FÉ>ELO
l'éducation morale 345
Elle suppose une matière peu importante, plus d'inattention que de mauvaise volonté, plus de légèreté que de méchanceté, en un mot une culpabilité atténuée.
Quelles sont les formes de la réprimande?
1° La parole : un avis immédiat; quelques mots graves et sévères; quelques réflexions indulgentes et paternelles.
2° Le regard : quand il exprime l'étonnement, le mécontentement, la tristesse, il peut faire sentir à l'enfant, s'il a du cœur, qu'il est en état de disgrâce, et qu'il doit se repentir et s'amender.
Quelle est la « première condition » à réaliser pour que la réprimande soit utile?
Pour être utile, la réprimande doit être faite avec calme : la colère et les paroles aigres ne portent pas la conviction.
Quelle est la « deuxième condition » ?
Pour être utile, la réprimande doit encore être faite avec désintéressement.
Il est permis aux parents de faire valoir la peine ou la joie qu'ils éprouvent des défauts et des vertus de l'enfant ; mais ils ne doivent jamais se contenter de ce motif par trop instable. L'enfant a besoin d'une règle de conduite objective.
Quelle est la « troisième condition » ?
La réprimande doit aussi être faite avec bonté. Joseph de Maistre dit, en parlant de sa femme :
Elle avait un talent d'éducation que je regarde comme le huitième don du Saint-Esprit : c'est celui dune certaine persécution amoureuse, au moyen de laquelle il lui est donné de tourmenter ses enfants du matin jusqu'au soir, pour faire, sabstenir. apprendre, sans cesser d'en être tendrement aimée.
1° La sévérité glace en quelque sorte nos défauts et les fixe; souvent l'indulgence fait mourir (1).
2° Les moqueries produisent un effet déplorable. Un jeune coupable, honteux, pleure à l'écart. Le père va le chercher, lui place la tête en pleine lumière : — Voyez comme il est beau! Comme il est charmant!
(i) Joubert, Pensées.
Quel joli petit garçon nous avons là! Va! Ne te gène pas, crie encore plus fort!
L'enfant s'aigrit, devient méchant; ce n'est pas le moyen de lui faire accepter la correction de ses défauts.
On souffre aisément des répréhensions, mais on ne souffre pas la raillerie (i).
3 Les rabaissements ne valent pas mieux :
— Que tu es sot! Que tu es stupide! Que fera-t-on jamais d'un être aussi maladroit et aussi borné ?
On se laisse aller à ces réflexions devant les petits camarades de l'enfant; on attire ainsi leur attention sur des défauts qu'on aggrave; on le compare lui-même à tel ou tel petit garçon du voisinage connu comme niais ou dépourvu de moyens, etc.
Si ces réflexions sont vraies, la remarque qu'on en fait est d'autant plus blessante.
Si elles ne sont pas vraies, on aigrit l'enfant; on détruit sa bonne volonté : il n'a plus rien à ménager, sa réputation est faite; on nuit à son avenir : il est classé, il passera toujours pour un cancre, un incapable, une nullité.
Quelle est la « quatrième condition »?
La réprimande doit être faite arec tact, c'est-à-dire : 1° Rester secrète, quand la faute a été secrète;
2 Observer les règles de la politesse : la politesse est une supériorité, et l'oubli des formes fournit des armes au mécontentement de l'enfant;
3 Garder la mesure : l'exagération fausse la conscience, ou nuit à l'autorité.
Quelle est la a cinquième condition »?
La réprimande doit être faite arec précision : les généralités manquent le but, et, en certains cas, risquent d'atteindre des innocents.
Ces règles sont-elles généralement observées ?
Non.
Elles sont, en effet, d'une application difficile.
{i) Molière, préface de Tartufe.
A propos de la conduite des hommes, un publiciste écrivait : « Pour jouer de ce clavier-là. il faut énormément de doigté : l'instrument est délicat, et un rien suffit pour qu'on fasse une fausse note » (li.
Quel est le complément nécessaire de la réprimande ?
C'est l'encouragement et l'éloge.
Un bon approbateur est aussi nécessaire qu'un bon correcteur [•!).
La réprimande, en effet, fait éviter le mal, et c'est un grand avantage ; mais l'encouragement produit l'entrain et Télan pour le bien, et c'est évidemment un avantage plus grand. D'autant mieux que, par voie de conséquence, il diminue l'attrait pour le mal et en détourne presque fatalement.
Les vertus bouttent et florissent en cet aage-là. et prennent pied ferme par les louanges que Ton leur donne (3).
Cela étant, n'est-il pas juste de dire que l'encouragement doit l'emporter sur la remontrance ?
