VII
œux qui sont dans le chœur se lèvent par respect; pénétré du ménae sentiment, le clergé se tient aussi debout sans s'appuyer en aucune manière sur les stalles ^
Jusqu'au neuvième siècle, le Diacre, arrivé au jubé ou au lieu destiné à TÉvangile, se tournait au midi, c'est-à-dire du côté des hommes, qui, séparés des femmes, occupaient cette partie de Téglise. Depuis le milieu du neuvième siècle, le Diacre se tourne au septentrion : « Une raison mystérieuse a causé ce changement. L'aquilon représente le souille du malin esprit; » et l'Écriture, dit un ancien auteur*, nous apprend elle-même cette signification, puisqu'elle adresse au démon ces paroles : « 0 Lucifer, tu disais en ton cœur : Je m'établirai à l'aquilon'. » Ainsi on se tourne, en lisant 1 Evangile, vers le côté gauche de l'église, qui est ordinairement le septentrion , pour montrer qu'on se propose de dissiper, par la parole de Dieu, les maumaises impressions du souille de laquilon, c'est-à-dire du démon.
A peine le Diacre a-t-il élevé la voix pour dire au peuple : Dominus vobiscum : Que le Seigneur soit avec
' C'est ce qui a toujours été recommandé depuis qu'on s'est servi de quelque appui dans THRlise. La longueur de l'office ne pcrmellant pas ù tout le monde de se tenir debout sans appui, on iniroduisil, vers lan 800, l'usage de s'appuyer sur des bâtons. On s'en est servi aux neuvième, dixième, onzième, douzième siècles; on fil même alors ces bftions en forme de potence, qu'on appelait reclinatoria, pour s'y mieux appuyer, l'ius lard, on fit des formes et des slailes, et ce petit appui qu'on appelle miséricorde, sur lequel on s'appuie sans pirallre assis. Mais, dès (|u'on était ii l'Évangile, tout le monde quittait les bâtons ou potences, et on se tenait debout, comme des serviteurs devant leur inaltre. (Amalar. llb. ni, De eccl. Offlc. c. 18.) Les Cbréiiens orientaux se servent encore de bâtons en forme de potence, qu'ils quittent à l'Évaugile. yoyei Lebrun, p. 225.
^ Hemig. Aniiss. Exposit. Missœ. — ■* Isaie, xiv, 1.
vous^ et il en a plus besoin que jamais dans ce moment solennel, que tout le peuple se lève en répondant : Et cum spiritu tiu) : Et avec voire esprit. Dans les siècles passés, vous auriez vu tous les fidèles déposant respectueusement lems bâtons, et les chevaliers des différents ordres militaires, et la noblesse polonaise tirer l'épée - du fourreau et la tenir élevée pendant toute la lecture de l'Évangile, témoignant ainsi de leur disposition à suivre la sainte Loi du Seigneur, à combattre vaillamment et à verser leur sang pour la défense de la Religion. L'histoire est là, brillante de leurs faits immortels, pour attester que ce n'était pas une vaine céré-
monie '
Le Diacre, formant le signe de la croix sur le livre sacré, puis sur son Iront, sur ses lèvres et son cœur, annonce ensuite celui des Évangélistesqui nous a transmis la vérité que l'Église va proposer à notre méditation. Quoique Jésus-Christ ait confié à quatre de ses disciples le soin de nous transmettre ses préceptes et ses actions, il règne entre eux un tel concert, un si parfait accord, que c'est toujours la suite du saint Evangile de JésuS'C/irist : Sequentia sancti EoanyelU, Aussi répondons-nous : Que la gloire vous en soit rendue^ â 7)10)1 Dieu! Le livre des Évangiles étant placé sur un pupitre, ou tenu par le Sous-Diacre, le Diacre, selon le rite romain, l'encense de trois coups : un au milieu, un à la droite, et le troisième à la gauche, comme pour montrer que c'est là la source du parfum de la divine parole qui doit se répandre dans nos esprits ; selon le rit parisien, cest le thuriféraire seul qui, au lieu d'en-
' Dona, lib. ii, c. 7.
i^2 CATÉCHISME
censer le livre , encense le Diacre qui va prononcci-
hautement cette sainte parole '.
