‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 61 sur 83 · DE LA JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

DE LA JUSTIFICATION

Sa nature.

La justification est un bienfait de Dieu, qui nous fait passer de l’état du péché à l’état de la grâce et de la justice que nous avions perdue, ou par le péché d'Adam, ou par les nôtres propres.

CAT. M. INC

uifs, disant

Je dis que la justification est un bienfait de Dieu, parce que c'est lui qui nous prévient et qui nous appelle par sa pure bonté et pure miséricorde, sans qu'il y ait rien en nous qui l'y oblige; mais-plutôt y ayant bien des choses qui le devraient porter à nous abandonner dans la masse de notre perdition, comme il fait à beaucoup d’autres, étant nés comme eux dans sa disgrâce, ou y étant tombés par notre propre faute.

Mais pourquoi nous a-t-il appelés et qu'il n’a pas appelé les autres? Ah! c'est ce qui nous doit consumer en reconnaissance et en fidélité à son service et à son amour, voyant qu'il nous a préférés à nos égaux, sans pourtant " qu'ils aient sujet de se plaindre, parce qu'il ne leur devait

rien non plus qu'à nous. S'il nous a fait grâce, c'est par sa pure miséricorde, et la cause en est en lui; s'il ne l'a pas faite aux autres, c'est par sa justice, et la cause en est en eux.

Que si au-dessus de tout cela on demande la raison d'un choix si inégal dans des sujets si égaux; je n'ai rien à répondre, sinon que c'est sa volonté, qu'il est le maître, et

qu'à l'égard dé plusieurs qui ne méritent rien, et à qui il ne doit rien, il peut sans injustice faire du bien aux uns et n'en faire point aux autres.

Quand je dis que Dieu nous attire sans aucun mérite de notre part, cela ne doit pas s'entendre de telle sorte, que nous ne fassions rien du tout dans l'ouvrage de notre justification, parce que nous consentons librement à la grâce qui nous prévient, et nous y coopérons. Dieu nous éclaire l'esprit et nous touche le cœur, et nous recevons volontairement ces lumières et ces touches, les pouvant rejeter si nous voulons.

Si l'on pousse la difficulté plus avant, et que l'on me demande si cette grâce, par laquelle Dieu nous convertit le cœur, détermine notre volonté à son effet, ou si la volonté se détermine d'elle-même, ou si elle a besoin d’une

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autre grâce pour se déterminer, j'avouerai ingénûment que cette difficulté me passe, et que je n'ose dire mon sentiment, de crainte qu'il ne se trouve pas conforme à la vérité. Mais il faut croire et tenir constamment, que l'âme ne peut d'elle-même ni de sa franche volonté se mouvoir à sa conversion, ni à embrasser la voie de la justice et de la piété, sans le secours de la grâce de Dieu. Il s'en faut tenir là. Des docteurs pourraient aller plus avant; mais ce serait pour nous une curiosité dangereuse et inutile.

De la préparation à la justification.

Encore que la justificetion soit un pur effet de la grâce de Dieu, l'homme néanmoins est obligé de s’y préparer : parce que les causes n'agissent sur les sujets qu'à mesure qu'ils sont disposés. Je parle de l'homme adulte qui est le maître de ses puissances et de lui-même, et non pas des enfants qui, n'ayant pas encore l'usage de la raison, ne sont pas capables des lumières ni des touches de la grâce. Et ce qui nous fait voir la grande dépendance que nous avons de Dieu dans les choses qui regardent notre salut, cette préparation même ne se peut faire que par le secours de sa grâce, en sorte que la grâce seule, et le libre arbitre seul ue suffisent pas pour se préparer à la grâce de la justification; mais la grâce de la part de Dieu, et le libre arbitre de la part de l'homme sont absolument nécessaires à la grâce de la justification, selon cette parole de saint Augustin que l’on nous a si souvent prêchée : Celui qui vous a créés sans vous, ne vous justifiéra pas sans vous.