Nous n'hésitons pas à répondre par l'affirmative :
1° « On prend plus de mouches, disait saint François de
Sales, avec une cuillerée de miel qu'avec un tonneau de
vinaigre. »
2° Les bons éducateurs doivent être des excitateurs d'âmes,
des réveilleurs d'énergies : ce qui ne va pas sans l'emploi
fréquent de l'éloge et de l'encouragement, l'utilisation de
l'amour-propre en ce qu'il a de légitime.
L'abbé J. Leber. professeur à l'école Saint-Charles, de Saint-Brieuc, donna un jour a ses élèves de troisième, pour une étude d'une heure. cent vers de la tragédie de China à apprendre par cœur : plusieurs arrivèrent à réaliser ce tour de force ; la plupart essayèrent et eurent certainement le sentiment que lorsqu'on veut, un peut (4).
On peut prendre l'enfant à part et lui adresser quelques paroles d'encouragement, comme celles-ci, par exemple :
— Voyons, mon enfant, tu n'es pas un sot ; si tu voulais, comme tu ferais bien toutes choses ; et je serais si heureux d'avoir un fils studieux, qui ferait honneur à son nom, qui
(i) Cité par J. Kieffer, L'autorité, p. an. (21 Joubert, Pensées.
(3) Amyot.
(4) Kieffer, L'autorité, p. 2o4-
se préparerait à gagner honorablement sa vie, et tu as tout ce qu'il faut pour y réussir.
On a vu un million d'hommes marcher à la mort des batailles pour entendre tomber des lèvres d'un seul homme, d'un maître, d'un empereur, ces mots : « Je suis coûtent de vous ! » Que ne devrait pas faire un fils pour mériter de son père ou de sa mère cette suprême récompense? (1)
Quand l'encouragement est-il plus spécialement nécessaire ? Quand l'enfant, sur le chemin du retour, fait des efforts de bonne volonté pour se vaincre et s'amender.
Pourquoi est-ce la « bonne volonté » qu'il faut surtout encourager?
Parce qu'elle est essentielle, et qu'il est de toute nécessité que l'enfant ne la confonde pas avec le succès.
La bonne volonté peut rester inefficace et être néanmoins sincère et énergique.
Aux parents de l'apercevoir ou de la deviner, car si les enfants constatent que les appréciations de leur père et de leur mère ne correspondent pas à leur travail et à leurs efforts, ils abandonneront la lutte, et la correction, heureusement commencée, sera pour le moins gravement compromise.
Que de fois la constatation en a été faite, dans les maisons d'éducation, par exemple :
— Oh! Père, j'ai joliment «bûché », cette semaine! Aussi, mon professeur m'a donné un 5. Maintenant, j'espère bien n'avoir plus jamais de 3 ni de 4.
Et en sens inverse :
— Ah ! Père. j*ai fait tout ce que j'ai pu, là. vrai ! Ah bien ! ce n'est pas la peine; le professeur m'a encore donné des 3. Il m'en veut, c est sûr.
Et. suivant le caractère de l'enfant, on lisait dans ses yeux le si^ne de là colère ou celui du découragement <2).
N'y a-t-il pas un excès à craindre ?
Oui; c'est celui qui consiste à dépasser la mesure de ce qui est conciliable avec la morale et la conscience; à louer, par exemple, ce qui devrait être blâmé, à encourager ce qui devrait être combattu, à tolérer les premiers et timides essais d'insubordination de l'enfant.
(i) E. Julibn, Du berceau à l'école, p. 104. (a) Charrdau, Nos enfants, p. 55.
l'éducation morale 349
En chemin de fer, Monsieur, Madame et leur fils, un petit personnage d'une quinzaine d'années, voyagent de compagnie. Ils voudraient bien prendre leur repas au wagon-restaurant, mais — et c'est la mère elle-même qui le raconte, avec plus d'admiration que de mécontentement, — « il n'y avait plus qu'une place disponible, et André Ta gardée pour lui ». (André, c'est le jeune homme. )
Eux, le père et la mère, s'arrangèrent comme ils purent : ils semblaient, d'ailleurs, trouver la chose toute naturelle, et je ne jurerais pas qu'ils ne fussent, au fond, remplis d'admiration pour le savoir-faire de leur égoïste héritier. Au moins pouvait-on le présumer, à voir la joie reconnaissante avec laquelle ils accueillirent les modestes provisions que « le chéri » avait daigné leur apporter. (Authentique.)
§ 3. — La menace.
« La plus désirable et meilleure éducation est celle où l'enfant craint toujours le fouet et ne le reçoit jamais. »
(Saint Jean Chrysostome.)
Quand faut-il recourir à la menaœ ?.
1° Quand la réprimande ne suffit pas ou ne suffit plus. 2° Quand la faute est plus grave ou devient habituelle. 3° Quand il y a récidive peu de temps après une réprimande précédemment faite.