Après que le Diacre a chanté l'Kvangile, le Sous-Diacre porte le livre ouvert au célébrant, qui le baise, et il est encensé comme le principal ministre qui tW, suivant l'expression de saint Paul, répandre en tout lieu la bonne odeur de la connaissance de Jésus-Chri&t^. De tout cet appareil que l'Église met à la lecture de l'Évangile, de toutes les prières qui la précèdent, de toutes les cérémonies qui raccompagnent et qui la suivent, que devous-nous conclure? sinon que nous ne devons jamais V assister qu'avec un cœur pur, ou du moins avec un cœur pénitent ; et que la crainte, la vénération, la docilité, la conliance et la fidélité sont autant de dispositions relatives à cette cérémonie.
Le dimanche et les jours de fête la lecture de TÉvangile est suivie de l'instruction. Cet usage est aussi ancien que le Christianisme : nous le voyons pratiqué depuis les temps apostoliciues^; rien n'est plus naturel. L'Évani:ile est comme la manne qui tombait dans le désert et qui avait besoin de préparation pour devenir la nourriture des Israélites. Afin d'être l'aliment de notre vie spirituelle, l'Évangile aussi a besoin de préparation : c'est un pain qu'il faut rompre aux petits , c'est-à-dire aux Fidèles. Et voilà l'importante fonction dont le Prêtre va s'acquitter.
Vous savez que l'instruction de la grand'Messe s'appelle/)ro/?6 / mais vous ignorez peut-être la signification de ce mot, qui bien des^fois a frappé vos oreilles. Prône
• Lebrun , p. 230. Cet usa.-îc rcmonlc à plus de huit cent» an». On le trouve dans rOrdinaire du Moiil-Cassin, écrit vers l'an 11 00. » II Cor. M, 14. — ^ Ju8t. ApoU II.
DE PERSÉVÉRAiNCE. 293
\eut dire annonce \ En effet, le Pivtrc annonce, et les f(Hes de la senaaine, et les futurs mariages, et entin la parole de Dieu, qui n'est que le commentaire de TÉvanij:ile. Dans un grand nombre de diocèses , toutes ces choses sont précédées par d'admirables prières, appelées prières du prône. La famille catholique, réunie au pied de Tautel , prie pour ses supérieurs spirituels et temporels, pour les vivants et pour les morts, usage qui nous apprend à tous que la charité est catholique comme la foi, et que, pour participer au même sacrifice, nous devons, comme nos Pères , n'être qu'un cœur et qu'une àme. On voit par là combien il est important d'assister à la Messe paroissiale.
Avez-vous jamais réfléchi sur tout ce qu'il y a de social dans cette instruction évangéliquc du dimanche? Vous ne trouvez rien de semblable chez les peuples les plus célèbres de l'antiquité. Grâces soient rendues à notre Seigneur de nous avoir préparé dans son Eglise un cours d'instruction ignoré jusqu'à lui de tous les sages de la terre ! et dans cette instruction, voyez quelle morale? l'humilité, dont le nom n'a point de synonyme chez aucun philosophe païen, mise à la place de l'orgueil, une des maladies les plus incurables de notre nature ; l'amour de Dieu et des hommes prêché comme la fin et le sommaire de la loi ; toutes les vertus recommandées, tous les vices proscrits, tous les penchants de l'homme pour le bien excités et soutenus par de dignes motifs ; telle est l instruction évangélitjue dont Pégalilé sainte des Chrétiens fait une des plus touchantes maximes. La philosophie reconnaissait encore des libres et des esclaves, des patriciens et des plébéiens, elle appelait les erape-
' rraeconiuro.
reiirs des dieux , lorsque déjà l'Église donnait à tous les hommes le nom de frères, de très-chers, d'enfants de Dieu, d'héritiers de sa gloire ; lorsqu'elle établissait sur la terre l'image de la société du Ciel , et qu'elle leur apprenait , comme elle le fait encore aujourd'hui , à consacrer le septième jour par la communion des mêmes prières et des mêmes rites ' .
