‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 62 sur 83 · DU SACREMENT DE BAPTÊME · texte numérisé non relu

DU SACREMENT DE BAPTÊME

Le mot de baptême s'entend bien diversement dans les saintes Ecritures. Il ect pris quelquefois pour les ablutions légales, par lesquel!:s les Juifs étaient obligés de se purifier dans une infinité de rencontres. Quelquefois aussi il est pris pour signifier la Passion de Notre-Seigneur, comme Notre-Seigneur même le témoigna, lorsque les enfants de Zébédée lui ayant fait demander par leur mère les deux premières places de son royaume, il leur répondit (Marc. 10. 38.) : « Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, » et souffrir le baptême dont je dois être baptisé? » Et dans un autre endroit (Luc. 12. 50.), il dit : « Je dois être » baptisé d’un nouveau baptême, et je suis dans l'impa- » tience qu’il ne s’accomplisse. » Mais le sens le plus ordinaire, est de signifier un sacrement de la nouvelle loi institué par Notre-Seigneur pour effacer les péchés des hommes.

Ce que c'est que ce sacrement.

Les auteurs ecclésiastiques donnent plusieurs définitions du sacrement de baptôme; mais la plus naturelle et la plus propre, est celle qui se tire des paroles de Notre-Seigneur quand il dit (Joan. 3. 5.): « Celui qui ne renaîtra point de » l’eau et du Saint-Esprit, ne pourra entrer dans le royaume » de Dieu. » Et saint Paul dit (Ephes. 5. 26.), que « Dieu » lave son Eglise dans le baptême d’eau par la parole. »

œuvres

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point de royaume

De ces deux passages l'on tire la véritable définition du baptême; savoir, que c'est le sacrement de la renaissance spirituelle qui se fait dans l’eau par la parole du ministre. Il est appelé sacrement de renaissance : d'autant que selon la nature, nous étions des enfants de colère nés d'Adam : mais par le baptême nous sommes des enfants de grâce et de miséricorde, régénérés en Jésus-Christ, puisque selon le témoignage de saint Jean (f. 43.), « Dieu a donné aux » hommes le pouvoir de devenir enfants de Dieu; savoir » à ceux qui croient en son nom, et qui sont nés non du » sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de » l'homme, mais de Dieu même. »

De la matière du sacrement de baptême.

Saint Augustin nous enseigne que la parole est jointe à l'élément, et que le sacrement est composé de ces deux choses. L'élément en est la matière et la parole en est la forme. La doctrine de ce saint Docteur se trouvera véritable dans tous les autres sacrements, comme nous le dirons en son lieu. Quant au baptême, l'élément qui en fait la matière est l'eau simple, naturelle et élémentaire, soit de mer, ou de rivière, ou de marais, ou de puits, ou de citerne, ou de fontaine ; Notre-Seigneur l'a ainsi déclaré (Joan. 3. 5.), quand il a dit : « Quiconque ne » sera pas régénéré de l’eau et de l'esprit, ne pourra entrer » dans le royaume de Dieu. »

Ce divin Sauveur a plutôt choisi l’eau naturelle que toute autre liqueur pour être la matière de ce sacrement : 1. Parce que le baptême étant nécessaire au salut, il fallait une matière qui se pôt rencontrer partout, de crainte que par l'indigence d’une autre plus rare, quelqu'un ne fût privé de ce bienfait. 2. Afin que par l’ablution extérieure l'on comprit plus facilement l'effet du sacrement, qui est de laver les taches de lime. 3. Pour nous faire connaître

que comme c'est le propre de l'eau de donner du rafraichissement, c'est aussi le propre du baptême de rafraichir les ardeurs de la concupiscence.

L'on ajoute le saint chrême à l'eau, non qu'il soit nécessaire à la matière du sacrement, car on ne s'en sert que quand il est conféré dans l'Eglise avec solennité; mais pour nous apprendre que c'est le baptême qui nous fait chrétiens, parce que c'est du mot de chrême que dérivent ceux de chrétien et de Christ. Ainsi les saints Pères ont dit avec raison, que le baptême est la porte par laquelle nous entrons dans l'Eglise, et sommes admis à la société des fidèles pour servir le vrai Dieu dans l'union d'un même esprit, et pour y garder les lois par lesquelles nous pouvons mériter le ciel.

De la forme du baptême.

J'ai observé après saint Augustin, que la p role qui est proférée par le ministre sur l'élément, est ia forme du sacrement. La parole qui est proférée sur l’eau au baptême, et qui en est la forme, est celle-ci : Je te baptise, au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Cette forme a été instituée par Notre-Seigneur lorsque, envoyant ses Apôtres prêcher l'Evangile par tout le monde, il leur dit (Matth. 28. 19.) : « Allez, enseignez toutes les nations, » les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint- » Esprit. »

Par ce mot, baptisant, l'Eglise enseignée par le Saint- Esprit, entend la personne du ministre qui confère le

sacrement; c'est pourquoi elle se sert de ces paroles : Je À

te baptise. Et parce qu'il est nécessaire de faire aussi mention de la personne qui le reçoit, elle la marque et la détermine par ce pronom te. Et afin que la forme du sacrement soit parfaite et entière, elle ajoute le nom des trois personnes de la très-sainte Trinité, disant : Au nom

| rafraifraîchir

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du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Car c'est de «es paroles sacrées qué le baptôme tire toute la force qu'il a d'effacer les péchés. Mais il faut remarquer, que l'on ne dit pas aux noms comme s'il y en avait plusieurs; mais au nom, parce qu'il n'y en a qu'un seul, qui est celui de Dieu! Car encore qu'il y ait trois personnes distinctes dans le très-sacré mystère de la Trinité, il n’y a néanmoins qu'une seule nature que l'on exprime quand l'on dit : Au nom.

