‹ Catéchisme de persévéranceChapitre 21 sur 48 · HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST · texte numérisé non relu

HIC DE VIRGINE MARIA JESUS CHRISTUS NATUS EST

» Cest ici que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie. Une table de marbre, qui sert d'autel, est appuyée contre le flanc du rocher, et s'élève au-dessus de l'endroit où le Messie vint à la lumière. Cet autel est éclairé par trois lampes , dont la plus belle a été donnée par Louis XIII.

» A sept pas de là, vers le midi, vous trouvez la crèche. On y descend par deux degrés, car elle n'est pas de niveau avec le reste de la grotte. C'est une voûte peu élevée, enfoncée dans le rocher. Un bloc de marbre blanc, exhaussé d'un pied au-dessus du sol, et creusé en forme de berceau, indicjue l'endroit même où le Souverain du Ciel fut couché sur la paille '.

y> A deux pas, vis-à-vis de la crèche, est un autel qui occupe la place où Marie était assise lorsfiu'elle présenta l'enfant des douleurs aux adorations des Mages.

» Rien n est plus agréable et plus dévot que cette église souterraine. J'y ai entendu un orgue, très-bien touché, jouera la messe les airs les plus doux et les plus tendres des meilleurs compositeurs d'Italie. Ces concerts charment l'Arabe chrétien qui, laissant paître ses

« La crèche elle-même où fui mi» le Sauveur est eu bols , el «e cprde à Rome , dan» IN'glise de Sainle-Mark-.M.tjeure : on l'y apporta avec quelques pierres coup«'cs du roc daus la caverne de Hcthitcm, au yii* siècle, comme Ta montré RcnoU XIV, lib. iv de Canouix. part. 2. Voyez la description de la crèche, telle qu'elle est aujourd'hui, dans les Doit Home, l. i, 25 décembre,

chameaux, vient, comme les antiques bergers deBetliléem, adorer le Roi des rois dans sa crèche. J'ai vu cet habitant du désert communier à l'autel des IMages avec une ferveur, une piété, une religion inconnue des Chrétiens de TOccidcnt. Nul endroit dans Tunivers n'inspire plus de dévotion. L'abord continuel des caravanes de toutes les nations chrétiennes, les prières publiques, les prosternations, la richesse même des présents que les princes chrétiens y ont envoyés , tout cela excite en votre àme des choses qui se font sentir beaucoup mieux qu'on ne peut les exprimer*.

Au moment où Joseph et Marie arrivèrent dans la iïrotte, il s'v trouvait un bœuf et un àne, dont le souille servit à réchauffer l'enfant. L'Écriture, il est vrai, ne fait point mention de cette circonstance, mais elle est appuyée sur la tradition commune , et donnée pour certaine par les Pères de l'Église le mieux en état d'en être instruits. Tels sont saint Épiphane, saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, et Prudence : Baronius défend victorieusement cette touchante tradition ".

III. Naissance du Sauveur. — Ce fut dans cette caverne que Marie mit au monde son divin Fils, sans ressentir aucune des douleurs qu'éprouvent les autres mères : elle resta toujours vierge avant et après l'enfantement. Qui peut imaginer la joie et le respect avec lesquels elle vit de ses yeux et adora le Créateur du monde, devenu homme pour l'amour de nous! Quel bonheur pour elle lorsque, contemplant celui que les anges adorent, elle

» Iliiiérairc de Paris à Jérusalem, t, ii, p. 157.

> AniiaJ. an. 1 , n. 3. — Nous l'avons trouvée à Ancônc, jjravéc s-ir une loiubc du i\' bitclc ; voyez les Tiois nome y t. m.

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prononça pour la première fois cette parole qui ne s'était trouvée jusque-là que sur les lèvres du Père éternel : Mon Fils! II Avec quelle vénération ne toucha-l-elle pas celui qu'elle savait être son Seigneur? Qui dira les sentiments de son cœur virginal et maternel, lorsqu'elle l'enveloppa de pauvres langes et le coucha , sur la paille, dans la crèche? De quels tendres baisers ne le couvritelle pas? avec quel saint tremblement elle considérait son visage et ses tendres mains? avec quelle sainte gravité ne couvrait-elle pas ses petits membres '?

