DU SACREMENT DE MARIAGE
Le mariage a été institué de Dieu pour la propagation des hommes, et particulièrement pour accomplir le nombre
. des prédestinés. Cette institution se fit au commencement
du monde, lorsque Dieu ayant créé l’homme et la femme, il leur dit (Gen. 4. 28.) : « Croissez et multipliez. » Et au même lieu (2. 18.) l’Ecriture nous apprend que Dieu dit : « Il n'est pas convenable que l’homme demeure seul, don- » nons-lui un aide qui lui soit semblable. Dieu ayant donc » formé du limon tous les animaux de la terre et tous les » oiseaux de l'air, Adam leur donna leur nom, mais il ne » 8e trouvait point d'aide qui lui fût semblable. C'est pour- » quoi le Seigneur Dieu envoya à Adam un petit sommeil, » et lorsqu'il fut endormi, il tira une de ses côtes de » laquelle il remplit la place de chair. Et il fit une femme » de la côte qu'il avait ôtée, et la présenta à Adam. Et » Adam dit : C'est là maintenant l'os de mes os, et la chair » de ma chair. Elle s’appellera Virago, (c'est-à-dire une » femme vertueuse, parce qu'elle a été tirée de viro, qui » veut dire un homme vertueux). C'est pourquoi l’homme » quittera son père et sa mère, et demeurera attaché à sa » femme, et ils seront deux dans une seule chair. »
Que le mariage est un sacrement de la loi nouvelle.
Ce mariage néanmoins n'était qu'une union naturelle, qui n'avait rien de bien relevé avant la naissance du Fils de Dieu dans le monde. Mais ce divin Sauveur l'a infini-
ment ennobli, l'élevant à la dignité de sacrement : parce
qu'étant venu au monde pour contracter un mariage saint et divin avec son Eglise, mais pourtant spirituel et invisible, il a voulu que le mariage charnel et visible en fût le signe et l'idée ; et dans cette vue il était nécessaire que le mariage, qui devait être le signe d'un si grand mystère, fût une chose grande et toute divine. Saint Paul nous enseigne cette doctrine däns l'épitre aux Ephésiens (5. 22.), où il fait voir les rapports qu'il y a entre le mariage que l'homme contracte avec la femme, et celui que Jésus- Christ contracte avec son Eglise. Voici comme il parle : « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme » au Seigneur; parce que le mari est le chef de la femme, » comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise, qui est son * corps, dont il est aussi le Sauveur. Comme donc l'Eglise * est soumise à Jésus-Christ, les femmes aussi doivent » être soumises à leurs maris. Et vous, maris, aimez vos » femmes comme Jésus-Christ a aimé son Eglise et s’est livré » lui-même à la mort pour elle, afin de la sanctifier après » l'avoir purifiée dans le baptême de l'eau par ia parole de » vie; pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, » n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais » étant sainte et irrépréhensible. Ainsi les maris doivent » aimer leurs femmes comme leur propre corps. Celui qui » aime sa femme, s'aime soi-même : car nul ne hait sa » propre chair, mais il la nourrit et l'entretient comme » Jésus-Christ fait de l'Eglise; parce que nous sommes les » membres de son corps formés de sa chair et de ses os. » C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère » pour s'attacher à sa femme, et de deux qu'ils étaient, ils » deviendront une même chair. CE SACREMENT EST GRAND, » JE DIS EN JÉSUS-CHRIST ET EN L'EGLISE. »
De tout ce que l’Apôtre vient de dire, il est évident que le mariage est un sacrement. Le saint Concile de Trente l'a ainsi déclaré et il le faut croire.
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De la dignité du mariage chrétien.
Le mariage a toujours crû en dignité et en mérite. Il a été grand dans son commencement, car encore que ce ne fût qu'une alliance naturelle, c'est Dieu néanmoins qui l'avait institué. Son mérite s'est beaucoup accru depuis, par les promesses que Dieu a faites aux patriarches qu'ils seraient les pères du Messie : car dès lors, leurs mariages et ceux de leurs descendants, se faisaient par rapport au Dieu incarné; les autres nations étaient exclues de cette espérance. Mais il a reçu sa dernière perfection dans la loi de grâce, où il a été élevé à la dignité de sacrement par le rapport qu'il a au mariage sacré de Jésus-Christ avec son Eglise, lequel néanmoins ne sera pleinement consommé que dans le séjour de la gloire.
Que la virginité est préférable au mariage.
… Encore que le mariage soit aussi saint et aussi élevé que je viens de le dire, la virginité néanmoins l’est incomparablement davantage : et quand Dieu instituant le mariage, dit à Adam et à Eve : Croissez et multipliez, ce ne fut pas un commandement qu'il voulut faire à tous leurs descendants de se marier; il voulut seulement leur faire connaître la fin du mariage, qui est la propagation de la nature humaine. Il ne voulut pas néanmoins leur faire connaître la beauté de la virginité, à cause de la nécessité qui était alors de peupler le monde. Mais le Fils de Dieu étant venu dans la plénitude des temps, c’est-à-dire dans un temps auquel le monde était suffisamment rempli, il a levé l’étendard de la virginité, voulant naitre d'une mère vierge, gardant lui-même cette vertu et se déclarant l'Epoux des vierges, qui est la plus belle recommandation qu'il pouvait faire de la virginité. Par le mariage, une vierge devient