VII
les Saints vous ont laissés en retournant dans la patrie^
suivez-les; à droite et à gauche sont des abîmes '.
PRIÈRE
O mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie de m'avoir donné dans la vie des Saints et dans chaque jour de la semaine de nouveaux exemples et de nouveaux motifs de me sanctilîer ; faites-moi la grâce d'en profiter pour votre gloire et pour le bonheur de mes frères.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu ; et, en témoign âge de cet amour, je lirai chaque jour la vie des Saints,
' Hœc suni vesiigia quae Snncii quique rcvcrtcntes în patriam nobis reliquerunt. Yen. Red. Serm. xvirr, de Sanct.
DE PERSÉVÉRANCE. i03
XXV^ LEÇON
LE CHRISTIANISME REMDL SENSIBLE
Aver.t. — SagcfSP de rfclisc. — Antiquité de l'Avent. — Praiiqucs de dérolion et de pénitence. — Litiirî;ie de l'Avent. — Premier dimanche. — Deuxième dimanche. — Troisième, quatrième. — Fête de l'Expcctalion. — Antiennes O.
La vie de l'homme doit être une fêle continuelle; tous les jours , toutes les heures qui la comjK)sent doivent être sanctifiés, en sorte qu'il n'y ait pas un moment de notre existence qui ne soit un hymne à la gloire de celui qui a créé Thomnie et le temps. Mais telle est notre taib'esse, telle la préoccupation des nfîaires , telle la violence de nos passions, que lEglise, dans sa sollicitude, a déterminé des jours et des temps particuliers spécialement destinée à purifier notre cœur par la prière, la pénitence et la méditation des vérités éternelles : voilà ce que nous avons vu dans le catéchisme précédent.
1. Idée de TAvent. — Au premier rang de ces époques salutaires il faut placer le temps de l'Avent. En etlét , l'Avent est un temps de prière et (fo pénitence que lÉglisea établi pour préparer ses enfants à la naissance du Sauveur. Ce que les vigiles sont aux fêtes ordinaires, ce que le Carême est à Pàijues, ce que les quatre mille ans de l'ancien monde furent à la venue du Messie, l'Avent l'est à la fête do Noél. Otiatre semaines de préparations ne vous paraîtront pas trop longues si vous considérez l'excellence du mystère qui les suit. Si lo peuple d'Israël dut se pré[)arer avec tant de soin pour
40i CxVTÉCIlISME
reœvoir la loi proniulgiice au sommet du Sinaï, pour franchir les eaux du Jourdain et pénétrer dans la Terre promise, pour participer à ses victimes impuissantes, ou pour célébrer ses fêtes figuratives : quelles pensezvous que doivent être les prépaiations des Chrétiens pour recevoir le Dieu du Ciel, le Verbe éternel , le législateur suprême, la victime sans tache, le type éternel de toutes les fêtes et de tous les sacrifices ?
II. Antiquité de TA vent. — Pénétrée de ces grandes pensées, TÉglise a institué TAvent pour aplanir au Messie le chemin de nos cœurs. L'institution de TAvent paraît aussi ancienne que celle de la fête de Noël, quoique la discipline de 1 Kglise à cet égard n'ait pas toujours été la même. Pendant plusieurs siècles, 1 Avent fut de quarante jours comme le Carême : il commençait à la Saint-Martin. Fidèle à ses anciens usages , l'Église de Milan a conservé les six semaines de F Avent primitif, qui avaient été adoptées par les Églises d'Espagne. De bonne heure TEglise de Rome le réduisit à quatre semaines, c'est-à-dire à quatre dimanches avec la partie de la semaine qui reste jusqu'à Noël : tout l'Occident a suivi cet exemple.
Autrefois, on jeûnait pendant TAvent : dans certains pays ce jeûne était de précepte pour tout le monde , ailleurs de simple dévotion. L'obligation du jeûne est attribuée à saint Grégoire-le-Grand , (]ui toutefois n'eut jamais l'intention d'en faire une loi générale. Dès le niilieu du cinquième siècle, l'an 402, saint Perpétue, évêque de Tours, ordonna, pour son diocèse, trois jours déjeune par semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu'à Noël. Ce règlement devint général dans l'Eglise de France au septième siècle, après la tenue du concile
DE PERSÉVÉRANCE. iOD
de Màcon , en 581. Cette sainte assemblée prescrivit que pour le commun des fidèles les jeûnes se feraient les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine, depuis la férié ou la fétc de saint Marlin jusqu'à celle de la naissance de notre Seigneur; et que les offices, particulièrement le Sacrifice de la ^Fesse, v seraient celébrés comme en Carême ; il interdit aussi l'usage de la viande tous les jours pendant le temps de TAvent.
La même abstinence s'observait dans les autres régions catholiques : une donation pieuse de celte époque nous en fournit la preuve. En 753, Astolphe, roi des Lombards, en Italie, ayant concédé les eaux de Nonanlula à l'abbaye de ce nom , s'était conservé quarante brochets pour l'usage de sa table pendant le Carême de la Saint-Martin. De là, on peut inférer que, dans le huitième siècle , les Lombards observaient le jeûne durant les quarante jours qui précèdent la fêle de Noël, ou qu'ils pratiquaient du moins l'abstinence des viandes '.
Au jeûne on joignait la prière et d'autres exercices de pénitence, a Parmi nous, dit un ancien auteur, depuis la fêle de saint Marlin jus(iu'à celle de Noël, l'abstinence de toute viande et la continence conjugale est commandée à tous les enfants de l'Eglise , comme un moyen indispensable de s ap[)rocher des Sacrements le jour de la naissance du Sauveur. » LePapeBonifaceVIIl, dans la bulle de canonisation de saint Louis, déclare que ce digne successeur de Charlemagne passait les jours de l'Avent en jeûnes et en prières "*. Telle élait la conduite des simples fidèles.
, ' Marlènc, df Antiq. Fccl. discipl. c. 10. n. 5.
* llainalil. aiin. l'iS?, n. 61. Insuixr de consrnsu u\ori« snx refjinae per totum AdvriKum, pcr tctam Quadra^^cs^imam, ab U5u mairimonii muluo coiitU
i06 CATÉCHISME
Pour les religieux, ils jeûnaient comme pendant le Carême; la plupart ont retenu ce pieux usage jusqu'à ce jour. Nous ajouterons qu'il en est toujours ainsi; c'est celui dont tous les jours sont une continuelle préparation aux choses éternelles , qui conserve les strictes observances de préparation et de jeûne; c'est celui qui n'est plus dans la mêlée, qui garde son armure ; et celui dont toute la vie est une distraction, un enchaînement de plaisirs et de dangers, se désarme et ne veille plus pour se défendre de l'ennemi '.
m. Liturgie de TAvent. — Cependant l'Église ne néglige aucun moyen de réveiller dans ses enfants l'antique ferveur de leurs pères. N'est-ce pas avec juste raison ? Le petit Enfant que nous attendons est-il moins aimable , moins saint, moinsdigne de tout notre amour aujourd'hui qu'autrefois ? A-t-il cessé d'être l'ami des cœurs purs ? sa venue dans nos âmes est-elle moins nécessaire? Hélas ! peut-être y avons-nous relevé toutes les idoles qu'il était venu renverser il y a dix-huit siècles. Soyons donc plus sages, entrons dans les vues de 1 Église, voyons comme cette tendre mère redouble de sollicitude pour former en nous les dispositions de pénitence et de charité nécessaires à la bonne réception de l'Enfant de Bethléem.