Si l’on demande ce que cette grâce préparante opère dans l'âme; je dirai en peu de mots qu’elle la prévient et l'appelle, qu'elle éclaire l'esprit et touche le cœur. Elle excite, elle aide, elle fortifie, elle inspire ; et tout cela sans aucun mérite de la part de l’homme, qu’elle trouve dans le péché et sans aucun mérite, de sorte que dans la justifi-

cation et dans la préparation à la justification, nous dépendons toujours de la miséricorde et de la grâce de Dieu.

Des causes de la justification.

La cause finale est la gloire de Dieu, dont la bonté, la sagesse et la puissance éclatent infiniment en la conversion d'un pécheur, et la gloire de Jésus-Christ, qui est extrémement glorifié par l'application actuelle qui se fait de son sang et de ses mérites. De la part de la créature, le salut éternel est la fin de la justification : d'autant que ce bienfait est accordé à l'homme, afin qu'il garde les commandements de Dieu, à l'observation desquels la gloire éternelle est promise pour récompense.

La cause matérielle, c'est-à-dire le sujet de la justification, c'est l'homme pécheur qui pagse d’un état à un autre, savoir, de l’état du péché à l’état de la grâce. C'est l’avantage de l’homme au-dessus des démons, lesquels quoiqu'ils soient dans le péché comme nous, sont néanmoins incapables de cette grâce et ne peuvent jamais espérer le salut.

L’efficiente, c'est Dieu, qui lave et sanctifie le pécheur gratuitement et par sa pure miséricorde, comme nous avons déjà remarqué, et que saint Paul nous l'enseigne (Eph. 1. 13.), « le scellant de son sceau, et l'oignant de » son Esprit saint, qui est le gage et les arrhes de notre » héritage. Ainsi qu'il nous a élus en lui avant la création » du monde par l'amour qu'il nous a porté, afin que nous » fussions saints et sans tache en sa présence, nous ayant » prédestinés par un effet de sa bonne volonté, pour être » les enfants de son adoption par Jésus-Christ (Ib. 1. 4.).»

A cette sorte de cause se réduisent la méritoire et l'instrumentale.

La méritoire, c'est Jésus-Christ Notre-Seigneur, Fils unique de Diou, qui, bien que nous fussions ses ennemis,

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a bien voulu par son incompréhensible charité s'offrir à la

mort de la croix, et par ce sacrifice, satisfaire à son Père pour nos péchés, et nous mériter la grâce de notre sanctification.

L'instrumentale, c’est le baptême et les autres sacrements, qui sont comme des instruments dont Dieu se sert pour nous appliquer les mérites de Jésus-Christ et pour produire la grâce dans les âmes. Je fais particulièrement mention du baptême, parce que c'est le sacrement de la foi, sans laquelle il ne peut y avoir de justification : car quand l’Apôtre dit que l’homme est justifié par la foi, il ne veut pas dire que la foi seule puisse faire l'ouvrage entier de la justification; mais l'Eglise a toujours entendu que la foi est le commencement du salut de l’homme et le fondement de sa justification : car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu et d'être mis au nombre de ses enfants (Heb. 11. 6.).

Enfin, la cause formelle de la justification, c’est la grâce et la justice de Dieu; non celle par laquelle Dieu est juste, mais celle que Dieu nous donne et par laquelle il nous fait. justes, par laquelle nous sommes renouvelés en notre esprit intérieur, et par laquelle enfin, non-seulement nous sommes appelés enfants de Dieu, mais encore nous le sommes en effet, recevant cette justice chacun selon la mesure que le Saint-Esprit lui a donnée et selon la force de sa propre coopération. Ainsi cette justice qui est la forme ou cause formelle de notre justification est appelée justice de Dieu, parce que c'est Dieu qui nous la donne; et elle est appelée nôtre, parce que nous la recevons et qu'elle est infuse à notre âme comme une qualité spirituelle et surnaturelle qui nous donne sa dénomination avec son effet ; c'est-à-dire que de cette justice, nous sommes nommés justes et le sommes réellement.

