VII
par le mystère de cette eau et de ce vin, nous devenions participants de la divinité de votre fils Jésus- Christ, notre Seigneur, qui a bien voulu se rendre participant de notre humanité, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en Tunité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »
Aux Messes de morts, le Prêtre ne bénit pas l'eau par le signe de la croix : c'est une suite de la signification mystérieuse de l'eau. On n'emploie pas ce signe extérieur pour bénir l'eau , qui signifie le peuple, parce qu'on est tout occupé des âmes du Purgatoire, qui ne sont plus en voie d'être bénies par le Prêtre. Nous avons dit qu'on ne met dans le calice qu'une petite quantité deau , « afin , dit un concile , que la majesté du sang de Jésus-Christ y soit plus abondante que la fragilité du peuple représenté par l'eau *. » Aux Messes solennelles, c'est le Sous -Diacre qui met l'eau dans le calice; le Diacre présente le pain et le vin , afin que nous sachions bien que le Prêtre n'offre pas seul , qu'il ne sacrifie point pour lui seul, qu'il ne remplit point un ministère étranger au reste des fidèles. Le Diacre et le Sous-Diacre , qui tiennent comme le milieu entre le laïque et le Prêtre, représentent ici le peuple tout entier; et, en mettant entre les mains du Prêtre les substances qui doivent être consacrées , ils offrent en quelque sorte au nom du peuple, par les mains du Prêtre. Quelle leçon pour nous!
Quelle autre leçon dans les éléments que le Sauveur a choisis pour son Sacrifice ! Le pain, qui est composé de plusieurs grains de blé, et le vin, qui est fait de plusieurs grains de raisin, ne représentent-ils pas admirablement IKglise, composée de plusieurs membres,
* Coocilc de Tribur. can. 19, lenu vers 895.
qui sont tirés de la masse corrompue, pour être changés en Jésus-Christ et devenir son corps mystique, comme ce pain et ce vin sont changés réellement en son corps naturel et en son sang véritable? Quel éloquent enseignement de cette vérité, base de toutes les sociétés, principe de toutes les vertus et de tous les sacrifices généreux : Vous ne devez tous former qu'un cœur et quune âme!
Le pain et le vin tiennent donc la place de ceux qui les offrent, et en eux de toute TÉglise; car le pain et le vin étant la nourriture, la subsistance et comme la vie des hommes, quand ils les offrent à Tautel, ils y offrent en quelque façon leur vie et le monde entier qui est fait pour eux ; ils s'y offrent eux-mêmes à Dieu afin d'être sacrifiés à sa gloire avec Jésus-Christ leur chef : telle est, en effet, la vraie disposition dans laquelle on doit être pour faire Toblation du pain et du vin avec le Prêtre. Quand vous êtes assis à la table du Prince, dit l'Écriture, cmisidérez ce qui vous est servi; mettez-vous un couteau sur la fjorge, el sachez que le Prince attend que vous lui rendiez la pareille^ . n Quelle est cette table, demande saint Augustin, sinon celle où nous recevons le corps et le sang de Jésus-Christ? et que signifient ces paroles : Sachez qu'il faut que vous rendiez la pareille, sinon ce qu'a dit saint Jean : Comme Jésus-Christ a drmné sa vie pour nous, il faut de même que nous donnions notre vie pour nos frères * ?o Ainsi assister à la Messe en esprit de victime, de victime immolée avec Jésus-Christ, et pour les mêmes fins que Jésus-Christ, c est-à-dire pour
' Prov. \xiii, 1,2; Eccli. xxxi , 12. Voyez là-dessas le» magnifiques Conijnenlaires des Pères dans Cornel. a LapiJ. in Proverb. xxiii , 1 , :?, et RccU. XXXI, 12.
* Aug. Serm. xxxi.
la gloire de Dieu et le bien de nos frères; telle est la grande disposition avec laquelle nous devons venir au Sacrifice auguste : cette disposition renferme toutes les autres.
Le calice ainsi préparé, le Prêtre revient au milieu de Fautel, et Toffre comme il a oiïert le pain, avec cette différence qu'il ne parle plus seul, mais au nom de toute rassemblée, qu'il élève pour ainsi dire vers le Ciel dans cette eau mêlée au vin du calice. Il dit donc, en tenant les regards fixés vers les saintes montagnes, et le calice à la hauteur de son front : «Nous vous offrons, Seigneur, cette coupe salutaire, et nous supplions votre clémence delà faire monter comme une odeur agréable, en présence de votre divine majesté, pour notre salut et celui du monde entier. Ainsi soit-il. » Cette belle prière nous montre clairement ce que dit Tertullien, que Jésus-Christ est le Prêtre catholique du Père; son sang a purifié la terre et le Ciel ; car il est la victime de propitiation pour ?ios péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais pour ceux de tout V univers ^
Après cette prière, le Prêtre forme avec le calice le signe de la croix sur Taulel, pour montrer qu'il met l'oblation sur la croix de Jésus-Christ ; puis, comme nous avons lieu de craindre que notre indignité ne mêle à rolTrande quelque chose qui soit désagréable à Dieu, le Prêtre s'incline, les mains jointes sur l'autel, en signe de suppliant, et il dit au nom de tous les assistants ce que disaient les jeunes Hébreux captifs à Babylone, qui s'offraient courageusement en holocauste pour être jetés dans la fournaise : a Uccevez-nous, Seigneur, nous qui nous présentons devant vous avec un esprit humilié et
• i Joan. II, ?.
un cœur contrit, et faites qu'aujourd'hui notre sacrifice s'accomplisse en votre présence, d'une manière qui vous le rende agréable. »
Alors le Prêtre élève les veux et les mains au Ciel pour appeler l'Esprit saint, cet esprit de feu, cet esprit sanctificateur, qui consumait quelquefois visiblement les holocaustes anciens, et qui tous les jours consume, en les changeant d'une manière si admirable, les dons que nous offrons. Pour cela il dit : «Venez, sanctificateur tout-puissant, Dieu éternel, et bénissez ce Sacrifice préparé à la gloire de votre saint nom. » A ce mot bénissez, il fait le signe de la croix sur le calice et sur l'hostie, pour marquer que ce n'est que par la vertu de la croix qui! attend du Saint-Esprit la sanctification des dons qui doivent être changés au corps et au sang de Jésus- Christ.
Oh! que ce moment est précieux pour nous offrir! quel motif de confiance ! Nous ne sommes point présentés seuls à Dieu; hélas! qui voudrait de notre indignité? mais, présentés avec Jésus-Christ, nous ne faisons plus qu'un avec lui. Dieu ne peut, pour ainsi dire, plus nous repousser, et comme il ne peut rien refuser à son Fils, comme il l'exauce toujours, suivant Texpression de saint Paul, pour le respect qui lui est dû, il est forcé de nous recevoir avec lui. Notre misère, notre imperfection est cachée et comme absorbée dans la dignité infinie de la personne de Jésus-Christ. Entrons bien avant dans les sentiments d'oblation auxquels la circonstance nous invite; offrons le bien qui est en nous , afin qu'uni aux mérites du Sauveur, il soit purifié des imperfections dont nous le mêlons, et devienne digne de Dieu; offrons le mal (jiii est en nous, afin qu'il soit
caché et consumé par la grande charité de la victinne ; offrons notre corps et tous ses sens, notre àme et toutes ses facultés : Jésus-Christ, notre premier-né, ne réserve rien. Dès, lors [que nous venons à son Sacrifice, nous cessons de nous appartenir ; nous consentons à être victimes avec lui ; nous consentons à tout rendre à Dieu, de qui nous avons tout reçu, et à qui tout appartient. Aux grand\Messes, après la prière Off'erimus : Nous offrons, le Diacre ôte la patène de dessus Tautel, et la donne à un acolyte, qui la tient couverte jusqu'au Paler. Quelle est la\raison de cette cérémonie? Durant les six premiers siècles, on consacrait le pain sur la patène^, mais depuis on Ta placé sur le corporal : dès lors on n'a plus eu besoin de la patène que pour rompre l'hostie. On aurait pu la laisser sur l'autel, comme cela se fait aux Messes basses, si elle avait toujours été aussi petite qu'elle esta présent; mais lorsque les assemblées étaient fort nombreuses, qu'un très-grand nombre de fidèles y communiaient, la patène, qui devait contenir tout ce cfue le Prêtre consacrait, était un fort grand plat dont il étaità propos de débarrasser l'autel après Toblation^. Telle est la raison de cette cérémonie, qui, en nous rappelant la ferveur de nos pères pour la communion, nous reporte au delà de onze siècles.
Si la patène, au lieu d'être portée à la sacristie, est gardée dans l'Église par un des ministres, c'est afin qu'eiki soit sous la main du Prêtre au moment où il en aura besoin. Vers la fin du Paler, l'acolyte la remet au Sous-Diacre, celui-ci au Diacre, qui la tient élevée un
• Sacr. S. Greg, apud Menant, p. l.')/i.
' Il e«t parlé de patènes d'or et d'argent qui pesaient vliigi-cinq et trente Ihrrcf.
instant, afin d'avertir le peuple que le moment de la communion approche; il la porte ensuite à l'autel, et la présente au célébrant*. Ces prières et ces cérémonies achevées, le Diacre, aux grand'Messes, présente la navette au célébrant, qui bénit T encens, et il encense d'abord le pain et le vin. Nous l'avons dit, l'encens est un symbole de nos prières et de Toblation de nous mêmes. Le Prêtre encense le pain et le vin, pour marquer plus sensiblement que nous joignons à ces oblations nos vœux, nos personnes et nos biens. C est ce qu'expriment très-clairement les prières que le Prêtre récite pendant l'encensement des oblations et de l'autel. ^
Dans certaines églises, c'est après l'encensement qu'a lieu l'offiande du pain bénit, ainsi que les différentes quêtes. 11 est im|)ortant de ranimer notre foi sur ces deux usages trois fois vénérables, et par leur antiquité, et par les touchants souvenirs qu'ils rappellent, et par les leçons qu'ils nous donnent.