Quelles qualités doit revêtir la menace d'une correction pour produire son effet?
1° Elle doit être grave.
2° Elle doit être calme.
3° Elle doit être modérée.
4° Elle doit être sincère.
5° Elle doit être unique.
Pourquoi la menace doit-elle être « grave » ?
Pour produire impression sur le délinquant; la gravité, en effet, ajoute au sérieux une certaine expression de tristesse qui s'harmonise avec la situation et convient au but que l'on veut atteindre.
Pourquoi la menace doit-elle être « calme » ?
Pour ne pas tomber dans l'exagération et pour ne jamais annoncer un châtiment qui, s'il était appliqué, serait sans proportion avec la gravité de la faute ou le degré de développement du défaut.
Pourquoi la menace doit-elle être « modérée » ?
Pour pouvoir être exécutée.
Il est déplorable, en effet, de se livrer à des menaces pratiquement irréalisables.
L'enfant est trop intelligent pour croire, même un instant, « qu'on le donnera au premier monsieur qui se présentera »; « qu'on l'embarquera sur le premier bateau venu » ; « qu'on le laissera au lit toute la journée ».
11 île loupi entend un enfant crier; La mère aussitôt le gourmande.
Le menace, s'il ne se tait.
De le donner au loup (1).
Il y a beau temps que La Fontaine a convaincu le loup de ne pas écouter
Mère tenchant chin lieu qui crie (i).
Pourquoi la menace doit-elle être « sincère » '/
Pour être formulée avec conviction.
Si, en effet, les parents n'ont pas l'intention d'infliger la correction qu'ils annoncent, ils se trahiront malgré eux : leur voix, leur» regard, leur geste manifesteront leurs dispositions intérieures^ et l'enfant, perspicace et frondeur, restera d'une indifférence déconcertante, sous le flot des plus retentissantes formules.
Pourquoi avons-nous dit que la menace doit être « unique » ?
1° Afin d'instruire certains parents qui, pour enfreindre cette recommandation, deviennent « assommants », perdent leur autorité et se font mépriser.
11 v a des parente qui. pendant six ou huit ans, redisent plusieurs fois par jour à leur lils qu'ils vont le corriger {i).
(i La Fontaine, Fables, IV, 16.
(2) F. Xicolay, op. cit., p. 167.
2° Afin d'instruire certains parents qui, après avoir annoncé une correction, parlementent avec leurs enfants et paraissent se complaire dans une lutte sans dignité et sans issue.
Ils menacent; ils discutent; ils cèdent.
Ils re-menacent: ils re-discutent ; ils re-cèdent.
Et au lieu de corriger, ils font des enfants gâtés, des incorrigibles et des mauvais cœurs, par-dessus le marché : car, « pas plus que la fleur de lotus, l'amour filial ne s'épanouit dans les ondes agitées » (i).
§ 4. — La correction proprement dite.
« Observes tous les moments, pendant plusieurs jours, s il le faut, pour bien placer une correction. » fFÉNELON.)
Comment se divise le paragraphe de la correction proprement dite?
En trois parties :
d° Les règles à suivre.
2° Les sanctions à utiliser.
3° Le complément de la correction : les récompenses.
Y Les règles à suivre.
Est-il facile d'exercer l'art de la correction ?
Très difficile, au contraire.
Il y faut beaucoup de jugement, beaucoup de vertu, beaucoup de volonté et beaucoup de doigté.
Tous les hommes, jusqu'aux moindres, veulent quon les flatte et ne peuvent souffrir quon les réprime ; c'est un vice qui est entré jusque dans les moelles a toute la nature humaine (2).
Les parents faibles, qui n'ont pas la vertu de prendre sur eux ni la volonté de bien remplir leurs devoirs d'état, gâtent leurs enfants par leur faute.
Les parents ignorants, et souvent maladroits, qui ne connaissent rien ou presque rien des conditions d'une correction efficace, gâtent leurs enfants par leur fait.
(i) X colay, op cit., p. 168.
(2) Bossuet, Méditations sur l'Evangile, II» partie, 10e jour.
Quelle est la « première règle » à suivre pour corriger utilement? La correction suppose et nécessite le calme.
A qui s'impose cette vertu ?
Elle s'étend au supérieur qui corrige et à l'inférieur qui est corrigé : suivant le conseil de Fénelon : « Ne reprenez jamais un enfant ni dans son premier mouvement ni dans le vôtre. »
Pourquoi faut-il attendre, avant de corriger, que l'enfant soit calme?
Parce que la correction, si juste et si charitable qu'elle soit, n'a pas de prise sur une âme violemment agitée par la tempête de la colère: quelquefois, elle pourrait même aggraver le mal (1).
Pourquoi le calme est-il surtout nécessaire au supérieur qui corrige?
