EXPLICATION DU TROISIÈME ARTICLE
Qui a élé conçu du Saint-Esprit, et est né . de la Vierge Marie.
Le sens de ces paroles est que nous devons croire et confesser que Jésus-Christ Notre-Seigneur, Fils unique
“de Dieu, a pris chair humaine dans le sein de la Vierge
pour l'amour de nous; quoique pour lors nous fussions pécheurs et hors de sa grâce, ce qui rend son amour infiniment recommandable.
Conçu du Saint-Esprit.
La merveille du mystère est qu'il a été conçu non par l'opération d’un homme, comme le sont tous les autres hommes, mais contre tout ordre et contre toute nature, par l'opération ineffable du Saint-Esprit. Ainsi la même personne demeurant Dieu, a été faite homme; et ce qui
était de toute éternité, a commencé d'être ce qu'il n'était
pas auparavant. C'est ainsi que le concile de Nicée explique ce mystère dans son symbole : « Il est descendu des » cieux pour l'amour de nous autres hommes, et pour le » désir qu'il avait de notre salut, et il a été incarné par » le Saint-Esprit de la Vierge Marie; et ainsi il a été fait » homme, » Saint Jean qui s'est reposé sur la poitrine de ce Verbe incarné, et qui y a puisé l'intelligence de cet ineffable mystère, l'explique de la même manière, et autant qu'il se peut expliquer (Joan. 4. 4.) : « Au commencement » était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et Dieu était
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» le Verbe; » et il conclut enfin : « Et le Verbe a été » fait chair, et il a conversé parmi nous. » Ainsi la substance divine et la substance humaine ont été unies dans une même personne que nous appelons le Verbe incarné.
Il faut remarquer que quand nous disons que le Fils de Dieu s’est incarné, et qu’il a été conçu du Saint-Esprit, nous ne voulons pas entendre que lui seul, ou que le. Saint-Esprit seul ait opéré le mystère de l'Incarnation ; car encore que le Fils seul ait été conçu, et qu'il ait pris seul notre chair; quant à l'opération, néanmoins, les trois personnes divines en ont été la cause indivisiblement, selon la règle de la religion chrétienne, que tout ce que Dieu fait hors de soi dans les créatures est commun aux trois personnes. Mais quant aux processions divines, elles ne peuvent être communes, La génération, qui est la procession du Fils, n'est point commune au Saint-Esprit, et la spiration passive, qui est la procession du Saint- Esprit, n'est point commune au Fils; et c'est cette propriété de processions qui fait que les personnes sont réellement distinctes.
Il y a dans ce mystère des choses qui sont naturelles, et d’autres qui sont surnaturelles. Ce qui est naturel est ce que nous croyons, que le corps de Jésus-Christ a été formé du sang très-pur de la sainte Vierge; car c'est l'ordinaire de tous les corps des hommes qu'ils soient formés du sang de leur mère. Mais ce qui est surnaturel et qui surpasse toute intelligence, est premièrement que le corps de Jésus-Christ a été formé du sang seul et sans mélange de la Vierge; au lieu que les corps des autres hommes sont formés tout ensemble du sang du père et de la mère.
Secondement, dès le moment que la très-sainte Vierge eut donné son consentement à la parole de l'ange, en disant (Luc. 4. 38.) : « Voici la servante du Seigneur, » qu’il me soit faite selon votre parole, » le corps de
Jésus-Christ fut formé, et l'âme raisonnable lui fut unie, au lieu que dans tous les autres hommes, après que le corps est formé il faut qu'il prenne de l'accroissement durant plusieurs jours avant qu'il soit propre pour recevoir l'âme. D'où vient que les hommes ne sont hommes qu'après un certain espace de temps; mais Jésus-Christ a été un homme parfait dès le moment de sa conception.
