‹ Catéchisme de la vénérable mère Marie de L'Incarnation, fondratrice des Ursulines de Québec ou Explication familière de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 71 sur 83 · DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DE L'EUCHARISTIE

Le sacrement de l'autel est par excellence appelé le trèssaint sacrement, parce que la présence réelle de Jésus- Christ le relève infiniment au-dessus des autres, et que quand nous le recevons, nous ne recevons pas seulement la grâce comme dans les autres sacrements, mais encore l'Auteur même de la grâce et de toute sanctification.

C'est pourquoi les saints Docteurs voulant montrer son excellence, lui donnent des noms admirables et tout divins, mais qui sont toujours au-dessous de son mérite. Ils l'appellent eucharistie, qui signifie bonne grâce ou remerciement; tant parce qu'il est le signe et le gage de la vie éternelle qui est la consommation de toutes les grâces, qu'à cause qu'il est la plus grande de toutes les grâces que Dieu nous ait jamais faites, puisqu'il contient Jésus-Christ même qui est la source des grâces et la fontaine de toutes les bénédictions. Il est aussi justement appelé remerciement, parce qu'il est offert à Dieu en action de grâces des bienfaits que nous recevons de sa bonté, et que nous ne lui saurions rien offrir de plus grand pour lui marquer notre reconnaissance.

Ce sacrement est encore appelé communion, et ce nom est tiré de saint Paul qui dit (I. Cor. 10. 16.) : « Le calice » de bénédiction que nous bénissons n'est-il pas la commu- »* nion du sang de Jésus-Christ? Et le pain que nous rom- » pons n'est-il pas la communion du corps du Seigneur ? » Et en effet, la foi nous apprend que par la vertu de ce sacrement, nous sommes unis et incorporés à Jésus-Christ

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comme à notre chef. Nous le sommes encore les uns aux autres, comme un membre l'est à un autre membre, afin de ne faire qu'un même corps en lui pour participer à sa divinité.

De là vient que ce sacrement est encore appelé sacrement de paix, de charité et d'union; c'est pourquoi Notre-Seigneur l'a institué sous des symboles d'union qui nous

apprennent ce que nous devons être par la participation

de ce sacrement. Car tout ainsi que le pain est un tout composé de plusieurs grains de blé, et le vin une liqueur composée du jus de plusieurs grains; de même, le corps mystique de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, est composé de tous les fidèles qui en sont les membres, par la participa-

tion de ce divin sacrement; c'est pourquoi, l'Apôtre dit

ensuite des paroles que je viens de rapporter : « Nous ne » sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps, » parce que nous participons tous à un même pain. » D'où nous voyons combien ceux-là sont indignes du nom de chrétiens, qui, participant à ce sacrement de charité et d'union, entretiennent.des sentiments de haiïne et d’aversion contre leur prochain.

L'on donne aussi à ce très-saint sacrement le nom de viatique, tant parce que c'est une viande spirituelle qui nourrit et soutient notre âme dans le pèlerinage de la vie présente, qu'à cause qu’il est donné aux fidèles lorsqu'ils sont près de sortir de ce monde, comme un viatique qui les doit conduire à la vie éternelle.

Enfin, il est appelé sacrifice, qui est un nom d'excellence et d’un grand poids; mais je n'en dirai rien ici dans l’obligation que j'aurai d'en parler ci-après plus au long.

De l'institution du trés-saint Sacrement.

. L'Ecriture nous apprend (Joan. 13. 1.) que Notre-Seigneur « ayant aimé ses disciples durant sa vie, il les a CAT. M, INC. 27*

» aimés jusqu'à la fin. » C'est pourquoi, voulant leur donner un gage de son amour avant que de les quitter, et sachant que l'heure était venue à laquelle il devait aller à son Père, il trouva le moyen, par un conseil admirable de sa sagesse, de les quitter de telle sorte qu'il demeurât toujours avec eux. C'est ce qu'il a fait dans la sainte Cène en laquelle il mangea l’Agneau pascal avec eux (Luc. 22. 19.); car « il » prit le pain et rendant grâces à son Père, il le rompit, » et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez, » ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci » en mémoire de moi. Puis prenant le calice, il dit : Ce » calice est la nouvelle alliance en mon sang lequel sera » répandu pour vous; faites ceci en mémoire de moi toutes » les fois que vous le boirez. » i

Quelle est la matière de ce sacrement.