Saint Joseph , confident du mystère , partageait , autant qu'il était en lui, les sentiments de Marie. « Il prenait Tenfant entre ses bras, dit saint Bernard , et lui prodiguait toutes les caresses que peut inspirer un cœur embrasé d'amour. »

Au moment où le prodige s'opérait. Dieu voulut que les hommes et les anges, le ciel et la terre, vinssent rendre leurs hommages à leur commun Rédempteur. Mais quels seront les heureux mortels que Dieu favorisera les premiers d'un tel honneur? Auguste, qui dictez des lois à T univers , Hérode, qui commandez à la Judée, riches qui habitez Jérusalem et Bethléem , empereurs , rois, princes de la terre, dormez dans vos palais dorés, ce n'est pas vous que les anges iront tirer du sommeil pour vous appeler à la crèche : vous n'en êtes pas dignes. Au nouveau roi il faut des courtisans qui le comprennent, et vous ne le comprendriez pas; qui aiment le déniimcnt de sa naissance, et vous nelaimcricz pas.

IV. Adoration des bergers. — Or, il y avait, dans le voisinage de la grotte, des bergers (jui veillaient à la

' s. Bonav. iiia ihn'sii\ c. 10,

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garde de leurs troupeaux ^ Tout à coup, au-dessus^ de leurs tètes, ils aperçoivent une vive splendeur au milieu des ténèbres, et dans cette gloire un ange leur apparaît et leur dit : Ne craignez rien, car je viens vous apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet (F une grande joie. Cest qu aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Chnst , le Seigneur. Voici la inarque à laquelle vous le reconnaUrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Au même instant il se joignit à Vange une troupe de l armée céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté^.

Lorsque les anges se furent retirés, les bergers, frappés d'étonnement, se dirent Tun à l'autre : Allons à Bethléem et voyons ce qui est arrivé ^ et ce que le Seigneur nous a fait connaître. Sans perdre un instant , ils se hâtèrent vers rétable. Ils y trouvèrent l'enfant nouveau-nêy enveloppé de langes et couché dans la crèche. Marie et Joseph étaient auprès de lui. Les bergers , voyant que tout ce qu'avait dit lange était accompli , reconnurent dans cet enfant le Sauveur promis à Israël, lui rendirent leurs hommages et s'en retournèrent à leurs troupeaux , glorifiant et louant Dieu^?

Ainsi des homnoes simples, pauvres et obscurs, furent les premiers confidents de la naissance du Messie, les premiers à qui Dieu le Père réserva Tinsigne honneur de déposer leurs hommages aux pieds de son Fils : ce seul fait contient toute une révolution morale. Il est

' La tradition nous apprend qu'ils étalent au nombre de trois ; voyez le» Trois Home , t i ; les Piffcrari; cl Sandiiii, Jlist. fnmil. son: ' Luc. I. — 3 Luc. II, 9-20.

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le commencement de ce nouvel ordre d'idées qui doit changer la face du monde. Richesses, despotisme, orgueil, votre règne est fini; celui du détachement, de rhumilité, de la charité, commence.

Ces paroles que Tange dit aux bergers : Ne craignez point, il vous est né un Sauveur, TÉglise catholique les adresse chaque année à tous ses enfants, à vous comme à moi. Pendant TAvent, elle avait emprunté la voix d'Isaie et de Jean-Baptiste pour nous dire : Préparez les sentiers du Seigneur : le moment approche où toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu. Puis, lorsque les quatre mystérieuses semaines touchent à leur fin , elle indique un dernier jour déjeune et de préparation : Sanctifiez -vous, nous dit-elle, demain le Seigneur fera parmi vous des choses admirables.