Dans ses oliices elle quitte ses ornements de joie, elle prend le violet en signe de componction. Le Gloria in excelsis est omis à la Messe ; mais sa tristesse est tempérée par Tespérance : voilà pourquoi le dimanche , à la Messe, elle répète Yalleluia. Elle le retranche aux fériés alin de nous rappeler à la pénitence et de dire
nebant. Ii tnpcr in solcmnilalibui. quibiu communicarc dcbcbant. Duchcsne, C y, p. &A4.
' iréurt dir^l. p. 4â.
aux Chrétiens d aujourd'hui : Pour vos pères tous les jours de TAvent étaient des jours d abstinence et de jeune, qu'ils soient du moins pour vous des jours de repentir et de prières.
Et pour exciter dans toutes les âmes ce double sentiment d'espérance et de componction , voici tour à tour la voix du grand Paul, la voix d'Isaïe, la voix de Jean sur les bords du Jourdain , la voix du Messie lui-m</me qui se mêle aux accents des prédicateurs et aux hymnes de l'Église. « Il est temps de nous réveiller, l'heure de notre rédemption approche, la nuit avance, le joui- \a luire : hàtons-nous donc de quitter les œuvres de ténèbres, et revétons-nous des armes de lumière. Marchons avec bienséance et honnêteté, comme il convient durant le jour; ne vous laissez point aller aux vices , mais revétez-vous de noire Seigneur Jésus-Christ'. » Tels sont les avertissements que nous donne Tapotre saint l'aul dans TÉpilre du premier dimanche de TAvenl.
Alin de rendre celte leçon plus pressante , l'Eglise nous rappelle, dans TÉvangile, le jugement dernier et le second avènement du Fils de Dieu, comme si elle nous di.'-ait : Si vous voulez voir arriver sans crainte le Dieu (jue je vous annonce, lorsqu'il descendra comme juge suprême des vivants et des morts, préparez-vous à h; recevoir maintenant qu'il vient comme Sauveur. Heureux si vous êtes dociles à mes avis I car voyez codibien son second avènement bcia formidable. « il v aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; les nations de la terre seront dans la consternation ; Jes hommes sécheront de crainte dans latteiile de ce
' Rom. XIII, 11.
to8 catéchisme:
(jui doit arriver à l'univers, les colonnes des cieiix seront ébranlées ; alors on verra venir le Fils de l'Homme sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté. Pour vous , quand vous verrez ces choses arriver, ouvrez les yeux et levez la tète, parce que votre rédemption est proche. Jugez-en par la comparaison du figuier et des autres arbres : lorsque vous les voyez bourgeonner, vous dites : Reconnaissez que 1 été va venir. De même , quand vous«verrez ce que je vous annonce , sachez que le royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne s'écoulera pas sans que ceci s'accomplisse ; le Ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront pas. »
Dites-moi , l'Église pouvait-elle trouver une vérité plus capable de porter la terreur dans les âmes et de lorcer les Chrétiens à rentrer en eux-mêmes? Mais elle veut qu'aux larmes de la pénitence et aux terreurs du jugement se mêlent les soupirs et les consolations de l'espérance. Et voici qu'à l'oflice du soir elle les fait éclater dans cette hymne, Statula dccrelo, dont les notes et les paroles expriment une douce mais profonde mélancolie.
« Enfin voici venir les lemps marqués par les décrets du Seigneur;
» Voici venir le jour qui s'est fait attendre tant de siècles ;
)) La postérité d'un père coupable gisait soullVanteet désolée dans un lit de douleur ;
V Les hommes étaient sans force , découragés , couchés dans l'ombre de la mort;
» Les terreurs de la tombe, les tourments de l'enfer, c'était Ik leur partage;
» Les enfants d'Adam tremblaient et se dessécliaienl dans ialtenie du souverain Juge ;
» Hélas! qui pouvait les délivrer de si grands maux? quelle main as.-ez puissante pour guérir une si profonde plaie?
» Vous seul , o Christ ! vous seul \ous pouvez, quittant votre trône, rendre à votre image sa forme et sa beauté.
» Cieux , ouvrez-vous au-dessus de nos tètes et laissez tomber votre précieuse rosée ; que la terre fécondée donne au monde son Sauveur;
» 0 Fils, qui venez pour être notre libérateur, à vous soit toute louange, avec le Père et avec l'Esprit, dans les siècles éternels. »
Tout le peuple , qui le matin tremblait au souvenir de la vallée de Josaphat, tressaille le soir d'une délicieuse espérance en entrevoyant la crèche de Bethléem , et mille chants naïfs expriment ses sentiments. Témoin ce cantique populaire que l'enfant et le vieillard aiment à répéter le soir au coin du foyer : Venez ^ divin Messie, changez nos jours infortunés ; venez, source de vie ,• venez ^ venez, venez, etc.
Le second dimanche de l'Avent l'Église continue ses instructions : elles deviennent de plus en plus précises à mesure que le grand événement approche : c'est la lumière qui devient de plus en plus vive à mesure que le soleil approche de l'horizon. Dans TÉpître, le grand Apôtre fait encore entendre sa voix; il annonce que Jésus-Christ est envoyé pour accomplir toutes les figures et réunir les Juifs et les Centils dans une seule bergerie.
L'Kvangile nous présente le Précurseur montrant dans la personne de Jésus-Christ le Rédempteur attendu
i\0 CATÉCHISME
depuis quarante siècles. Il le connaissait, lui, cet Agneau de Dieu ; mais ses disciples ne le connaissaient pas. Pour les instruire, il en envoya deux vers Jésus, avec ordre de lui proposer cette question et d'en attendre la réponse : « E(es-vous celui qui doit venir, ou devonsnous en attendre un autre? » Jésus ayant opéré en leur présence plusieurs miracles auxquels, suivant Isaïe, on reconnaîtrait le Christ, leur répondit: « Allez dire à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent; l'Évangile est annoncé aux pauvres : et bienheureux celui qui ne se scandalisera pas à mon sujet !