On connaîtra que vous êtes mes disciples, disait le Sauveur, si vous vous aimez les uns les autres^. Fidèles à ce commandement, nos pères dans la foi ne formaient qu'un cœur et qu'une àme^; TÉglise n'était qu'une grande famille ré|)andue dans toutes les parties du monde. Mais tous ces frères qui s'aimaient sans s'être jamais vus voulurent se donner un signe sensible de la charité qui les unissait; ils choisirent le plus énergi(|ue de tous, le pain. Comme le pain est composé de plusieurs grains de blé tellement mêlés qu'ils ne forment plus qu'un seul et même tout, ils exprimaient, en se 1 envoyant, qu'ils étaient un entre eux ; un en (juehjue sorte comme les
' Rubriq. du U'uê. paris.
' Joan. XIII, 35. — ' Act. iv, 32.
personnes divines sont vu entre elles. On donna à ce pain le nom d eulogie, parce qu'avant de renvoyer on Je bénissait : cet usage remonte aux temps apostoliques'. Bien plus, on s'envoyait aussi l'Eucharistie : des Diacres la portaient aux Églises les plus éloignées-. Telle est l'origine vénérable du pain bénit.
Il a donc été d'abord en usage pour marquer et entretenir l'union entre les Chrétiens éloignés les uns des autres; il l'a été ensuite pour être un signe d'union entre tous ceux qui se trouvent ensemble à la même Messe. Le signe d'union par excellence est la sainte Eucharistie; mais, hélas! tout le monde ne communiant plus, l Église a institué un autre signe qui supplée à la réception du corps et du sang du Sauveur, afin que les Chrétiens d'aujourd'hui puissent dire encore, quoique dans un sens différent, ce que disaient les Chrétiens des premiers jours : Nous participoîis tous au même pain ^. Dites, est-il possible de trouver un moyen plus propre à rappeler aux hommes cette grande vérité, qui est la base des sociétés et la garantie du bonheur public : qu'ils sont tous frères, tous égaux devant Dieu, puisqu'ils mangent tous le même pain ; qu'ils doivent tous s'aimer les uns les autres, et ne faire qu'une grande famille? 0 mon Dieu! pourquoi faut-il que votre Religion sainte soit si peu comprise et si mal observée "* !
Ce qui précède nous fait comprendre dans quels sentiments de respect, de joie, de charité et de confiance il faut être pour recevoir le pain bénit. 1° Nous devons
' Paulin, Epist. xli ad Aug. — ' Ibltl. cl Euseh. lib. v, c. 24.
3 I Cor. X, 17.
* Dans le diocèse de Besancon , on ne distribue pas de pain bénit le jour de Pûqucs, parce que, ce jour-là, loul le monde Olanl censé participer li la réalilé.l a figure devient inutile.
le respecter ; les Pères de l'Église avertissent les fidèles de porter le plus grand respect à ces dons, parce qu'ils ont reçu la bénédiction des Prêtres, et de ne pas permettre que la moindre parcelle en soit foulée aux pieds, même par une négligence involontaire. 2° Nous devons le recevoir avec des sentiments de joie et de charité. N'est-il pas bien doux pour des frères de se trouver ensemble à la table de leur père commun, d'y manger le même pain , sans distinction de riches ou de pauvres, de savants ou d'ignorants? de penser que des millions de cœurs battent à l'unisson du leur , et que ce pain de fraternité qu'ils mangent en ce moment , d'autres frères le mangent aussi en Asie , en Amérique, en Chine, et jusque dans les îles naguère sauvages de TOcéanie ? Cette grande leçon de charité fut-elle jamais plus nécessaire que dans un siècle où l'égoïsme tend à dessécher toutes les âmes , et où le luxe a mis une énorme disproportion entre les hommes? 3' Nous devons le manger avec une sainte confiance , parce que ce pain, bénit pour nous , peut éloigner de nos corps , et plus encore de nos cœurs, par la rémission du péché véniel, tout ce qui pourrait en troubler l'harmonie.
Avec le pain bénit on oflVe un cierge et une pièce de monnaie. Cet usage nous reporte à la plus haute antiquité, où les fidèles offraient eux-mêmes tout ce qui était nécessaire au Sacrifice et à la subsistance des ministres sacrés : le pain, le luminaire et les aumônes.
Dans beaucoup d'églises, la distribution du pain bénit est suivie de la (juête. Kien ne nous semble plus naturel et plus touchant que cet usage. En effet, les doctrines et les cérémonies de l'Kglise doivent se traduire en bonnes œuvres^ car la charité est essentiellement ac-
tive. Les enfants de la grande famille viennent de manger le pain de la fraternité : TÉglise veut qu'ils donnent des marques réelles , efficaces de cette charité qui les unit. Elle se présente donc à eux, implorant leur compassion pour ceux de leurs frères qui sont dans le besoin. Ce sont des orphelins qu'il faut soutenir ; des pauvres honteux qu'il faut entretenir et loger; des vieillards infirmes à qui il faut procurer les soulagements que réclament leur âge et leurs souffrances; des malades, des mourants, à qui des secours corporels ou spirituels sont nécessaires; des morts même, car les morts aussi sont nos frères; enfin, c'est Jésus-Christ lui-même qui demande pour son autel, qui n'est pas décoré avec toute la décence convenable ; pour son temple , dont la nudité et la pauvreté excitent la compassion des pauvres eux-mêmes.
Ces motifs de nos quêtes existaient déjà il y a dixhuit siècles ; et le monde vit le grand Apôtre , parcourant les vastes provinces de la Grèce et de TAsie, faisant dans les assemblées des fidèles des quêtes pour leurs pauvres frères de Jérusalem. « H établit, dit saint Chrysostome , qu'elles auraient lieu le Dimanche'. En conséquence, le jour du soleil, c'est-à-dire le Dimanche, chacun de nous, disent ïertullien et saint Justin, apporte à l'assemblée sa modique offrande, selon ses moyens : personne n'est taxé; c'est comme un trésor de piété que nous employons au soulagement des pauvres , des infirmes, des orphelins , des exilés , de ceux qui sont condamnés aux mines pour la cause de la foi^?»
Demanderez-vous pourquoi saint Paul établit que les quêtes et les aumônes se fissent princi[)alement le Di-
' Scrm. XXII. — » Apol. c. 39.
manche? Saint Chrysostome va vous répondre : « C'est parce que le Dimanche est le jour où l'enfer a été vaincu, le péché détruit, les hommes réconciliés avec Dieu , notre race rendue à son antique gloire ; que dis-je? à une gloire plus grande, où le soleil éclaire l'étonnant miracle de Thomme devenu tout à coup immortel. Paul, voulant toucher notre cœur, a choisi ce jour pour solliciter notre charité , en nous disant : Songe, ô homme, de quels maux tu as été délivré, de quels biens tu as été comblé dans ce jour. Si donc nous célébrons l'anniversaire de notre naissance par des repas et des présents que nous donnons à nos amis, combien plus devons-nous honorer par nos libéralités ce jour qu'on peut appeler sans crainte le jour do la renaissance de tout le genre humain M » Le même Père exhorte ensuite tous les fidèles à mettre de côté quelque chose tous les Dimanches pour les pauvres, car saint Paul n'excepte personne quand il dit que chacun , unusquisque, mette à part quelque aumône. Les pauvres ne sont pas exceptés, puisqu'ils ne sont pas si pauvres que la veuve de l'Évangile, qui n'avait que les deux moindres pièces de monnaie et qui les donna.
L'éloquent Patriarche développe ensuite la raison pour laquelle l'Église permet que les pauvres mendient à la porte de ses temples : « C'est afin , dit-il , que chacun puisse purifier ses mains et sa conscience par l'aumône avant d'y entrer. Sans doute il est saint l'usage qui établit des fontaines devant les portes des églises et des oratoires, afin qu'on puisse se laver les mains avant d'y
> bi no» nalalitia celebramiu, etc. , quaulo magis nobis dicf isle ob«ervau« dus, qucm al qiiis nalaiiiium tolius nalurx humaiix appellct, non errabit! Sfrm. XMi.
eiiirer et de prier; mais plus saint encore et plus nécessaire est l'usage qui place les pauvres à la porte de nos temples pour laver les taches et les souillures de notre âme avant de nous présenter devant la majesté du Dieu trois fois saint : or, nos pères ont établi les pauvres à la porte de nos églises, comme des fontaines de purification; car l'aumône est bien plus puissante pour purifier nos âmes que l'eau elle-même pour purifier nos mains' . »
Gardez-vous donc bien d'abolir les quêtes de nos grand'Messes, vous effaceriez un des plus précieux vestiges de notre sainte antiquité. Que les Protestants, qui ne tiennent à rien dans le passé , et dont les doctrines divisent au lieu d unir, aient supprimé les quêtes dans leurs prêches, on le conçoit; mais l'Église catholique les conservera tant qu'elle sera la fidèle héritière du passé, tant qu'elle portera dans son cœur un amour de mère , tant qu'elle saura que c'est par des œuvres et non par de vaines paroles que la charité doit se produire. Et puis, quelle préparation meilleure au Sacrifice et à la sainte Communion que cette aumône faite pour Tamour du Dieu qui va se donner à nous, et en présence des fidèles pour les édifier?
Revenons maintenant à l'autel. Voici le Prêtre qui retourne du côté de TÉpître et qui se lave les doigts. Cette cérémonie, de la plus haute antiquité , est fondée sur deux raisons, l'une naturelle et l'autre mystérieuse. La raison naturelle, c'est que les deux cérémonies qui précèdent , savoir : la réception des offrandes des fidèles, comme cela se prati(|uait dans les siècles passés, et l'encensement, ([u\ se pratique encore aujourd'hui, peuvent salir les mains, et demander que le Prêtre les lave par
' Serm. xxv.
une raisoQ naturelle et de bienséance ; la raison mystérieuse, c'est d'apprendre aux Prêtres et aux fidèles qu'ils doivent, pour offrir le Sacrifice, se purifier des moindres taches. « Vous avez vu, dit saint Cyrille de Jérusalem, qu'un Diacre donne à laver les mains au Prêtre qui ofilcie et aux autres Prêtres qui sont autour de l'autel. Pensez-vous que ce soit pour nettoyer le corps? nullement ; car nous n'avons pas coutume, quand nous entrons dans l'église, d'être en tel état que nous ayons besoin de nous laver pour nous rendre nets. Mais ce lavement de mains nous rappelle que nous devons être purs de tous nos péchés, parce que nos mains signifient les actions ; laver nos mains n'est autre chose que purifier nos œuvres*. »
Conformément à cette pensée, la rubrique ne prescrit aux Prêtres que l'ablution de l'extrémité des doigts. '( Cette ablution, dit saint Denis, ne se fait pas pour effacer les souillures du corps, elles ont déjà été lavées, mais pour manjuer que lame doit se purifier des moindres taches ; c'est pour ce sujet que le Prêtre se lave seulement l'extrémité des doigts et non pas les mains.» En se lavant les mains, le Prêtre dit le psaume Zuvabbj qui convient si parfaitement à cette action, que, dès les premiers siècles, on le récitait déjà dans la même circonstance ^ Ce spectacle ne dirait-il rien aux Fidèles? Eux aussi ne doivent-ils pas être purs pour assister aux redoutables mystères? Qu'ils répèlent donc alors dans toute la sincérité de leurs cœurs : Lavez-moi, Seigneur, de plus en plus de toutes mes inicjuités, purifiez les pensées de mon esprit et les désirs de mon cœur, afin que
' Catécli. My«t. v.