A peine le Prêtre est-il descendu de chaire , qu'il reparaît à l'autel d'où il entonne le Credo, C'est une protestation solennelle que l'on croit toutes les vérités dont on vient d'entendre l'explication , et que l'on sera fidèle à les suivre dans la pratique. Le Symbole que nous chantons à la Messe est celui qui fut composé en 325 par le concile général de Nicée. Il est aussi appelé Symbole de Constantinople ., parce que le concile général qui se tint en cette ville y ajouta des explications opposées aux nouvelles erreurs des Macédoniens. L'Église a cru que celte formule, plus étendue que celle qui nous vient des Apôtres, n'en serait que plus propre à inspirer aux Chréiliens le respect pour les dogmes qu'elle renferme , et la fidélilé à les garder. C'est toujours la même foi Cfoe nous professons, soit que nous récitions la formule transmise par les Apôtres , soit que nous chantions avec l'Église le Symbole de Nicée ou de Constantinople ^
» Voyer Jauffrcl, Du Culte public, p. 244.
^ Sur la composition du Symbole des Apôlrc8, voici un inléressanl pa»»age de saint Au(;iisiii). L.i tradition avait Tourni au grand docteur te détail suivant : « Chaque ApOtre composa un article du Symbole catholique :
» Pierre dit : Je crois en Dieu le l'ère tout-puissant,
• Jean dit : Créateur du Ciel et de la terre.
" Jac(juc8 dit : Je crois aussi en Jisus-Christ son Fils unique notre Scigneftr.
• André dit : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie.
» IMiilippp dit ; 1 souffert sous Ponce Pilote, a été crucifié, est mort , a été rnsrvrli.
Oh ! que cette pensée est propre à donner de Ténergie à notre foi! Si un miracle de la puissance divine appelait subitement dans une de nos églises les Catholiques de toutes les contrées de Tunivers , si le même miracle réveillait les générations éteintes dans chacun des dix-huit siècles qui nous précèdent, et les réunissait aux générations vivantes, et quil nous fut donné de comprendi'e leur chant et leur langage, nous les entendrions toutes redire le même Symbole que nous répétons et que nos neveux répéteront après nous. Si le même miiacle dont nous parlons rappelait à la vie tous les hérétiques, tous les Protestants des divers siècles et des divers pays, et qu'on demandât à chacun d'eux sa profession de foi , qu'entendrions-nous? une confusion de voix , véritable image de l'enfer ou de la tour de Babel ; autant de symboles que de sectes, que dindividus dans chaque secte : symboles opposés les uns aux autres, variables suivant les temps et les pays. Si la vérité est une , dites de quel coté elle se trouve : chez les Catholiques ou chez les Protestants ?
Jusqu'au cinquième siècle on ne récitait point le Symbole durant la Messe; le Vendredi-Saint seulement lÉvéque le disait à haute voix pendant l'instruction qu'il
• Tliomas dit : Est descendu aux enfers, te troisième jour est ressuscité des morts.
» Barthélémy dit : Est monté aux deux, est assis à la droite de Dieu le Père tout -puissant.
• MalUiicu dit : D'où il viendra juycf les viotints rt l^v morts.
» Jacques, fils d'AI|)hée, dit : Je crois aussi au Saint l.spr il, la sainte Église catholique,
» Simon dit : Im cotmnunion dex Saints, la rémission des péchés.
• Judc dit : La réswrrction de la chair.
■ Mattliias termina en disant : lui vie étcrnellr. •>
Au(î. Scrm. Pontini i.i i ^nti. palm.
2% CAT^lCHISME
adressait aux catéchumènes. Mais les erreurs des Macédoniens faisant quelques progrès, Timothée, évoque de Constantinople , le fit chanter comme une protestation contre Thérésie * : ce fut en 510. Cet usage passa bientôt en Occident ^. Toutefois on ne le disait pas encore à Rome au commencement du onzième siècle. Voici à cette occasion les remarquables paroles d'un ancien auteur \ témoin oculaire du fait qu'il raconte.
«En 1016, Tempereur saint Henri étant venu à Rome fut très-étonné de voir qu'on ne chantait pas le Credo à la ]Messe; il en demanda la raison aux clercs, qui lui répondirent en ma présence : L'Église romaine ne chante pas le Credo, parce qu'elle n'a jamais été souillée d'aucune hérésie, mais que, suivant la doctrine de Pierre, elle demeure immuable dans l'intégrité de la foi catholique. Elle n'a donc pas besoin de le chanter comme les églises qui ont pu tomber dans Terreur.» Néanmoins, le saint empereur fit instance auprès du souverain Pontife pour que le Symbole fut chanté à Rome comme dans le reste de la chrétienté ; le Pape Benoît YllI se rendit à sa prière, et le Symbole fut chanté, ce qui a continué jusqu'à ce jour^.