Plus le moment solennel approche où le Messie doit faire son entrée dans le monde , plus 1 Église redouble ses exhortations. Le troisième dimanche saint Paul nous parle encore dans l'Épître et nous invite à la joie : Taurore de notre délivrance brille à l'horizon; à la joie il veut que nous joignions la prière, c'est-à-dire ce désir ardent (jui attire Dieu en nous et qui appellera le Me?sie dans nos cœurs. Dans l'Evangile , saint Jean-Baptiste , plus que [)ro|)hète, n'annonce plus le Messie, il dit qu'il est déjà dans le monde. Et en eiïet , il était d(\jà parmi les Juifs ; et nous au^si nous l'adorons déjà dans le sein de sa mère lorsque nous entendons cet Évangile. Le Précurseur ajoute une parole qui se vérifie, hélas I encore aujourd'hui : Il est au milieu de vous, et vous ne le connaissez pas. Puis, empruntant la voix d' Isaïe , il fait retentir les voûtes de nos temples , comme autrefois les échos du Jourdain , de ces puissantes paroles : « Voix de celui (pii crie au désert : Kendez droites les voies du Seigneur; abaissez les collines, comblez les vallées.
c'est-à-dire préparez et votre esprit, et votre cœur, et vos sens à la réception du Messie. Le voici qui vient, et je ne suis pas digne de déliet* les cordons de ses souliers. » Et celui qui tient ce langage est le plus grand des enfants des hommes! Oh! combien le Messie est grand, saint, respectable! Avec quel zèle ne devonsnous pas nous préparer à le recevoir !
Enfin, le quatrième dimanche, lorsque le divin Enfant est au moment d entrer dans le monde, lorsque cet aimable Epoux frappe déjà à la porte de nos cœurs, l'Eglise termine toutes ses instructions par cette parole : Toute chair verra te Sauveur envoyé de Dieu ; parole ravissanie qui nous dit : Soyez prêts, les temps sont accomplis, le Soleil de justice et de vérité va briller à l'horizon : sa lumière va se répandre sur tous les hommes sans distinction de riches et de pauvres, de savants et d'ignorants : encore un coup, soyez prêts. Sentez-vous tout ce qu'il y a de saisissant dans cette dernière parole : Toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu? Ne nous contentons pas d'admirer la sagesse avec laquelle l'Eglise gradue ses instructions pendant l'Avent; entrons dans son esprit ; augmentons de ferveur et de recueillement à mesure cjue nous approchons de la naissance du Désiré des nations , qui doit être aussi le Désiré de notre cœur.
IV. Antiennes O. — Afin de rendre brillants nos soupirs et nos vœux, l h^^lise a établi la lete de V E.cpectaiion ou de Taltente du divin enfantement. Cette fête, fixée au 10 décembre, continue pendant tout une octave' : en France même elle dure neuf jours. Voilà pourquoi , à partir du 15 décembre jusqu'au 23 , l'Eglise chante à
* fo^jej Daillet , W dicfmbre 588.
i\i CATÉCHISME
Vi'prcs , avant et après le cantique de la sainte Vierge, les grandes antiennes. On les appelle vulgairement les antiennes 0, parce qu'elles commencent tontes par cette invocation. Elles se répètent trois fois chaque jour à l'ollice du soir, en sorte que la fête de TExpectation est luie espèce de neuvaine de soupirs, de gémissements , d'invocations. Il est impossible d'avoir la foi et de ne pas les réciter sans entrer dans les sentiments qu elles expriment. On les dit pendant neuf jours, en Thonneur des neuf chœurs angéliques. On conjure les esprits célestes de soupirer avec nous après la venue du Libérateur qui a pacifié tout ce qui est au ciel et sur la terre. Par leur variété, ces antiennes expriment et les différentes qualités du Messie et les différents besoins du genre humain.
Depuis sa chute l'homme est un insensé presque sans connaissance et sans goût des véritables biens : sa conduite fait peur et pitié: il a besoin de sagesse. L'Eglise la demande pour lui par la première antienne : 0 Sajjieulia : « 0 Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut! qui atteignez votre but avec force et qui disposez toutes choses avec douceur, venez nous enseigner la voie de la prudence. »
Depuis sa chute Thomme est un esclave du démon: il a besoin d'un puissant libérateur. L'Église le demande pour lui par la seconde antienne : 0 Allouai : a 0 Dieu puissant, et conducteur de la maison d'Israël! qui vous êtes montré à Moïse dans le buisson ardent, et qui lui avez donné la loi au Sinaï, venez nous racheter par la puissance de votre bras. »
Depuis sa chute l'homme est vendu à rini([nité, et a besoin d'un Rédempteur. L'Église le demande pour lui
dans la troisième antienne : ORadix Jesse : « 0 Racine do Jessé! qui êtes exposée comme un étendard aux yeux: des nations, devant qui les rois garderont le silence, à qui les Gentils oiïriront leurs prières; venez nous racheter, ne tardez pas. »
Depuis sa chute l'homme est un prisonnier enfermé dans la prison ténébreuse de l'erreur et de la mort : il a besoin d'une clef pour en sortir. L Eglise la demande pour lui par la quatrième antienne : 0 Clavis David : « (> clef de David et sceptre de la maison d Israël î cpii ouvrez et personne ne ferme, qui fermez et personne n'ouvre ; venez et tirez le prisonnier de la prison , le malheureux qui est assis dans les ténèbres à l'ombre de la moiL ))
Depuis sa chute 1 homme est un aveugle : il a besoin d'un soleil qui Téclaire. L Eglise le demande pour lui par la cinquième antienne : 0 Oriens : «OOrientî splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice! venez et éclairez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la moi t. »
Depuis sa cliule l'homme est tout souillé : il a besoin d un sanctificateur. L'Eglise le demande pour lui par la sixième antienne : O Sancte sancloruni : «0 Saint des saints, Miroir sans tache de la majesté de Dieu et Image de sa bonté! venez détruire Tiniquilé et apporter la justice éternelle. »
Depuis sa chute Ihomme est comme une grande ruine : il a Ixîsoin d'un restaurateur. L'Église le demande pour lui parla septième antienne : 0 liex (jenlium : « O Roi des nations, Dieu et Sauveur d'Israël, pierre angulaire qui unissez en un seul édifice les Juifs et les Gentils! venez et sauvez riiomme que vousavezformédu limon de la terre.»
