‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 9 sur 48 · VII · texte numérisé non relu

VII

Saint est désigné sous le nom de Serviteur , et Dieu est

supplié sous ^ nom de Seigneur et de Maître.

Les coliectes s adressent ordinairement à Dieu le Vère, parce que c'est à lui que le sacrifice est oiTert; elles finissent par celte conclusion : Per Dominum nostrum Jesum Christum ; Par Jésus-Christ notre Seigneur. Cela veut dire que c'est en Jésus-Christ et par Jésus- Christ que se tait toute prière ; car il n'est pas d'autre médiateur entre Dieu et l'homme que le Sauveur Jésus; cela veut dire encore que Jésus-Christ, qui est chargé de toutes nos dettes, se charge aussi de présenter toutes nos supplications et tous nos vœux; cela veut dire enfin que toute grâce nous est donnée en vue des mérites de Jésus-Christ. Et comme ce divin intercesseur s'immole sur l'autel, et que nous le donnons à son Père en échange des bienfaits que nous attendons, il n'est rien de plus propre que cetie formule à ranimer notre confiance. En demandant par Jésus-Christ , nous avons droit de tout obtenir. Puissions-nous en être bien convaincus en récitant la collecte!

A la fin des oraisons, les assistants répondent: Amen. Ce mot est une acclamation courte mais énergique qui veut dire ici : «Que cela soit ainsi, que les vœux que vous venez de présenter au Seigneur soient exaucés. Nous le souhaitons, nous nous unissons à vous pour le demander, nous promettons de n\ mettre aucun obstacle, ni par des actes, ni par des volontés contraires. » La signification de ce mot varie suivant les circonstances. Dit après l exposition des vérités de la foi, après le chant du Symbole, par exemple, il signifie : cela est vrai, je le crois. Apres la demande d'une faveur ou l'exposé dun devoir, a?nen signifie j'y consens, je le désire.

Amen ! voilà encore un de ces mots ([ue nous ne devons prononcer qu'avec le plus profond respect. Et le moyen qu'il en soit autrement, si nous pensons qu'il a passé de siècle en siècle, répété par les lèvres angéliques de tant de saints Pontifes, de tant de vierges, de tant de solitaires, de tant de Chrétiens, nos pères dans la foi et nos modèles dans la vertu? Il a été prononcé par les Martyrs dans les Catacombes, dans les prisons et même sur les échafauds; il semble encore couvert de leur sang, et parfumé de l'encens de leur charité'.

Que sera-ce si nous pensons que cet Amen, prononcé par les Anges et par les Saints , retentit perpétuellement et retentira aux siècles des siècles sous les voûtes de la Jérusalem céleste ? Oh I ranimons notre foi, et l'Église de la terre nous représentera d'une manière sensible FÉglise du Ciel, si, en chantant le môme cantique, nous le chantons dans le même esprit. Si nous ne savons dire qaAmen, etforçons-nous du moins de le dire comme les Anges, les élus et les Saints. Prenons-y garde: en répétant ce beau mot, n'avons-nous jamais înenti? Nous disons Amen à tout ce que l'Église demande et promet en notre nom, et peut-être n'en suivons-nous pas njoins la perversité de nos volontés et de nos désirs! 0 mon Dieu ! qu est-ce donc que l'amen de l'hypocrite , Vamen de l'avare, l'amende l'ambitieux, Tamen du vindicatif, l'amen des voluptueux, sinon une outrageante ironie! Malheur à celui qui s'en rond coupable !

Après l'oraison, le célébrant dit d une voix intelligible VÉpUre, parce qu'elle est une instruction pour le peuple. Aux grand Messes, cest le Sous-Diacre qui la chante. Dans les premiers siècles, cotte fonction appar-

' s. Jtistiii, Apol II.

tenait au lecteur : TÉpilre ne se chantait pas^ elle se lisait *. L'usage de lire l'Écriture dans les assemblées de religion remonte à la plus haute antiquité. Les Juifs commençaient leurs prières dans les Synagogues par la lecture de Moïse et des Prophètes ^. Les premiers Chrétiens imitèrent cet usage dans leurs réunions du dimanche. « Nous nous assemblons , dit ïertullien , pour lire les divines Écritures , et y voir ce qui convient aux divers temps \ » A la lecture de l'Ancien Testament on joignait celle du Nouveau : « On lit dans l'assemblée, dit saint Justin, les écrits des Prophètes et des Apôtres'^. » L'Eglise a religieusement conservé cette pratique.

