CHAPITRE II
Le cœur doit être fort
Votre Majesté, Sire, elle-même a pu voir Comme j'ai fait céder nmn amour au devoir.
(CoflKKIIXSJ
Peut-on se contenter de développer la sensibilité de V enfant / Il faut aussi la tremper : le cœur sensible doit être un cœur fort.
li (mon paysan) raisonne sur la sécheresse, bans les terrps légères,
dît-il, les blés sont perdus On pourra les sauver encore dans les
terres fortes (2)
Comment peut-on donner à l'enfant un cœur fort :'
En l'exerçant, dès le plus jeune âge, à conserver la liberté, la fidélité et la sérénité de son cœur
■ ii Joubert, Pensées.
Thérèse Alphonse Ka.rr, Causeries, XL VIII. (3J Ce que nous disons de la liberté et de la sérénité du cœurest inspiré di L. Lenfant, Le cœur, p. i^j à îyj.
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En quoi consiste la « liberté » du cœur ?
Elle est tout entière dans la maîtrise de soi et dans la subordination des affections aux principes de la raison et de la foi.
Combien, pour y avoir manqué, se sont perdus ou ont été condamnés à ces déchirements profonds et sans cesse renouvelés qui épuisent parfois les meilleures volontés.
Est-ce toujours facile ?
Nous ne le prétendons pas : les obstacles sont multiples.
Il y a les passions que rien ne peut satisfaire.
Il y a le démon :
Les démons, noirs milans, fondent sur les cœurs purs Et les brisent.
fl y a les voluptés du monde.
Est-ce possible, au moins ?
Les passions sont des forces, philosophiquement parlant ; on peu! les faire servir au bien.
Le démon ne nous tente jamais au delà de ce que nous pouvons supporter victorieusement, avec la grâce de Dieu.
Les voluptés du monde sont incapables de^combiei' le vide du cœur :
0 puissances du monde, vous êtes vulgaires, incertaines ei lou- - courtes et moi. j'en veux de nobles, d'assurées, d'éternelles
En quoi consiste la « fidélité » du cœur? Elle consiste à maintenir avec constance les affections légitimes et ordonnées qu'on a une lois acceptées.
À la petite Heur bleue du bord de ré
iin.
La petite fleur tourne parfois, la petite Heur tourne et retourne. La petite fleur tourne parfois, le cœur humain tourne toujours <2>.
En quoi consiste la « sérénité » du cœur'/ Elle consiste à conserver cette joie calme et forte qui s'appelle la paix, malgré la solitude et le vide soudain du foyer;
(i) L. Lenfant, Le cœur, p. 144.
(2) Une vieille ballade armoricaine, citée par .M * Thérèse Alphonse Karr,
auseries. XXXTY
malgré les détresses de la misère, les ruines et les privations: malgré les maladies et les infirmités; malgré les sécheresses et les tentations ; malgré la disparition des êtres chers : malgré l'approche de la mort.
Quels sont les soutiens dé cette sérénité?
lit sont d'ordre surnaturel : ils s'appellent la foi et l'amour de Dieu.
1° Dans la solitude et le vide soudain du foyer, on écoutera la voix de Dieu. Quand il se fait, dans une àme, un vide, a-t-on dit, Dieu s'y précipite.
2° Dans les détresses de la misère, les ruines et les privations; on élèvera son àme vers les richesses éternelles, qui augmentent à chaque épreuve supportée avec courage.
3° Dans les maladies et les infirmités, on répétera avec Joh :
Je sais que mon vengeur est vivant, et quil se lèvera le dernier sur la poussière. Alors- de ce squelette revêtu de sa peau, de ma chair. je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai: mes yeux le verront et non un autre: mes reins se consument d'altente au-dedans de moi (1),
i- Dans les sécheresses et les tentations, on se rappellera que Dieu, semblable à une mère qui se cache un instant pour jouir de la joie de son enfant quand il la retrouvera, se .dérobe à nos regards pendant l'épreuve d'un moment, pour se montrer à nous dans le face à face éternel.
o° Dans la disparition des êtres chers, on pensera à la grande réunion du ciel, comme M. Dupont, près du lit de sa fille :
— Console-toi. mon enfant, lui disait-il, ici-bas, deux murailles nous séparent : ton corps et le mien; la tienne va
tomber , la mienne disparaîtra bientôt , et alors nous
nous retrouverons pour ne plus nous quitter jamais.
6° Dans les perspectives de la mort, on en considérera le côté rayonnant :
— Le ciel! le ciel! disait une sainte àme après avoir affreusement souffert, et ce fut son dernier cri.
— J'ai vu la Très Sainte Vierge, répétait une autre; elle était comme ici — et elle montrait Notre-Dame de Lourdes; — elle ajoutait :
— Ma bonne Mère me souriait et me montrait le ciel!
(i) Job. xix, 2r>-a8.
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