V. Liturgie. — Afin de nous associer au bonheur des bergers, elle veut que nous passions la nuit en prières. Pendant ces belles Matines, elle chante les antiques promesses faites aux Patriarches et aux Prophètes, elle redit et la misère du genre humain et la bonté et les gloires du Rédempteur tant de fois annoncé. Tout à coup un Diacre descend du sanctuaire, précédé de flambeaux et portant au-dessus de sa tète le livre qui contient Taccomplisscment de toutes les promesses, de toutes les figures et de toutes les prophéties. Arrivé au jubé, il chante la généalogie du Rédempteur , Fils de Dieu et Fils de Tllomme, et termine par ces mots : Jacob engendra Joseph, époux de Marie de laquelle est né Jésus qui est appelé le Christ '. A ce chant sul)lime, toutes les voix répondent i)ar 1" hymne d'amour : Te Deum,

» Malth I, 16. — En examinani le» deux n'-n<'>'o"'<*« Je notre Scir.nciir , données par saint Matthieu et par saliil Luc, on toit que les deux branches

Et voilà que le Prêtre monte à l'autel, et bientôt Tenfant de Bethléem , incarné de nouveau entre les mains

lie la famille de David , par Salomoti et par son frère Nalhan, se sont rt-unies 1" dans Salalliiel et dans Zorohabel, son petil-fils; 2" dans la personne de Jésus, fi!s de Marie; en sorte que Ji'sus cHait la branche ou le rejeton sorti de la racine de Jessi?, par consi^qucnt fils de David et de Salomon, et héritier des promesses faites à l'un et à l'autre.

Mais comme les évangélistcs nous apprennent que Jésus n'est pas fils de Joseph, mais de Marie, on forme ici plusieurs difficultés. On demande : l" pourquoi .saint Matthieu nous donne la {jénéaloGic de Joseph et non pas celle de Marie? On répond que chez les Hébreux on n'avait pas coutume de tirer les généalo- Sjies des femmes. Ce fait est connu par la pratique continuelle de l'Écriture, et par le témoignage des Pères et dis rabbins, qui disent formellement : La famille de la mère n'est point une fnmillc. Voyez leurs textes dans la Bible de VcDce, t. XIX, p. 1G8, édit. in-8°. Taris, 1829.

On demande : 2° comment on conclut que Jésus est descendu de David et de Salomon, de ce que Joseph est fils de David? — On répond : que Jésus étant fils de Joseph, ou par adoption, ou simplement comme fils de Marie, son épouse, Joseph l'ayant reçu et élevé comme son fils, Jésus entrait par là dans tous les droits de la famille de Joseph. L'usage d'aJopter était connu chez les Hébreux dès le temps d'Abraham. Gen. xvi, 2; Gcn. xlviii, 5; Exod. ii, 10; Esther ii, 7, 15. Quand donc Jésus ne serait considéré que comme fils adoptif de Joseph , cela suffirait pour lui donner le droit de prendre la qualité de fils (le Da\id, et de se porter pour héritier des promesses faites à cette famille. M.iis il y a une raison plus forte que celle-li : c'est que Marie était de la même famille et de la même maison que Joseph; car la loi voulait que les tilles se mariassent dans leur tribu , et autant qu'il se pouvait dans leur famille, nilc 1(8 y obligeait même lorsqu'une fille était unique héritière de sa famille. Or, c'est une très-ancienne tradition dans l'tglise que .Marie était fille unique. S. Hilar. in Matlh i. Euseb. Jlist lib. i, c. 7, etc., etc.

On demande : 3° comment Joseph peut avoir pour père deux hommes; l'un Jacob, de la race de .Salomon; l'autre, Héli , de la race de Nathan? — On répond que Jacob était père de Joseph selon la nature , et Héli son père selon la loi, c'est-ù-dire par adoption. En effet, saint .Matthieu dit que Jacob engendra Joseph', au lieu que saint Luc dit simplement que Joseph était d'Héli, comme il dit à la léle de la généalogie qu'Adam est de Dieu (qu il lui appartenait), quoique Adam ne fût pas le fils de Dieu. Cette opinion, fondée sur Taulorit»' de presque tou.s les Pères, est aussi rapportée par Jules Africain, qui >ivait dans la Palestine au commencement du troisième siècle, et il assure la tenir de quelques parents du Sauveur selon la chair. Voici comment ils expli- •juaieni celte généalogie : Mathan descendu de David par Salomon , et Mel- «hi desrendu du même David par Nallian, épousèrent l'un après l'autre une même femme nommée F.scha. Mathan en cul Jacob, et Mclchi en eut Héli. Ce dernier »e maria, et étant mort «an» enfant, Jacob épousa «a veuve, eu vertu

(le son ministre, sera rendu présent aux adorations et à Pamour des fidèles. La communion approche ; c'est le moment des inetîables délices ; alors se font entendre de joyeux Noéls, restes précieux de la foi vive et de la piété naïve de nos ancêtres. Heureux dun bonheur qu'on ne connaît que ce jour-là , les nouveaux bergers se retirent dans leurs maisons, louant et bénissant Dieu. Là est préparé un repas joyeux parce qu'il est innocent ; le réveillon de Xoël réunit à la même table les parents et les voisins; et comment ne pas s'aimer lorsqu'on vient d adorer le Sauveur commun et participer à sa table sacrée? Comment ne pas se réjouir quand un grand bienfait nous est accordé ?