Lorsqu en chantant le Credo on est arrivé à ces mots : Et imno foetus est : El il s'est fait homme, on se prosterne ou Ton s'incline pour honorer les abaissements de Jésus-Christ, a C'est par rhumiliation, dit saint Augustin,(|u'il faut approcher d'un Dieu humble; humiliation, non de nos corps, mais de notre cœur qui doit se pénétrer des sentiments d'un Dieu fait esclave pour nous
' I licodor, Lccior. tib. CoUvctanconim. — ^ Conc. ïoict. iir, can. 2.
lîcrijc Auiîicns. De licbus ad Mt\ss. peilin. c. 2. ^ Uoiia, lib. il, c. 8.
DE PERSÉVKRANCE. 297
rendre la liberté; fait homme, homme pauvre, lui qui commande à la nature entière; homme inconnu, lui qui descendait des rois de Juda, et qui avait été établi le roi des nations ; homme mortel, lui qui n'avait point mérité la mort par le péché. Que toute créature s'abaisse donc au souvenir d'un mvstère où un Dieu, du haut de sa gloire, est descendu dans le profond abîme des liumiliations et des indignités pour sauver le monde coupable. »
Maintenant, on dit le Symbole dans certains jours pour trois raisons principales. La première, c'est pour proclamer de générations en générations les triomphes que lÉglise a remportés sur les anciennes hérésies; la seconde, c'est le concours du peuple : on le dit tous les dimanches, qui de tout temps ont été les jours de l'assemblée des Chrétiens; la troisième, à cause du rapport du Symbole avec la fête qu'on célèbre : on le dit aux fêtes de notre Seigneur, parce qu il est parlé de lui dans le Symbole; on le dit aux fêtes des Apolres cpii nous ont annoncé la foi, et à celles des docteurs qui l'ont prêchée et défendue. Nous avons vu que dans les premiers siècles de 1 Kglise on ne chantait pas le Credo. Lorsqu'on devait le dire, on faisait sortir les catéchumènes : alors commençait la Messe des Fidèles. Tout ce qui précèd»' depuis le commencement juscpi'apres linslruclion composait celle des catéchumènes.
C est ici le lieu de placer les rapprochements qu'on peut trouver entre les différentes cérémonies de celte seconde partie de la Messe et les circonstances de la Passion. Dans le Prêtre disant Tintroït, la [)iété \o\i Jésus mirant chez Anne et Caiphe, où il est soullleté; dans le Prêtre récitant le hf/rie, Jésus renié par saint Pierre ;
dans le Prèlre se tournant vers le peuple pour dire : Dominus vobiscum, Jésus regardant saint Pierre et le convertissant ; dans le Prêtre allant dire TÉpître, Jésus mené ehez Pilaùe; dans le Prêtre allant au milieu de r autel dire le Munda cor meum, Jésus conduit chez Hérode; dans le Prêtre allant dire l'Évangile, Jésus moqué et ramené chez Pilate.
Quant au sentiment qui doit dominer dans notre âme pendant cette seconde partie de la Messe, les prières dont elle se compose l'indiquent assez : c'est la foi. Et qu'elle doit être vive et forte notre foi, lorsque nous venons à penser que là, sous nos yeux, sur cet autel, entre les mains du Prêtre, pour nous va descendre du Ciel et s'immoler ce Désiré des nations, objet des vœux et des soupirs des quarante siècles anciens, terme de tous les événements du monde avant et après sa venue ; celui qu'adorent les anges et les séraphins, celui auquel ont cru ces légions de Martyrs et de Saints qui nous précèdent; celui qui a changé la face de l'univers, qui le jugera, el qui glorifiera avec lui, pendant les siècles sans fin, les Fidèles imitateurs de ses divins exemples! Quel saisissement profond doit tenir notre àme attentive à la merveille ineilable qui va s'accomplir!