Il ne faut point douter que l'eucharistie ne soit un véritable sacrement. Ce fut toujours le sentiment de l'Eglise et des Saints Pères; et saint Paul nous l'enseigne lorsqu'il dit (I. Tim. 3. 9.) qu'elle est le mystère de la foi. Si donc elle estun mystère et un sacrement, il est nécessaire qu'elle ait sa matière et sa forme comme les autres.

Comme Notre-Seigneur a institué l'eucharistie en forme de banquet, et que dans un banquet, l’on-propose toujours à manger et à boire, il s'ensuit qu'il y a dans l'eucharistie deux sortes de matière ex deux sortes de forme. La matière du manger est le pain : car nous ons dans l'Evangile que Notre-Seigneur voulant instituer ce sacrement « prit » du pain en ses sains, qu'il le bénit, et qu'il le donna à » ses disciples, disant : Prenez et mangez, ceci est mon » corps (Matth. 26. 26.). + Et il était bien convenable que la matière sensible de ce sacrement eût du rapport à ce qu’elle signifiait, et qu'un pain représentât un autre pain, savoir, Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui dit de lui-même

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(Joan. 6. 51.) : « Je suis le pain vivant qui suis descendu » du ciel : Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éter- » nellement. »

Ce pain doit être de pur froment et non d'orge, de seigle ou de quelque autre grain ou légume : parce que Notre- Seigneur ayant simplement désigné du pain pour la matière de ce sacrement, il a assez fait entendre que son intention était que ce fut de véritable pain qui ne se fait que de pur froment.

Ce pain doit être fait sans levain, afin qu'il soit conforme à celui dont usa Notre-Seigneur, qui institua ce sacrement dans un temps où les Juifs ne mangeaient que des azymes, c'est-à-dire des pains sans levain. Ce n’est pas que le sacrement ne se pût faire avec du pain levé qui est de véritable pain; comme en effet on s'en sert en plusieurs églises d'Orient ; mais l'usage de l'Eglise romaine est de se servir de pain sans levain.

La matière du calice est le vin propre et naturel qui sort du raisin de la vigne, ainsi que nous l'apprenons de Notre-Seigneur, qui dans l'institution de ce divin sacrement a dit (Marc. 14. 25.) : « Je vous dis que je ne boirai » plus de ce fruit de vigne, jusqu'au jour auquel je le » boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon » Père. »

L'on mêle un peu d'eau avec le vin, non que cela soit nécessaire pour la validité de la matière, car le vin seul suffit. Mais cela se fait pour exprimer un mystère, savoir, pour marquer l'union de Jésus-Christ qui est représenté par le vin, avec les fidèles qui sont figurés par l'eau, comme saint Jean nous l'apprend dans l’'Apocalypse (17. 15.). Cela se fait aussi en mémoire de l'eau qui sortit du côté de Notre-Seigneur avec son sang, lorsqu'il fut frappé d'un coup de lance après sa mort; ce qui figurait pareillewent l'alliance et l'union de Jésus-Christ avec son Eglise.

De la forme de ce sacrement.

Comme il y a dans l’eucharistie deux sortes de matière ; savoir, le pain et le vin; il y a aussi deux sortes de forme, qui leur sont propres. La forme du pain est dans ces paroles : Ceci est mon corps. Car, l'Ecriture nous apprend que Notre-Seigneur voulant consacrer, proféra ces paroles sur le pain : Ceci est mon corps. Il en proféra encore d'autres; mais celles-là suffisent pour être la forme du pain, puisqu'elles seules signifient et font ce qu'elles disent, savoir, le corps de Jésus-Christ. Car, comme nous avons dit ailleurs, la forme d'un sacrement est une certaine suite de paroles, qui ne signifient pas seulement ce qu'elles disent, mais qui le produiseni encore en effet.

La forme du vin sont ces paroles (Marc. 14. 24.) : « Ceci est le calice de mon sang qui est le sang du testa- » ment nouveau et éternel, le mystère de la foi, qui sera » répandu pour vous et pour plusieurs pour la rémission » des péchés. » Toutes ces paroles néanmoins ne sont point essentielles ni nécessaires à la forme; mais les premières suffisent : Ceci est le calice de mon sang; ou bien : Ceci est mon sang; pour la raison que j'ai rapportée parlant de la matière du pain; savoir, qu'elles signifient et font tout ensemble ce qu'elles disent, le sang de Jésus-Christ.

De la présence réelle de Jésus-Christ au sacrement de l'eucharistie.