Au point du jour la cloche se fait entendre de nouveau. Pour la seconde fois le Prêtre monte à l'autel, et ceux qui ont gardé pendant la nuit remplissent l'église et rendent leurs hommages au divin Enfant. La grandmesse vient enfin quel(jues heures après réunir tous les fidèles que le soir retrouvera encore devant les autels

de la loi de Moisc, Deut. x.\v, 5, 0; et de ce mariage vint Joseph, qui parce moyen était fils de Jacob scion la nature, et d'IIéli scion la loi.

On demande : 4» comment on peut prouver que Jésus est descendu de David et de Salomon , même en admettant que saint Luc donne la oiWiéalogie de la sdiiile Merjje, puisque dans celle supposition , .Marie descend de Nailian et non de Salomon ? — On repond d'abord que l'Écriture n<- dit pas formellement que Dieu ait promis que le Messie naîtrait de la race de Salomon selon la chair, mais seulement de la race de David. Ensuite on répond que les deux branches de iNallian et de Salomon s'étant réunies dans Salathicl et dans /orobabcl, le 5aii[î de Da\id est rassemblé dans ca deux personnes, en sorte (jue ks branches qui en sont sorties sont également de l'une et l'auire lige. Itêli de saint Luc elJacob de saint Matthieu sont tous deu!i fds de David, de Salomon et de Naliian. Ainsi, de quelque côté (ju'on envisage noire Seigneur, ou voit toujours qu'il vient de Da\id, et qu'il réiniil dans sa personne tous les droits de cette auguste famille, tant du côté de Joseph que du côté de Marie sa nièrc. — Voyez Hible de Vcncc, Dissert, sur la généalogie de Jésus-Ohrist, t. \i\, p. 170 et suivantes.

du Dieu nouveau-né : et toujours ce sont de nouveaux cantiques et de nouvelles émotions. Le moyen qu'il en soit autrement! Est- il jour plus beau que le jour de Noël? Jamais jour donna-t-il aux hommes ce que la nuit de Noël leur a apporté dans ses ombres? Cette nuitlà un frère est venu aux malheureux , un libérateur aux esclaves, un ami aux enfants, un maître aux docteurs, un modèle aux rois, un vainqueur à la mort. Laissez donc les hommes se réjouir dans le Seigneur^ comme la terre se réjouit chaque matin quand le soleil se lève pour la délivrer des ténèbres. Noël, c'est la grande aurore de notre délivrance; Jésus-Christ naissant, c'est le Soleil de justice qui se lève sur le monde pour en écarter les ombres de la mort.

Voyez aussi quel enthousiasme, quel saint délire règne dans lofiice que chantent nos Prêtres! Écoutez-les.

(( Colline de Sion, tressaille d'allégresse... Fille* de Jérusalem , revêtez vos habits de fêtes et chantez, chantez de nouveaux cantiques.

» Jérusalem , lève-toi , secoue la poussière de tes cheveux, romps la chaîne de ton cou; lève-toi, ton Sauveur est venu!

» Tu as été vendue , et voici que le Seigneur fa rachetée : Chante, Jérusalem.

)) Le Seigneur a dit : Assur a opprimé mon peuple, l'injustice et la cruauté ont pesé sur lui ; il faut que je le délivre ; autrefois je parlais, à présent me voici.

» Labondance et la paix se lèvent avec le jour du Seigneur.

» La vérité est sortie de la terre, et du haut du ciel la justice nous a regardés.

» Chantons donc, chantons donc de nouveaux hymnes

au Seigneur, que toute la terre chante avec nous!

» Chantons au Seigneur et bénissons son nom.