Dans la justification, outre la foi, l’on reçoit encore la charité et l'espérance, sans lesquelles l'homme ne serait CAT, M. INC. 24*

pas entièrement justifié; il ne serait pas parfaitement uni à Jésus-Christ, ni un membre vif de son corps mystique; il serait seulement comme un membre mort; car l'office de: la foi est seulement d'unir à Jésus-Christ, mais celui de la charité est de donner la vie, et celui de l'espérance, de la fortifier. C'est pourquoi saint Paul écrivant aux Galates, dit (5. 6.) que la foi doit opérer avec la charité, sans quoi elle est morte, oisive et de nul effet.

L'intention de Dieu dans notre justification n'est pas seulement de nous donner la justice, mais aussi que nous Ja fassions croître en nous-mêmes, et que nous travaillions à faire multiplier le talent qu'il nous donne : ce qui se fait, premièrement, en gardant les commandements de Dieu; secondement, en pratiquant les bonnes œuvres qui sont propres à notre condition; et en troisième lieu, en fréquentant les sacrements qui ont été institués à cet effet. Si nous ne multiplions avec fidélité la grâce que Dieu nous donne, nous sommes en danger d'être traités comme ce serviteur infidèle, qui, ayant enfoui en terre le talent que ‘ Dieu lui avait donné, en reçut un reproche qui lui donna de la confusion, et fut même privé du talent qu'il avait négligé de faire profiter.

= Et c’est une erreur de dire que les commandements de Dieu soient impossibles. Le concile de Trente l’a ainsi

déclaré (Sess. 6. Can. 18.) en disant : « Si quelqu'un ose

» dire que les commandements de Dieu sont impossibles » à l'homme justifié et qui est en état de grâce, qu'il soit » anathème. » Non-seulement ils ne sont pas impossibles, mais même ils sont rendus doux et faciles par le secours de la grâce que Dieu donne : « Car, quand Dieu nous » commande une chose (Sess. 6. cap. 11.), il nous avertit » de faire ce que nous pouvons, et de demander ce que » nOUS ne pouvons pas; il nous aide même à pouvoir ce » que nous pouvons, en sorte que, si en nous commandant » il nous impose un joug et un fardeau, il est vrai de dire

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» que c’est un joug doux et un fardeau léger; » ce sont les paroles du concile.

Il ne suffit pas néanmoins d’avoir la justice et de faire de bonnes œuvres pour être sauvé, il faut persévérer dans l'un et dans l’autre jusqu'à la mort; car il est écrit (Matth. 24. 13.), que « celui qui persévérera jusqu’à la fin, c’est » celui-là qui sera sauvé. » C'est pourquoi quand les adultes sont baptisés, on leur ordonne de garder la robe blanche que Jésus-Christ leur a donnée, c’est-à-dire de persévérer dans l'innocence, dont Notre-Seigneur les a blanchis par la grâce de la justification.

Il ne faut pourtant pas s'imaginer, qu’il soit en notre pouvoir de persévérer dans la grâce et dans la justice par nos propres forces. Il en est de la persévérance dans la justice comme de la justice même, que nous ne pouvons avoir que par le secours de la grâce. C'est une vérité de foi, et le saint concile de Trente l’a ainsi déterminé en ces termes (Sess. 6. Can. 22.) : « Si quelqu'un dit que l’homme » justifié, peut persévérer dans la justice qu'il a reçue sans » une grâce particulière de Dieu, ou qu'avec cette même » grâce il n’y peut persévérer, qu'il soit anathème. »

Mais afin d'obtenir la grâce de la persévérance de Celui qui seul la peut donner, il faut : 1. Avoir une grande défiance de nous-même et de nos propres forces. 2. Il faut avoir une grande confiance en Dieu, espérant que Celui qui a commencé l'ouvrage de notre salut, aura la bonté de ne pas le laisser imparfait. 3. Il faut demander la persévérance par des prières continuelles, comme une faveur à laquelle notre salut est indispensablement attaché. 4. Il faut être fidèle dans les combats et dans les tentations qui portent au péché et à rompre le cours de la persévérance. 5. Il faut opérer notre salut, comme dit saint Paul (Philip. 2. 12.), « avec crainte et tremblement, mortitiant notre » chair et passant notre vie dans le travail, dans les » veilles, dans l’aumône, dans l'oraison, dans les jeûnes,

» dans la chasteté, ét dans la pratique des bonnes œuvres » (II. Cor. 6. 5.). »

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