Non-seulement on lisait dans la primitive Église les livres de l'Écriture sainte, mais encore les actes des Martyrs % ainsi que les lettres des souverains Pontifes et des autres Evoques, qu'on appelait lettres de paix ou de communion. Par ce commerce de lettres , la paix et Tunité se conservaient entre le Pontife de Rome, chef suprême de l'Eglise, et les Evèques de toutes les Eglises du monde. Ces lettres faisaient encore distinguer les Catholiques des hérétiques : on les envoyait d'une Église à l'autre, afin que les fidèles connussent quels étaient ceux avec qui ils devaient communiquer^;

Cette lecture est appelée EpUre^ parce qu'elle est ordinairement tirée des Epîtres des Apùtres, et surtout do saint Paul. Redevables aux Grecs et aux Baibares , missionnaires du monde entier, les Apôtres ne pouvaient séjourner longtemps dans des Eglises qu'ils avaient

' De là le nom de lutrin, leclrin, lelren, Icctricium, lectorium, legeollum, donné au pupitre sur lequel on la lisait. * Art. Mil et XV.

3 Apol. c. 39, — * Apol. 'J. — '■* Euseb. lib. v, cl.—'' Bona, llb. ii, c. 7.

fondées. Pour soutenir dans la foi les enfants qu'ils venaient d'enfanter à Jésus-Christ, ils leur écrivaient , au milieu de leurs courses et de leurs travaux , des lettres pleines d'utiles conseils. Jamais famille tendrement unie n'éprouva autant de joie à recevoir des nouvelles d'un père chéri , que ces fervents Chrétiens à l'arrivée des lettres de leurs pères dans la foi. Monuments de la sollicitude et de la charité apostolique , ces épîtres étaient conservées avec un soin extrême : on les lisait dans les assemblées saintes. Les Évêques en développaient le sens aux fidèles : usage précieux qui nous a valu tant de beaux ouvrages des Pères de l'Église.

On s'assied pendant TÉpître ; les premiers Chrétiens le faisaient aussi, afin d'écouter la lecture avec plus de recueillement et d'attention. Kcoutons-Ia nous-mêmes, <?omme nous écouterions saint Pierre, saint Paul ou saint Jean , s'ils paraissaient au milieu de nous : c'est leur propre parole qui retentit à nos oreilles , comme elle retentissait aux oreilles de nos pores. Puisse-t-elle faire sur nous la même impression qu'elle faisait sur eux ! Nous sommes redevables à saint Jérôme de la distribution des Épîtres et des Évangiles pour tous les dimanches et principales fêtes de Tannée; il envoya son travail au pape DamasQ. L'Église romaine l'adopta , et c'est de cette Kglise , mère et maîtresse de toutes les autres, que nous vient Tordre que nous suivons encore aujourd'hui '.

' Duranlus, lib. ii, c. 18. Le li\re de saint Jérôme est intitulé : Cornes, tel Irctionan'us : l»aniel. t. ii Liturgicor.— Seriem vero et ordincm lectionum, aique epistolarum et eTan^eliorum quae 8in(;ulis dicbus per annum in mis&x sacridcio le(;i debent, communis crudiloruin scntcnlia est, paucis licel necaiitibus, S. Hieronymum di.sposuisse in libro, quem Comitem inscripsit. C^rd. Hona, l)€ n»b. iitw<j. lib. ii. c. 6, n. ?, p. 363.