» Annonçons à Tunivers le jour de son salut.

» Que les nations se reilisent les prodiges qu'il a faits, et que les peuples soient dans la joie!

» Là véritablement notre Dieu est grand, son nom est digne de louanges, et sa puissance domine tout ce qui existe.

)) Que sont les dieux des nations étrangères auprès de notre Dieu? Des démons de Tabîme; mais notre Dieu, à nous, c'est celui qui a fait le ciel et la terre, le firmament avec ses étoiles et la mer avec ses flots.

» Que le Ciel se réjouisse donc , que la terre s'exalte de joie, que la mer s'agite et soulève ses grandes eaux en signe d'allégresse , et que les champs et toutes les plantes qui y croissent tressaillent de plaisir, car voici venu le jour du Seigneur '. »

Ainsi passe pour les Chrétiens le beau jour de Noël. Dites : s'il y a un châtiment pour Tindidérent et pour 1 impie, n'est-ce pas de ne rien sentir des joies de cette solennité? n'est-ce pas de ne plus voir dans le jour de Noël qu'un jour comme un autre?

VI. Dispositions à la fête. — Pour éviter ce malheur, allons à Bethléem, et là, à genoux devant cette crèche, demandons-nous à nous-mêmes : Que me veut cet enfant? Et ses petits membres, et ses vagissements, et celte paille, et ses pauvres langes nous répondront :

Il veut me guérir. Je suis donc malade? Oui ; au jour de sa révolte, mon premier [)ère a reçu du démon trois coups mortels, d'où sont venues tiois larges plaies qu'il m'a transmises : 1 amour déréglé des richesses, Tamour

' Tableau des fOlcs , p. 64.

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déréglé des honneurs et lamour déréglé des plaisirs. Ce triple amour a été comme une fièvre brûlante : pendant quatre mille ans le genre humain a été dans un délire continuel, et on a vu ce grand malade s'agiter comme un furieux sur sa couche douloureuse : saisissant tour à tour toutes les créatures pour apaiser la soif qui le dévorait, il les a tourmentées en mille manières, pour les forcer à lui donner un peu de soulagement; puis il s'est mis à leurs pieds, et, d'une voix suppliante, il leur a demandé l'aumône de la félicité. Vaines prières! inutiles efforts! et, dans son désespoir, il a maudit toutes les créatures , il a maudit la vie, il s'est maudit luimême, il s'est écrié par la bouche du plus heureux des mortels: Vanité, mensonge, affliction , tout 7i est que déception ' . Mieux vaut le jour de la mort que le jour de la

naissance ^,

Et pendant tout ce temps-là , l'homme a oublié Dieu , oublié sa Gn, oublié sa nature. Gréé dans Thonneur et la gloire, il s'est rendu semblable aux betes stupides; et comme un torrent alimenté par trois larges sources, l'iniquité s'est répandue sur toute la face de la terre, et il y a eu des fleuves de sang et de larmes; l'esclavage a régné, et le démon a joui longtemps d'un insolent triomphe.

Et moi j'ai hérité des trois maladies de mes pères, et <;cs maladies tendent perpétuellement à se développer en moi ; mais voici que ce divin enfant est venu pour me guérir. A l'amour déréglé des richesses, des honneurs et des plaisirs, il oppose la pauvreté, l'humiliation et la souffrance. Il me dit : Mon fils, détachez votre cœur de toutes ces choses; je suis descendu du ciel pour

' tccl. I, 2. — ' 1(1. VII, 2.

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VOUS instruire. Le monde, il est vrai, vous prêche une doctrine contraire à la mienne. Eh bien! de deux choses l'une : ou je me trompe, ou le monde vous en impose '. Mais je suis la Sagesse éternelle, je ne puis vous induire ni être induit en erreur. Votre propre raison , votre expérience, 1 expérience des autres, ne sontelles pas d'accord avec mon enseignement, pour vous dire : Les richesses, les honneurs, les plaisirs, ne peuvent faire votre bonheur ; ce sont des biens périssables , et vous êtes immortel; ce sont des biens finis, et les désirs de votre cœur sont infinis? Et que m'en couterait-il pour vous dire d'aimer les richesses, les honneurs et les plaisirs, pour vous en donner suivant vos désirs? Mais cette doctrine et cette conduite feraient votre malheur; je vous aime trop pour vous abuser : instruisez-vous donc à ma crèche.