L'ancienne . coutume de l'Eglise qui a toujours été approuvée, est de baptiser en trois façons, savoir, par immersion, par aspersion, et par infusion. De quelque manière que l'on se serve, le sacrement est toujours bien et validement conféré, pourvu que l'eau touche le corps, et qu’en même temps qu’elle est appliquée, le ministre prononce la forme : Je te baptise, etc.

La façon néanmoins la plùs commune d’administrer ce sacrement est l'infusion, parce qu'elle est la plus facile.

Et il faut remarquer que l'infusion se fait particulièrement sur la tête : parce que c’est en cette partie que résident tous les sens tant intérieurs qu'extérieurs. Ainsi tout l'homme étant en quelque façon dans la tête, cette partie étant lavée, il est en quelque façon lavé en tout lui-même.

De la nécessité du baptéme.

Tous les enfants d'Adam sont obligés de recevoir le sacrement de baptême : car comme ils ont tous été souillés de son péché, ils ont aussi tous besoin d'être lavés; sans quoi ils ne peuvent éviter d'être damnés éternellement, Notre-Seigneur en a prononcé la sentence, quand il a dit (Joan. 8. 5.) : « Celui qui ne sera point régénéré de l’eau » et du Saint-Esprit, n'entrera point dans le royaume

» de Dieu. »

En

Quel est le ministre du baptême.

Les évêques et les prêtres sont les premiers ministres du sacrement de baptême à causo de leur office : car c'est à eux directement que Notre-Seigneur a dit : « Allez par n tout le monde, et baptisez toutes les nations. » Les diacres peuvent aussi baptiser, mais avec la permission et le consentement des évêques et des prêtres. Ces trois sortes de ministres ont seuls le pouvoir de baptiser solennellement et avec les cérémonies de l'Eglise. Mais quand la nécessité presse et que l’on n'a pas le temps d'attendre les solennités ordinaires de l'Eglise, toutes sortes de personnes peuvent baptiser, hommes, femmes, chrétiens, infidèles, juifs, hérétiques, pourvu qu'ils aient l'intention de faire ce que l'Eglise fait, et qu'ils appliquent de l'eau naturelle en proférant les paroles qui font la forme de ce sacrement. Nous reconnaissons en cela la bonté infinie de Dieu envers nous, et le désir sincère qu'il a de nous sauver; car le sacrement de baptême étant nécessaire au salut, il a voulu que tous les hommes eussent le pouvoir de le conférer, afin qu'il ne manquât point dans la nécessité, faute de ministre, tout ainsi qu’il a voulu que l’eau naturelle qui se peut trouver partout en fût la matière, de crainte qu'une autre moins commune ne manquât à l'occasion.

Des parrains et de leur office.

Outre les ministres dont je viens de parler, il yen a encore d’autres à qui l’on donne le nom de parrains; mais qui doivent plutôt être appelés garants ou cautions, que non pas ministres, parce qu'ils sont présents pour répondre des promesses que celui qui est baptisé fait à Dieu et à l'Eglise en recevant ce sacrement. Ils sont comme les pères spirituels, qui le tirent de l’eau dans laquelle il reçoit

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une nouvelle naissance et une seconde vie : d'où il faut tirer deux conséquences qui doivent être remarquées.

La première est, que les parrains étant comme les pères spirituels de ceux qu'ils lèvent des fonts du baptême, ils leur doivent l'éducation spirituelle, comme les pères charnels leur doivent l'éducation temporelle et civile. Ils sont donc obligés, surtout quand les pères et les mères meurent ou qu'ils ne font pas leur devoir, de les élever eux-mêmes ou par des personnes dont ils soient assurés, dans les principes de la doctrine chrétienne et catholique, leur apprenant à aimer la chasteté, à garder la justice, à exercer la charité, à faire des aumônes selon leurs moyens. Mais avant toutes choses, ils doivent leur.apprendre l'oraison dominicale, le symbole des Apôtres, les commandements de Dieu et de l'Eglise, et les autres principes de la vie chrétienne; qu'il y a un paradis pour les bons, et un enfer pour les méchants ; qu'il faut craindre le péché plus que la mort; que quand on pèche, il ne faut point différer la pénitence, mais qu'il faut se confesser au plus tôt, afin de se mettre en la grâce de Dieu, et qu'en attendant il faut faire des actes de contrition. L'on voit par

.ces devoirs des parrains que l'on n’en doit point prendre

d’hérétiques, ni d'infidèles, ni même qui mènent une vie scandaleuse et publiquement déréglée : car, comme ils sont corrompus en leur doctrine et en leurs mœurs, il y aurait sujet de craindre qu'ils ne communiquassent leur corruption aux baptisés dont ils sont chargés. Ce point, quoique de ccaséquence, est fort négligé parmi les chrétiens, et il ne faut point douter que les parrains seront punis un jour comme responsables de ceux dont ils se sont rendus caution, et qui, faute d'instruction, seront peut-être damnés éternellement.

L'autre ‘point qui est à remarquer est, que les parrains étant comme les pères spirituels de ceux qu'ils lèvent au baptême, ils contractent avec eux une alliance spirituelle,

CAT, M. INC, 25

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