' Dionys. de Eccl. Hier. c. 53; Lilurs. de S. <>brys. Euchol. Grxc. p. 60.
je puisse m' unir aux dispositions du Prêtre et participer aux fruits du Sacrifice.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie de me rappeler, par l'offrande du pain bénit, que nous sommes tous frères; faites-nous la grâce de nous aimer les uns les autres comme les enfants d'une même famille.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses , et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour, je donnerai à la quête le dimanche toutes les fois que je le pourrai.
XX' LEÇON
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Troisième partie de la Messe (suite'. — Orale, fratres. — Quatrième partie de la Messe. — Préface. — Sanctus. — Canon. — Diptyques.
I. Troisième partie de la messe (suite). — Après qu'au nom de TÉglise, le Prêtre a fait l'offrande du pain et du vin, et que les Fidèles se sont offerts avec lui pour reconnaître le souverain domaine de Dieu, et pour l'expiation de leurs péchés, il revient au milieu de Fautel, s'incline un peu, présente à la sainte Trinité cette oblation et lui exprime le but qu'il se propose en la lui présentant : c'est en mémoire des mystères de Jésus-Christ et en l'honneur des Saints, c est-à-dire pour remercier Dieu des faveurs dont il les a comblés et pour mériter leur protection. Pour cela, il dit la prière suivante: a Recevez, Trinité sainte, cette oblation que nous vous offrons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ notre Seigneur, et en l'honneur de la bienheureuse Marie toujours vierge, de saint Jean-Baptiste, des apôtres saint Pierre et saint Paul, de ceux-ci ' et de tous les Saints, afin qu'elle serve à leur honneur et à notre salut, et que ceux dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans le Ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il. »
» Des Saints dont on fait la fête : tel était autrefois le sens de ces paroles. Aujourd'hui elles siGuificnl : De ceux dont les reliques sont ici.
Cette antique prière* renferme toutes les personnes qui ont droit au Sacrifice, quoique d'une manière bien différente: Dieu à qui le Sacrifice est offert; Jésus-Christ qui en est la victime, non simplement offerte à Dieu, mais offerte en mémoire de sa propre Passion, de sa Résurrection et de son Ascension, par conséquent comme élevée devant le trône de Dieu pour être toujours présente devant sa face et y plaider notre cause; l'Église du Ciel et celle de la terre qui s'unissent pour participer à ce Sacrifice catholique. L'Église militante y communie sacramentellement et en reçoit de nouveaux fruits de vie. L'Église triomphante y communie aussi, mais d'une manière invisible, et c'est par celte communion continuelle que la vie glorieuse de Jésus-Christ est communiquée aux Saints dans le Cier\
En récitant cette prière, le Prêtre tient les mains jointes sur l'autel et la tête inclinée; il exprime par là qu'il se reconnaît indigne d'offrir le grand Sacrifice à la majesté suprême, et combien il faut être innocent pour se présenter devant Dieu de la part du genre humain. Enfin il baise l'autel, figure de Jésus-Christ, pour y puiser les dis[)ositions saintes dont il sent de plus en plus la nécessité. Afin de les communiquer aux Fidèles, il se retourne vers eux et leur dit en ouvrant les bras de sa charité : « Priez, mes frères, afin que mon sacrifice, » qui est aussi le votre, soit reçu favorablement de 0 Dieu le Père tout-puissant. »
Le Prêtre dit d'un ton un peu élevé : Priez, mes frères, afin d'être entendu au moins de ceux qui sont autour de Tautel, puisque son invitation s'adresse aux assistants. Le plus ancien motif de cette exhortation est venu
' Bona, lib. ii, c. 0. — ^ Le P. de Comlrcn, Idée du Sacerdoce, etc.
deToffrande du peuple, qui durait longtemps et qui pouvait causer des distractions ' ; mais le principal motif est que plus le moment du Sacrifice approche, plus aussi la prière et le recueillement sont nécessaires.
Le Prêtre, jusqu'à ce moment confondu avec le peuple, a en quelque sorte conversé avec lui par les différents souhaits qu'il a formés en sa faveur, par les diverses instructions qu'il lui a données, par les prières mêmes qu'il a faites en son nom. Voici qu'il va quitter les Fidèles pour s'enfoncer dans le secret du sanctuaire; nouveau Moïse, il va monter sur la redoutable montagne pour s'y entretenir avec Dieu. Mais il n'oublie pas, avant de faire cette grande démarche, qu'il y porte les faiblesses inséparables de l'humanité, et qu'il a besoin, dans cette occasion redoutable, d'être aidé par les prières du peuple, et il dit : Priez, mes frères : Orale, fratres; priez pour moi, comme le disaient les Prêtres il y a plus de huit cents ans', dans cette circonstance de la Messe, priez pour moi, pauvre pécheur, comme le disent encore les Chartreux , qui ont retenu cet ancien usage \
Par cette prière, le Prêtre prend congé du peuple qu'il ne verra plus jusqu'à ce qu'il ait consommé le Sacrifice. Durant tout ce temps, il ne se retournera plus vers lui, pas même lorsqu'il dira : Dominus vobiscum ^ bien que ce soit une salutation qui se fasse toujours en regardant les personnes qu'on salue. Uniquement occupé du grand mystère qui va s'opérer et dévotement tourné vers l'autel comme s'il était renfermé dans le Saint des saints, bien éloigné du peuple, il ne terminera ses prières se-
' Slepli. Educns. cpisc. de Sacr. alltir. c. 12.
- Miss. Illyrir, — ' Ordiii. r.arlusiaii. r. 20, n. 21.
Vif. 21
322 CATÉCHlSîdE
crêtes qu'en criant fort haut pour exhorter les fidèles à tenir leur âme élevée à Dieu.
AVOrate fratres, le Prêtre, se tournant vers les fidèles, leur dit : Mes frères. Ce mot touchant date de dix-huit siècles; il a retenti dans les Catacombes; il a été prononcé par des peuples de Saints : c'était le nom que se donnaient nos pères dans la foi. Et quand les Païens étonnés leur demandaient : « Comment êtes-vous tous frères? » ils répondaient : a Parce que nous sommes tous nés d'un même père, qui est Jésus-Christ, et d'une même mère, qui est l Église*. » Oh! que ce nom devient touchant dans cette circonstance où le Prêtre le prononce : Mes frères, unis par les liens du sang, soyonsle par le lien de la charité ; ne nous séparons pas dans ce moment, où il s'agit de notre cause commune; nous allons tous nous asseoir à la même table, rompre le même pain; et ce pain entretiendra en nous une même vie : le même sang divin coulera dans nos veines, et deviendra pour nous le gage du même héritage : Mes frères !!
Il dit jnon sacrifice^ qui est aussi le votre. Il est le mien, j'en suis le ministre. Il est offert pour moi, la victime m appartient. Il est aussi le vôtre, vous l'offrirez vous-mêmes par mes mains : la victime est à vous. Il ajoute : Afin qu'il soit favorablement reçu. Mais quoi ! peut-elle être rejetée, cette oblation du sang d'un Dieu, du Fils unique du Père? Non; mais j'ai une autre victime à olfrir avec celle-1^, c'est vous, c'est moi , et le Dieu trois fois saint peut trouver des taches dans cette seconde victime; il [)eut voir dans nos mains des injus-
« Inde eHisomncB fratrcs? De uno paire, Christo ; de una maire, Ecclesia. Arnob. i>i Piol. cxxxiii.
tices, dans nos cœurs des désirs criminels, dans nos consciences des souillures. C'est pour vous engagera de nouveaux sentiments de douleur et de p:émissemenls sur nos péchés communs que je vous renouvelle l'avertissement de prier : Orate^ frntres.
A une invitation si juste et si utile, le peuple répond : Oui, nous prierons afin « que le Seigneur reçoive de » vos mains le Sacrifice pour l'honneur et la gloire de » son nom, pour notre utilité et celle de toute TÉglise. )> Oh ! la belle leçon de charité que cette prière! Elle nous rappelle que nous sommes tous les enfants d'une même famille, car c'est à Dieu, notre Père commun, que le Sacrifice va être présenté; c'est Jésus-Christ, notre frère, qui va s'offrir; c'est par les mains d'un ministre choisi d entre nous qu'il va être offert; c'est pour la sanctification de tous que s'est consommé le grand mystère qui va se renouveler sous nos yeux. Si nous voulons que nos prières soient accueillies, gardons-nous de mettre à nos vœux ni restriction ni réserve. Le Prêtre répond : Amen : Qu'il soit ainsi! Et il récite l'oraison a|)pelée Secrète ; elle porte ce nom parce qu'elle se dit à voix basse.
Voilà donc le Prêtre entré dans le secret du sanctuaire pour y traiter seul à seul avec Dieu. Et(jue ftiii le nouveau Moïse dans ce mvslérieux entretien? Il demande au Seigneur que les obhitions des fidèles lui soient agréables et leur obtiennent toutes les grâces que son infinie sagesse connaît leur être nécessaires. Pour s'unir au Pi être dans ce moment, les assistants doivent prier Dieu qu'il daigne les purifier, les sanctifier, afin qu'ils soient dignes de lui être présentés comme une hostie sainte, vivante et d'agréable odeur. Cette dispo-
sition est d'autant plus importante, que l'instant de la consécration approche. Voici la quatrième partie de la Messe qui commence; elle s'étend depuis la Préface jusqu'au Pater. Avant de l'expliquer arrêtons-nous un instant à étudier les rapports de la troisième partie de la Messe avec les circonstances du sacrifice de la croix.