Depuis sa chute Ihomme a courbé la tête sous le joug de toutes les tyrannies : il a besoin d'un loe^islateur équitable. I/Église le demande pour lui par la huitième antienne : 0 Emmanuel : aO Emmanuel, notre Roi et notre Législateur, Taltentc des nations, l'objet de leurs désirs! venez nous sauver, Seigneur notre Dieu. »
Depuis sa chute l'homme est une brebis égarée et exposée à la fureur des loups : il a besoin d'un berger qui le défende et qui le conduise dans de bons pâturages. L'Église le demande pour lui par la neuvième antienne : 0 Pasior Israël : « 0 Pasteur et Dominateur de la maison de David! vous qui étiez au commencement depuis le jour de Télernité, venez paître votre peuple dans toute l'étendue de votre puissance, et régnez sur lui dans la justice et la sagesse ' . »
Connaissez-vous quelque chose de plus touchant, de plus complet que ces magnidqucs invocations? Pour nous, il nous semble qu'une des meilleures préparations à la fête de Noël est de répéter souvent ces belles antiennes, en nous laissant pénétrer dessentimentsqu'elles expriment. Oh! oui, si nous voulons saintement passer le temps de l'Avent, unissons nos soupirs à ceux de 1 Église, des Patriarches, des Prophètes et des Justes de l'ancienne Loi : adoptons quelqu'une de leurs bn'llantes paroles; qu'elle soit notre oraison jaculatoire de (liafjue jour, et, s'il est possible, de chaque heure du jour, afin que Dieu puisse dire de nous : Voilà un homme de désir, et il nous exaucera. Si nous aimons mieux, choisissons parmi les prières suivantes relies sont également propres à former en nous les dispositions que l'Église demande : Je vous en conjure^ Seigneur, en-
' l'oir^ Durandu», llb. vi, r. 11.
DE PERSÉVÉRANCE. 4i&
voyez celui que vous devez envoyer. Feriez, Seigneur Jésus, et ne tardez pas; deux ^ ouvrez-vous, laissez descendre votre rosée. Divin Enfant Jésus, venez naUre dans mon cœur pour en bannir le péché et y placer vos vertus.
A la prière joignons un recueillement plus grand, une vigilance plus continuelle; descendons plus souvent dans notre cœur, afin de le purifier et de Terabellir en pensant qu'il doit devenir le berceau de 1 Enfant divin. Mais la grande préparation, c est le renoncement au péché, au péché mortel surtout. Que peut-il y avoir de commun entre le Fils de Marie et un cœur souille d iniquités?
Écoutons saint Charles exhortant son peuple à sanc« lifier TAvent, et prenons pour nous les paroles de ce grand Archevêque : « Pendant TA vent, nous devons nous préparer à recevoir le Fils de Dieu quittant le sein de son Père pour se faire homme et converser avec nous. Il faut tous les jours dérober un peu de temps à nos occupations pour méditer en silence sur les questions suivantes : Quel est celui qui vient? D'où vient-il? Comment vient-il? Quels sont les hommes pour qui il vient? Quels sont les motifs et quel doit être le fruit de sa venue? Appelons-le de tous nos vœux avec les Justes et les Prophètes de FAncien Testament qui Font tant attendu ; et, pour lui ouvrir le chemin de notre cœur, purilions-nous par la confession, par le jeune et par la communion.
N'oublions pas qu'autrefois on jeûnait tout TA vent, comme étant la veille de Noël. On avait raison, la grandeur et la sainteté de celte fête demandent bien une aussi longue vigile et une aussi grande préparation ; du
ne CATÉCHiSMii:
moins chacun doit encore jeûner un jour par semaine ou plusieurs à sa dévotion. Il faut lépandre de plus abondantes aumônes dans le sein des pauvres en ce temps où le Père éternel nous donna et nous donne encore tous les ans son propre Fils comme une grande aumône, et un trésor de grâces et de miséricordes ; il faut être plus appliqué que jamais aux bonnes œuvres et à la lecture des livres de piété. Enfin, il faut nous disposer à ce premier avènement du Fils de Dieu de manière que nous puissions attendre son second avènement non-seulement sans crainte, mais avec cette coniiance et cette joie qui accompagnent toujours une bonne conscience'. »
De puissants motifs nous engagent à suivre les conseils de ce grand Apôtre des temps modernes et à sanctifier TA vent.
1° L'obéissance au précepte de 1 Église. « Je suis la voix de celui qui crie au désert : Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers : la cognée est déjà à la racine de l'arbre. » Cette invitation que le saint Précurseur adressait aux Juifs regarde également les hommes de tous les siècles. Jésus-Christ vint au monde pour tous : c'est donc un devoir indispensable pour tous de le recevoir. De peur que nous ne négligions un point aussi essentiel, 1 Eglise, toujours occupée du bonheur spirituel de ses enfants et fidèle interprète des oracles divins dont le dépôt lui est confié, proclame de la manière la plus pressante et la plus solennelle l'invitation du saint IVécurseur pendant tout le temps de l'Avent. La Judée s'émut aux accents de cette voix prophétique qui Hîtenlissait sur les bords du Jourdain; les Prêtres,
• Acla r.ccl. Mcdlol. p. 1012.
les lévites, les militaires, les publicains, les pécheurs (le tout rang et de tout état accouraient en foule pour demander le baptême de la pénitence. La même voix retentit dans nos temples. Avons-nous moins besoin de conversion et de pénitence? Avons-nous moins à craindre de ce grand Dieu, qui vient maintenant comme Sauveur et qui viendra un jour comme juge? Laisseronsnous l'Église s'épuiser en vain à nous répéter : « Préparez vos cœurs : voici que toute chair verra bientôt le Sauveur envoyé de Dieu? »
2" La reconnaissance envers le Sauveur. Qu'était Ihomme avant Tincarnation du Sauveur? que sommesnous sans lui? Pauvres, aveugles, esclaves, victimes du démon, du péché et de l'en fer, que ne lui devons-nous pas ? Et pour nous éclairer, nous délivrer, nous racheter, nous rendre nos droits perdus, que n'en a-t-il pas coûté au Fils de Dieu? Un Dieu qui se revêt de la forme d'esclave, qui se dévoue à toutes les misères de lamisélable humanité; un Dieu pauvre, un Dieu enfant : cela ne dira-t-il rien à notre cœur? Nous qui avons de la reconnaissance pour les moindres bienfaits, nous n'en aurons pas pour un Dieu qui se donne lui-même à nous î
3' Notre intérêt spirituel. La source des grâces ne tarit dans aucun temps ; mais les grandes fêtes sont des jours plus propices, des jours où ces grâces sont répandues avec plus d'abondance. Toute 1 l'église, animée alors du même esprit, oll're à Dieu un hommage plus solennel, lui adresse des prières plus ferventes etleilécliit par des larmes plus sincères. Jésus-Christ est né pour notre salut ; mais il ne répand ses gri'wres (jue sur ceux qui se présentent avec un cœur préparé pour les recevoir. Los dispositions qu'il trouve en nous sont la m(*sure de ses VII. 8^7
faveurs. Eh bien, n'avons-nous rien ou peu de chose à lui demander? Descendons dans le fond de notre cœur, interrogeons notre vie passée, notre état présent, notre avenir : Tabîme de nos misères répondra'.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi le saint temps de TAvent pour me préparer à la fête de Noël; faites-moi la grâce de la passer saintement.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je repéterai tous les jours, durant l vivent, cette prière : Divin Enfant Jésus , venez naUre dans mon cœur.