Parce que : 1° « Il n'y a que la raison qui ait le droit de corriger », dit Fénelon.
La raison et non la passion, car la passion trouble la raison.
2° La correction, d'ailleurs, n'est point faite pour détendre les nerfs paternels ou maternels ; elle a pour but d'améliorer; or, la passion n'améliore pas.
11 faut que ceux qui gouvernent les autres soient semblables aux lois qui demeurent impassibles, châtient uniquement par équité, en vue du bien public et non par colère (2).
Il faut s'efforcer d'imiter le calme de ce recteur du collège de Rugby (Angleterre) qui sétait chargé de donner lui-même la correction du fouet à un de ses élèves, et qui, tout en réassujettissant ses lunettes qui auraient pu le gêner pendant l'opération, demandait calmement au jeune homme des nouvelles de sa famille (3).
Ecoutez saint François de Sales donner une direction et des avis à sainte Jeanne de Chantai, pour corriger ses petits enfants, dont deux aux environs de la cinquième année. C'est un saint qui parle à une sainte: il n'exagère rien; mais il a vu le mal et il signale le remède. Il sait, par exemple, que la vanité envahit le cœur des jeunes personnes de trois ans : « Otez-leur la vanité de leur âme; elle naît presque avec le sexe. » Mais ne sarclez point les mauvaises herbes au hasard et avec brusquerie; reprenez, châtiez, en pleine possession de vous-même et avec amour : « Faites tout cela petit
(i) M* Rosset, Devoirs des parents, p. 83. (2) Ciceron, De offœiis, I, n° 89.
(3i E. Kieifer, L'autorité, p. 64.
l'éducation morale 353
à petit, lentement, suavement, comme font les anges, par des mouvements gracieux et sans violence.»
Comme font les anges; quels modèles donnés aux mères par le plus aimable des saints! Quelqu'un — c'était un père de famille — parlant des défauts à corriger chez les petits enfants, disait : « Il faut traiter cela comme on traite les dents de lait. Soignez-les, sans vouloir les arracher trop vite ou trop rudement; un fil suffit, app.iqué au moment voulu, à 1 s déraciner quasi sans douleur. Mais 11 faut choisir le moment et 1 instrument. » (1)
Quel effet produit sur les enfants une correction passionnée? ' Un effet désastreux.
Les enfants ne pardonnent rien à leurs parents sur ce point.
Pour peu qu'il paraisse d'émotion sur le visage du maître ou dans son ton (c'est la même chose pour les parents), l'enfanl s'en aperçoit aussitôt, et il sent bien que ce n'est pai le zèle du devoir, mais l'ardeur de la passion qui allume ce feu; et il n'en faut pas davantage pour faire perdre tout le fruit de la punition : les enfants, tout jeunes qu'ils sont, ont le discernement très tin pour connaître les passions au visage et à tout rextér.eur (2).
Quelle est la « deuxième règle » à suivre pour corriger utilement?
Il faut proportionner la correction à la faute commise ou au degré de main aise volonté.
On ne traité pas un oubli comme une faute positive; ni une maladresse comme une méchanceté.
Quelle est la grande difficulté que rencontre V observation de cette règle?
La voici : L'homme est un être impressionnable; et parmi les impressions qu'il subit, il en est qui n'ont rien de commun avec la raison; si, malgré cela, il.se laisse en (rainer par elles, il fait fausse route, il s'égare, et, en matière de correction, il prend des mesures qui sont sans rapport et sans proportion avec la faute commise ou le degré de mauvaise volonté du délinquant.
Un enfant, par exemple, vous brise, par accident ou par maladresse, une potiche qui vous est chère.
De faute, il n'en est aucune.
De mauvaise volonté, pas même l'ombre.
(i) P Delaporte. Les petits en fonts p. 128.
(*) ALbé 1 lkurt, cile p. r A1*T Dupanloup, De l'éducation, t. II, p. 38a.
354 CATÉCHISME DE l'ÉDCCATION
Votre impression, cependant, est très pénible, puisque, dans l'hypothèse, vous tenez beaucoup à l'objet brisé.
Qu'allez-vous faire?
Si vous suivez votre impression, vous gronderez, punirez ou frapperez l'enfant, plus peut-être que s'il avait blasphémé, ou commis quelque péché mortel.
Si vous raisonnez, si vous suivez la règle que nous avons énoncée, à savoir : « qu'il faut proportionner la correction à la faute commise et au degré de mauvaise volonté », vous vous contenterez de faire remarquer à l'enfant, avec le plus grand calme, qu'en prenant telle précaution, il aurait sans doute évité l'accident.
Quelle est la « trois ien- à suivre pour corriger uti-
lement?
Il ne faut jamais s'exposer à atteindre an innocent.
Il vaudrait mieux laisser une faute sans réparation que de la faire expier à qui ne l'a pas commise.
