CHAPITRE II
Puissance de l’influence métallique.
Four rendre ce sacrifice complet, jamais la volonté n’a manqué ; mais jamais le pouvoir de l’accomplir n’a , dans aucune époque antérieure, atteint le degré auquel il est aujourd’hui parvenu.
Afin d’arriver à ce résultat, il n’a fallu que faire agir avec habileté l’influence métallique. Le banquier tire ses profits du mouvement de ses fonds. Le corrupteur général suit le même principe : par une série non interrompue d’opérations de vente et d’achat, l’argent devient entre ses mains eu même temps cause et effet. La prodigalité engendre la corruption ; la corruption engendre la
prodigalité. Ajoutez aux moyens pécuniaires les places inutiles grassement payées, les places utiles trop payées, les pensions sans titre, les sinécures, les pairies, les baronnies, les rubans, etc., et vous n'aurez pas encore épuisé toute la liste des moyens de corruption qui exercent leur influence pestilentielle, depuis le manoir ducal et le palais de l’archevêque, jusqu’au hameau du paysan.
EU quoi ! pas même le manoir ducal ne serait exempt de la contagion? Non certes, moins que tout autre. Le duc, qui, s’il n’y avait au monde rien qui ressemblât à un ruban ou à une table de jeu, pourrait par luimême être indépendant, est dépendant par ceux qui dépendent de lui : et plus ses richesses sont immenses, plusses alliances sont nombreuses et choisies, plus s’agrandit le cercle de ceux qui dépendent de lui et le rendent dépendant.
Célébrez donc sa vertu, orateurs de parti ,
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scribes de parti, célébrez cette vertu qui tient à son rang, à sa richesse et à rien autre chose ; glorifiez-le aujourd’hui pendant qu’il est encore des vôtres ; mais revenez demain; il aura passé de l’autre côté, et vous le verrez assis sur d’autres bancs.
Un certain duc était propriétaire d’un bourg et disposait en cette qualité de deux sièges au parlement. Sincère ou non, un jour il dit à un de ses agents, qu’il connaissait comme un homme attaché à la cause du peuple : « Jetez les yeux autour de vous, et choisissezmoi les deux hommes les plus honnêtes et les plus capables que vous puissiez rencontrer : nous les enverrons au parlement. »
L’agent se met en campagne et trouve ses hommes. Mais avant que sa tâche fut terminée, le patriote emblasonné avait eu besoin d’argent, et le bourg, et les sièges, et l’honnêteté qui devait les remplir, tout avait été vendu.
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Ah ! vertueux Blackstone ! modèle des écrivains laudatifs , loi qui proclames notre roi constitutionnel le vice-gérant de Dieu sur la terre, toi qui lui accordes tous les attributs de la divinité, l’omni-présence , l’immortalité , l’infaillibilité , tu as oublié parmi ces attributs la toute puissance corruplive.
Mais me dira-t-on, est-ce que cet attribut, qui après tout n’existerait pas, s’il n’y avait un parlement à corrompre ; est-ce que cet attribut, tout désastreux qu’il soit, doit être une objection péremptoire contre la monarchie? Non, sans doute, pas contre la monarchie elle-même ; car si par la réforme vous introduisez dans la constitution la prépondérance démocratique, la corruption aurait son antidote.
Eh ! qui parle do détruiro la monarchie , d’extirper la pairie? Ce n’est certes pas moi. Je ne veux rien détruire, rien extirper. Tout ce qui péut se concilier avec la réforme , je
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veux le garder. Gardez donc ce que yous avez et que Dieu vous le conserve. Mon seul but est de défendre les intérêts démocratiques, de donner la prépondérance aux intérêts démocratiques. Je ne demande pas plus.
En Irlande , nous avons la prépondérance protestante. Eh bien, en Irlande, les catholiques, bien qu’ils pussent être mieux qu’ils ne sont, ne sont pourtant pas détruits.
Mais ce que je trouve intolérable, c’est que quelques individus vivent aux dépens de tous, c’est qu’un petit nombre de gouvernants aient des intérêts directement opposés à la multitude des gouvernés. Supposez l’Angleterre occupée par une armée ennemie.
