EXPLICATION DU PREMIER ARTICLE
Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.
Le sens de ces paroles est tel : Je crois pour certain et véritable, et je confesse avec sincérité et sans aucun doute, que Dieu le Père est la première personne de la trèssainte Trinité, et que par sa puissance infinie et incompréhensible, il a créé, c'est-à-dire, formé de rien le ciel et la terre et tout ce qui y est compris : car il est évident que ce symbole nous impose l'obligation de croire distinctement le mystère de la Trinité. Ce premier article nous propose Ja première personne qui est celle du Père, par
A ces paroles : Je crois en Dieu le Père. Le second article fait mention de la seconde qui est le Fils, quand il dit :
Et en Jésus-Christ son Fils unique. Et le huitième article parle de la troisième, en disant : Je crois au Saint-Esprit.
Ve crois en Dieu.
Nous croyons qu’il y a un Dieu, et c'est le premier article de la profession du chrétien. Ce Dieu est un être
dont la grandeur est immense, infinie, incompréhensible, ‘comme dit Jérémie (32. 19.) : « Seigneur, vous êtes grand, » puissant, fort, invincible, grand dans tous vos desseins, » et incompréhensible à nos esprits. » Et saint Paul dit : « Il habite une lumière inaccessible dans laquelle aucun » homme ne l'a jamais vu, et ne le peut voir (I Tim. » 6. 16.). »
Les infidèles mêmes n'ont jamais eu que de hautes idées de Dieu, et tout aveugles qu'ils étaient, ils ont avoué que tout ce qui se peut concevoir de bas, de terrestre, de limité, de déréglé, est indigne de lui. Ils ont dit que Dieu est une chose si grande, qu'on ne peut rien s'imaginer ni concevoir de plus grand, de meilleur ni de plus parfait, parce que si l'on pouvait concevoir quelque chose de plus parfait, ce serait cette chose-là qui serait Dieu, et ce Dieu qui serait conçu moins parfait ne le serait plus.
Mais cela se prouve beaucoup mieux par les passages de l’Ecriture qui suivent : « Dieu est esprit, et ceux qui » le veulent véritablement adorer, le doivent adorer en » esprit (S. Jean. 4. 24.). Soyez parfaits comme votre Père » céleste est parfait (Matth. 5. 48.). Toutes choses sont » nues et à découvert devant ses yeux (Hæbr. 4. 13). » O profondeur des richesses de la sagesse et de la science » de Dieu (Rom. 11. 33.)! » Notre-Seigneur dit lui-même : « Je suis la vie, la voie, et la vérité (S. Jean. 44. 6.) » “ N'est-ce pas moi, dit le Seigneur, qui remplis le ciel et » la terre (Jérém. 23. 24.)? » Le prophète David dit dans le même esprit : « Oùirai-je pour ne point paraître devant
» vos yeux? Si je monte au ciel, vous y êtes; si je des- M
» cends dans les enfers, vous y êtes présent ; si je m'envole » en esprit aux extrémités de la mer, je vous y trouve, et » même c'est votre main qui m'y conduit (Ps. 433. 7.). » Votre main est pleine de justice : vous l'ouvrez et rem- » plissez de bénédiction jusqu'aux animaux (Ps. 144. 46.). » Vous êtes infiniment élevé au-dessus de tous les dieux
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» (Ps. 96. 9.). » Et enfin Dieu dit lui-même à Moïse pour faire connaître qui il est : « Je suis celui qui suis (Exod. n 3.14.). » Tous ces passages montrent la grandeur incompréhensible de Dieu, sa bonté, sa sagesse, sa justice, sa providence, sa miséricorde, sa puissance, son infinité, son immensité, son éternité, son incompréhensibilité.
Nous disons je crois en Dieu, et non, je crois auœ dieuæ, confessant par là qu'il »'y a qu’un Dieu et non plusieurs. C'est pourquoi le symbole de Nicée ajoute à celui des Apôtres le mot un : Je crois en un seul Dieu. Nous lisons au Deutéronome (6. 4.) : « Ecoute, Israël, notre » Dieu est un, il est seul Dieu. » Et Dieu nous défend d'en reconnaître plusieurs : « Je suis le Seigneur ton Dieu; » les dieux étrangers ne te seront rien en ma présence » (Exod. 20. 3.). Voyez, dit-il ailleurs, que je suis le seul » Dieu, et qu'il n’y en a point d'autre que moi (Deuter. 32. » 89.). Je suis le premier et le dernier, et après moi ilny » à point de Dieu (Isaïe. 44. 6.). » Et saint Paul déclare hautement cette vérité, quand il dit : « Un Dieu, une foi, » un baptême (Ephes. 4. 5.). »
Je crois en Dieu. Nous sjoutons cette particule en, qui marque un certain mouvement de l'entendement qui croit. Ainsi quand nous disons : Je crois en Dieu, c'est comme si nous disions : Je ne crois pas seulement qu'il y a un Dieu, mais je le crois de telle sorte, que je tâche de toute
l'affection de mon cœur et de tout mon pouvoir, de par-
venir à lui comme au souverain bien, et à la fin pour laquelle j'ai été créé. De la sorte l'espérance chrétienne est en quelque façon enfermée dans la foi que nous professons.