Rien ne révolte et n'aigrit l'enfant comme une injustice réelle ou apparente : il ne peut en prendre son parti; tout en lui réclame, proteste et s'indigne en face de l'iniquité; il en est blessé jusqu'au fond de l'âme.
Quelle est lu « quatrième reylf » a suivre pour corriger utile ment'/
Il faut corriger très rarement et très sévèrement (relativement-.
Les deux vont ensemble : la correction doit être très rare pour pouvoir être très sévère; et elle doit être très sévère pour pouvoir être très rare.
Par conséquent, un seul diner au pain sec vaut mieux que vingt privations de dessert; une seule fustigation « bien placée » < nous partons des jeunes enfants) .préserve de vingt « claques », dispense de cent menaces, supprime mille admonestations (1).
X'y-a-t-il pas encore une autre raison pour taquet le la correction, surtout la correction quelque peu violente, doit être rare?
Si vous avez envie, dit Montaigne, qu'il i l'enfant) craigrne ta honte et le châtiment, ne l'y endurcissez pas.
ii; D'aj -.y, op. cit., p. Job.
l'éducation morale 355
L'enfant accablé de punitions et de châtiments finit par s'y résigner; il ne tente même plus aucun effort pour échapper à l'inévitable.
Rien n'est plus douloureux à voir que la ligure d'un enfant battu, dit A. Binet.
En réalité, il y a quelque chose de plus douloureux a voir : c'esl le visage d'un enfant qui ne redoute plus d'être battu (i).
Quel est le grand avantage de cette méthode? C'est la tranquillité dans laquelle on vit. L'autorité est établie sur une base solide. L'obéissance est immédiate, et le respect profond. L'affection n'y perd rien (2).
Tout le monde est heureux.
(Juel le est la « cinquième règle » à suivre pour corriger u tint?
Une fois la correction passée, il faut tout oublier, c'està-dire se comporter comme si rien ne s'était produit; ne plus parler de la faute ni du châtiment: rendre au petit délinquant son affection, sa bonne humeur et sa confiante.
(Juel est l'avantage de cette pratique?
L'enfant s'aperçoit que la correction est vraiment une réparation; que ses parents ne veulent sincèrement que le rendre meilleur; que, pour être heureux, même après une faute, il n'a qu'à la regretter et à l'expier.
.L'enfant accepte sans trop de peine qu'on le mené parfois ai
rudement : il subira même un châtiment peut-être excessif, sans
conserver trop de rancune,- à condition de pouvoir se dire :
— M. X... ou le P. X... est en colère: mais tout à l'heure il n'y paraîtra plus. Il ne m'en voudra pas: ce sera fini (3).
2' Les sanctions à utiliser.
. Comment se divisent les sanctions qui peuvent être utilisées dans lu correction?
En deux catégories :
i' Les réactions naturelles.
Kieffer, L'autorité, p. 191.
[aj La crainte fixe l'amour, au moins dans les enfants. Il y a, dans le premier de ces sentiments, quelque cbose d'austère qui empêche l'autre de s'évaporer. (Joubert, Pensées.)
(S) H. P. Oharruau, Nos enfants, p. 5i-52.
2° Les pénalités artificielles.
C'est Herbert Spencer qui est l'auteur de cette distinction, devenue classique.
Que faut-il entendre par « réactions naturelles »? On entend par là les châtiments qui découlent directement des infractions commises par l'enfant.
Un enfant qui se laisse tomber, ou se heurte la tête contre une table, ressent une douleur dont le souvenir tend à le rendre plus attentif (1).
Un enfant habituellement inexact manque une> partie de plaisir.
Plus tard, un jeune homme insouciant se voit déçu dans ses plus légitimes espérances, par rapport à sa situation et à son avenir.
Que faut-il pemer des « réactions naturelles » envisagées comme moyens de correction?
Elles n'auraient guère que des avantages, si Ton n'avait la prétention d'en faire le principe fondamental de la distinction entre le bien et le mal, et de les. ériger en système trop exclusif de toute autre sanction (2).
Quels sont les avantages des « réactions naturelles » ?
V. La pénalité étant appliquée par les mains de la nature, et non par celles d'un individu, l'enfant en éprouve moins d'irritation (3), tandis que le p re, ne faisant que remplir le devoir comparativement passif qui consiste à laisser la peine se produire par les voies naturelles, conserve un cajne relatif (4).
2° En conséquence, « l'exaspération mutuelle étant ainsi prévenue, des relations plus douces, plus fécondes en bonnes influences existent entre les parents et les entants » (4).
3° L'enfant qui transgresse une loi s'aperçoit ou du moins peut s'apercevoir qu'il n'est pas seulement méchant, mais encore maladroit.