Aux yeux delà piété, le Prêtre découvrant le calice, cest Jésus dépoinllé; le Prêtre faisant l'Ollertoire, cest Jésus flagellé ; le Prêtre recouvrant le calice , cest Jésus couronné d'épines; le Prêtre se lavant les mains, cest Pilate se lavant les mains ; le Prêtre disant : Orale, fratrès, cest Pilate disant aux Juifs, en leur montrant Jésus : Voilà Vhomme. Et maintenant, pour savoir quel sentiment doit dominer dans notre àme pendant la troisième partie de l'auguste Sacrifice, rappelons-nous que c'est en ce moment que le Verbe incarné s'offre à son Père. Adoration , anéantissement , voilà ce que nous crie l'exemple de la grande victime. Adoration, anéantissement, oh ! oui , que notre être tout entier s'olîre , s'immole et disparaisse en quelque sorte pour honorer le souverain domaine du Dieu de la vie et de la mort. Offrons, consacrons sans réserve, avec la grande victime, notre corps, notre âme, nos biens ; la gloire, le bonheur est dans cet holocauste obligé qui doit nous transformer en Jésus-Christ. Ainsi nous accomplirons en nous la première fin du Sacrifice qui est offert pour reconnaître le souverain domaine de Dieu sur tout ce qui existe.
II. Quatrième partie delà Messe. — La Préface commence la quatrième partie de la Messe. Le mot préface veut dire prélude, introduction, action ou discours qui précède. C'est, en effet, pour précéder le Canon et pour y préparer que l'Église fait dite la Préface immédiate-
DE PERSÉVÉRANCE. 32o
ment avant de commencer les prières qui le composent. En mettant une préface avant Faction par excellence, elle a voulu imiter Jésus-Christ, qui commence par rendre grâces à son Père avant de ressusciter Lazare, et avant de changer le pain en son corps et le vin en son sang.
La Préface est un chant de triomphe et de gloire; c'est une invitation à élever son cœur vers Dieu et à s'unir aux hiérarchies des Anges pour le louer et le bénir. Elle est de toute antiquité dans TÉglise, et vient probablement des Apôtres ^ Saint Cyprien exprime clairement le motif qui l'a fait instituer : «Le Prêtre, avant de commencer la prière (le Canon est la prière par excellence), prépare 1 esprit des frères par cette préface, Sursinn corda : En haut les cœurs, afin que le peuple soit averti par sa propre réponse : Hahemus ad Dominxim : Nous les tenons élevés vers le Seigneur, de l'obligation où il est de ne s'occuper que de Dieu seul^. » On compte généralement onze préfaces qui remontent à une plus ou moins haute antiquité : la préface commune pour tous les jours qui n'en ont pas de propre; celles de Noc'l, de TKpiphanie, du Carême, de Pâques, de l'Ascension, de la Pentecôte, de la Trinité, des Apôtres, de la Croix et de la sainte Vierge. Les églises particulières en ont ajouté quelques autres, d'une date moins an-
cienne^.
Le Prêtre a quitté le peuple; il a pris congé de lui en lui faisant de solennels adieux et se recommandant à ses prières. Pour marquer d'une manière sensible cette séparation mystérieuse, on tirait autrefois, avant la Préface, les rideaux, et on fermait les portes qui sépa-
' Ang. epi'it. att Jtinunr. r. 55. — ' De Orat. Domini. — ^ C.onc. t. iv.
raieiil le sanctuaire du reste de Téglise' ; on ne les rouvrait qu'au moment de la communion.
C est du fond de cette solitude redoutable que le Prêtre, après avoir appelé la bénédiction de Dieu sur les oflVandes des fidèles, élève tout à coup la voix pour entonner Thymne de Téternité : Peromnia sœcula soeculorum : Dans tous les siècles des siècles. Comme s'il disait : le Seigneur accepte vos dons, il agrée le Sacrifice, le Sacrifice qui va devenir pour vous une source de bénédictions; comment m'aurait-il refusé? je Tai prié au nom de son Fils adorable, qu'il exauce toujours, et qui vit et règne avec lui dans tous les siècles des siècles. Le peuple, partageant la joie du Piètre, s'empresse de répondre : Amen : Qu'il soit ainsi! Nous consentons à Toblation que vous venez de présenter, et dont nous sommes les victimes; nous sommes heureux que le Seigneur daigne l'agréer : A7nen : Qu'il soit ainsi! Et les voûtes du temple retentissent de cette protestation solennelle, et les échos de la Jérusalem d'en haut la redisent aux Anges attendris. Ici commence entre le Prêtre et les fidèles un dialogue à la beauté duquel ajoute encore le chant inimitable qui l'accompagne ^
Que le Seiijneur soit avec vous^ dit le Prêtre. du fond du sanctuaire ; préparez-vous, de grandes choses vont s'accomplir.
Qu'il soit aussi avec votre esprit y répond le peuple : plus (jue jamais son assistance vous est nécessaire.
En Jmut les cœurs, dit le Prêtre. 0 Dieu ! quand on pense que cette admirable invitation est sortie mille fols de la bouche des Chrysoslome, des Ambroise, des Ba-
' LIturf;. (le S. Jacques, de S. Basile cl de ?. Clirjsoslomc. * Concilier, t. iv.
sile, des Augustin, et qu'elle a retenti aux oreilles de millions de Saints et de Martyrs ; quand on pense aux impressions qu'elle a produites sur cette multitude de cœurs, avec quel respect profond ne devons-nous pas Técouter, avec quelle ferveur ne devons-nous pas répondre!
Nous les tenons élevés vers le Seigneur, Cela est-il toujours vrai? nos cœurs sont-ils bien réellement dégagés des affections terrestres ? Dans ce moment solennel avons-nous oublié et nos plaisirs, et nos affaires, et les bagatelles qui nous amusent ? Le Ciel qui va s'ouvrir, la victime qui va descendre sont-ils tout pour nous? Hélas! que dis-je! sont-ils quelque chose pour nous? L'Église le désire, le Prêtre aime à le croire, c'est pourquoi il ajoute :
Rendons grâces au Seigneur notre Dieu, et pour cette heureuse disposition, et pour les bienfaits dont il nous a comblés jusqu'à présent, et pour les faveurs signalées qu'il s'apprête à nous accorder encore. Et les fidèles, dans un transport de reconnaissance et d'amour, répondent par acclamation : Il est juste et raisonnable.
Assuré des dispositions des assistants, dont il vient en quelque sorte de recueillir les suffrages , le Prêtre se trouv(î chargé de tous les vœux ; il devient l'interprète de tous les cœurs ; et , répétant la réponse du peuple, il la porte aux pieds du trône de Dieu. Aux motifs de justice qui nous engagent à rendre grâces à Dieu, il ajoute des motifs d'intérêt : Rendre grâces au Seigneur, dit-il, est une chose vraiment digne et juste, équitable et salutaire en tout temps et en tout lieu, et pour le j)rouver le Prêtre rappelle la sainteté , la puissance , la bonté infinies de Dieu : Pater omnipotens, œterne Deus. Dans chaque fêle il signale (juckpies-uns de ses bienfaits analogues à la circonstance, puis il ajoute réternelle et su-
blirae conclusion de toutes les prières catholiques : Per Jesiim Christum , toutes ces actions de grâces nous les rendons par Jésus-Christ. Médiateur entre la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste , Dieu par nature , homme par obéissance , roi du Ciel , Seigneur du genre liumain, Dominum îiostmm , c'est lui qui a délié notre langue pour la mettre en état de louer Dieu ; c'est lui qui associe notre voix à la voix des esprits bienheureux ; et c'est par lui que toute la milice céleste rend à Dieu les hommages proportionnés au rang que lui a marqué TEternel : Per quem majestatem tuam. Alors, ô moment solennel! des cantiques des anges et des cantiques des hommes il se forme un seul cantique, une seule voix qui redit et qui redira éternellement : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées : Sanctus, sanctus, etc.
Le Sanctus est une hymne que la terre doit au Ciel. Isaïe , ravi en esprit , Tentendit chanter alternativement par les Séraphins , et saint Jean dit que les Saints en feront retentir éternellement la Jérusalem céleste*. Le Sanctus est donc un de ces refrains sublimes que l'Église triomphante a envoyé à sa sœur, l'Église militante, pour qu'elle apprenne à le bégayer dans l'exil, et ([u'en le bégayant elle se console dans l'espérance de le chanter un jour : le Saîictus se trouve dans les plus anciennes liturgies ^.
En disant le Sanctus, le Prêtre baisse le ton , et parce (jue cette variété soulage celui qui récite, et parce qu'elle réveille l'attention; il le prononce néanmoins d'une voix intelligible, parce que le peuple a toujours été invité à dire ce cantique * ; de là vient qu'aux grand' Messes il
' Apoc. IV, 8. — » IJliiri;. de S. Jacques; S. Cyril. Catèrh. mysl. v. 3 Grefj. Nyss. Oral, de non dijf. lloptism.
est encore répété par le chœur. Pour marquer un plus profond respect en récitant le Sanctus, le Prêtre joint les mains et se tient incliné. On sonne une clochette pour avertir les assistants que le Prêtre va entrer dans la grande prière du Canon qui doit opérer la consécration du corps de Jésus-Christ. Le Sanctus se termine par ces paroles: Hosanna in excelsis : Sauvez-nous , je vous prie, vous qui habitez les hauteurs des cieux. Ho^ sanna, cri de joie, acclamation pleine d'énergie, est un mot hébreu comme amen et alléluia^ que TKglise a conservé sans le traduire. En disant ces derniers mots, le Prêtre se redresse et fait sur lui le signe de la croix , parce que c'est par la vertu de la croix que nous avons part aux bénédictions que Jésus-Christ est venu répandre sur la terre. Suit immédiatement le Canon.