' Voyez Thomassin, Céléb. des fèies; God. Avent.
XXVP LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Immaculée Conception de la sainte Vierge. — Croyance de l'Fglisc. — Histoire de la fCte. — Sagesse de l'Église. — Influence de cette fêle. — OiTice. — Comment c(^Iébrer la fête de l'immaculée Conception.
I. ImQiaculée Conception. — Le 8 du mois de décembre, rÉglise catholique célèbre la fêle de Timmaculée Conception de la sainte Vierge. Par l'immaculée Conception de la sainte Vierge, nous entendons que la sainte Vierge, à Finstant même oii son ame s'unit à son corps, fut préservée du péché originel et exempte de toute souillure'. Ln anailiénie divin, juste châtiment d'un grand crime, pèse depuis six. mille ans sur toute la race humaine, et la souillure du péché accompagne la conception et la naissance de tous les fils du premier des coupables. Le péché originel est un triste héritage qui se transmet de génération en génération et qui se transmettra tant qu il y aura dans les veines du genre humain une goutte du sang d'Adam. (Jette loi terrible, universelle, incontestable, qui nous condamne à naître enfants de colère, a été une fois suspendue, et c'est en faveur de Marie. Jamais, depuis le premier instant de son existence, la Vierge de Juda, la mère future de rilomme-Dieu ne fut souillée de la moindre tache. Tel
' Pcr conccptioncm liic intclligitar : ipsa auimne iufii.Nio et unio cum corpore débite orf^anizato... que scilicet fit illo ipso instanti, que rationalis anima corpori oninibui mi-mbris ac suis organis constanti unitur. Hened. \I\, f//> Fest. p. j3(.. — r.t.ita \ir(',o ii) co puncio. (juo anima c(»r|)ori uniia est, ab originali peccaloffluuda fuit et immunif. Id. Id.
est le miracle dont TEglise célèbre la mémoire, tel est le bienfait dont elle remercie Dieu dans la fête de limmaciilée Conception.
II. Croyance de l'Eglise. — Que Marie ait été conçue sans péché, il n'y a rien de plus certain après les dogmes de foi. Les Pères de lEglise, organes de la tradition, déposent en faveur de cette vérité. Il fallait qu'elle tut bien généra'e et bien accréditée parmi les Chrétiens pour que les Mahométans eux-mêmes en aient consacré le souvenir. Qvn le croirait? TAlcoran est un des premiers monuments où elle se trouve consignée ^ Déjà, au second siècle, Origène l'insinue, et au quatrième la plus brillante lumière de lEglise, saint Augustin, ne manquait jamais d'excepter Marie lorsqu'il parlait du péché originel. « C'est, dit-il, par respect pour Marie et [)Our l honneur qui est du à son Fils que nous ne parlons point d'elle toutes les fois qu'il est question du péché". 0 Et le concile de Trente, résumant la tradition de tous les âges chrétiens, s'exprime ainsi dans son célèbre décret touchant le péché originel : « Le saint concile déclare que son intention n'est pas de comprendre dans le décret où il est question du péché originel la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, mère de Dieu : mais il ordonne de suivre sur ce point les constitutions du pape Sixte IV, sous les peines portées dans ces constitutions '. »
Or, en 1479, Sixte IV avait accordé des indulgences à ceux qui assisteraient à Toflice et à la Messe de la fête de la Conception. Quatre ans plus lard il donna une autre constitution dans laquelle il défendit de censurer cette fête ou de condamner l'opinion de ceux qui
« Bcrgler, Mahomet. — ' Lib. ilc Mai, et Grat. c. 30, n. 42. — ^ ^m, v.
DE PERSÉVÉRAN'CE. 4:1
croyaient Timmaculée Conception. Celte opinion, en effet, est si bien fondée, qu'il y aurait témérité extrême à la combattre. Ce serait d'ailleurs enfieindre les décrets du Saint-Siège, qui, en 1G22, défendit, par l'organe du pape Grégoire XV, de soutenir, môme dans les disputes particulières, que Marie n'a pas été conçue sans j)éché. Et pourquoi, je le demande, Dieu n'aurait-il pas opéré ce miracle en faveur de sa Mère? il le pouvait, cela convenait, donc il l'a fait \ Ainsi raisonnait un cclèbio théologien du moyen âge, et tous les enfants de IMarie ont applaudi au raisonnement de ce grand docteur.
1" Cela convenait au Père éternel. Destinée à être la Mère de Jésus, ]\Iarie fut toujours, en vertu de l'adoption divine, considérée du Père comme sa fille chérie. I! convenait donc, pour l'honneur du Fils, que le Père préservât Marie de toute souillure. De plus le Père avait choisi cette fille bien-aimée pour écraser la tête du serpent infernal : comment aurait-il pu permettre que Marie en fut d'abord l'esclave? Enfin, Marie était destinée à être l'avocate des pécheurs : il convenait donc qu'elle fut exempte de tout péché, afin qu'elle put toujours se présenter devant Dieu pure de toute tache. « Pour apaiser un juge, dit saint Grégoire, on ne lui envoie pas celui qui est ou qui a été son ennemi : un tel messager ne ferait qu'augmenter son courroux. »
T Cela convenait au Fils. Comment croire que le Fils de Dieu, la sainteté même, qui pouvait avoir une mère immaculée et toujours amie de Dieu, aurait voulu Tavoir souillée et ennemie de Dieu dans un temps? « De plus, dit saint Augustin, la chair de Jésus-Christ, c'est la chair de Marie. » Le Fils de Dieu aurait eu horreur
» roiulf, dccult. crgo fcclr. Scon, nr.ort en 1308,
iîî CATÉCHISME
de prendre un corps dans le sein de sainte Agnès, de sainte Gertrude, de sainte Thérèse, parce que ces vierges, toutes pures qu'elles étaient, avaient été en naissant souillées par le péché. S'il en eût été ainsi de IMarie, le démon n'aurait-il pas pu reprocher à Jésus-Christ que cette même chair dont il était revêtu avait été souillée de son venin, que cette mère dont il se glorifiait avait d'abord été son esclave? La mère de Dieu esclave du démon î . . . oh ! il y a là quelque chose de si choquant, de si olfensif des oreilles pieuses, qu'il est impossible de l'entendre. Enfin, saint Thomas dit que Marie fut préservée de tout péché actuel, même véniel, parce que sans cela elle n'aurait pas été digne de Dieu. Mais combien en aurait-elle été moins digne si elle avait été souillée du péché originel, qui fait deThomme un objet de colère aux yeux de Dieu !