El maintenant, pourquoi lit-on rÉpiîre avant l'Évangile? Ce n'est pas sans une raison profonde. Dans Tlnti'oit , nous avons entendu la voix des Prophètes ; dans rÉpîlre, nous entendons celle des Apôtres, voix d'hommes inspirés qui nous préparent à entendre la voix du Maître. Ne vous semble-t-il pas assister à l'accomplissement de cette parole de saintPaul écrivantaux Hébreux : Dieu a parlé aux hommes par plusieurs voix et de plusieurs manières, et enfin par son Fils^? Ne semble-t-il pas voir le Seigneur lui-même renouvelant à la Messe ce quil faisait durant sa vie mortelle , lorsqu'il envoyait saint Jean-Baptiste ou ses Apôtres deux à deux devant lui pour lui préparer les voies. Ne semble-t-il pas voir les douces clartés de l'aube et les rayons dorés de l'aurore préparant nos yeux aux feux étincelants du soleil? Que de souvenirs dans l'ordre de nos lectures saintes * !

La parole de vie vient de tomber, par la lecture de l'Épître, sur les cœurs, comme une rosée salutaire, pour les vivifier et leur faire produire des fruits dignes de la récompense éternelle. Pleins de reconnaissance , les fidèles répondent qu'ils sont disposés à faire ce qui leur a été enseigné : leur réponse est exprimée par le graduel ou répofis, {)ar le trait, par V Alléluia et la prose. Le répons ou la réponse des fidèles se nomme graduel, parce que les choristes chargés de la proclamer se plaçaient sur les degrés inférieurs de l'ambon ou du jubé : la même chose s'observe encore aujourd'hui. Nous voyons aux grandes fêtes ceux qui doivent chanter le répons et V Alléluia venir se placer à côté des choristes, au lutrin, qui représente l'ambon *.

* Hfl»r. I, 1, — » Ourantus, lib. ii,c. 18; Alcuiii. De Celehr, ytisMv.

* Habaii Maur. lib. 1, De Imlit. cteric, c. 33.

Les répons, établis ou plutôt mis en ordre par saint Grégoire , sont toojoiirs analogues aux vérités et aux exhortations contenues dans TKpître'. Les fidèles y protestent de leur l)onne volonté et de leurs saines dispositions à se conformer entièrement aux préceptes apostoliques. Dans les jours de tristesse et de jeûne, comme pendant le Carême , la réponse du peuple ou le répons s'appelle TRAIT, parce qu'elle se chante lentement et d'un ton lugubre : c'est le gémissement de l'exil ^. Au contraire , lorsque l'Église est dans la joie , comme dans le temps pascal et les dimanches consacrés à la ixtémoire de la résurrection de son Époux , le chant du répons est moins grave, il est même précédé et suivi de Y alléluia.

L'allellia est un mot hébreu qui veut dire louez Dieu, mais qui exprime en mêaie temps un mouvement, un transport de joie, qu'on n'a pas cru pouvoir rendre par aucun mot grec ou latin , ce qui Ta fait conserver partout dans sa langue originale. Il faut le dire, I'alle- LuiA est un mot de la langue du Ciol , que la Jérusalem bienheureuse a laissé tomber sur la terre et que TÉglise voyageuse s'est empressée de recueillir. Il est pour elle le chant de ses grandes solennités, jours heureux où elle s'efforce de participer d'avance aux joies de sa sœur aînée, en bégayant son éternel cantique. « Saint Jean, dit le cardinal Bona , entendit dans le Ciel le chœur des

' C'est saint J(îr/^me qui. comme nous Pavons dit plus haut, distribua, à la prière du pape Damase, les psaumes, les 6van(;iles et les épllrfs dans Tordre où ils sooL Les papes saint Grégoire et Gélasc y ajoulèrenl les oraisons, les répons et les versets. Siint Amhroisr y ajouta les gradin ls. les traits et Vallelnia. Il le fit pour eiiretenir la piété des Catholiques de Milan, obli{;és dr veiller dans leurs églises iiour en défendre l'entrée aux Ariens.

