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CHAPITRE II

L'importance du respect

« Un enfant dont on fait l'éducation est essentiellement un être respectueux, ou il n'est rien, et il tombe au-dessous de tout. » (3)

Quelle est, dans l'éducation, l'importance du respect ainsi compris ?

l' Il y a une corrélation essentielle entre l'idée de l'autorité et celle du respect, comme entre l'idée du droit et celle du devoir (4).

Le respect complète l'autorité ; il en est l'acceptation dans l'esprit, le cœur et la volonté des subordonnés. Et s'il est vrai de dire avec M?r Dupanloup « qu'on n'élève

(i) M*r Bauxard, Dieu dans Pécole, t. Ier, p. 90.

(2) Ibid , 1». 89

(3i M*r Dupam.oup, op, cit., t. II, p 5a4-

(4) Ibid , p. 493.

jamais un enfant sans lui et malgré lui » M), l'autorité ne pourra porter ses fruits d'éducation que si elle est acceptée par le respect.

Le respect est. pour tout homme, et surtout pour le jeune homme, la partie supérieure de la distinction. Le monde lui-même n'estime rien tant que ces habitudes déférentes et réservées : et celui qui les possède possède par elles un charme qui attire tous les cœurs honnêtes. L'Ecriture l'a dit : •■ En retour du respect, la bonne grâce vous sera donnée : Pro reremttia accedet tibi bon a gratin. {Ecrit. XîïU, 9.) Bonne grâce ou bienveillance: le mot peut signifier l'une on l'autre de ces choses: ici. l'une et l'autre sont vraies. C'est, en particulier. la beauté et l'agrément immortel de l'enfance et de l'adolescence, et l'Ecriture ïe compare à un collier qui ajoute sa parure à celle de cet âge. beau comme le printemps. C'est, de plus, un trésor pour toute vôtre carrière. Tout ce qu'un jeune homme respectueux accorde en déférence, on le lui rend en confiance. On veut honorer relui qui sait honorer les autres, et on se met en frais pour celui qui fait des frais pour vous. On lui décerne unanimement ce titre d'homme bien élevé, qui est un des meilleurs passeports dont on puisse se pourvoir pour le voyage de la vie \t).

O lie importance du respect est-ell? su [punit ment compris/'-/ 11 y a quelque quatre-vingts ans. Royer-Collard disait à l'assemblée des représentants :

Le respecl est éteint, me dit-on : rien ne m'afflige ni ne m'attriste davantage : car je n'estime rien plus que le respecl : mais qui a-t-on respecte depuis cinquante ans?

Si cela était, « il faudrait se cacher le visage dans ses mains et desespérer de l'avenir » 3 .

Mais non. cela n'est pas, et cela ne sera pas, tant que l'Eglise, « cette grande école de respect », comme l'appelait le protestant Guizot, pourra faire entendre sa voix et exercer son action.

S'il est vrai de dire que te respect n'est pas éteint, n'est-il pus juste d'affirmer qu'il est sérieusement atteint '.'

Oui.

Villemain a écrit :

Une langue, c'est la forme apparente el visible de l'esprit d'un peuple. 11 v a toujours un rapport profond, quoique souvent obscur et en apparence effacé, entre les mots et tes idées, entre les idées et 1 elat social d'un peuple.

(i; M* DuPANIXTOP, op. cit., t. 1èr, p. 177.

Baotard, Dieu dans l'école, 1. l<r., p.ft*-gs< (3) M«r DCPAM-OLl', op. cit., t. II, p. 48C

l'éducation morale 21!

Si cette réflexion est juste, que faut-il penser du nom de non, par lequel on désigne couramment certaines maisons d'éducation?

Une pension, c'est l'argent que l'on donne pour être logé et nourri; ou encore : la" maison où l'on reçoit logement et nourriture, moyennant un certain prix.

Quel est donc l'état d'âme d'un peuple qui appelle du même nom le lieu où Ton reçoit et où l'on paye la nourriture du corps, et la maison où l'on élève les âmes?

Cette confusion ne peut être que nuisible au respect qui est dû a tous ceux qui s'occupent de la formation et de l'éducation.

L'enfant, en particulier, est-il facilement respectueux?

« Cet âge est sans pitié », a dit La Fontaine fi). On peut ajouter qu'il est sans respect. Et la raison est la même de part et d'autre.

Si l'enfant est sans pitié, c'est qu'il ne sait pas le mal qu'il fait.

Si l'enfant est sans respect, c'est qu'il n'a pas le « souvenir réfléchi et le religieux sentiment du divin i ;2 ; c'est qu'il n'a pas le « sens des valeurs » [3 .

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