Quelle serait alors notre condition ? Celle d’un peuple gémissant sous la domination d’un nombre limité d’individus ayant des intérêts différents des nôtres , comprenant et appliquant celte différence, et faisant un sacrifice continuel de nos intérêts à des intérêts op-
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posés et hostiles : Eh bien ! c’est là, c’est trop véritablement là notre sort.
« Mes intérêts ne peuvent pas être séparés de ceux de mon peuple, » dit le perroquet royal ; et avec ces mots à la bouche, il fait un geste de son sceptre, et sanctionne la création de nouvelles sinécures.
Mais vis-à-vis de cette constitution qu’on nous vante, vis-à-vis de celte administration qui fait merveille, quels sont donc les sentiments du peuple î Lisez la réponse dans le budget de la guerre. Il ne faut pas moins do 53,000 baïonnettes pour assister le pouvoir civil dans l’exercice de ses fonctions.
Dans ces jours, non-seulement dopais, mais de triomphe, quand il n’y a aucun prétendant pour inquiéter la couronne, quand selon les discours officiels du trône, « nos rapports avec les puissances étrangères continuent à être des plus satisfaisants, » 53,000 soldats sont indispensables pour le repos du
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royaume ! Qu’auraient dit nos aïeux d’une pareille garnison. 11 y a un siècle, un prétendant était toujours menaçant au-dehors ; il comptait au-dedans des partisans nombreux, capables do mettre sur pied une armée de révoltés, les esprits étaient inquiets, la couronne chancelante : quel fut pourtant le nombre de soldats jugés nécessaires à celte époque de péril ? 1 G, 000 ; moins d’un tiers de ce qu’il nous faut aujourd’hui. Et cependant Robert Walpole, alors de l’opposition, trouvait que ce nombre était exagéré.
Eh bien donc ! soyons gouvernés par une armée permanente : telle est la volonté de ceux qui nous gouvernent. D’ailleurs, ils déclarent que, sans>lle, ils ne pourraient nous gouverner. Et c’est là celte constitution, celle constitution sans pareille, qui sert de thème à tous les éloges de oeux qui lui doivent opulence et pouvoir 1 Et dans cette constitution, nous ayons un parlement, et BpiHAM, 4
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dans ce parlement une chambre des communes, et dans cette chambre des communes la sanction d’un gouvernement militaire, et sousce gouvernement militaire nous devons rester courber aujourd’hui et demain, maintenant et à jamais, toujours soumis et toujours contents.
Voyez pourtant les Etats-Unis, le siège de la représentation démocratique : où sont les complots réels ou prétendus qui troublent leur tranquillité ? Où est leur armée permanente? Où sont les lois qui empêchent tout homme de communiquer à un autre sa pensée sur les intérêts qui sont les intérêts de chacun?
Si chez nousl’on propose quelque bonne innovation qui doive profiter au peuple, la réponse esttoute prête : ce sont de vaines théories, des visions, des utopies ; c’est dangereux, anarchique, subversif. Mais si l’on propose quelque méthode nouvelle d’oppression, aussitôtso lèveront, dans les deux chambres, do
brillants orateurs qui'vous prouveront en termes choisis , en phrases parsemées de fleurs de rhétorique, que les abus de l’oppression viennent des fautes du peuple. En effet, lo peuple étant de jour en jour plus indocile, doit être de jour en jour plus sévèrement traité : ceux qui ont péché pâtiront pour leurs péchés ; ceux qui n’ont pas péché, pour les péchés des pécheurs, jusqu’à ce que tous aient leur part des souffrances communes.
Mais non, c'est un mensonge. Jamais mécontentement , aucun mécontentement sérieux, n’a pu être attribué à une faute du peuple. Le mécontentement ! non ; la patience, une trop grande patience, voilà sa faute, son unique faute, sa faute irréparable. Carie mal en devenant durable semble devenir un droit. Quel intérêt peut avoir le peuple à être mal gouverné , à voir l’intérêt général sacrifié à des intérêts particuliers et hostiles» Quant à moi, je vois bien l’intérêt qu’ont à mal gouverner les hommes par qui le peu-
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pie est gouverné. En attaquant directement cet intérêt, j’apporterai donc le remède au mal.
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