* Bug. à S. Vict. Spfail. ccrl. c. 7 ; Alctiin, /v divin 0§t\ cap. de Septuageiima.

i5.» CATÉCHISME

Anges i[m chantaient alléluia sur leurs harpes d'or, afin que nous sachions que ce mot ineflable est descendu du Ciel dans TÉghse'. »

Cette coutume de chanter Y alléluia est louée par saint Augustin comme une tradition de la plus haute antiquité. (( Nous ne disons pas V alléluia avant Pâques , dit ce grand Evoque , parce que le temps de la Passion de Jésus-Christ marque le temps des alllictions de cette vie, et sa résurrection désigne la béatitude dont nous jouirons un jour. C'est dans cette vie bienheureuse que nous louerons Dieu sans cesse ; mais , pour le louer éternellement, il faut commencer de le louer en ce monde. C'est pourquoi nous chantons plusieurs fois alléluia, en nous excitant ainsi les uns et les autres à louer Dieu ; mais faites que tout ce qui est en vous le loue, votre langue , votre voix , votre conscience , votre vie et vos actions^? »

L alléluia est donc réservé pour les temps de joie. Mais quoi! ne devons-nous pas louer Dieu en tout temps? Sans doute. Ainsi, lorsque l'Église nous fait quitter Valleluia à la Septuagésime , elle nous fait dire : Laus tibiy Domine ^ rex œiernœ gloriœ : Louange soit à wuSy Seigneur, roi d'éternelle gloire/ Ces paroles renferment le sens principal de Valleluia , mais non pas le transport ou Teffusion de joie qu'il inspire ou qu'il exprime ; transport de joie qui ne cessera jamais dans le Ciel , mais qui est souvent, hélas I interrompu dans la vallée des larmes \ L Eglise prolonge tant qu'elle peut le chant de l'a/Ze/ma; elle voudrait qu'il lui fût déjà permis de ne plus l'interrompre. De là le grand nombre

' Lib. Il, c. G , p. 3G8. — * li) Fsal. cxlviii el cxviii. — ^ Duranluf, lib. ir, c. 20.

de notes dont il est chargé. « Nous avons coutume, dit saint Bonaventure, de multiplier les notes sur la dernière lettre de Vallcluia , parce que la joie des Saints dans le Ciel est indicible et interminable ^ . » Cette longue suite de notes s'appelle neume.

Le mot neume signifie souffle. C'est, comme nous venons de le dire, des notes nombreuses, séparées de toute parole, qu'on chante àlasuitedera//e//<?a. On les chante aussi, dans certaines églises, après la dernière antienne de l'odicc du soir, aux jours des grandes solennités. Par cette longue suite de sons inarticulés, l'Église montre que les paroles lui manquent pour exprimer le ravissement de son admiration et les langueurs de son amour, quand elle pense aux magnificences et aux délices de la Jérusalem céleste. Quelle parole humaine, en eflfet, pourrait dire ce que l'œil de Thomme n'a point vu, ce (jue son oreille n'a point entendu, et que son cœur même, tout vaste qu'il est , ne saurait concevoir ! En entendant l'Église chanter ses neumes, ne voussemblet-il pas voir la reine de Saba , ravie hors d'elle-même au spectacle des gloires de Salomon, manquer de paroles pour exprimer ce qu'elle éprouvait *? Et cependant ces richesses ne lui appartenaient pas, ce palais n'était pas pour elle. Enfants du véritable Salomon , héritiers de son trône, futurs compagnons de son bonheur, ah î efforçons-nous d'exciter en nous, à la vue du Ciel , du Ciel qui nous est destiné, quelques-uns des sentiments de la reine étrangère !

Les neumes ont donné lieu aux proses : voici de quelle manière. Sous cette longue suite de notes, on plaça quel-

' De Exposit, Miss», c. 2.

' Non habcbat ultra «piritiim. /// Reri. \, 5.

qiies paroles, puis quelques versets , qui exprimaient la joie et qui étaient comme une suite de Valleluia. Peu à peu on en augmenta le nombre, enfin on en fit des hymnes, c'est-à-dire des clients de joie, analogues à la fête : ce changement eut lieu vers le neuvième siècle. De là vient l^'que l'Église romaine, toujours fidèle aux anciens usages, n'a qu'un très-petit nombre de proses ; de là vient 2° que les proses furent et sont encore appelées seqtiejîtta, ce qui veut dire suite ; en effet , elles sont la suite ou le prolongement de Valleluia ; de là vient 3" qu'on ne dit les proses qu'aux Messes où l'on chante Valleluia.