Ea troisième lieu, dès que l'âme fut unie au corps, la divinité fut unie à l’un et à l’autre, et dans ce même moment Jésus-Christ fut un Dieu parfait et un homme parfait; et la Vierge sacrée fut véritablement et proprement Mère d'un Dieu et Mère d’un homme, parce que n’y ayant point eu de moment auquel l’humanité ait été sans la divinité, elle n'a pu être Mère de l’homme qu'elle n'ait été Mère de Dieu.
Voici comme saint Athanase explique l'union parfaite des deux natures en Jésus-Christ : « Il est Dieu parfait » et homme parfait; Dieu de la substance du Père avant » tous les siècles, et homme de la substance de sa Mère » dans le temps. Egal au Père selon la divinité; moindre » que le Père selon l'humanité. Et quoiqu'il soit Dieu et » homme, nous ne disons pas qu'il y ait deux Jésus-Christ, » mais un seul Jésus-Christ, c'est-à-dire deux natures » unies dans un même suppôt et une même personne. »
Dès que le corps de Jésus-Christ fut conçu, son âme reçut l'abondance de l'esprit et des grâces de Dieu, car
son Père ne lui donna pas la grâce par mesure comme il
fait aux autres hommes, mais il lui en donna la plénitude comme dit saint Jean (4. 16.) : « Le Verbe a été fait » Chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa » gloire, gloire comme du Fils unique du Père, plein de » grâce et de vérité. »
Quand nous disons qu’il a été rempli de la grâce et de l'esprit de Dieu, il ne faut pas le mettre au nombre des enfants adoptifs, où entrent tous les justes qui reçoivent
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ce même Esprit. Mais ii est le Fils naturel et propre de
Dieu; et en cette qualité, il est infiniment élevé au-dessus des enfants d'adoption.
CONTINUATION DU TROISIÈME ARTICLE
Né de la Vierge Marie.
Le chrétien doit croire d'un cœur simple et sincère que non-seulement Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, mais encore qu'il est né de la Vierge Marie, l'ange en a apporté la nouvelle du ciel, et tout ensemble il a rempli le monde de joie, disant (Luc. 2. 40.) : “ Voici que je » vous annonce une lieureuse nouvelle qui donnera de » la joie à tout le peuple. » Le Tiel même voulut prendre part à cette joie, comme nous apprenons du cantique que les anges chantèrent en cette rencontre (Ib. 414.) : “ Que la gloire soit à Dieu dans le ciel, et la paix aux » hommes de bonne volonté sur la terre. »
Ce fut ici l'accomplissement des promesses que Dieu avait faites à Abraham, en lui disant (Gen. 42. 18.) : Que le temps viendrait auquel foutes les nations de la terre seraient bénies en sa semence.
Ce qui est merveilleux en cette naissance de Jésus- Christ, c'est qu'en sortant du sein de sa Mère, il n'a causé aucune diminution ni £étrissure à sa virginité, de sorte que par un prodige qui surpasse toute intelligence et qui étonne toute la nature, elle est demeurée et demeurera éternellement Vierge et Mère tout ensemble. Il est arrivé
au sein de Marie ce qui est arrivé depuis au sépulcre clos CAT. M..INC. 3*
et scellé, d'où le même Sauveur est sorti, sans rompre le scbau, et sans faire aucune ouverture à la pierre sous laquelle il était posé. Il en fut de même quand il entra dans la salle où ses disciples étaient enfermés ; car il se trouva présent au milieu d'eux sans faire aucune rupture ni aux portes ni aux murs (Joan. 20. 19. 26.).
Telle fut la naissance du Sauveur, et elle est encore beaucoup plus merveilleuse, parce que le Saint-Esprit qui avait fait tant de prodiges dans sa conception, n’en fit pas moins dans sa naissance. Dans sa conception, il avait fait un Homme-Dieu, et dans sa naissance, il a fait une Mère Vierge.
Cette maternité de la Vierge était figurée dans l’ancien Testament par la porte fermée que vit le prophète Ezéchiel (Ezéch. 44. 2.) : par la pierre qui fut détachée de la montagne sans le ministère d'aucune créature, qui devint une grande montagne, et qui enfin remplit toute la terre, comme l'on voit dans le prophète Daniel (2. 3 et 4.) : par la verge d'Aaron, qui reverdit et porta des fleurs, celles des princes du peuple d'Israël demeurant toujours sèches : et enfin par le buisson ardent qui brûlait sans se consumer (Exod. 8.2).