Le mot canon veut dire règle. Ce nom a été donné à la prière de la Messe qui commence par ces mots : Te igitiir, et qui s'étend jusqu'au Pater, parce qu'elle renferme toutes les prières prescrites par l'Église pour offrir le saint Sacrifice, et qu'on ne doit jamais changer. Les prières du Canon sont de toute antiquité \ et le concile de Trente dit avec raison qu'elles sont composées des parôles mêmes de notre Seigneur, des traditions des Apôtres et des pieusps institutions des saints Papes ^. Les Pères appellent aussi le Canon la prière, c'est-à-dire la prière par excellence, parce qu'on y demande le plus grand de tous les dons, (jui est Jésus-Christ ; Vaction, c'est-àdire l'action par excellence, parce que c'est dans cette partie de la Messe que s'accomplit la plus sublime action qui se puisse concevoir '. L'action par excellence , c'est
' VIgil. papa, i:/)is(. ad piurfcct. niacar.: Cypr. de Orat. dont.: Innocent. I. hpist. nd Dirent.
' Sc»«. \xii, c. IS et r. 'j. — Siral). de llcb. ceci. c. 2?.
le Sacrifice ; aussi , dans les langues anciennes , agir et
sacrifier y action et sacrifice s'expriment par le même mot.
Le Canon est , dans le corps des prières catholiques , ce qu'il y a de plus excellent et de plus ancien : on ne peut citer un temps dans 1 Église où le saint Sacrifice se soit offert avec d'autres prières. Dès lors quelle vénération n'exigent pas des paroles que nos pères dans la foi ont prononcées avant nous ! des prières dont ils faisaient leur unique consolation , et qui , pendant les persécutions , attiraient sur eux la force et le courage nécessaires pour résister aux tyrans , subir les tortures et répandre leur sang pour la Religion !
Lors donc que le Prêtre a fini le Sanctus, il élève les yeux et les mains au Ciel. C'est pour imiter le Sauveur, qui , avant d'opérer ses miracles , s'adressait au Père qui règne dans les cieux. Mais bientôt il baisse les yeux, joint les mains, et s'incline pour prendre la posture d'un suppliant. Ensuite il baise l'autel, qui représente Jésus- Christ, pour lui exprimer son amour et son respect et lui demander qu'il donne à sa prière d'être puissante sur le cœur de Dieu , et il dit : « Nous vous supplions donc , Père très-clément, et nous vous conjurons, par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, d'avoir pour agréables et de bénir ces dons, ces offrandes, ces sacriiices saints et sans tache que nous offrons , premièiement, pour votre sainte Église catholique, afin qu'il vous plaise de lui donner la paix , de la conserver , de la maintenir dans l'union , et de la gouverner par toute la terre, et avec elle votre serviteur notre pape N., et notre évoque N., et notre roi N., et tous ceux dont la créance est orthodoxe et qui font profession de la foi catholi(]ue et apostolique. »
Ces mots: nous vous supplions dojic, marquent distinctement que cette prière est la suite des précédentes. Les fidèles ont déclaré dans la Préface qu'ils tenaient leurs cœurs en haut , qu'ils unissaient leurs volontés et leurs voix aux Anges et aux Saints pour rendre gloire à Dieu, et le Prêtre conclut qu'il est temps de demander au Seigneur la bénédiction et la consécration de la victime.
En disant ces dons, ces offrandes ^ ces sacrifices saints et sans tache, le Prêtre fait trois fois le signe de la croix sur le calice et sur Ihostie , pour montrer que c'est par les mérites de la croix de Jésus-Christ qu'il demande à Dieu de bénir le pain et le vin et de les changer au corps et au sang du Sauveur, comme des dons qui viennent de lui, comme des présents que nous lui offrons , comme la matière du Sacrifice pur et sans tache qui va lui être fait. Pendant le reste de cette prière, le Prêtre tient les mains étendues à la hauteur des épaules : ne vous semble-t-il pas voir Moïse sur la montagne, Jésus-Christ sur la croix, nos pères dans les Catacombes!^ c'est ainsi qu'ils priaient. Ce spectacle si riche de souvenirs ne dira-t-il rien à notre cœur ?
Dans la première prière du Canon , lÉglise exprime le but quelle se propose en ofl'rant 1 auguste Sacrifice : la paix et lunion parmi ses enfants ; la conservation du souverain Pontife, centre de l'unité catholique et représentant de Jésus-Christ sur la terre; celle de TEvcVjue du lieu , parce qu'il est établi pour conduire une partie du troupeau; celle du roi, qui est l'évêquo du dehors; enfin la grâce à tous ceux qui j)rofessenl la foi catholique et orthodoxe. Pendant celte prière , les fidèles s'unitjsent aux Prêtres pour demander à Dieu qu'il agrée leurs dons, qu'il exalte <ci sainte Église, et qu il
accorde à ses enfants de passer une vie paisible et tranquille sous la conduite de ceux qu'il a appelés à les gouverner '.
Après avoir rappelé la tîn principale pour laquelle le Sacrifice est offert, et prié pour toute l'Église, le Prêtre récite la seconde prière du Canon, dans laquelle il recommande à Dieu tous les assistants, et en particulier ceux pour qui il va offrir la sainte victime : « Souvenezvous , Seigneur, dit-il , de vos serviteurs et de vos servantes N. N. (ici il s'arrête pour les désigner), et de tous ceux qui seront ici présents, dont vous connaissez la foi et la dévotion , pour qui nous vous offrons ou qui vous offrent ce sacrifice de louanges pour eux-mêmes, pour tous ceux qui leur appartiennent , pour la rédemption de leurs âmes, pour l'espérance de leur salut et de leui- conservation, et qui vous rendent leurs vœux, Dieu éternel , vivant et véritable. »
Reconnaissez-vous , dans cette prière , le cœnv maternel de l'Eglise? Santé de TAme et du corps, paix, union, charité, salut éternel pour tous ses enfants : voilà ce qu'elle demande à son divin Époux; voilà ce qu'elle veut que nous demandions les uns pour les autres. Mais ce n'est pas assez pour sa tendresse : après avoir réuni tous ses enfants qui voyagent encore avec elle sur cette terre , après leur avoir dit de ne former tous entre eux qu'un cœur el qu'une âme, après les avoir mis en (|uel(jue sorte sous ses ailes, comme la poule y met ses poussins , cette tendre mère nous avertit d'élever nos yeux avec elle ; de contempler nos frères qui régnent dans les cieux, qui nous tendent les bras, et les Anges qui se préparent à mettre nos prières dans
' Ubrun, arr. 11, pi 13 cl «uiv.
leurs encensoirs d'or pour les présenter au Seigneur comme un parfum d'agréable odeur.
Elle nous rappelle donc le dogme consolant delà communion des Saints qui ne fait des Chrétiens de la terre et des Chrétiens du Ciel qu'une seule famille dont les intérêts sont communs. Mes bien-aimés , nous dit-elle, vous que j'enfante maintenant à Jésus-Christ, ayez confiance; \x)us êtes en communion avec vos frères aînés: leurs prières appuieront les vôtres : votre sacrifice est le leur. Et la voilà qui se met à nous réciter le nom de quel(iues-uns de ces illustres habitants des cieux : celui de Marie notre mère , et la mère de Jésus-Christ notre frère ; celui des Apôtres et de quelques martyrs. « Étant en communion , dit le ministre sacré, et honorant la mémoire, en premier lieu, de la glorieuse Marie, toujours vieige, mère de Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur, et de vos bienheureux Apôtres et martyrs Pierre et Paul, André, Jacques, Jean, Thomas, Jacques, Philippe, Barthélemi, ^latthieu , Simon et Thaddée, Lin, Clet, Clément, Xiste, Corneille, Cypricn, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côiiie et Damien , et de vos Saints, aux mérites et aux prières desquels daignez accorder qu'en toutes choses nous soyons munis du secours de votre protection , par le même Jésus-(]hrist notre Seigneur. Amen, qu'il soit ainsi. » Pendant cette prière, le Prêtre tient les mains élevées, et il fait une inclination, [►ar respect, aux noms de Jésus et de Marie. Il semble (ju'il suffisait , sans nommer un aussi grand nombre de bienheureux, de dire : Honorant la mémoire de vos Saints, aux mérites et aux prières desquels daignez accorder ^ etc. , etc. ; mais l'Eglise a voulu perpétuer le souvenir d'un usage précieux de sa vénérable antiquité.
Il y avait autrefois dans chaque église trois catalogues ou diptyques qu'on conservait avec beaucoup de soin : le mot diptyques veut dire tables pliées en deux. Sur le premier diptyque on écrivait le nom de la sainte Vierge, des Saints, des Apôtres et surtout des Martyrs; plus tard on y inséra aussi le nom des Évéques morts en odeur de sainteté. Quand on voulait déclarer un homme saint, on mettait son nom sur le diptyque des Saints. Delà est venu le mot canoniser, parce qu'on le récitait pendant le Canon. Sur le second on mettait le nom des fidèles qui vivaient encore et qui étaient recommandables par leur dignité, ou par les services qu'ils avaient rendus à l'Eglise; ce catalogue renfermait les noms du Pape, du Patriarche, del'Évéque, du clergé du diocèse, des rois, des princes, des magistrats, etc. Sur le troisième on inscrivait les noms des fidèles morts dans la communion de l'Église. Ces trois catalogues étaient publiquement récités à l'église pendant le saint sacrifice de la Messe, par le Prêtre, ou par un Diacre, ou par un Sous-Diacre.
De cet antique usage, nous avons conservé des vesti- £;es. Au commencement du Canon nous récitons les noms du Pape, de fEvèqué, du roi, etc.; au premier Mémento^ les noms des vivants; au second, les noms des morts ; et avant et après la consécration , les noms des principaux Saints de l'Eglise. Au prone on trouve encore les restes de la même tradition. On y prie pour les vivants et pour les morts, on nomme les uns et les autres. A notre avis, rien n'est plus touchant et plus charitable '. Voyez comme dans notre liturgie tout respire la grande vertu du Christianisme, la vertu qui a civilisé
' yoyc} M. Tblrat, p. 333 ; Lebrun, p. ûlO.
le monde, la vertu qui fait encore la force des États, le bonheur des familles et le charme de la vie : la charité!
PRIERE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie des grandes leçons de ferveur et de charité que vous me donnez dans les prières du saint Sacrifice; aidez-moi à les bien comprendre et à les réciter comme les premiers Chrétiens.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour, j'assisterai à la Messe en esprit de victime.