Oh! oui, écoutons avec respect les leçons de la crèche; aimons-les, praticjuons-les, notre bonheur est à ce prix. Hélas! c'est pour ne les avoir pas connues que le monde ancien fut malheureux; c'est pour les avoir pratiquées que la terre a joui de longs siècles de bonheur et de gloire; c'est pour les avoir oubliées que la société moderne est redevenue une arène sanglante, où les hommes, armés les uns contre les autres, se battent comme des aliénés en fureur, pour un peu de boue qu'on appelle or, et pour un peu de fumée qu'on appelle honneur.

Le Fils de Dieu vient donc enlever au cœur de l'homme l'objet constant de ses affections depuis la chute origi-

» r.hrUlui cicgil quod salubrius juilicat , vos cli,;iiis quod rcprobat , quis prudcnliorc duobuâ?... Aul Uic falliUir, aul inuu Iu« errât, llern. Seim, Z in ISiativ. Dom.

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nelle, les créatures. Mais, mon Dieu! vous me désolez, je suis fait pour aimer, je ne peux vivre sans aimer. En me disant : Tu n'aimeras pas, vous me donnez le coup de la mort. Oui; mais, ô bonté ! ô sagesse! que je n'aimerai, que je n'admirerai jamais assez! à ce commandement s'en joint un autre : Vous aimerez de tout votre cœur, de toutes vos forces, de toute votre âme, quoi? non pas le fini, le mensonge, l'ombre vaine, mais l'infini, la réalité môme : Dieu à la place des créatures.

Et voilà que , pour faire goûter ce nouvel objet d'amour, pour rassurer Thomme, qui, depuis Tanathème du Paradis terrestre, tremblait, fuyait, se cachait au seul nom de Dieu , qui craignait de le voir autant que de mourir , voilà que ce grand Dieu se fait enfant et se présente à nous sous la forme la plus aimable, la plus caressante, la plus rassurante qu'il soit possible d'imaginer. 0 hommes! comprenez les leçons de Bethléem, et vous êtes guéris. D'une part, désabusez votre cœur, détachez-le des créatures; d'autre part, portez ses affections sur Tobjet qui vous est présenté, un Dieu, votre principe et votre fin, devenu votre ami, votre frère, l'os de vos os, la chair de votre chair. Que fautil pour cela? De la bonne volonté! Vous le voyez, les conditions de votre Dieu ne sont pas difiiciles; car, qui n'a pas ou qui ne peut pas avoir de la bonne volonté ? Ni la science, ni l'éducation, ni la noblesse, ne sont nécessaires pour cela.

Me guérir, voilà donc ce que me veut cet enfant. Mon cœur, comprends-tu ?

Aimons donc l'enfant de Bethléem; aimons donc l'enfant de Bethléem M Son amour doit d'autant mieux

' Amemus puerum de BcUUeem; amemus puerum de Bethléem. Aimons renfaiit

exciter le notre qu'il est absolument gratuit et qu'il passe toute imagination. Écoute, mon ame, je vais te dire une iiistoire : Un voyageur, en son chemin , marcha sur un vermisseau et l'écrasa. Comme il regrettait la mort de ce pauvre insecte, un inconnu s'offrit à sa vue et lui dit : Si vous voulez rendre la vie à ce vermisseau, je vais vous en indiquer le moyen. Il faut que vous consentiez à devenir ver de terre et à vous laisser ouvrir les quatre veines. De votre sang on fera un bain dans lequel le vermisseau retrouvera la vie. — Vous vous moquez, répond le voyageur, et que m'importe que ce vermisseau ressuscite ou non ! Me croyezvous assez simple pour donner ma vie afin qu'il recouvre la sienne? Celte réponse était d'autant mieux fondée, que ce voyageur était le fils d'un grand roi, et que ce ver n'était pas un insecte innocent, mais un aspic ingrat, qui, après avoir été jadis réchauffé dans le sein de l'illustre jeune homme, avait voulu lui ôter la vie. Cependant, voilà que le prince voyageur, touché d'une compassion infinie, consent à devenir ver de terre et à perdre la vie pour ressusciter le reptile. Et tous ceux qui entendirent raconter ce trait disaient :Ce prince était fou d'amour! Quelle eût été la reconnaissance du vermisseau s il avait été capable de raison ?