3" Cela convenait au Saint-Esprit. Marie est l'épouse du Saint-Esprit. Si un peintre habile était appelé à choisir une épouse belle ou difforme, selon le portrait qu'il en aurait fait lui-même, quels soins n'apporterait-il pas à réunir dans son tableau tous les genres de beauté? Qui oserait dire que le Saint-Esprit ait pu agir autrement avec Marie, et qu'étant maître absolu de former son épouse à son gré, il ne l'ait pas enrichie de toute la beauté qu'il pouvait lui donner et qu'il lui convenait d'avoir? Non, non, le Seigneur n'a point fait ainsi, témoin les noms qu'il donne à Marie. Après l'avoir formée, il contemple avec une complaisance infinie ce chef-dœuvre de sa grâce, et lui dit : « > ous êtes toute belle, ô ma bien-aimée ! et il n'y a point de tache en vous : les jeunes filles sont sans nombre, mais ma colombe est seule belle, seule pure, seule parfaite entre
les filles de sa mère'. » Cela veut dire que toutes les éraes justes sont filles de la grâce divine ; mais il en est une parmi elles qui a mérité le nom de colombe , parce quelle est sans tache; et enfin d'unique, parce qu'elle seule a été conçue dans la grâce ^.
Telles sont quelques-unes des autorités et des hautes convenances qui ont fait admettre Timmaculée Conception de Marie. Us n'étaient donc pas des esprits faibles, tous ces Pères de TÉglise, tous ces théologiens, la lumière de leur siècle et l'admiration de la postérité, qui soutenaient avec tant d'éloquence, qui croyaient avec tant de sincérité cette auguste prérogative de Marie! Us n'étaient pas non plus des esprits faibles, tous ces docleurs des universités catholiques de France, d'Angleterre, d'Espagne et d'Italie, qui faisaient profession de croire à Timmaculée Conception de la mère de Dieu, et qui s'obligeaient par serment à défendre cette croyance! Les esprits faibles sont tous ces grands génies qui courent les rues, et qui blâment, rejettent ce qu'ils ne connaissent pas, uniquement parce que cela ne convient ni à leur débile raison ni à leur cœur dépravé, ou parce <[ue l'Eglise catholicjue l'admet.
Cependant, quehpie bien établie qu'elle soit, Timmaculée Conception de la sainte Vierge n'est pas un dogme de foi catholicpie. « Mais celle opinion, dit Uossuet,a je ne sais (}uclle force qui persuade les âmes pieuses. Après les articles de foi, je ne connais iiuère de chose plus assurée, (^'est pourquoi je ne m'étonne pas que
• Cant. \\\.
* Voyez (Uoires de otarie, par S. LlRuorl. On y trouve un f^rand nombre de passages de« l'ères de rfglise sur rimmaculéc fonceplion. T. ii, p. l. Vove/. aussi sur celte question que l'Kijlise senil>Ie vouloir enfin décider le M>atil ouvrage du V. Terronc, De immaculato li. V. T. Concept»,
4i4 CATÉCHISME
cette école de iliéoloi^iens de Paris oblige tous ses enfants à défendre cette doctrine Pour moi, je suis
ravi de suivre aujourd hui ses intentions. Après avoir été nourri de son lait, je me soumets volontiers à ses oidonnances, d'autant plus que c'est aussi, ce me semble, la volonté de l'Eglise. Elle a un sentiment fort honorable de la conception de JMarie; elle ne nous oblige pas de la croire immaculée, mais elle nous fait entendre que cette créance lui est agréable. II y a des choses qu'elle commande où nous faisons connaître notre obéissance; il y en a d autres qu'elle insinue où nous pouvons témoigner notre adection. Il est de notre piété, si nous sommes de vrais enfants de l'Eglise, non-seulement d"obéir aux commandements, mais de fléchir aux moindres signes de la volonté d'une mère si bonne et si tendre'. »
III. Fête de l'immaculée Conception. — La fête de lîmmaculée Conception manifeste bien le sentiment et la volonté de l'Eglise sur ce point. En Orient cette fête était déjà ancienne au septième siècle^ ; en Occident , elle remonte au delà du douzième siècle. Célébrée d' aboi d par quelques Eglises particulières, elle fut fortement soutenue et propagée par saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, mort en M 00. Deux cents ans plus tard, un concile de Londres la rendit obligatoire \ De la Grande-
' Premier sermon sur la ('onrc/jiion.
Sur la demande de Alonseigncur rarchcvê(|nc de Taris . Uvaeinlhe de Qiiélen, le souverain pontife Grc-[;uirc XVJ, alors K-gnant, autorisa l'addition du mot immacnh'c dans la l'réface de l'ollire, en même temps que. pour donner ù cette fèlc plus de solcnnilé. il l.i transféra au deuxième dimanche de l'Avenl. Pouvait-il insinuer plus clairement le sentiment de ri-iglisc au sujet de rimmaculéc Conception de Marie ?
' Bened. XIV, n. 17, p. 5'i7.
i Vcnerabilis Anselrai prxdcccssoris noslri, qui post alla quœdam Ip8iu5
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Bretagne celte frte passa sur le continent, et se répandit promptement en France , en Espagne , en Italie et dans les autres parties de la chrétienté. Enfin, au quinzième siècle, le concile de Bàle et surtout le pape Sixte IV lui donnèrent encore plus de cours et de consistance par les indulgences qui y furent attachées ^
L'institution , on apparence si tardive, d'une fêle où Ion honore le plus glorieux privilège de Marie , donne lieu à une réflexion qui s'applique avec la uoéme justesse à l'établissement des autres fêtes. Comme l'Eglise n'a pas tout d'un coup, et dès son origine, décidé toutes les questions de dogme et de morale , de même elle n'a pas établi tout d'un coup les différentes pratiques de son culte; elle a suivi les temps et s'est proportionnée au\ besoins des Fidèles : c'est une nouvelle preuve de sa profonde sagesse. En définissant aujourd'hui des vérités de foi qui sont attaquées cl qui ne Tétaient pas hier, l'Église ne s'est pas crue plus sage pour cela ; elle a fait ce que les conciles antérieurs auraient fait s'ils eussent été placés dans les mêmes circonstances. Il en est de même de cette augmentation de fêtes, de confréries, de dévotions cl de pratiques saintes; elles ne viennent point d'une présomption vaine et insoutenable, comme si nous prétendionsen savoir plus que les anciens. Autres temps, autres mœurs, autres besoins. L'Eglise les connaît et prend soin d'y satisfaire : personne mieux qu'une mère ne sait ce qui convient à ses enfants.