Il faut excepter la Messe solennelle pour les morts , où Ion dit la prose Diesirœ. Quoique, suivant l'opinion commune, elle soit l'ouvrage du cardinal Malabranca , qui mourut en 1294, elle ne fut dite à la Messe qu'au commencement du dix-septième siècle. C'était par respect pour l'ancien usage, qui ne permettait pas de dire de prose quand il n'y avait pas à'alleluia. Dans la suite on a cessé de faire attention aux raisons de l'institution des proses, pour ne plus y voir qu'une marque de solennité. En conséquence, on n'a pas voulu Tôter aux grand'Messes de morts, où se trouve souvent une nombreuse assemblée.

Le mot y)rose signifie discours libre ^ qui n'est pas gêné comme les vers. On a eu raison d'appeler ainsi ces hymnes, dont la plupart sont écrites dans un style fort libre, quoique rimées. 11 y a dans ce laisser-aller quelque chose qui convient bien à la prière. Ici, comme partout, on voit cette familiarité touchante, et quelquefois naïve, de l'épouse quand elle parle à son divin Époux. Je ne sais, mais la mesure des vers, l'obligation de renfermer

sa pensée dans un nombre voulu de .syllabes, gêne les épanchements du cœur, comprime ses élans et refroidit son ardeur. Pour tout dire, en un mot, il me semble que les proses , surtout les anciennes , prient , et que nos hymnes modernes ne pne/î< pas ou ne prient guère. On croit communément que le premier auteur des proses fut un moine de Saint-Gall , en Suisse, nommé Notker, qui vivait vers Fan 880 \

Il est donc vrai, quels que soient ses cérémonies, ses prières ou ses chants, l'Église catholique nous apparaît toujours la môme, toujours attentive à nous tracer dans sonculteextérieur les vertus que nous devons pratiquer, les sentiments qui doivent nous animer pour nous rendre agréables à Dieu. L'homme charnel qui ne voit que la superficie des cérémonies sacrées , qui n'entend que cette harmonie extérieure qui frappe l'oreille du corps, trouve quelquefois nos chants et nos solennités froides et insipides; que dis-je! il ose se dédommager par de sacrilèges plaisanteries de Tennui qu'il a éprouvé dans le temple de Dieu. Ne vous en étonnez pas; il lui manque un sens, le sens de la foi : c'est un aveugle qui veut juger des couleurs. Mais le Chrétien qui vit de l'esprit, attentif à tout dans la maison du Seigneur, pénètre la fin de toutes nos cérémonies ; il ne se dit pas une parole, les ministres n'y font pas une démarche, qu'il n'en découvre le motif, qu'il n'en pénètre le sens et qu'il ne s'en applique le fruit.

PRIÈRE

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie

• Padulf. Tungrcnsis, prop. 23; Cornel. Schullingu», Bibliolh. eccl. t. i, p. 2, c. C el7.

28i CATÉCHISME

d'avoir mêlé les instructions et les prières pendant la seconde partie de la Messe, afin de me préparer dignement aux saints mystères ; faites-moi la grâce d'être attentif au sens de tous les cantiques et de toutes les cérémonies.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu; et, en témoignage de cet amour , j'écouterai l'Epître avec un grand désir d'en profiler.

DE PERSÉVÉRANCB. 28:

XVIIP LEÇON.

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Seconde partie de la Messe (suite). — Évangile. — Credo. — Rapprochement entre les cérémonies de cette seconde partie de la Messe et les circonstances de la Passion. — Sentiment qui doit dominer dans notre cœur. — Troisième partie de la Messe. — Ofifertoire. — Offertoire dans les premiers siècles.

I. Seconde partie de la Messe suite.) — En répondant à l'Épître par le graduel ou le trait, Valleluia et la prose, toute l'assemblée des fidèles s'est montrée disposée à mettre en pratique les saintes leçons qui lui sont données. La voix des Prophètes et des Apôtres vient de la préparer à entendre une voix plus sainte encore , celle du Fils de Dieu , le maître des Prophètes et des Apôtres : encore un peu et il parlera, on va lire l'Évangile. Recueillons-nous pour l'entendre , ou plutôt étudions les cérémonies qui en accompagnent la lecture ; elles suffisent pour nous donner les dispositions que la foi demande de nous.