II. Troisième partie de la Messe. — Nous voici donc arrivés à la troisième partie de la Messe : elle comprend le commencement du Sacrificeou l'ofièrtoire et les prières qui le suivent jusqu'à la préface. Dans les premiers siècles, lorsque toutes les prières, toutes les cérémonies, toïiles les instructions dont nous venons de parler, et qui formaient la préparation au redoutable Sacrifice, étaient achevées, le Diacre donnait ordre aux catéchumènes, aux pénitents, aux Juifs, aux héréliciues, de se retirer;
ceux-là seuls étaient admis à rester qui avaient la grâce du baptême, et qui étaient censés l'avoir conservée intacte ou recouvrée par la pénitence. Cet ancien usage nous apprend quel respect profond l'Église a toujours eu pour les divins mystères ; et cet usage seul serait une preuve de sa foi à la présence réelle de notre Seigneur dans l'Eucharistie; cet usage nous dit aussi quelle sainteté nous devons apporter à la Messe. Si les pécheurs n'en sont plus exclus comme autrefois, l'Église veut du moins qu'ils n'y assistent qu'avec un désir, un commencement de conversion, avec ces gémissements qui, partant d'un cœur contrit et humilié, appellent la miséricorde du Seigneur.
Avant l'offertoire, le Prêtre salue de nouveau les Fidèles de la manière accoutumée : Dominus vobisciim.Le peuple, de son côté, voyant approcher le moment terrible et sentant plus vivementque jamais combien il lui importe que son sacrificateur soit revêtu de la vertu d'en haut, répond en lui souhaitant encore l'assistance du Seigneur : Et cum spiritu tuo. Aussitôt qu'il est retourné vers l'autel, le Prêtre dit Oremus : Prions; exhortant l'assemblée à se tenir de plus en plus unie à Dieu, à mesure que tout se dispose plus prochainement à la grande action. Incontinent il récite la prière appelée Offerlmrc, parce que c'est durant ce temps-là que, dans la primitive Église, les Fidèles offraient le pain et le vin destinés au Sacrifice ' .
Voici de cpielle manière avait lieu cette offrande : chaciue Fidèle apj)ortait le pain et le vin (ju'il voulait présenter à l'autel, l.es hommes d'alK)rd et ensuite les femmes déposaient leurs offrandes sur des nappes blan-
• Rona . lib. ii, c. 8.
ches. LËvèque recevait ces oblations, qui élaieul mises par un Sous-Diacre dans une nappe tenue par deux acolytes. L'Archidiacre recevait les petits calices ou burettes' que chaque Fidèle lui présentait et en versait du \ in dans un grand calice tenu par un Sous-Diacre. L'Archidiacre mettait sur Tautel autant de dons offerts''^ qu'il en fallait pour la communion du peuple, ou bien les présentait à l'Évéque, qui les y plaçait lui-même; puis il versait à travers un couloir le vin dans le calice où devait se faire la consécration ; un Sous-Diacre allait recevoir du premier chantre la burette d'eau ^ et l'apportait à l'Archidiacre, qui en versait dans le calice, après (juoi il la plaçait sur Tautel devant le Pontife , à droite des oblations*.
Les Prêtres et les autres ministres de lÉglise faisaient leurs oiïrandes à l'autel, au lieu que les Fidèles les faisaient hors du chœur ou de la balustrade qui séparait le clergé du peuple '\ C'est là que 1 Évéque ou le Prêtre olliciant allait les recevoir. Par respect pour la dignité souveraine dont il était revêtu, Fempereur était excepté de cette règle générale pour les laïques. Il portait lui-
' Amulas. — ^ 01)lala. — - ronlcm. — * Ordre romain.
' Ainsi tous les Fidèles offraient à l'autel du pain, du vin, de l'huile et toutes les cijoics nécessaires pour la célébration des saints mystères et pour la communion. Quand on avait pris ce qu'il fallait pour cet usage, les ministres de l'autel vivaient du reste et des autres aumônes faites à l'Eglise. La diversilé du pain et du >in qui étaient oITerls pour consacrer n'était pas sans incon\énient. L'Église trouva bon qu'une seule personne offrit le pain, le vin ei le luminaire nécessaires pour le sacrifice, et que le reste des Fidèles offrit en ari^ent ce qu'il a\aii la dévotion de donner pour la hubsislance des ecclésiastiques. De là nos offertes aux grand'Messes du dimanche. Nous avons en- '()re un \fslige de cet usage dans la Messe solennelle pour un dc'funt, où l'on offre (lu pain, du vin, du blé, des cierges et de l'argent. Celte action n'est pas une pure libéralité, mais une action qui répond à ce qui s'est toujours pratiqué dans tout «arrifice, où cehii qui l'offrait devait fournir 1 hostie, et à l'iisagc le |»lu« rcliyj. uscment observé par les anciens I iJèles,
DE PERSÉVÉRAN'CE. 301
même son offrande à l'autel : savoir, le pain qu'il avait préparé de ses propres mains. A Tocoasion de cet usage eut lieu un des faits les plus remarquables de notre sainte antiquité. Il est ainsi rapporté par saint Grégoire de Nazianze.
