‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 52 sur 83 · EXPLICATION DE LA CINQUIÈME DEMANDE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA CINQUIÈME DEMANDE

Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Notre-Seigneur nous fait commencer par ces paroles une nouvelle façon de prier. Jusqu'ici nous avons demandé à Dieu non-seulement les biens de l’âme et de l'éternité, mais encore ceux du corps et «ui nous sont nécessaires pour le soutien de la vie temporelle; par cette demande et par celles qui suivent, nous le prions de nous délivrer des maux non-seulement de la vie présente, mais encore de ceux qui peuvent arriver après la mort.

Nous demandons premièrement à Dieu qu'il nous délivre de nos péchés, qui sont les plus grands de tous nos maux et la source de toutes les calamités de la vie présente et de la vie future. Et afin que notre prière soit exaucée

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nous devons, premièrement, reconnaître et confesser sincèrement que nous sommes pécheurs. 2. Nous devons avoir de la douleur de nos péchés. 3. Nous devons croire que Dieu a véritablement la volonté de nous pardonner,

si nous nous mettons en état de recevoir sa miséricorde.

1. Nous devons reconnaître que nous sommes pécheurs, et que les plus saints peuvent dire avec vérité : Pardonnez-nous nos péchés. Il ne nous est pas difficile de nous le persuader, puisque selon le Prophète (Ps. 13. 15) : « Tous se sont écartés du chemin de la justics, et se sont * rendus inutiles ; il n'y a pas un homme qui fasse le bien; » non, il n’y en a pas un seul. » C'est-à-dire qu'il n’y a pas un homme quelque bien qu'il fasse, qui ne commette aussi des péchés. Le Sage l'explique ainsi, quand il dit (Eccl. 7. 21.) : « Il n’est point d'homme sur la terre, pour » juste qu'il soit, qui fasse le bien et qui ne pèche point. n Qui peut dire : J'ai le cœur pur, je suis net de tout » péché (Prov. 20. 9.)? » Saint Jean voulant humilier l'arrogance de l'esprit humain, dit la même chose (1. 8.) : « Si nous disons que nous n'avons point péché, nous nous » séduisons nous-mêmes et la vérité n'est point en nous. » Et le prophète Isaïe témoigne que Dieu se mît un jour en colère contre quelques-uns qui se glorifiaient d'être sans péché : « Vous avez dit, c'est Dieu qui parle (Jérém. » 2. 35.), je suis innocent et sans péché, c'est pourquoi, » Seigneur, détournez de moi votre colère. Voilà que » j'entrerai en jugement avec vous,:parce que vous avez » di. : Je n'ai point péché. » On ne peut rien voir de plus clair que ce que dit saint Paul écrivant aux Romains (3. 22.) : « Il n’y a nulle différence entre les Juifs et les » Gentils : car tous ont péché, et tous ont besoin de la » gloire de Dieu. »

Notre-Seigneur confirme lui-même ce qu'il a fait dire aux Apôtres et aux Prophètes, lorsqu'il nous oblige de nous confesser pécheurs, nous mettant dans la bouche ces

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paroles qu'il nous fait dire à son Père : Pardonnez-nous nos péchés. Et nul, pour saint qu'il soit, ne doit s'excuser de faire cette prière : car s'il n'a point actuellement de péchés dans sa conscience, il en a eu autrefois, et il ne peut dire assurément qu'ils lui aient été pardonnés. C’est pourquoi l'Eglise assemblée dans un Concile (Conc. Milev. c. 7. 8. 9.) a déclaré anathème à cenx qui oseraient dire, que les saints ne peuvent dire ces paroles avec vérité, mais seulement par humilité.

Secondement, pour faire cette prière comme il faut, il ne suffit pas de se reconnaître pécheur, il faut encore avoir de la douleur de ses péchés : car demander pardon à Dieu et ne pas avoir de la douleur des péchés dont on lui demande pardon, ce n’est pas le prier, mais lui faire insulte. Nous nous sommes éloignés de Dieu par le plaisir du péché, il faut retourner à lui par la douleur du péché. Quel cœur ne se fendra pas de regret, quand il fera réflexion que par le péchéil a renoncé à Dieu pour entrer dans le parti du diable, et se soumettre à sa volonté. Dieu avait épousé l’âme par la charité, qui est le lien admirable par lequel elle lui était unie, et elle a rompu cette union sainte par le péché qui est le lien qui l’attache au démon. Le lien de la charité la mettait dans la liberté des enfants de Dieu, et celui du péché la jette dans une dure servitude. « Reconnaissez donc, dit le Seigneur (Jérém. 2. 19.), que » ce vous est une chose dure et amère, de vous être séparé » du Seigneur votre Dieu et d’avoir perdu sa crainte. » Ainsi frappons notre poitrine et brisons notre cœur à la vue de nos péchés, disant avec le publicain pénitent : “ Seigneur, ayez pitié de moi, car je suis pécheur » (Luc. 18. 13.). »

En troisième lieu, pour mériter que Dieu nous accorde ce que nous lui demandons quand nous disons : Pardonneznous nos péchés, il faut espérer que Dieu nous les pardonnera et qu'il en a la volonté sincère, pourvu que nous

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