Considérons maintenant les vertus admirables que Jésus naissant nous :, enseignées par son exemple avant que de nous instruire par ses paroles comme il a fait depuis. Il est né pauvre et indigent; non dans son pays, mais dans une terre étrangère; non dans une hôtellerie, mais dans la crèche d'une étable ; non dans une saison commode, mais dans les rigueurs de l'hiver ; non dans la lumière du jour, mais dans les incommodités de la nuit. Saint Luc décrit toutes ces circonstances quand il dit (2. 6. 7.) : « Il arriva » qu'étanten Bethléem, les jours de Marie furent accomplis » pour enfanter, et elle enfanta son Fils premier-né. Elle » l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, * parce qu'il n’y avait point de place pour lui dans l'hôtel-
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»lerie. » Voilà comme le saint Evangéliste décrit la majesté du Roi du ciel et de la terre, humilié dans sa naissance temporelle. Il n’y avait point, dit-il, de place pour lui dans la maison; c'est-à-dire, pour Celui qui dit par son prophète (Ps. 49. 42.) : « Tout le monde est à * moi, et tout ce qui est dans le monde m'appartient. » « Il est venu sur la terre comme dans son propre domaine, * et les siens ne l'ont pas reçu. Si quelques-uns néanmoins » l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir les » enfants de Dieu, parce qu'ils croient en son nom, et » qu'ils sont nés, non du sang, ni par l'inclination de la » chair, ni par là volonté de l’homme, mais par l'esprit de » Dieu, etle Verbe a été fait chair pour converser parmi » nous (Joan. 4. 41.).
Quelle gloire donc a reçue le peuple chrétien, et à quel degré d'honneur a été élevé l’homme par les abaissements du Dieu incarné! Nous nous pouvons glorifier que ce Dieu de gloire s'étant fait homme, est à présent la chair de notre chair, et l'os de nos os, comme au contraire nous sommes par la grâce, l'esprit de son esprit, et la nature de sa nature. Nous lui avons donné ce qu'il a d'humain, et il nous a donné ce que nous avons de divin. Les anges pour grands et sublimes qu'ils soient en leur nature, n’ont pas cet honneur, et ils ne se peuvent glorifier d'un semblable commerce : « Car, comme dit saint » Paul (Hæbr. 2. 46. Ib. 15.), il n’a pas pris la nature des » anges, mais il a pris la semence d'Abraham. Auquel de » tous les anges, Dieu a-t-il jamais dit : Vous êtes mon » fils, je vous ai engendré aujourd'hui; mais il a dit tout » cela à l’homme, savoir à Jésus-Christ; car le Seigneur » à dit au Seigneur (Psal. 109. 4. et 4.) : Asseyez-Vous » à ma droite, en attendant que je fasse de vos ennemis un » escabeau à vos pieds. Voilà qu'avant que la lumière fût » faite, je vous ai aujourd'hui engendré de mon sein dans » les splendenrs qui font les Saints (Psal, 2. 7.). » Et ce
même Homme-Dieu fait ainsi parler son Père : « Le Sei- » gneur m'a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré » aujourd'hui; c'est-à-dire dans l'éternité (Psal. 2. 7.) » Nous croyons donc par cet article : 4. Que le Fils de Dieu que nous appelons Verbe, s'est incarné et fait homme dans le sein d'une mère qui se nomme Marie. 2. Que cette incarnation s'est faite sans le concours d'aucun homme, mais par la serle opération du Saint-Esprit. 3. Que ce divin Vr: » à laissé sa Mère Vierge, non-seulement quand il a été sun: 1, ‘nais encore quand il est né. 4. Que ce Verbe incarué est ivut ensemble vrai Dieu et vrai homme.