XXP LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Quatrième partie de la Messe (suite). — Consécration. — Élévation. — Prières qui la suivent. — Rapports entre la quatrième partie do la Messe et la Passion.— Sentiment qui doit dominer dans notre cœur.
Dans la prirrc précédente T Église de la terre est entrée en communion avec TKglise du Ciel ; les deux sœurs sont réunies pour offrir le grand Sacrifice qui les réjouit Tune et l'autre. Le Prêtre est leur ministre ; en leur nom il va prendre possession de la victime : le voici qui étend les mains sur le calice et sur l'hostie. Celte imposante cérémonie vous reporte à trois mille ans; vous voyez sous vos yeux Aaron et les anciens pontifes successeurs dWaron, étendant les mains sur la tête des victimes, en prendre possession au nom de Dieu, et exprimant par ce signe que l'animal dont le sang allait couler était substitué à leur place , à la place de l'homme coupable et digne de mort : ainsi fait le Prêtre catholique.
Mais ce n'est plus sur une victime figurative qu'il étend les mains , c'est sur la victime véritable allenduc pendant quarante sirclcs ; et, comme celles d' Aaron , ses mains étendues disent cjuc c'est lui qui est coupable, lui qui doit être sacrifié à la place do la victime innocente. Oh! dans quels sentiments, l^étrcs et fidèles, ne devons-nous pas nous unir à cette prière! quel saint tremblement doit nous saisir , (juand nous voyons celte redoutable cérémonie, quand nous pensons que là, sous les mains du Prélre , nous sommes aussi placés comme
rr: persévêhance 337
victimes avec Jésus-Christ, et que nous entendons ces paroles par lesquelles la sainteté de Dieu s'empare de la victime! Hanc igitiir ^ etc. « Nous vous prions donc, Seigneur, de recevoir favorablement cette offrande de îiotre servitude et de toute votre famille, d'établir nos jours dans votre paix , de nous préserver de la damnalion éternelle et de nous mettre au nombre de vos élus par notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi soit-il. »
Le Prêtre dit de iioti^e servitude. Ces paroles signifient les Prêtres, qui sont plus que les fidèles la servitude ou les serviteurs de Dieu '. La paix en cenoonde, l'exemption du péché, le salut éternel, voilà les avantages que nous attendons du Sacrifice et que nous exprimons dans cette prirre. Demandons-les avec confiance, le sang du second Abel est assez puissant pour nous les obtenir.
Le ministre sacré a pris possession de la victime; il retire ses mains, les joint en signe d'humilité, car il va solliciter le glus grand des miracles. Jusqu'ici il n'y a sur l'autel que du pain et du vain , éléments du Sacrifice. Il s'agit d'obtenir leur transsubstantiation au corps et au sang de IHomme-Dieu. Le Prêtre donc, recueillant les pensées de sa foi, s'arme du pouvoir sublime dont il a été revêtu, et, s'adressant au Créateur des mondes, il lui dit de prononcer, suivant sa promesse , sur le pain et le vin , pour les changer au corps et au sang de Jésus- Christ, \q pat tout-puissant qui fit jaillir la lumière et qui créa l'univers : « Nous vous prions donc , o Dieu , lui dit-il, qu'il vous plaise de faire que celte oblation soit en toutes choses bénie, admise, ratifiée, raisonnable et agréable, afin qu'elle devienne pour nous (fi\t) le corps
' I.cl)riin, p. 6'il.
vu. 22
et le sang de voire très-cher Fils notre Seigneur Jésiis- Christ. »
Celle prière renferme un sens profond qu'il faut expliquer. Nous demandons que cette oblation soit beîiie en loiUes choses , c'est-à-dire entièrement, parfaitement bénie; en d'autres termes, changée au corps et au sang du Sauveur , ce qui est la bénédiction par excellence ; et qu'ainsi la divine Victime, la Victime essentiellement bénie nous communique toutes ses bénédictions. L'Église renferme en général tout ce qu'elle peut souhaiter touchant l'oblation de l'autel en demandant quelle soit bénie en toutes choses ; mais , pour mieux marquer cette grande grâce qu'elle attend, elle détaille par les quatre mots suivants tout ce qu'elle espère de Dieu.
Admise : qu'il l'accepte, qu'il l'agrée, et que l'oblation que nous faisons de nous-mêmes ne soit pas non plus rejetée, mais admise avec celle de Jésus-Christ.
Ratifiée: qu'elle devienne une victime permanente, ([ui ne change point comme les anciens sacrifices des animaux qui ont été révoqués, et que notre oblation soit aussi irrévocable, de sorte que nous n'ayons jamais le malheur de nous séparer de Dieu.
Raisonnable. Ici, raison humaine, tais-toi; adore dans le silence celui qui d'un mot créa l'univers, et qui peut en parlant opérer des prodiges plus facilement (jue tu ne parles ta pensée. Nous demandons que la victime qui est sur l'autel devienne une victime humaine, raisonnable, et même la seule douée de raison, la raison par excellence, la seule digne de nous réconcilier avec Dieu ' ; car toutes les victimes dont le
' Lebrun, supra. Le P. Condren, Idée du sacrifice.
sang coula sur les autels du monde antique durant quarante siècles n'étaient pas raisoniiables , et n'étaient dignes ni de Thomme ni de Dieu.
Agréable : c est-à-dire que Foblation de Tautel devienne le corps et le sang du Fils bien-aimé , en qui le Seigneur a mis toutes ses complaisances. Nous ne demandons pas seulement que cette oblation devienne tout cela , mais même qu'elle le devienne pour nous , pour notre bien.
Et ces prodiges de puissance et de bonté , voyez-vous avec quelle simplicité de paroles TÉglise les sollicite! Avec autant de simplicité que l'Écriture exprime le plus grand des miracles dans Tordre de la nature, la créalion : Que Ui lumière soit; le plus grand dans Tordre religieux, Tincarnation : Quil soit fait selon votre parole; l'Église demande le prodige qui renferme tous les autres, le grand miracle du changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ : Que cette oblation (leviewie pour 7ious le corps et le sang de votre cher fils notre Seigneur Jésus-Christ!... Est-ce là du sublime? Trouvez quelque chose de comparable dans les auteurs profanes! Ile-tdonc vrai, Religion sainte, vous réunissez tous les titres à l'amour du Chrétien et à l'admiration de l homme éclairé. A cha(jue page de votre liturgie, comme à chacun de vos dogmes et de vos préceptes, brille le cachet de votre céleste origine. En prononçant les prières que nous venons d'expli(iuer, le Prêtre fait plusieurs signes de croix, pour marquer que c'est au nom tout-puissant de Jésus-Chiist qu'il demande le miracle.
EnQn , nous voici au moment où le Fils de Dieu , Télerncl , le fort, le lout-[)uissant, le créateur des mondes,
ni) CATÈCHISMF
va se rendre obéissant à la voix d'un mortel. Le Prêtre essuie sur le corporal le pouce et le second doigt de chaque main, afin d'en ôter rhumidité ou la poussière, el de les mettre plus en état de toucher décemment le corps du Seigneur. Avec les doigts qu'il a purifiés, et qui ont été consacrés par l'ordination, il prend l'hostie et il dit avec respect et piété, d'un ton simple et uni, comme faisait le Sauveur, dont il tient la place, lorsqu'il opérait des miracles : «Qui (Jésus-Christ), la veille de sa Passion, prit du pain dans ses mains saintes et vénérables, et ayant levé les yeux au Ciel, vers vous, o Dieu, son Père tout-puissant! vous rendant grâces, le bénit, le rompit, et le donna à ses Disciples en disant : Prenez et mangez; ceci est mon corps. »
Le miracle est accompli! et le Prêtre tombe à genoux; et les assistants se prosternent; et la cloche, cette trompette de l'Église militante, avertit au loin les fidèles d'adorer; et on les voyait jadis, au bruit de l'airain sacré, se mettre à genoux dans les maisons, dans les rues, dans les champs, et réciter l'oraison du Seigneur. Cependant le Prêtre élève le corps adorable du Fils de Dieu, qui vient de s'incarner dans ses mains , et à ce moment de l'élévation, les anciennes basiliques étaient émues : on ouvrait les portes saintes, on tirait les rideaux qui avaient caché le sanctuaire, et saint Chrysostome disait à son peuple : « Regardez l'intérieur du sanctuaire comme l'intérieur du Ciel, pour voir des veux de la foi Jésus-Christ et le chœur des Anges prosternés autour de l'Agneau'. Considérez la table du Roi; les Anges en sont les serviteurs; le Roi s'y trouve
' Uomil, III, in Epist. ad Ephcs,
en personne» Si vos vêlements sont purs, adorez et
communiez'. »
Après avoir déposé sur le corporal le corps du Seigneur, le Prêtre continue : « De même , après qu'on eut soupe, prenant aussi ce précieux calice entre ses mains saintes et vénérables, et vous rendant pareillement grâces, il le bénit et le donna à ses Disciples en disant : « Prenez et buvez-en tous , car ceci est le calice de mon sang, le sang du nouveau et éternel Testament, mystère de foi ", qui sera répandu pour vous et pour plusieurs, en rémission de vos péchés. Toutes les fois que vous ferez ces choses, vous les ferez en mémoire de moi. »
Ces dernières paroles sont le titre du pouvoir du Prêtre et la preuve éternelle du mystère qu'il vient d'accomplir. Le Tout-Puissant , c est-à-dire celui qui opère ce qu'il veut en parlant, lui a dit : « Vous ferez ce que j'ai fait; vous changerez le pain en mon corps et le vin en mon sang. » Et le Prêtre le fait. Et ce n'est ni l'impie, ni l'incrédule, ni Thérétique, qui mettront des bornes à la puissance du Tout-Puissant. Il est donc de foi qu'après les paroles de la consécration, il ne reste plus ni pain ni vin , mais seulement des apparences, pour marquer le point qu'occupe le Dieu invisible, et pour dire à nos sens ; Il est là. La raison elle-même ne nous conduit-elle pas à dire qu il devait en être ainsi?
' Humil. L\i , od pop. Aniiuch. Alor» roiévaiion n'avait lieu qu'a\aMt la fommunlon.