(i) H. Spencer, De l'éducation, p. 180.
(2i Ce ont là les deux vices -s^entiels de la thèse d'Herbert Spencer. (3) C'est aussi l'avis de .Ioi-bert : « La nécessité qui yi- nt des. choses nous soumet, celle qui vient îles hommes nous révolte. » {Pensées.) (4i H. Spkkcbr, op. cit., p. 201.
l'éducation morale 357:
Comment Herbert Spencer fait-il des « reactions naturelles » U principe fondamental de la distinction entre le bien et le mal?
Nous voyons d'abord, dit-il, qu'il (le système des réactions naturelles) donne à l'esprit, en matière de conduite, cette notion juste du bien et du mal qui résulte de l'expérience des effets bons et mauvais (i).
Ainsi donc, d'après H. Spencer, ce qui a des effets bons est bien moralement, ce qui produit des effets mauvais est mal moralement, et cette notion est juste.
Que faut-il penser de cette prétention?
C'est de la morale utilitariste, de la morale empirique.
Elle cadre, sans doute, avec les' théories chères à Herbert Spencer; mais elle heurte de front la thèse chrétienne, à savoir que le bien et le mal ont un caractère absolu, qu'un acte est bon ou mauvais en lui-même, avant d'être bon ou mauvais pour celui qui l'accomplit.
Les reactions naturelles constituent-elles des sanctions suffisantes?
Non; parce que :
i° Il y a des fautes qui échappent à peu près complètement aux « réactions naturelles ».
Une désobéissance, par exemple, surtout si elle n'est pas constatée par les parents, peut n'entraîner pour l'enfant aucune conséquence fâcheuse, et, dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres, l'enfant, cyniquement, pourrait répéter la parole de la Bible : « Peccivi, et quid mihi accidit triste9 J'ai fait une faute; en ai-je é é molesté? » (2)
2° Souvent les « réactions naturelles » sont à longue échéance.
Et dès lors :
Elles sont de nul effet pour l'éducation et la correction des petits enfants qui ne se souviennent plus, et qui sont incapables de faire la soudure entre la conséquence fâcheuse subie aujourd'hui et l'acte mauvais posé un mois ou six semaines auparavant;
Les frères, sœurs ou camarades, témoins de la transgression, restent sous le coup de la mauvaise impression
(i) H. Spencer, op. cit . loc cit.. . (a) F. Kieffkr, De l'autorité, p i83.
Jgfà < ATKf.HISME DE L ÉDUCATION
ressentie, puisqu'elle ivest pas rectifiée par une sanction immédiate, seule efficace dans l'espèce;
L'autorité des parents réduite à attendre les « réactions naturelles » est désarmée, donc atteinte, et peut-étiv ruinée;
Les parents risquent de paraître indifférents entre le bien •et îe mal, puisqu'ils ne prennent pas ostensiblement fait et fause pour le bien contre le mal.
faut-il entendre par « pénalités artificielles »? Il faut entendre les châtiments qui n'ont, avec la faute omise, que les rapports établis par le supérieur qui- les inflige.
Est-il possible de rejeter complètement les « pénalités artifcielles » ?
Quelles que soient les répugnances de l'éducateur, il sera obligé d'y recourir, toutes les fois que la correction, j titrée nécessaire, ne jaillira pas des « réactions naturelles ■> ou n'en sortira que dans des conditions défavorables.
Il lui restera la ressource et l'obligation de faire remarquer a Penfant que toute peine peut être, quand on l'accepte bien, ^ne leçon, une expiation et une réparation.
Quelles règles faut-il suivre dans le choix des pénalités artifcielles ?
Trois principales :
1° Il en est qu'il faut toujours éviter. 2° Il en est dont il ne faut user qu'avec discrétion. 3° Il en est qu'il faut choisir de préférence.
Quelles corrections faut-il toujours « éviter ./
Celles qui manquent le but; celles qui présentent plus d'inconvénients que d'avantages : par exemple, le piquet, la retenue ou les pensums, comme ils sont trop généralement appliqués dans les collèges; le cachot, dans la famille.
Quelles sont les corrections dont il faut user avec « discrétion »? Ce sont les châtiments corporels : les coups, la verge, le fouet.
ï/ÉDUCA TION MORALE 358
©Me? faut-il entendre pur ces mot* : « avec discrétion » ?
Il faut entendre que ce genre de répression suppose : ■1° Des enfants jeunes. « Le fouet est mauvais à dix ans, scandaleux plus tard. > 1
ne mauvaise volonté positive, un refus formel d'obéissance. -..--.-
Oui, quand un se trouve en face d'un petit bambin de deux, trois ou quatre ans qui résiste sciemment et ne veut pas céder, la correction corporelle peut être considérée comme une nécessité; elle doit être employée sans hésitation.