Le prêtre vient au milieu de l'autel, lève les yeux au Ciel; puis, s'inclinant profondément, il fait cette prière : « Dieu tout-puissant, purifiez mon cœur et mes lèvres; ô vous qui avez purifié les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent, daignez par votre pure miséricorde sanctifier mon cœur, afin qu'il puisse annoncer dignement votre saint Évangile. » C'est ainsi ([ue , ne se croyant jamais assez pur pour répéter les paroles de vie qui sortirent autrefois de la bouche de riiomme-Dieu , le Prêtre fait instance au[)rès du Seigneur afin cju' il soit

an CATÉCHISME

dans son cœur et sur ses lèvres. Pendant ce temps-là les fidèles aussi doivent demander à Dieu que leurs cœurs deviennent cette bonne terre où la semence sacrée fructifie et rapporte au centuple.

L'usage de lire l'Évangile à la Messe remonte au moment même où ce livre divin fut écrit \ N'est-il pas bien juste que ceux qui assistent au Sacrifice de Jésus- Christ connaissent ses préceptes et ses actions , et marquent publiquement qu'ils les respectent et qu ils les aiment? L'Évangile est le prédicateur de la croix, il n'a triomphé que par elle. Voilà pourquoi le Prêtre, avant de le lire, le marque d'abord de ce signe adorable, et le fait ensuite sur son front , sur ses lèvres et sur son cœur : tous les assistants l'imitent. Nous faisons le signe de la croix sur notre front , pour marquer que nous croyons les vérités contenues dans l'Évangile, qu'elles sont notre gloire et que nous n'en rougirons jamais * ; sur DOS lèvres, pour marquer que nous sommes prêts à les professer hautement devant le monde, ou, comme nos Pères, en face môme des tyrans , s'il était nécessaire; sur notre cœur , pour montrer qu'elles y sont gravées , que nous les aimons et qu'elles seront toujours la règle de nos pensées et de nos affections. A la lecture de l'Évangile, tous les fidèles se tiennent debout, comme des gens prêts au combat et disposés à marcher courageusement à la suite de Jésus-Christ partout où il les appellera : cette coutume est de la plus haute antiquité ^

En finissant la lecture, le Prêtre baise l'Évangile, en signe d'amour et de respect. Tout le peuple, représenté par le clerc, répond : Ij)uange soit à vous, Christ. Ja-

' Rona, Tib. ii, c. 7. — ' Aug. in Psal. cxiii. ^ Ordre rom.

mais louange fût-elle mieux méritée*^ Que sommesnous ? Nous sommes des captifs du démon, des exilés du ciel, des voyageurs qui traversent le désert de la vie, la vallée des larmes. Qu'est-ce que TÉvangile? C'est la bonne nouvelle ; c'est aux captifs la nouvelle de leur délivrance, aux exilés la nouvelle que les portes de la patrie leur «ont ouvertes, aux voyageurs la nouvelle qu'un guide charitable et sûr est descendu du Ciel pour les protéger et les conduire jusqu'au terme. Oh ! si nous sentons ce que nous sommes depuis l'Évangile, ce que nous fûmes avant l'Évangile, ce que nous serions encore sans TÉvangile, avec quel profond sentiment de reconnaissance nous dirons : Gloire soit à vouSy Christ; Christ, Sauveur du monde !

Aux grand Messes, la lecture de l'Évangile est acconjpagnée de cérémonies pleines de mystères, toutes propres à nourrir la piété et le respect profond que nous devons à la parole de Dieu. Le Diacre porte le livre des Évangiles sur l'autel. Lusage de mettre et de prendre le livre des Évangiles sur Tautel vient de ce qu'autrefois on le portait en cérémonie à l'autel dès le commencement de la Messe. L'Église voulait qu'on se représentât Jésus-Christ lui-même, en voyant le livre qui contenait ses divines paroles '.

