EXPLICATION DU HUITIÈME PRÉCEPTE
Vous ne direz point faua témoignage contre votreprochaïn. .
« Si quelqu'un ne fait point de fautes en parlant, (ce sont » les paroles de saint Jacques, 3. 2.), c'est un homme par- » fait, et il peut tenir tout son corps en bride. Ne voyez- » VOUS pas que nous mettons des mors dans la bouche des » chevaux afin qu’ils nous obéissent, et que par ce moyen
» nous faisons tourner tout leur corps où nous voulons? » Ne voyez-vous pas aussi que, encore que les vaisseaux » soient grands, et qu'ils soient poussés par des vents » impétueux, ils sont tournés néanmoins de tous côtés » avec un très-petit gouvernail, selon la volonté du pilote » qui les conduit? Ainsi la langue n'est qu'une petite partie » du corps, et cependant combien se vante-t-elle de faire de » grandes choses ? Ne voyez-vous pas combien un petit feu * est capable d'allumer de bois ? la langue est aussi un feu. » C'est un monde d'iniquité, et n'étant qu'un seul membre, » elle infecte tout le corps ; elle enflamme tout le cercle et # tout le cours de notre vie, et elle est elle-même enflam- » mée du feu de l'enfer. La nature de l’homme est capable » de dompter, et elle a dompté, en effet, toutes sortes » d'animaux, les .bêtes de la terre, les oiseaux, les rep- » tilés, et les poissons de la mer : mais nul homme ne peut » dompter sa langue. C’est un mal inquiet, indomptable, » et elle est pleine d'un venin mortel. Par la langue nous » bénissons Dieu notre Père, et par la langue nous mau- » dissons les hommes qui sont créés à l'image de Dieu : » la bénédiction et la malédiction sortent d'une même bou- » che. Faut-il, mes frères, qu’une fontaine jette par une » même ouverture de l’eau douce et de l'eau amère ? » Jusqu'ici ce sont les paroles de saint Jacques, par lesquelles nous apprenons deux grandes vérités. La première, que les vices de la langue sont si communs, qu'à peine se trouve-t-il un homme qui ne s’y laisse aller, comme témoigne le Prophète, quand il dit (Ps. 115. 11.), « que tout » homme est sujet au mensonge. » L'autre, que la langue indomptée cause une infinité de maux, comme sont la perte des biens, de la réputation, de la vie, du salut même de l'âme, les colères, les vengeances, les impatiences, tant en celui qui offense, qu’en celui qui est offensé, qui, ne pouvant supporter l'injure qui lui est faite, va quelquefois jusqu'aux derniers excès.
lons ?
seaux vents côtés pilote