Encore que le pain et le vin soient la matière de l'Eucharistie, au moment néanmoins que les paroles de la forme sont prononcées elles ont leur effet, et il n’y a plus de pain ni de vin. Je veux dire qu’aussitôt que le prêtre a proféré ces paroles sur le pain : Ceci est mon corps, il n’y a plus de pain, mais le corps de Jésus-Christ s'y trouve

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réellement présent; et sitôt qu'il a proféré celles-ci sur le vin : Ceci est mon sang, il n'y a plus de vin, mais le sang de Jésus-Christ se trouve substantiellement en sa place. Et ce n'est point une chose impossible ni même difficile . puissance de Dieu, que Jésus-Christ soit dans le ciel d'une manière naturelle et propre à son être corporel, et qu'il soit en même temps dans l'eucharistie d'une manière surnaturelle et sacramentelle. Cela est difficile à concevoir à l'esprit humain, dont la faiblesse ne peut comprendre les choses de Dieu; mais il faut que la raison se soumette à la foi qui nous oblige de croire que les choses sont ainsi, ces paroles de Notre-Seigneur étant si claires, qu'on ne leur peut donner d'explication sans en corrompre le sens naturel : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

De la transsubstantiation. ‘

ue mot, que les docteurs catholiques ont inventé pour expliquer tout d’un coup et sans circonlocution le changement qui se fait dans cet admirable sacrement, signifie, changement d’une substance en une autre. Ainsi la substance du pain étant entièrement changée en la substance du corps de Jésus-Christ, et la substance du vin étant entièrement changée en la substance de son sang, ce changement mystériéux est justement appelé transsubstantiation.

Je me suis servie à dessein du mot de substance, car encore que la substance du pain et du vin soit changés, leurs accidents néanmoins demeurent, et ils servent de voiles pour nous cacher le corps et le sang de Jésus-Christ, et pour éprouver notre foi. On les appelle dans ce sacrement les espèces sacrées par respect; car encore que ce soient de véritables accidents, néanmoins parce qu'ils subsistent sans sujet et qu’ils servent à un si adorable mystère, on les appelle ainsi pour les distinguer de ce qu'ils

étaient auparavant. Or, læ foi nous apprend que le corps de Jésus-Christ est tellement sous les espèces du pain, que son sang y est aussi; et son sang est tellement sous les espèces du vin, que son corps s'y trouve conjointement : et cela se fait d'une manière qu'il est nécessaire d'expliquer.

Lorsque le prêtre dit ces paroles : Ceci est mon corps, la substance du pain est seulement changée en la substance du corps de Jésus-Christ, en sorte qu'en vertu de ces paroles, il n’y a sous les espèces du pain que le seul corps de Jésus-Christ, sans le sang les paroles ne faisant précisément que ce qu'elles disent. Et quand le prêtre dit : Ceci est mon sang, la substance du vin est seulement changée en la substance du sang de Jésus-Christ sans le corps. Mais parce que le corps naturellement n’est point sans le sang, ni le sang sans'le corps, si le corps est sans le sang, et le sang sans le corps par la vertu des paroles, l'un n'est point sans l’autre par la liaison naturelle qu'ils ont ensemble. Ainsi le corps de Jésus-Christ se trouve sous les espèces du pain par la vertu des paroles : Ceci est mon corps, et le sang s’y trouve par connexion et par concomitance. Et son sang se trouve sous les espèces du vin par la vertu des paroles : Ceci est mon sang, et le corps s'y trouve par une suite, et par une concomitance nécessaire.

Il en est de même de l'âme et de la divinité du même Sauveur. Son corps et son sang sont seulement dans le sacrement par la puissance des paroles ; mais parce que son corps et son sang ne sont point sans âme; et que son corps et son âme ne sont point sans sa divinité, il faut dire, et la foi nous oblige de le croire, que nous avons dans cet admirable sacrement, son co: )s, son sang, son âme, sa divinité.

Au reste, Jésus-Christ est dans ce sacrement d'une manière mystérieuse et saçramentelle; c’est-à-dire, qu'il est tout entier en toute l’hostie, et tout entier en chaque partie de l’hostie, en sorte que quiconque en reçoit une

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petite partie, reçoit autant que s’il en recevait une plus grande ou l'hostie même tout entière, ainsi que nous l'expliquerons ci-après.

De l'eucharistie comme sacrifice.