L'honneur de chanter l'Évangile est réservé au Diacre. Le respect dû à ce Uvre divin, la majesté des cérémonies qui en accompagnent la lecture exigeaient que cet olhce fût rempli par le ministre sacré qui approche le plus de la dignité sacerdotale % Autrefois, dans l'église d'Alexandrie, cxitte noble fonction n'était remplie que par l'Archidiacre. Ailleurs elle était réser-

' Amalar. De 0/pc.(ccl, lib. 3, c. 5. — ' Tona, lib. ii, c. 7.

vée à des Prêtres et même à des Évêques aux grandes fotes, comme à Conslantinople le jour de Pâques* . Nous dirons en passant qu'à Rome, lorsque le souverain Pontife célèbre la Messe solennelle, TÉpître et l'Evangile se chantent en grec et en latin : c'est un Cardinal qui chante l'Évangile. La divine parole annoncée dans ces deux langues rappelle l'antique union de TOrient et de rOccident : puisse la divine Providence la rétablir un jour !

Le Diacre monte à Fautel, se met à genoux et récite la prière que nous avons rapportée plus haut : Dieu tout-puissant ^purifiez, etc. Dans ce Diacre qui monte à lautel, ne vous semble-t-il pas voir Moïse appelé par la voix de rÉternel sur le mont Sinaï, au milieu des foudres et des éclairs, pour recevoir la Loi et la transmettre au peuple d'Israël? Le Diacre se prosterne au pied de l'autel et en présence du livre de la Loi, parce qu'il sait qu'il n'appartient point à l'homme de devenir l'organe des vérités éternelles. Il se relève et prend sur l'autel le livre qui contient ces adorables vérités, ce qui signifie qu'il les reçoit de la bouche même de Jésus- Christ, que l'autel représente, afin que les fidèles n'ignorent pas que ce sont les vérités du Ciel qui vont leur être manifestées.

Le Diacre se remet à genoux, demande la bénédiction au Prêtre ou à l'Évêque, et lui baise la main. Le Diacre avait demandé à Dieu de pouvoir dignement annoncer IKvangile, il demande maintenant au Prêtre ou à l'Évêque la permission de l'annoncer; car, dans FEglise, nul ne doit exercer de ministère s'il n'y est îjppelé. Répondant à sa demande, le célébrant lui dit : « Que

' Sozom. llisi. lib. vu.

» le Seigneur soit dans votre cœur et sur vos lèvres, )) afin que vous annonciez dignement et comnae il faut » rÉvafcgile. » Comme il faut, c'est-à-dire avec piété et modestie, afin qu'il vous soit utile à vous-même, et que tous ceux qui lentendront en soient édifiés. En recevant la bénédiction du célébrant, le Diacre lui baise la main pour lui marquer son respect et sa reconnaissance.

Alors, précédé de l'encens, qui signifie et la prière qui peut seule rendre la parole de Dieu féconde, et la bonne odeur des vertus que cette parole répand dans les cœurs', le Diacre marche vers le lieu qui doit le mettre à portée d'être entendu du peuple. Le thuriféraire est précédé de trois ministres, dont deux portent des flambeaux allumés, le troisième la croix. Ces cierges allumés qui précèdent le livre sacré sont un signe de la joie que nous donne l'Kvangile, et rappellent aux Chrétiens que Jésus-Christ, dont ils vont entendre h» parole, est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde : le feu de ces lumières est le symbole de la charité c[ue l'Kvangile doit allumer dans nos cœurs. Un des ministres porte la croix : l'étendard du Sauveur rappelle élo juemment que lui-même va parler dans son Evangile, et que des maximes de crucifiement vont être proclamées. Il veut que ses disciples en aient l'image sous les yeux, afin qu'ils s'accontument à en porter le sentiment dans le cœur,

Le Diacre élève le livre, non-seulement pour qu'il soit vu et honoré do tous ceux qui vont Tenlendre, mais encore pour annoncer que c'est une morale descendue (lu Ciel qui va les instruire. A cette vue tous

' Aprntl. ad Sacr S p. 23S.

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