N'y a-t-il pas un moyen de prévenir, même dans le eai révolte, la dure nécessité du fouet'/
Certains parents sensibles ont cru l'avoir trouvé : ils amènent ieur enfant, par des moyens détournés, à vouloir et qu'ils désirent ; ils lui prouvent qu'ils ont raison et que leur ligne de conduite lui est avantageuse à lui-même.
1° L'enfant se laisse persuader, et son père et sa mère sfc félicitent de leur triomphe : ils ne remarquent pas que le petit révolté s'est rangé de leur avis, qu'il a partagé îeut manière de voir, mais qu'il n'a pas obéi, qu'il n'a pas cédé..
Et puisqu'il s'agissait d'une révolte à réprimer, d'une mauvaise volonté à vaincre, c'est l'enfant qui reste le maître.
2° L'enfant ne se laisse pas persuader : alors l'obligation de le faire céder reste intacte et s'impose par tous les moyens.
Àaride-t-on facilement, de nos jours, l austère obtiyalr châtiments corpore!
Dans notre siècle d'éner veinent, il y a une tendance assez gèneraie à écarter le fouet et les châtiments corporels ; on en rel< l'usage aux siècles passés, qu'on appelle barbares I
Si les siècles passés étaient moins avancés que le nôtre en questions secondaires de pédagogie, de sciences exactes on d'astronomie, ils étaient meilleurs, sans doute, en matière >\t vraie et solide éducation.
Eh bien î ces siècles passés, qui savaient former <les hommes, ne reculaient pas devant le fouet et les châtime corporels.
(î) F. Nicolay, op. cit., p. iy2.
1 Ro->et, Devoir* des parents, p. <&.
West-il pas à propos de citer quelques exemples ?
V Saint Augustin avoue qu'il a reçu plusieurs fois ce genre de correction, et il l'approuve. Or. saint Augustin est devenu un des plus torts et un des plus nobles caractères de l'Eglise de Jésus-Christ (i).
-2e Les fils des rois de France devaient s'incliner devant cette
humiliation. On raconte que Louis XIII montra, dès son enfance, un extr me dégoût pour la lecture.
La reine-mère, dans le dessein de vaincre cette aversion, ordonna un jour h M. de Souvré, gouverneur de son fils, de donner le fouet, sans hésiter, à son royal élève.
Le jeune prince tenta de résister ; puis, se ravisant :
— Monsieur de Souvré. lui dit-il en suppliant, allez-y doucement, je vous prie (2).
N'est-ce pas charmant?
3° tlenri IV écrivait à MŒ' de Monglas, gouvernante des enfants de France :
« Je me plains de ce que vous ne m'avez pas mandé que vous aviez fouetté mon iils ; car je veux et vous commande de le fouetter toutes les fois. qu'il fera l'opiniâtre ou quelque chose de mal ; sachant bien qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela ; ce que je reconnais par expérience m'avoir profité, car, étant de son âge, j'ai été fort fouetté. C'est pourquoi je veux que vous le fassiez et le lui fassiez entendre. » (3)
4° Louis Racine raconte à sa femme la faute et le repentir de son fils Jean, âgé de cinq ans (né en 1734, mort à vingt et un ans, à Cadix, lors du tremblement de terre, en 1755).
A Soissons i3 avril 1739).
Votre fils , depuis qu'il est en culotte, s'imagine êt/e un grand
garçon et devoir faire comme tous les autres. Il a la fureur de monter à cheval; et il pleurait tant hier, que je dis au cocher de seiler un de mes chevaux et de le promener dessus dans la cour; et je dis au petit garçon, qui avait deux sols dans sa poche, de les donner en revenant au cocher, pour boire et le récompenser de sa peine. Il s'avisa de vouloir aller lea boire avec lui chez Brun.
Vous vous plaignez quelquefois que nos domestiques y vont; c'est maintenant votre fils. Je l'envoyai chercher; on le trouva à tab.e; il revint honteux et m'avoua qu'il avait bu un demi-verre. Je lui dis gue la première fois qu'il irait au cabaret, j'irais lui donner le fouet à la porte. Ce matin, en se levant, il m'est venu demander pardon et m'a promis qu'il n'irait plus au cabaret (4>.
5û On connaît le gentil mot du petit Florian qui avait perdu sa mère peu de temps après sa naissance.
(i) M*r Rosskt, Devoirs des parents, p. 88 (2 F. Nicolav. op cit., p. 187.
(3) \;*r Kossdi, op. cit., p. 89.
(4) Cîté par le P. Delaportb, Les petits enfant!-. \>. lurj.
Voyant un jour^pleurer un petit paysan que sa mère avait battu : — Tu es bien heureux, toi. lui dit-il, tu peux être battu par ta mère (i).
