pour tirer parti de ce conseil?
Il faut ne jamais faire de concessions.
De telle sorte que l'enfant sache, à n'en pouvoir douter un seul instant, que ce qui est commandé doit toujours être exécuté, coûte que coûte.
Quelle est l'importance de celte fermeté ?
Elle est capitale.
Le système des concessions compromet ou ruine l'autorité.
Si, en effet, un refus n'est pas définitivement et sûrement un refus, si un non peut devenir un oui, à n'importe quelle échéance, l'enfant se servira de tous les moyens, les plus vio-
et quand le quart d'heure fut passé, il obéit. J'enrageais littéralement, mais je fus corrigé. »
ti F. Nicolay, op. cit., y. J70,
[*) A. de Beauché>e, livre des jmnes mèrm, foème LXV.
lents et les plus humiliants, pour hâter le moment de la soumission paternelle ou maternelle.
Qu'on ne s'y méprenne pas.
Il ne s'agit pas ici de tel ou tel jouet, de telle ou telle friand ise.
il s'agit, ni plus ni moins, de l'autorité môme du p.Jire et de la mère.
C'est sur cet enjeu que la lutte s'engage, à propos des mille petits détails de la vie de chaque jour.
Si les parents sont faibles et cèdent, ils se mettent sur l;i voie qui conduit à l'impuissance, car l'enfant s'enhardit dans la mesure même des concessions qu'il arrache.
Si les parents sont fermes, s'ils brident l'enfant et le refrènent résolument, ils restent les maîtres, ils gardent leur autorité, ils jouissent de leurs enfants.
Quel est Vécueil de cette fermeté ?
1° Ce sont les larmes et les colères dei enfants.
Il n'y faut jamais céder.
ou*oa ne redoute pas trop les colères et tes larmes de i'enfa Vous connaissez le proverbe anglais : Vent* de mars et pluies d'avril amènent fleurs de mai. Et j'ajouterai que les fleurs de mai amènent tea fruits de septembre (i).
2° Ce sont aussi les cajoleries des enfants.
Le petit garçon, par exemple, s'est aperçu que sa maman est très sensible aux baisers, aux embrassements, aux paroles flatteuses et caressantes : il en fait la rançon de son Indépendance, et cela ne lui coûte guère, puisqu'il y trouve, comme sa mère elle-même, une satisfaction de sensualité.
Section 11