En effet, il faut juger de l'Eglise , cette divine épousr
aniiquiora solemnia . Concepllonis soicmnc supcraddcrc dignum dutlt,TCsli- (îiis inliaprcnle» slaluimu». cl firmiler pr»cipiendo mandainus, qiiatcnus fe«tum ( onccplionis proeilicta: in ciincii» ecclc«ils no»lri« canliiarienxis provlncii* fi«live cl solcmiiitcr de caetcro rcUhrcliir. ( onc l.omL an l-i28. ' Exlravag. Comm. lib. m. Ur. 1?. c. i.
de riIomme-Dieu , celte incarnalion permanente de Jésus- Christ \ comme de Jésus-Christ môme. A mesure quil avançait en âge , nous dit l'Ecriture, Jésus croissait aussi en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes *. Ce n'est pas que la Sagesse éternelle, bien que revêtue de notre chair, put augmenter en science et en sainteté; mais le Fils de Dieu , se proportionnant aux lois de notre nature , faisait éclater de jour en jour plus de sagesse et de piété, selon le progrès de l'âge, quoique dès le premier instant de sa conception il eut été la sagesse et la sainteté consommées.
(( On peut dire , ajoute le célèbre Thomassin , qu'il en est de même de l Église : cette divine épouse éclaircit, en déployant de temps en temps les trésors de la tradition , des points de doctrine et des usages de piété, qui n'avaient point encore paru , parce que le temps n était pas venu de faire paraître ni d'en développer les traditions. La plénitude du Saint-Esprit réside, elle a résidé dès le commencement dans le cœur de l'Église. En elle et avec elle a été, est, et sera toujours la Sagesse éternelle*; mais elle ne la montre et ne la répand au dehors que suivant les conseils de la Providence divine : Providence maternelle qui atteint infailliblement son but, tout en disposant les moyens avec douceur; qui conduit le genre humain comme un seul homme, et chaque homme comme tout le genre humain , par les degrés des différents âges et par des progrès proportionnés à ces âges divers^. »
IV. Avantages de cette fête. — Du reste, la fête de l'immaculée Conception ncst pas une fête purement spé-
» E\|>rc*8ion du célèbre Uiéologien Mœlher, dan« sa Symbolique, ii« v,
' Luc. I, 80.
^ .Maiili. \x\ni. — * \oycz TliomaMio, (tes Fîtes, p. 217.
culalive. Comme toutes les solennités caiboliciues , elle a une grande intluence sur les mœurs ; d abord, la pensée que Marie est une rose qui ne fut jamais ilétrie , une glace que le moindre souffle ne ternit jamais , sanctitie l'imagination en lui présentant les images les plus gracieuses, les plus suaves et les plus pures. N'est-ce donc rien pour la perfection de Thumanité, que d'avoir substitué un type si pur de la femme au type infâme que présentait le Paganisme , Marie à Vénus? Entre ces deux idées, il y a Tinfini. En efl'et, la raison ne se demande-t-elle pas, au jour de la Conception de la Vierge : Pourquoi ce miracle étonnant qui suspend en faveur de Marie la loi qui (condamne tous les fils et toutes les filles d'Adam à naître dans l'iniquité ? Pourquoi cette sainteté parfaite?
Et la raison, éclairée par le flambeau de l'histoire, découvre ici un conseil profond de la Providence pour la réhabilitation du genre humain. Aujourd'hui, répond-elle, commence l'histoire de la Vierge de Juda, de la mère d Emmanuel , de la nouvelle Eve , de celte créature à part, en un mot de Marie, type sublime de la femme dans le monde devenu chrétien. Marie sera fille d'Adam , mais elle ne le sera pas comme nous : nous sommes souillés dès le premier instant de notre existence, Marie sera pure et sans tache dans sa conception ; elle naîtra à ce monde de ténèbres et de misères, mais elle ne naîtra pas comme nous; nous naissons enfants décolère, Marie naîtra enfant de bénédiction et d'ineiïable amour de la part de l'auguste Trinité ; elle vivra sur celte terre d'iniquités , mais elle ne vivra pa& comme nous, tour à tour esclaves des passions et jouets d'illusions grossières ; Marie vivra d'une vie plus ange-
liqiic que celle des plus purs séraphins. Marie mourra, mais elle ne mourra pas comme nous : nous subissons la mort au milieu des douleurs et des angoisses ; Marie la recevra comme Thomme fatigué reçoit le sommeil , Taveugle la lumière , le prisonnier la liberté. Mario mourra non-seulement dans Tamour de Dieu, cette mort est le partage des vrais Chrétiens ; non-seulement par amour pour Dieu , cette mort est le partage des martyrs : mais elle mourra par un effort d'amour de Dieu , cette mort est le partage exclusif de la Mère de Dieu. Marie sera glorifiée dans le Ciel, mais elle ne le sera pas comme nous : nous participerons suivant nos mérites au bonheur de Dieu môme ; mais Marie en sera inondée, remplie comme elle fut pleine de grâce ; à côté de celui de son Fils sera son trône , à ses pieds elle verra tout ce qui n'est pas Dieu.
Voilà le type divin que la Religion nous présente aujourd'hui dans Marie. Il ne fallait rien moins qu'un modèle aussi parfait pour rendre la femme respectable à ses yeux et aux yeux de 1 homme, tant elle était avilie dans le monde ancien, tant elle l'est encore partout oii la nouvelle Eve n'est pas connue. Et une voix se fait entendre qui dit à la femme : Regardez, et faites suivant le modèle qui vous est présenté. Et des grâces nombreuses sont envoyées à la jeune vierge, à l'épouse, à la mère, à la femme dans toutes les positions, afin qu'elle puisse approcher de plus près de ce sublime modèle ; et mille vertus sont écloses aux charmes el aux vertus de Marie. Et la femme réhabilitée a réhabilité l'enfant, la famille, l'homme même en beaucoup de choses, et a franchi Timmcnse espace qui, dès les beaux jours du Christianisme naissant, la sépara du Paganisme
ancien, et qui nous sépare encore, nous peuples chrétiens, des nations idolâtres.
Telle est 1 influence salutaire que la raison reconnaît dans le mystère de Marie conçue sans péché. Ce n'est pas tout encore; la foi, venant au secours de la raison, son enfant et sa pupille, lui découvre un autre avantage de ce mystère. Il fallait, lui dit-elle, que Marie fut sans tache, parce qu'elle devait être un jour la mère de Dieu ; son chaste sein devait être le tabernable du Verbe éternel. Si Tarche d'alliance devait être sainte et revêtue de Tor le plus pur en dedans et en dehors, parce qu'elle (levait renfermer les tables de la loi, combien ne fallaitil pas que Marie fut plus sainte et plus pure pour porter dans ses entrailles le Maître de la loi !