L'empereur Valens, étant à Césarée, vint à l'église le jour de TÉpiplianie, environné de tous ses gardes, et se mêla, pour la forme, au peuple catholique, car il était Arien. Quand il entendit le chant des psaumes, qu'il vit ce peuple immense et Tordre qui régnait dan> le sanctuaire et aux environs, les ministres sacrés, plu? semblables à des anges qu'à des hommes, saint Basile devant l'autel, le corps immobile, le regard fixe, l'esprit uni à Dieu, comme s'il ne fut rien arrivé d'extraordinaire, ceux qui l'environnaient remplis de crainte et de respect; quand, dis-je, Valens vit tout cela, ce fut pour lui un spectacle si nouveau que la tête lui tourna et sa vue s'obscurcit. On ne s'en aperçut pas d'abord: mais quand il fallut apporter à l'autel son offrande qui! avait faite de ses inains^ voyant que personne ne la recevait, suivant la coutume, parce qu'on ne savait si saint Basile voudrait l'accepter, il chancela de telle sorte que si un des ministres de l'autel no lui eut tendu la main pour le soutenir, il serait tombé honteusement'.
Pendant tout le temps de Toblation on chantait des psaumes. Cette coutume était déjà en pleine vigueur au quatrième siècle ' ; mais son origine remonte beaucoup plus haut. Transportons-nous au temple de Jérusalem , et nous verrons le peuple juif offrant ses holocaustes et ses prémices au chant des cantiques , au s )n des trompettes et des cymbales, afin de témoigner de la joie avec
' Flcury, t. iv, p. 2'i'i. — ' Aug. nctract. lib. ii, c. 2.
laquelle il présentait au Seigneur les dons qu'il avait retins de sa munificence. Non moins reconnaissants que les Juifs, nos pères aussi ont accompagné leur offrande du chant des hymnes sacrées. Nous avons hérité de leur usage , avons-nous aussi hérité de leur piété envers Dieu? L'off'ertoire , que nous chantons encore, est donc une leçon bien précieuse et un souvenir bien vénérable. On le chante lentement , afin de laisser au Prêtre le temps de faire Toffrande du pain et du vin, ainsi que les prières qui l'accompagnent.
Lorsque Toff'rande du peuple était finie, TÉvéque allait s'asseoir sur son siège, s'y lavait les mains et retournait à Tautel : préparons-nous à l'y suivre.
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir environné le saint Sacrifice de tant de prières et de cérémonies si propres à ranimer ma foi et ma piété ; faites-moi la grâce d'en bien pénétrer l'esprit.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, j'écouterai la lecture de V Evangile comme j'aurais écouté notre Seigneur en personne.
XIX^ LEÇON
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Troisième partie de la Mes«e (suite). — Offertoire dans les temps actuel».
Vous savez de quelle manière se faisait Tofferloire jusqu'au neuvième siècle : nous allons vous dire comment il se fait aujourd'hui. Le Prêtre découvre le calice : l'usage de couvrir le calice d'un voile existait déjà aux premiers âges du Christianisme', il témoigne du respect que rÉglise a toujours porté aux vases destinés à l'autel. 11 étend le corporal, c'ost-à-dire le linge sur lequel doit reposer le corps de Jésus-Christ. Le corporal doit ôtre de lin, parce que le linceul qui enveloppa notre Seigneur était de lin : il y a quatorze cents ans que saint Jérôme le disait ainsi. L'Église a établi l'usage du corporal pour une plus grande propreté et pour parer aux inconvénients qui pourraient arriver si une goutte du sang précieux venait à tomber sur l'autel. Le corporal était autrefois aussi long et aussi large que le dessus de l'autel, et il était si ample qu'on le repliait sur le calice pour le couvrir*. Mais comme cela était embarrassant , surtout depuis qu'on a introduit l'élévation du calice, que quelques-uns voulaient tenir couvert même en l'élevant, on a fait deux corporaux plus petits : l'un qu'on étend sur l'autel , et l'autre plié d une manière propre à couvrir le calice ; entre les deux toiles de ce dernier, on a mis un carton, afin qu'il fiil plus ferme et
' Canon, aposl. 72; liona, lib. i, c. Uj. ' Greg. Tur. Jlist. Ilb. vu, c. 12.