Enfin quand nous disons : Je crois en Dieu, nous distinguons la connaissance que nous avons de Dieu par la foi, de celle que l'on en peut avoir, et que les infidèles en ont eue en effet par la vue des créatures. « Car, comme dit » saint Pau], ce qui peut être connu de Dieu, leur a été ” manifesté, Dieu leur en a donné la connaissance, parce
» que les choses qui sont invisibles en Dieu, sa puissance » même éternelle et sa divinité, peuvent être connues par »* les créatures qu'il a faites (Rom. 1. 19.). » Ces infidèles ont cru qu'il y avait un Dieu, parce que les créatures leur faisaient connaître leur Auteur, en leur disant, qu'elles n'avaient pu se faire elles-mêmes. Mais les chrétiens le croient, parce que Dieu même le leur a révélé; et c'est cet acquiescement de l'esprit à la parole de Dieu que l'on appelle foi, c'est-à-dire que l'on a une véritable et sincère foi, quand l'on croit ce que Dieu a dit, purement parce qu'il l'a dit. .
Que si les mystères que la foi nous oblige de croire ne nous paraissent pas clairs ni évidents, ils n’en sont pas moins certains et véritables ; mais plutôt ils le sont beaucoup davantage, parce qu'ils sont fondés sur l'autorité de Dieu, qui est la vérité même ; au lieu que nos sens et notre raison étant sujets à l'erreur, nous peuvent facilement tromper. Et il ne faut pas croire que ces mystères sacrés soient contre la raison, parce qu'il semble qu'ils ne s'accordent pas avec elle; ce serait un grand sujet de tentation contre la foi. Mais il faut dire qu'ils sont au-dessus de la raison, qui, par sa faiblesse naturelle, ne peut atteindre à la sublimité des choses de Dieu. C’est en cela que consiste l'excellence de notre foi, qu'elle ne contient rien que de grand et qui ne nous passe, comme au contraire ce serait bien peu de chose, si ce qu'elle nous propose, n'était pas plus grand que nous, ni élevé au-dessus de la portée de notre esprit.
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Dieu le Pere.
Par le nom de Père, nous ne croyons pas seulement que:
la première personne de la Trinité est Dieu, nous confessons encore de la façon qu'elle est énoncée, qu'elle est disiincte des deux autres.
La personne du Père n'est point engendrée : celle du Fils est engendrée du Père avant tous les siècles : et celle du Saint-Esprit procède de toute éternité du Père et du
à Fils comme d’un seul principe ; ainsi nous confessons trois
Æ personnes distinctes dans une seule et simple essence. Le Père est la première personne, parce qu'il est le principe sans principe, c'est-à-dire sans commencement, d'où procèdent les deux autres. Il n'est pas nécessaire de pénétrer plus avant dans les secrets de ce mystère : Dieu ne nous oblige pas d'en savoir davantage, mais plutôt il le défend quand il dit que « celui qui examine avec trop de curiosité » la grandeur de sa majesté, sera accablé sous le poids de » sa gloire (Prov. 25. 27.). »
La première personne de la Trinité est encore le principe et le père de toutes chosés, mais diversement. Dans lui-même il est le Père de son Verbe, qui est son Fils, comme nous verrons au second article de ce symbole. Et hors de lui, il'est le Père de toutes les créatures, comme dit un prophète : « N'est-il pas seul le Père de nous
» tous? N'est-ce pas lui seul qui nous a créés (Malac. » 2. 10.) »
pm, RS
Il n'est pourtant, à proprement parler, que le Père des hommes qu'il a créés à son image et ress:mblance, au lieu que les autres créatures ne sont que comme des ombres, ou comme des vestiges informes de son être (Gen. 1. 26.).
Dans l'ancien Testament il était le Père des Israélites beaucoup plus parfaitement qu'il ne l'était des infidèles ; parce qu’ils avaient la connaissance de son nom, et qu'ils l’adoraient comme leur Créateur.
Et Dieu de son côté .les gouvernait en Père par le soin paternel qu'il prenait de leur conduite. C'est pourquoi Moïse leur disait : « N'est-ce pas lui qui est votre Père, qui » vous a possédé, qui vous a fait, qui vous a créé (Deut. » 82. 6.)? » Et ce divin Père leur reprochant leur ingratitude, disait : « Je me retirerai d'éux, et je verrai ce qu'ils » deviendront : car c'est une génération ingrate et des * enfants infidèles (Deut. 32. 20.). » Moïse leur reprochait la même chose : « Vous avez quitté le Dieu qui vous a » engendrés (Ibid. 32. 6.). »
Mais dans la loi de grâce, il est le Père des fidèles d'une manière bien plus noble et plus divine; car outre l’image naturelle de leur Créateur qu'ils portent gravée dans leur âme, comme témoigne le prophète (Psal. 4.7.) : « La lumière » de votre visage, Seigneur, est imprimée sur nous
» Comme un cachet sur de la cire », il les adopte pour être les frères de son Fils uniqueet naturel, afin de les faire ses cohéritiers dans l'héritage de la gloire. C'est ce que dit saint Paul (Rom. 8. 17.) : « Si nous sommes enfants » de Dieu, nous sommes par conséquent ses héritiers; » héritiers, dis-je, de Dieu, et les cohéritiers de Jésus- » Christ, qui est le premier né entre plusieurs frères. » Et le même dit ailleurs (Hæbr. 2. 11.) : « Tout Dieu qu'il » est, il n'a pas honte de nous appeler ses frères. » « Voyez, dit le disciple bien-aimé (I. Joan. 3. 1.), voyez » quelle est la charité du Père céleste envers nous, de »* vouloir que nous soyons appelés les enfants de Dieu, et
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