A celte Icron de la foi, l'homme s'écrie aussi : Oh! oui, je le comprends, Marie devait être sans tache ; mais quoi ! rhonneur de recevoir en moi mon Dieu en personne ne m'est-il pas réservé? Dans la communion, ne suis-je pas associé en quekjuesorteà la maternité divine? Kt cette communion, ne suis-je pas, sous peine de mort, obligé de la faire? N'est-il pas écrit : Si vous ne mangez la chair du Fils de ill<>nime, et si vous ne buvez son san(j^ vous n'aurez point la vie en vous^'! Oui, il faut que je communie. Mais quelle est ma sainteté, comparée à celle de Marie ! Et voilà que des sentiments profonds d'humilité, des remords salutaires, de généreuses résolutions se forment dans Tàme; la conduite se modifie, et la vigilance, et la douceur, et la tendre pieté, et l'obéissance, (|uesais-je? et toutes les vertus i\ui font le charme de la vie, le bonheur des familles et la force de la société, éclosenl, comme par enchantement, au sou-
' Joan. M, 55.
venir de Marie conçue sans péclic, de 3ïarie toujours pure et sans tache parce qu'elle devait recevoir son Dieu; et voilà les sens, Tesprit et le cœur qui se régénèrent; et voilà l'homme qui fait un pas de plus vers la fin à laquelle il doit tendre; et voilà, pour la famille et la société, une garantie de plus de paix et de bonheur.
Y. Liturgie de la fête. — Pour rendre aussi vive que possible rinlluence salutaire du type divin que celte fête nous présente, l'Église nous le fait envisager sous toutes ses faces; elle l'environne des plus gracieuses images, elle le fait pour ainsi dire poser, afin que chacun de nous puisse l'étudier à loisir et le copier tout entier.
Ainsi la Messe de la Conception nous montre Marie réunissant tous les genres de gloire et de noblesse. Dans rinlroït, l'auguste fille des rois de Juda nous apparaît comme l'objet des antiques prophéties, comme la Vierge par excellence, la Vierge mère d'Emmanuel, qui doit occuper le trône de David. L'Épître nous parle de sa puissance et de la victoire qu'elle remportera sur le dragon séducteur de la race humaine; le graduel et le verset nous expliquent la cause et le moyen de cette grande victoire : Marie est parfaitement sainte, le Très- H lut a sanctifié son tabernacle, il y a fixé sa demeure. Voici maintenant l'Évangile qui nous raconte que celte Vierge auguste joint à la noblesse de la vertu la noblesse de la naissance : Marie est la tille des rois, le sang d'Abraham et de David coule dans ses veines.
Marie, objet des pensées et des complaisances de Dieu depuis l'éternité ; Marie, libératrice du genre humain ; Marie, entrevue, désirée, saluée de loin par les Prophètes j Marie, brillant d'une sainteté parfaite parmi
les descendants souillés du premier Adam, comme fe lis sans tache au milieu des épines ; Marie, noble rejeton d'une longue suite d'aïeux illustres : tels sont les différents points de vue sous lesquels TÉglise nous présente cette enfant qui est aujourd'hui conçue. Connaissez-vous un meilleur moyen d'exciter dans nos cœurs le respect, la confiance et l'amour; de sanctifier notre imagination par des images plus nobles et plus pures ?
VI. Dispositions à la fête. — Par là, il est facile de comprendre ce que nous devons faire pour célébrer dignement la fête de l'immaculée Conception : r remercier Dieu d'avoir préservé Marie de la tache originelle; 2° féliciter Marie de ce glorieux privilège; 3" exciter en nous une grande confiance en cette Vierge très-sainte. La sainteté est la mesure du pouvoir que les Saints ont auprès de Dieu. Quel est donc celui de Marie, la plus sainte de toutes les créatures ? quelle est sa bonté pour nous? Elle est notre sœur, elle est notre mère, elle est notre avocate. Ces prérogatives lui ont été données pour le bien des hommes ; elle doit les faire servir à la gloire de son Fils, et la gloire de son Fils, c'est le salut du genre humain; informer la résolution d'approcher le plus près que nous pourrons de la sainteté de Marie, puisque, d'une part, c'est un moyen de lui plaire, et que, de l'autre, nous sommes appelés à recevoir dans notre cœur le Dieu en vue duquel elle a été sanctifiée; 5" louer Marie en déposant chaque jour sur son autel le tribut de notre tendresse filiale. On peut le faire, soit par quelques légères mortifications ou par quelques prières courtes, mais ferventes. En voici une, entre autres, à laquelle sont attachés, chaque fois qu'on la récite convenablement, cent jours d indulgences : IJcnic soit la
trcS'pure et immaculée Conception de la bienheureuse
J'iercje Marie '.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie (l'avoir préservé la sainte Vierge de la tache du péché originel ; faites-moi la grâce de conserver toute ma vie ou de recouvrer promptcment l'innocence de mon Baptême.
Je prends la résolution d aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je réciterai tous les jours trois Ave Maria en Vhonneur de limmaculée Conception.
' Rescrit de notre saiiu-i)ère le pape Pic VJ, 21 uovenibrc 1793.
XXVIP LEÇON.
LE CHRISTIAMSME RENDU SENSIBLE
Qualre-Temps de l'Arent. — Antiquité des Quatre-Temps. — Sagesse et bonté de rÉglisc. — Œuvres salisfactoires opposées aux trois grandes concupiscence*. — Esprit du jeûne. — Crime des hérétiques et des impies. — Tourquoi sont établis les Qualre-Temps et les Vigiles.
I. Origine des Quatre-Temps. — La troisième semaine de l'Avent arrivent les Quatre-Temps d'automne. Les Quatre-Temps sont trois jours de jeûne qui s'observent à la fin de chaque saison. Si l'antiquité d'une pratique d'ailleurs salutaire est propre à la rendre vénérable, je vous laisse à penser quel respect nous devons avoir pour ces jours consacrés à la pénitence, et avec quelle religieuse exactitude nous devons les observer. L'institution des Quatre-Temps remonte aux premiers siècles de l'Église'; la Synagogue elle-même nous en offre des vestiges. Le jeûne des saisons de Tété, de lautomne et de l'hiver est clairement marqué par le prophète Zacharie^. Héritière de toutes les saintes pratiques aussi bien que de toutes les vérités anciennes, l'épouse de Jésus-Christ a conservé, sanctifié et perfectionné Tusage du jeûne aux quatre saisons.
Pour peu que nous voulions nous donner la peine d'étudier sa conduite, nous la trouverons empreinte d'une profonde sagesse, c'est-à-dire tout à la fois d'une profonde connaissance de la condition de Thomme icibas, de son caractère et d'une grande sollicitude pour son bonheur.
' Baron, an. 57, n. 12G et 127; Isid. Olfic. c. 37 Cl 38 ; Raban. Slaur. Instit, lil). II, 10, ctr. — ' Za'li. MU, t9.