‹ Catechisme de la reforme electoraleChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE VIÎI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÎI

Secret du suffrage.

Si quelqu’un doute de la nécessité du secret pour obtenir la liberté et empêcher la falsification du suffrage , qu’il se rappelle ce que nous ayons dit sur les troupeaux de tenanciers conduits à l’élection sous la surveillance des intendants. Sans doute , le terrorisme peut agir en contraignant violemment un homme à se rendre à l’endroit où l’on vote ; mais il perd son action dès que le vole est protégé par le secret.

En même temps que le secret exclut le terrorisme , il exclut aussi la corruption ; car les chances de perle sans profit augmentent pour le corrupteur dans une proportion considérable , et il est bien moins tenté de

faire des offres quand rien ne lui garantit qu’il recevra quelque chose en échange.

D’ailleurs, quand un engagement est de telle nature qu’il viole toutes les lois de la morale, qui n’avouerait que l’exécution de cet engagement, loin de diminuer le crime , ne fait que le répéter?

Supposons le suffrage universel établi de manière qu’on admette à voter même les pauvres des paroisses ; que la direction donnée au vole reste entièrement inconnue à tout autre qu’au votant. Le pauvre , n’ayant rien à gagner s’il donne son vote au candidat le moins digne , n’ayant rien à perdre s’il le donne au plus digne, suivra les impulsions de son propre jugement , ou consultera le jugement d’un autre qu’il croira plus éclairé que lui : tel serait le résultat du secret du suffrage. Mais qu’arriverait-il avec la publicité ? La subsistance , l’existence même du pauvre est à la discrétion du magistrat local ; son vote serait donc entièrement

à la disposition du même individu. Que Ton songe à l’immense proportion de citoyens qui , dans la bienheureuse Angleterre , sont réduits à l’état do paupérismo , et l’on verra que cette classe nombreuse delà démocratie serait complètement entre les mains des créatures amovibles de la couronne.

Que dire donc des mendiants titrés , des riches nécessiteux , des nobles valets , toujours prêts à demander à la couronne un supplément de faveurs , toujours prêts à lui offrir en échange un supplément de servilité. Placés sous la dépendance immédiate du corrupteur-général , puisant aux sources de la corruption, qui sont pour eux les sources de la vie , comment pourraient-ils donner un vote indépendant, si leur vote est public?

C’est exiger d’un homme une vertu trop robuste que de lui demander le sacriûce de tous ses biens pour une minute de vérité. Celui que le mensonge fait vivre est fatalement attaché au mensonge. Mais offrez -lui le

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

e de France

moyen de conserver son honneur en conservant sa place , il s'empressera d’y souscrire. Or , le moyen est facile : proclamez le secret du suffrage.

Il faut , en vérité , que les hommes en place soient bien aveugles pour ne pas voir que le droit de voter au scrutin secret est un droit protecteur pour eux, un droit qui les garantit contre les caprices du pouvoir contre les nécessités de l’obéissance passive contre la permanence de l’esclavage. C’est eux à invoquer le secret ; car le secret pi.

eux, c’est l’indépendance et l’honneur ; pok eux la publicité, c’est la tyrannie et l’avilissement. Dans l’état actuel des choses , un homme en place ne saurait être , en matière électorale , un homme honnête. Que ceux qui sont fatigués d’escompter leur conscience joignent donc leurs voix à la nôtre pour demander le secret du suffrage : c’est la seule occasion où leurs intérêts soient d’accord avec les intérêts du pays.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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