:k»4 catéchisme
qu'on le prit plus commodément. On lui a toujours laissé le nom de palle, qui veut dire manteau ou couverture '.
Le calice découvert, le Prêtre prend la patène, sur laquelle est placé ce petit pain rond et mince que nous appelons hostie, c'est-à-dire victime, parce qu'il doit être changé en la victime sainte. Tenant la patène avec les deux mains à la hauteur de la poitrine, le ministre sacré élève les yeux vers le Ciel, puis les abaisse. Par cette posture et par ce geste, il exprime qu'il offre à Dieu , qui est au Ciel, cette hostie si sainte et si pure, quoiqu'il ne soit qu'un indigne pécheur ; il dit en même temps: « Recevez, Père saint, tout-puissant et éternel, cette hostie sans tache que je vous offre , moi qui suis votre indigne serviteur , à vous qui êtes mon Dieu vivant et véritable, pour mes péchés , mes offenses et mes négligences qui sont sans nombre, pour tous les assistants et pour tous les fidèles chrétiens, vivants et morts, afin qu'elle profite à eux et à moi pour le salut de la vie éternelle. Ainsi soit-il. »
Le Prêtre achève cette prière en faisant le signe de la croix, comme pour placer déjà la victime sur la croix où elle doit être immolée-; il met ensuite la patène à moitié sous le corporal, et couvre l'autre moitié avec le purificatoire; afin de la conserver plus proprement jusqu'à ce qnil en ait besoin pour la fraction de l'hostie; il purifie le calice avec un pelit linge appelé pour cela l'iirificatoire. Il y met le vin, puis de l'eau, mais en petite quantité . parce que la matière du Sacrifice, celle
' Pallium; Bona, lib. i, r. 27. hn Italie le carton n'existe pas, ce qui rend bien plus sensible l'oriRlnc de l.i pallo. ' Durandns, lib. iv. c. .30, n. \j.
dont le Sauveur se servit, est le via et non un autre liquide quelconque. Ce mélange de Teau et du vin est aussi ancien que l institution de la sainte Eucharistie. La tradition nous apprend que le Sauveur mit de Feau dans la coupe de vin qu'il consacra * : en cela il se conformait au rit des Juifs , suivant lequel il devait y avoir dans la coupe pascale du vin mêlé avec de l'eau.
Ce mélange est plein de mystères ; voici le plus instructif pour nous : Teau représente le peuple; cette idée nous est donnée par saint Jean lui-même^ et par plusieurs saints Pères^. Nous ne devons faire qu'un même corps avec Jésus-Christ, et par conséquent nous devons être consacrés avec lui : il s'est fait semblable à nous en prenant notre nature ; mais il veut que Funion soit parfaite et que nous lui devenions semblables en nous revêtant de sa divinité. Or, ce mélange d'eau et de vin est une image de cette union adorable de Dieu etdeFhomme qui s'est faite dans Fincarnation; de Funion de l'homme avec Jésus-Christ, qui se fait dans la communion ; et de la consommation de Fhomme en Dieu , qui se fera par la gloire * . Telles sont les grandes idées exprimées par la prière que le Prêtre fait en bénissant cette eau représentant le peuple fidèle, cette eau qui ne va plus faire qu'un avec le vin du Sacrifice , ce peuple qui, par la transsubstantiation, ne va plus faire qu'un avec Jésus-Christ.
a 0 Dieu! dit le ministre sacré , qui avez admirablement formé Fhonmie d'une nature si noble, et qui lavez rétabli d'une manière encore plus admirable, faites que,
' f'oye^ les lilur(;ic8 de saint Jacques, de saint Dasile, de saint Chr^sostonic ; saint Justin, Apol. u ; saint Cyprien, lib. ii, episi. m, etc. ; Dona, 1. ii, c. 0. -• Apoc. XVII, 15. — ^ Cyril, cpist. l\iu. ■ Mixtura Dci et bominis. Aug.