‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 53 sur 83 · que · texte numérisé non relu

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soyons dans la disposition de recevoir sa miséricorde. S'il n'en avait la volonté, il ne nous obligerait pas de lui demander pardon, et il ne nous mettrait pas dans la bouche les paroles dont nous nous devons servir pour le demander, qui sont celles que nous expliquons : Pardonnez-nous nos péchés, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Il n'aurait pas non plus donné à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, et ne leur aurait pas dit (Joan. 20. 23.) : « Les péchés seront remis à ceux à qui » vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui » vous les retiendrez. » Avec les dispositions que je viens de rapporter, nous ferons utilement cette prière, et nous en obtiendrons l'effet : Pardonnez-nous nos offenses.

Pardonnez-nous.

Nous ne disons pas : Pardonnez-moi, mais pardonneznous ; pour marquer que nous devons avoir soin du salut de notre prochain comme du nôtre propre. C'est là le point principal et le plus essentiel de la charité fraternelle à laquelle nous sommes obligés : c’est pourquoi Notre-Seigneur nous obligeant de demander la rémission de nos péchés, il nous oblige de demander en même temps la rémission des péchés de notre prochain. Cette façon de prier instituée par Jésus-Christ a depuis été pratiquée par ses Apôtres, et ensuite par toute l'Eglise jusqu’à nos jours. En un mot, elle a été en usage dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Moïse disait à Dieu (Exod. 32. 32.) : « Pardonnez, Seigneur, cette faute à votre peuple, » ou effacez-moi de votre livre. » Et saint Paul (Rom. 9. 3.) : « Je désirais d'être anathème et séparé de Jésus- » Christ pour mes frères. »

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Nos péchés.

Nous disons nos péchés d'une manière bien différente que nous n’avons dit dans la demande précédente : Notre pain de chaque jour. Ce pain est nôtre, parce que Dieu nous le donne; mais nos péchés sont nôtres, parce que leur malice réside en nous et que notre volonté seule en est la cause. C'est en cela que consiste le poids de notre humiliation, que tous les biens que nous avons viennent de Dieu, et que rien n'est véritablement nôtre que le péché.

Il faut ici remarquer que le péché est exprimé sous le nom de dette : Remettez-nous nos dettes, comme nous remettons à ceux qui nous sont redevables. La raison de cela est, que par le péché nous sommes redevables à Dieu de l'obéissance que nous devions à ses commandements que nous avons violés, en sorte que nous ne serons jamais quittes envers lui que nous ne lui ayons restitué par la pénitence, l'obéissance que nous lui devions. Les péchés sont des dettes, parce qu'ils doivent être punis dans l’autre monde, si on ne les rachète en celui-ci par la pénitence.

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

C'est ici la seconde partie de cet article, laquelle est proposée comme le motif de la première, en sorte que nous demandons à Dieu qu'il nous pardonne en vue du pardon que nous donnons à ceux qui nous ont offensés. Cela suppose que si nous voulons que Dieu nous pardonne, nous devons aussi pardonner. Notre-Seigneur l'interpréta ainsi à ses Apôtres, lorsqu'il leur donna cette formule de prière : « Car, dit-il (Matth. 6. 14.), si vous pardonnez » aux hommes les fautes qu'ils font contre vous, votre » Père céleste vous pardonnera aussi celles que vous » commetirez contre lui : Mais si vous ne leur pardonnez

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Et il ne faut pas s'excuser sur ce que ceux qui nous offensent sont des persécuteurs et des calomniateurs ; car il faut pardonner à ceux-là aussi bien qu'à ceux qui nous offensent par mégarde ou en passant. C’est la doctrine de Jésus-Christ, qui dit (Matth. 5. 44.) : « Priez pour » ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin » que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans » les cieux. Heureux donc ceux qui font miséricorde, dit » le même Sauveur (Ib. 5. 7.), parce qu'ils recevront eux- » mêmes miséricorde. Mais celui qui n'aura point par- ». donné ni fait miséricorde, sera jugé sans pardon et sans » miséricorde (Jac. 2. 13.). »

La première chose donc que nous avons à faire, c'est de pardonner à notre prochain les fautes qu’il a commises contre nous, et par cette disposition nous serons en état de recevoir le pardon de celles que nous avons commises contre Dieu, lorsque nous ferons cette prière : Pardonnez-

nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui

nous ont offensés.

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