' Alysière de la foi. Parole» du Sauveur constr\cc« par la tradition. Oh! oui, le Sacrifice de l'Homine-Diiu est bien le mysiire de fui par excellence! myftl^re de foi pour tous les siècles anriens qui l'attendaient, mystère de foi pour tous les sii-cles po^itrieurs au Messie, qui le croient sans que la raii^on humaine puisse le comprindre.
En effet, après l'abolition des sacrifices grossiers de l'ancienne loi , la conservation du culte extérieur exigeait un signe, symbole de la victime morale. Jésus-Christ, avant de quitter la terre, pourvut à la grossièreté de nos sens, qui ne peuvent se passer de signe matériel : il institua l'Eucharistie, où, sous les espèces sensibles du pain et du vin , il cacha l'offrande invisible de son sang et de nos cœurs.
Cependant le Prêtre fait de nouveau l'élévation du calice; puis il le repose sur l'autel après Tavoir adoré. L'élévation et l'adoration de lEucharistie n ont pas toujours été faites comme à présent; jusqu'au commencement du douzième siècle, les Prêtres élevaient en même t^mps le calice et l'hostie à ces paroles : Omnis honor : Tout honneur et toute gloire dans les siMes des siècles. On observe bien encore cette petite élévation; mais l'Eglise, pour protester contre l'erreur des hérétiques qui ont osé attaquer le dogme de l'Eucharistie, et pour donner aux fidèles 1 occasion de manifester solennellement leur foi , a établi l'usage d'élever , après la consécration, le corps et le sang de notre Seigneur, et de l'offrir à l'adoration des Chrétiens.
L'élévation , telle que nous la pratiquons aujourd'hui, remonte donc au commencement du douzième siècle, et l'hérétique Béranger en fournit la cause par ses blasphèmes contre la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de son amour. Plus tard , on la fit encore avec plus de raison, lorsque Luther et Calvin, développant l'hérésie de l'Archidiacre d'Angers, atta({uèrent avec une fureur implacable le dogme de la sainte Eucharistie. On ne se contenta pas de sonner la cloche pour avertir tout le monde de se prosterner ; on alluma aussi des torches
pour rendre ce moment plus solennel ^ : cette dernière cérémonie se pratique encore avec pompe dans nos Messes solennelles.
La consécration et l'élévation finies, le Prêtre étend les bras et continue la grande action. Docile au commandement exprès du Sauveur, qui dit à ses Apôtres et à leurs successeurs : Toutes les fois que vous ferez ces choses, faites-les en mémoire de moi^ , le Prêtre dit : « C est pourquoi. Seigneur, nous qui sommes vos serviteurs, et avec nous votre peuple saint , en mémoire de la trèsheureuse Passion de votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, et de sa résurrection des enfers, et de sa glorieuse ascension au Ciel , nous oiïrons à votre incomparable majesté , de vos dons et de vos bienfaits l'hostie 7 pure, riiostie 7 sainte, l'hostie f sans tache , le pain sacré 7 de la vie éternelle, et le calice 7 du salut perpétuel. »
Oh ! que cette prière est propre à élever l'àme et à la pénétrer de religion ! Quoique le sacrifice de la Messe soit spécialement destiné à nous rappeler la mémoire de la Passion de Jésus-Christ, l'Église, suivant l'ordre de son divin Époux , fait aussi mention des mystères de la résurrection et de l'ascension, parce qu'ils ont avec la Passion un rap[)Ort essentiel. Ainsi, nous communiquons, dans le Sacrifice de l autel, à Jésus-Christ mort, et qui par sa mort a détruit l'empire que la mort avait sur nous, en lx)rnant au temps notre mort , qui devait être éternelle, et en faisant de la mort le passage à une vie qui n'aura pas de fin ; nous cx^mmuniquons à Jésus- Clirist ressuscité, dont la résurrection est le principe et le modèle de la nôtre ; nous commnnicpions à Jésus- Christ montant aux cieux , et par là nous y montons en
' Lebrun , p. 471. — ' 1 Cor. xi , 25.
3ii CATÉCHISME
quelque sorte avec lui ; tellement que nous pouvons nous envisager dès à présent comme les citoyens du Ciel. Estil possible de se rappeler les différents fruits de tous ces grands mystères, et de conserver si opiniâtrement l'amour des choses sensibles ?
En disant cette prière , le Prêtre fait cinq fois le signe de la croix sur le corps et le sang du Sauveur. Or, il faut savoir qu'il y a une grande différence entre les signes de la croix qui se font après la consécration et ceux qui la précèdent ou l'accompagnent. Les premiers ont pour but d'attirer des grâces ou de marquer qu'on les attend par les mérites de la croix de Jésus-Christ, et ils sont joints à des mots qui expriment la faveur qu'on désire , la bénédiction qu'on sollicite ; les seconds ne sont institués que pour montrer que les dons placés sur l'autel sont le corps et le sang réels de Jésus-Christ, et que le sacrifice de la Messe est le môme que celui de la Croix. Aussi depuis la consécration n'y a-t-il point de mot qui invite Dieu à bénir.
Dans la prière que nous expliquons, le Prêtre fait cinq signes de croix : trois sur Thostie et le calice en même temps , un sur lliostie seule , et l'autre sur le calice. Qu il y a d éloquence dans cette répétition multipliée du signe adorable! L'Église veut nous pénétrer de cette grande pensée que la victime de l'autel est la viclimc du Calvaire. Et voilà qu'elle s'épuise en quelque sorte à redire cette vérité à nos yeux, à nos oreilles, à tous nos sens, afin de la faire descendre juscju'à notre cœur. Par les cinq signes de croix dont nous parlons, le Prêtre semble donc dire : Nous offrons à Votre Majesté suprême V hostie sainte qui s'cbt ofiVrte sur lu croiuo ; V hostie pure qui a été attachée à la croi.r ; V hostie" sans tache qui a été immolée sur la
DE PERSÉVÉRANCE. 3lo
croix; le pain sacré , c'esl-à-dire Jésus-Christ, pain vivant, éternel, descendu du Ciel, qui est mort sur la croix pour nous donner la vie ; en tin le calice du salut ^ le sang de Jésus-Clirist , médiateur de la nouvelle alliance ; sang qui a été répandu sur la croix pour la rédemption de nos péchés. Nous le répétons, l'Église veut que, dans ces moments tout à la fois si précieux et si redoutables , le Prêtre et les Fidèles soient occupés de Jésus-Christ immolé sur Tautel : pouvait-elle, dites-moi, employer un moyen plus propre à leur en rappeler le souvenir , que ces signes de croix tant de fois multipliés? Pouvait-elle mieux leur manifester sa foi au miraculeux changement (jui vient de s'opérer? Enfin , pouvait-elle mieux leur dire : Soyez au pied de l'autel comme vous auriez été au pied de la croix ' !
L'n Dieu est sur Faulel. Victime d'un prix infini, offerte à un Dieu , comment ne serait-elle pas agréable '^ Pourquoi donc la prière suivante, par laquelle on conjure le Seigneur de recevoir favorablement l'hostie que nous lui présentons? Ah! c'est que Taugusle Victime est olïerte par les mains d'un morlel ; c'est qu'à l'hostie sans tache se joignent d'autres hosties iniiniment moins pures , les cœurs des Fidèles. Et voila que rFglise , rappelant au Père éternel que le sacriiice de Jésus-Christ est le sacrifice catlioliciue, le sacrifice dont les anciens n'étaient que des ombres , conjure le Seigneur de donner a ses enfants les saintes dispositions qui animaient les antiques sacrificateurs, lorsqu'ils immolaient les victimes figiiratives : l'innocence d'Abel , la fui d'Abraham, la sainteté de Melchisédech, et le Prêtre dit : « Daignez regarder d'un œil favorable et i'ro[)ice l'oblalion que
• Lebrun, p. .'|88; liona . lib. ii, c. 13.
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nous VOUS faisons de ce saint Sacrifice , de cette hostie sans tache , comme il vous a plu agréer les présents du jusle Abel , votre serviteur ; le sacrifice d'Abraham , notre patriarche, et celui que vous a offert votre grandprêtre Melchisédech. »
Rentrons ici en nous-mêmes , avons-nous l'innocence et la générosité d'Abel , qui offrait les plus précieux de ses agneaux ? Avons-nous la foi et le courage d'Abraham, qui déjà tenait le glaive pour immoler Isaac ? Avons-nous la sainteté de Melchisédech, qui nous apparaît sans père, sans mère, sans généalogie, c'est-à-dire détaché de toutes les affections humaines? Si nous n'avons pas ces dispositions, demandons-les avec ardeurdurant cette prière. Si elles nous manquent entièrement, comment profiter du Sacrifice , comment participer à la communion qui approche?
La prière suivante doit nous inspirer d'autres sentiments. Je vois le Prêtre qui prend tout à coup l'attitude d'un suppliant, il baisse les yeux, il s'incline profondément, il joint les mains comme un humble vassal , et les pose sur l'autel. Pourquoi tout cela ? La prière qu'il fait va nous l'apprendre : o Nous vous supplions, ô Dieu toutpuissant, de commander que ces dons soient portés par les mains de votre saint Ange sur votie autel sublime, en présence de votre divine majesté, afin que nous tous qui, en participant à cet autel , aurons reçu le corps f et le sangf sacrés de votre Fils, nous soyons remplis de toutes les bénédictions et de toutes les grâces du (]iel. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. »
Comment faire comprendre le sens profond de cette magnifique prière? Dans la précédente, le Prêtre a conjuré le Seigneur d'avoir pour agréable l'iiostio qu'il lui
offrait. Tout à coup, comme saisi d'une inspiration d'en haut, il trouve un moven infaillible de faire recevoir cette victime, et nos vœux et nos cœurs qui l'accompagnent ; donc, s'adressant à Dieu , il le supplie d'ordonner que la victime lui soit portée au pied de son trône par la victime elle-même. Par respect pour Jésus-Christ, le Prêtre n'ose le nommer à Dieu le Père ; il se contente de le désigner par ces mots : Voire À?ige. Oui , cet Ange par excellence, cet Ange du grand conseil , cet Ange médiateur de l'alliance ^ , qui, égal à Dieu, est sûr de faire agréer et son sacrifice et le nôtre , et d'attirer sur nos tètes une rosée de toutes sortes de bénédictions. Les signes de croix, dont le Prêtre accompagne sa prière, indiquent la présence réelle de cette victime sainte , de cette victime céleste ; sur l'autel de la terre. Une humilité profonde, un désir ardent de la sainteté, afin que rien dans notre cœur ne s'oppose à l'accueil favorable de nos vœux, telles doivent être nos principales dispositions durant cette prière.
iNous voilà , nous qui vivons sur la terre et qui assistons au Sacrifice, nous voilà bien recommandés au Seigneur ; on vient d'appeler sur nos têtes toutes ses bént'*dictions. Dans ce moment précieux où elle peut tout obtenir, l'Église oubliera-t-elle ses autres enfants, ses enfants qui ne sont plus ! Ah ! vous ne sauriez pas ce que c'est qu'une mère : dans son cœur sont tous ses enfants ; les plus pauvres, les plus nécessiteux y tiennent la plus large place. Voilà donc l'Eglise catholique qui prie pour ses enfants défunts. Sa prière même est une leçon pour les vivants : elle prie pour ceux qui nous ont
» Const. opost. lib. mi!, c. 1?.