6° Tout le monde était d'avis, autrefois, que « sans cela il n'y a point d'éducation »(2).
7° Et personne n'aurait contredit sérieusement la maxime de La Bruyère :
îl faut aux enfants la verge et la férule (3>.
Mais alors que devient l'amour paternel et maternel ?
Ecoutez ce que dit la sainte Ecriture :
N'épargne pas la correction à ton enfant; si tu le frappes de la verge, il ne mourra point; tu le frappes de la verge et tu délivres son âme du séjour des morts (4).
Et la sagesse des nations a traduit cette même pensée sous une forme plus simple encore :
Qui aime bien châtie bien
Celui qui aime l'enfant comme il doit l'aimer, pour le former, le sanctifier et le sauver, celui-là ne recule pas devant le châtiment, même corporel.
Pères et mères, extirpez donc de vos cœurs cet amour qui n'est pas véritable et mérite le nom de haine. Un auteur païen l'a flétri, en l'appelant amour de guenons. Les guenons ne peuvent se passer de leurs petits; elles les pressent sur leur sein et les accablent de caresses. Mais, hélas! à force de les embrasser et de les serrer sans précaution, elles les étouffent et les tuent bien souvent en les caressant (5). Oh ! que de singes aujourd'hui parmi les parents trop indulf^ents ! Prenez donc la résolution de corriger vos enfants et, s'il faut es frapper avec la verge, ne l'épargnez pas ; ils n'en mourront pas (6). Soyez convaincus qu'ils ne vous en conserveront pas rancune: au contraire, ils vous en aimeront davantage <7>
Quelles pénalités faut-il « préférer » ?
1° Il faut, autant que possible, choisir les corrections médicinales, c'est-à-dire celles qui sont en opposition avec les défauts ou les fautes que 1 on veut atteindre.
(i) M»« Tastu, Notice sur Florian.
(2) J. de Maistre. Lettres et opuscules, t. I»*, p. a-3.
<3 La Hrutère, Ls caractères, De l'homme.
(4) Proverbes, xxm, iS,
(5 Pi.ine.
(6) Proverbes, xxm, i3.
(7) M" Rosset, op. cit , p 93-96-
362 CATÉCHISME DK L'ÉDUCATION
In enfant, par exemple. fait un mauvais usage de l'argent Jk*nt il dispose : on l'en prive.
Un autre se montre difficile pour sa nourriture et ne veut ^as prendre de tel ou tel mets : on ne lui en sert pas d'autre tant qu'il n'a pas absorbé au moins une partie de relui qu'il n'aime pas.
Un troisième, de caractère difficile, se montre insupportable i ses frères et sœurs ou à ses camarades pendant la récréation : on le condamne à s'amuser tout seul, afin de lui faire toucher du doigt les avantages de la bonne camaraderie.
Un quatrième est opiniâtrement paresseux : on lui applique \ i ia lettre la parole de la sainte Ecriture : « Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger », et on le sèvre de tout aliment qui n'est pas nécessaire à la santé.
2° Il faut, quand le besoin en est, choisir les corrections fxemplaires.
Tout châtiment, si la faute est comme, doit être non seulement icinal. mais^exemplaire : ce dernier point est important ili.
Cela veut dire que l'on ne doit pas seulement penser à coririger le délinquant, mais encore à neutraliser dans l'esprit des témoins de sa faute la fâcheuse impression qu'ils en ont jessentie, et à énerver la tentation qu'ils éprouveraient de la reproduire. Et cela ne peut être obtenu que par une répression sérieuse, aussi publique que la faute elle-même, et généreusement acceptée par l'enfant comme une réparation du scandale donné.
3' Le complément de la correction : les récompenses.
Quelles sont les règles à suivre pour donner aux recompenses une valeur éducative f
J°I1 faut impitoyablement laisser de côté les récompense* qui favoriseraient les défauts des enfants : les louanges trop fréquentes, les friandises multipliées, les excitations à la coquetterie. < Ne promettez jamais aux enfants, pour récompenses, des ajustements ou des friandises. » (2)
2 II ne faut pas récompenser à tout propos : ce serait entraîner les enfants à vendre leurs bonnes actions et les rendre intéressés.
hert, Pensées.
? FêxeloNj De l'fidncalion des filles, ch. v.
3° Les récompenses les plus simples sont les meilleures. L'enfant* ne doit pas prendre le goût des choses dispendieuse et recherchées.
4° Il serait très particulièrement formant de donner aai enfants, comme récompense, l'occasion ou la facilité d'accomplir quelques bonnes œuvres : par exemple, la visite d'une famille pauvre, un travail d'aiguille ou de crochet pour une église, la remise de quelques sous que l'enfant aura le plaisir de donner à la Propagation de la Foi, à la Sainte-Enfance pi à un indigent, etc.