Il n’y a point de nation pour barbare qu'elle soit, et pour fausse que suit sa religion, qui n'ait des sacrifices pour honorer ses dieux, ce qui fait voir que le sacrifice est comme de droit naturel et aussi ancien que la religion mêuv, et que le culte que la nature inspire de rendre à quelque divinité. C’est pourquoi Dieu a institué l’eucharistie, non-seulement comme sacrement, mais encore comme le seul véritable et perpétuel sacrifice par lequel il veut être honoré dans l'Eglise catholique; ayant aboli tous les autres sacrifices par lesquels il était honoré dans l'ancienne loi.

Un sacrifice est une hostie offerte à Dieu, et immolée en sa présence en reconnaissance de son souverain domaine sur la créature. C'est une protestation que nous faisons, que nous voudrions nous anéant'- en sa présence pour l'honorer, mais que ne le pouvant pas faire, nous détruisons et anéantissons au moins une victime en notre place.

L'on peut voir par là l'excellence, la force, le prix et le mérite du sacrifice de la religion chrétienne; puisqu'il n'est autre que Jésus-Christ, même Fils unique de Dieu immolé et sacrifié premièrement sur l'autel de la croix par un sacrifice sanglant, et aujourd'hui immolé et sacrifié par un sacrifice non sanglant sur l'autel de l'Eglise.

Et il ne faut pas dire que l'eucharistie soit seulement la figure et la représentation de ce premier sacrifice, comme le disent les hérétiques, mais l'Eglise nous oblige de croire que c’en est la représentation et la chose même.

Notre-Seigneur a été l’Auteur de l'eucharistie, tant comme sacrifice que comme sacrement dans la dernière

Cène, lorsque ayant pris le pain et le vin, il dit : Ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Ceci est mon sang, qui sera répandu pour vous, et pour plusieurs. Et il ajouta : Faîtes ceci en mémoire de moi, marquant par ces paroles qu'il voulait que l'on fit dans l'Eglise la même chose qu'il venait de faire, etordonnant ses Apôtres prêtres et sacrificateurs, afin de le pouvoir faire.

D'où il faut inférer que les seuls prêtres, légitimement ordonnés, sont les ministres de l’eucharistie, soit comme sacrement, soit comme sacrifice ; car c'est à eux seuls que Notre-Seigneur a dit : Faites ceci en mémoire de moi. En sorte néanmoins que Jésus-Christ Notre-Seigneur est le seul grand Prêtre et le Souverain-Pontife qui fait son office dans tous les autres, comme nous voyons par les paroles dont ils usent dans la consécration; car ils ne disent pas : Ceci est le corps, ceci est le sang du Christ, mais ils disent : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, pour montrer que ce n'est pas tant le prêtre qui parle, que Jésus-Christ qui parle dans le prêtre.

Il y a cette différence entre l’eucharistie considérée comme sacrement, et la même eucharistie considérée comme sacrifice, que comme sacrement, elle se consomme -par la consécration, de sorte que, soit qu’elle soit exposée sur l'autel, soit qu’elle soit enfermée dans le ciboire, soit qu'elle soit distribuée aux fidèles, elle a toute sa vertu et sa qualité de sacrement. Mais comme sacrifice, elle est offerte et immolée à Dieu, comme une victime par laquelle on lui rend grâces de ses bienfaits, on satisfait à sa justice pour les péchés que l’on a commis, on impètre ses grâces et ses faveurs, et on le reconnaît pour souverain Seigneur ‘de toutes les créatures, devant lequel toutes choses devraient être immolées, détruites, et anéanties pour marque qu’elles ne sont rien en sa présence. D'où il faut inférer que l’on ne peut ofirir de sacrifice aux anges, ni aux saints, ni à aucune créature que ce soit, mais à Dieu

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seul; parce que lui seul peut être reconnu indépendant et souverain Seigneur de toutes choses, ce qui se fait par l’anéantissement de la victime que l’on offre. Si l'on ne peut offrir à la créature aucun sacrifice que ce soit; beaucoup moins peut-on lui offrir celui de l'autel; parce que ce serait sacrifier Dieu même à la créature, ce qui serait la plus horrible de toutes les idolâtries. Que si l’on fait quel. quefois dire la messe pour honorer quelque saint, ce n’est pas qu'on offre le sacrifice au saint ; mais on l'offre à Dieu pour le remercier des grâces qu'il lui a faites en ce monde, et de la gloire qu'il lui donne dans le’ciel.

INSTRUCTION x.

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