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précédés; donc nous les suivrons. Le Prêtre dit : « Souvenez-vous aussi , Seigneur , de vos serviteurs et de vos servantes N. N. , qui nous ont précédés avec le signe de la foi et qui dorment du sommeil de paix. »
A ces mots, le Prêtre joint les mains sur sa poitrine, tient les yeux affectueusement dirigés vers la sainte hostie et prie en silence pour les défunts qu'il a 1 intention de recommander à Dieu; puis il continue: « Nous vous supplions, Seigneur, d'accorder par votre miséricorde, à eux et à tous ceux qui reposent en Jésus-Christ, le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il'.» Pendant cette prière, nous devons aussi recommander nos morts et ranimer notre foi sur les grands motifs que nous avons de prier pour eux : la gloire de Dieu, la charité, la justice et notre propre intérêt.
L'Église revient maintenant à nous, qui sommes sur la terre. Durant Toffrande de Tauguste sacrifice, nous voyons cette tendre mère, dans une agitation pleine de sollicilude, monter au Ciel, descendre au Purgatoire, revenir dans la vallée des larmes, réunissant tous les vœux, tous les besoins, sollicitani toutes les prières, toutes les recommandations, afin de profiter pleinement du riche trésor qui lui est ouvert dans les mérites de la \ictimc. Ainsi, avant la consécration, elle a fait mé- FHoire de la communion des Saints, dans laquelle il était nécessaire d'offrir le Sacrifice catholique du Ciel et de la terre; elle vient de solliciter pour les âmes du Purgatoire l'entrée de la Jérusalem céleste, la voici qui sollicite la même grâce pour ses enfants voyageurs. Le Prêtre
• r.cito piitTcsc trouve dans les plus aiicicnnrs liturgies. Hona, lib. ii, c. l 'i ; Durantii», lib. u, c. M,
donc demande instamment pour lui et pour les Fidèles le bonheur du Ciel.
Touché de son indignité, il se frappe la poitrine, s'avouant pécheur, comme le Publicain de TÉvangile. A6n que les assistants puissent l'entendre, s'unir à lui, s'humilier et implorer tous ensemble la divine miséricorde, il dit en élevant un peu la voix : « VA à nous aussi, pécheurs, qui sommes vos serviteurs et qui espérons en la multitude de vos miséricordes, daignez nous donner part au céleste héritage et nous associer as^ec vos saints Apôtres et Martyrs, avec Jean, Etienne, Mathias, Barnabe, Ignace, Alexandre, Marcellin, Pierre, Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie et avec tous vos Saints, en la compap:nie desquels non? vous prions de nous recevoir, non pas en considérant nos mérites, mais en nous faisant grâce et miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur.»
On nomme dans cette prière les Saints qui étaient honorés d'un culte particulier par l'Église de Rome, mère et maîtresse de toutes les Édises. Ils sont tous marlvrs et appartiennent aux dilTérents états : Prophètes, Apôtres, Papes, Évoques, Prêtres, clercs, femmes et vierges. De là une consolante leçon pour nous : on peut donc se sauver dans toutes les conditions, et les Saints qui sont au Ciel offrent aux justes qui souffrent une garantie de leur félicité éternelle.
Le Prêtre vient de solliciter l'entrée du Ciel pour les morts et pour les vivants par Jésus-Christ. Il va marquer, en finissant le Canon, la raison pour laquelle il fait toutes ses demandes par ce divin Médiateur, et il dit : a Par qui. Seigneur, vous créez toujours tous ces biens, vous les sanctifiez -{*, vous les vivifiez -[-, vous les bénissez -j-
et vous nous les donnez. C'est par lui -f, et avec lui -j- et en lui -f que tout honneur et toute gloire appartiennent à Dieu tout-puissant -f-, en Tunité du Saint-Esprit -f-, dans tous les siècles des siècles. Amen. »
Ainsi, la raison pour laquelle nous formons toutes nos demandes au nom de Jésus-Christ, c'est que Dieu nous accorde par lui tous les biens et toutes les grâces. Le Prêtre dit : Par qui vous créez, etc. En effet, c'est par Jésus-Christ que Dieu le Père a créé toutes ces choses, le pain et le vin, devenus le corps et le sang de Jésus- Christ, non-seulement en les tirant du néant aux premiers jours du monde, mais en les renouvelant par un miracle continuel qui fait produire, tous les ans, à la terre, de nouveaux grains et de nouveaux raisins; ce qui fait dire à Jésus-Christ lui-même : Mon Père, jusqu'à ce jour y ne cesse point d'opérer^ et j'opère aussi continuellement ^ .
C'est en Jésus-Christ que ces dons offerts sur Tautel deviennent des dons sacrés séparés de l'usage commun. Vous les sanctifiez; c'est par Jésus-Christ que Dieu les vivifie en les changeant au corps et au sang précieux, qui sont la vraie nourriture de vie. Vous les vivifiez; c'est par Jésus-Christ sanctifiant et vivifiant que Dieu le Père répand sur le pain et sur le vin les bénédictions célestes, et qu'après l'avoir ainsi béni, il nous le donne j)0ur être en nous notre véritable vie. Vous les bénissez et vous nous les donnez; c'est aussi par Jésus-Christ, comme le vrai Médiateur; avec Jésus-Christ, comme Dieu égal à Dieu; en Jésus-Christ, comme consubstantiel à son Père, que tout honneur et que toute gloire est ren-
• Joan. V, 17.
due à Dieu Père tout-puissant. En est-ce assez pour mériter que Dieu nous exauce quand nous demandons par Jésus-Christ?
Le Prêtre, en récitant ces magnifiques paroles, fait j)lusieurs signes de croix: trois d'abord sur l hostie et le calice, à ces mots : Sanctifiez, vivifiez, bénissez, pour marquer que c'est par les mérites de la croix de Jésus- Christ que nous avons l'Eucharistie, et que par conséquent le pain et le vin sont sanctifiés, vivifiés, bénis. Il ne fait point de signe de croix en disant vous créez, parce que toutes choses ont été créées par Jésus-Christ comme sagesse du Père, Verbe éternel, et non comme incarné et immolé sur la croix. Les autres signes de croix qui accompagnent cette prière expriment que l'hostie et le calice contiennent indivisiblement Jésus-Christ mort sur la croix, et que par son sacrifice le Père et le Saint- Esprit sont dignement honorés.
Et nous aussi, ayons soin de nous unira la sainte Victime pour honorer le Père et le Saint-Esprit, pour les louer et commencer sur la terre l'hymne que nous devons chanter dans le ciel. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que, durant cette prière, il nous importe surtout de tenir nos cœurs en harmonie avec nos lèvres, de peur que ces belles paroles ne soient démenties par notre attache aux créatures. En prononçant cette sublime prière, nos voix sont unies à celles des Anges et des Saints ; mais si, de retour dans nos maisons, nos pensées sont tout aussi terrestres, nos désirs tout aussi charnels, nos penchants tout aussi déréglés, alors nous tombons en quelque sorte du ciel sur la terre ; nous quittons le séjour de l'immortalité pour nous amuser dans celui de l'exil, et, comme des insensés, nous préférons le lan-
gage des hommes à celui des amis de Dieu : pui?se-t-i! n'en être jamais ainsi !
Que dire maintenant des touchants rapports que la piété a su découvrir entre les cérémonies de cette quatrième pai'tie de la Messe et les circonstances de la Passion? Le Prêtre récite la Préface, Jésus est condamné à mort; le Prêtre dit le Mémento des vivants et porte aux pieds de Dieu les besoins de la terre, Jésus porte sa croix ; le Prêtre continue le Canon pendant lequel la consécration a lieu, Jésus continue à s'avancer vers le Calvaire, et une sainte femme essuie avec un linge sa face adorable ; le Prêtre bénit les offrandes par le signe de la croix plusieurs fois répété, Jésus est attaché à la croix : le Prêtre élève T hostie, Jésus est élevé en croix ; le Prêtre élève le calice , le sang de Jésus coule de ses plaies ; le Prêtre fait le Mémento des trépassés, Jésus prie pour tous les hommes et surtout pour ses bourreaux ; le Prêtre, se frappant la poitrine, prie pour tous les pécheurs , Jésus convertit le bon larron .
Afm d'exciter en vous le sentiment convenable à cette quatrième partie de la Messe, souvenez- vous qu'elle s'accomplit sur le Calvaire. Tout baigné du sang de votre Dieu, comment ne pas éprouver un indicible sentiment d'amour? Le sang coule, il coule pour moi , il coule sur moi , il coule à cause de moi , sang expiateur de mes péchés et des péchés du monde entier, lavez, purifie^^mon ame et mon corps. Horreur profonde du mal , de toute espèce de mal , amour immense pour la sainte et douce Victime : tel est le double sentiment qui doit partager notre cœur au ['ied de l'autel pendant la consécration, comme il Teùt partagé au pied de la croix pendant le crucifiement.
DE PEHStVÉRANCE. 3o3
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir institué Tauguste Sacrifice de nos autels ; faitesmoi la grâce d'y assister comme j'aurais assisté à celui du Calvaire.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et , en témoignage de cet amour, j> serai profondément recueilli pendant la consécration.