Eh bien ! mon àme, voilà ce que le Fils de Dieu a fait pour toi. Qui es- tu, toi? et ({u'est-ce que Thomme, sinon un ver de terre , et un ver de terre ingrat et perfide? Tu es moins devant Dieu qu'un vermisseau devant riiomnie. Qu'iinj)ortait à Dieu que ce néant rebelle de-

de Uethléem; aimons renfanl de Dcihléem! C'était la devise cl comme le cri de guerre du sérapiiique saini Trançois.

f oijr^ les sermons, pour ;Notl, de S. Liguori. On cherclicrail en vain quelque chose de pius touchant. OLitv. complètes, t. >i.

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meuràt dans son péché et fut enseveli dans Tcnfer comme il l'avait mérité? Et pourtant ce grand Dieu a eu tant d'amour pour toi, mon âme, que pour te délivrer de la mort éternelle, il s'est d'abord fait ver déterre comme toi ; puis , pour le rendre la vie , il s'est laissé mettre à mort, il t'a fait un bain de son sang adorable. Oui, il en est ainsi ; tout cela est de foi. Ecoute : Et le Verhc s est fait chair ^ et il nous a lavés dans son sanr/, et il nous a ressuscites '. Et après cela, mon ame, tu pourras l'oublier! Tu auras dans le cœur assez d'amour pour en donner aux animaux qui te servent et qui t'amusent , et lu n'en auras point pour ton Libérateur! Oh! non, n'est-ce pas? c'est de grand cœur que tu dis : Si quelquun naime pas V enfant de Bethléem^ quil soit anathl'me!

VH. Etablissement de la fête. — Voilà dans la plus simple expression ce que le Fils de Dieu a fait pour le genre humain. En mémoire de ce miracle d'amour, l'Église a établi une fête le vingt-cinq décembre ; car c'est ce jour-là précisément, à minuit, l'an 4004 du monde, que ce crand événement s'accomplit -. Saint Chrvsostome

' Joan. I, l/i; Apoc. xv; Epi), ii, 6.

* Ici ^icnl la grande question chronoloclquc. Tout le monde «ail qu'il y a deux chronologies princi|)ales fondées sur la Bible : la chronoloBie des Septante et la chronologie des Hél)reux. La première se trouve dans la traduction grecque des Ihres saints faite par les soixanle-doute docteurs juifs envoyés pour cela en Kg^ple, sous l'tolémée riiiladcl|)he, environ 250 ars avant Jésus-Christ. En suivant celte chronologie, il faut placer la naissance du Sauveur vers l'an du monde fjjOâ ; on, d'aprts l'ancien rédacteur du martyrologe romain, l'an du monde 319'J : Anno a crealione mundi, quando in principio creavii Deu» cœlum cl Icrram , quiiupdcs millcî-imo ccutesimo nonagesimo nono. La seconde chronologie est fondée sur le texte hébreu des livres saints, tt nu t la naissance de notre Seigneur ù l'an ^j004 ou \\ peu près. Il y a donc entre les deux chronologies une diffère nce d'environ 1500 ans. La raison de cette différence >ient de ce que les Septante donnent aux patriar-

prouve très-bien que T Église de Rome a pu savoir au juste le jour de la naissance de Jésus-Christ et l'apprendre aux autres Églises , parce que cette naissance arriva au commencement du dénombrement général ordonné par Auguste et exécuté par Quirinus dans la Judée. Or, ces sortes d'actes publics ou de chartes se conservaient soigneusement à Rome, dans les archives de l'Enipire*. Du reste, il faut remonter aux premiers

chiis (lu premier et du second âge du monde plusieurs ccnlaiues d'années de plus que ne leur en recoiinaii le tcxic hébreu.

- Pour savoir, dit llenoit \IV , quelle année du monde notre Seigneur est né, il faut donc examiner s'il faul suivre le texte hébreu, avec lequel s'accorde la Vulgate, ou bien la version des Septante. Nous répondons : qu'il vaut mieux suivre le texte hébreu. D'abord, l'Église romaine suit la tradition appelée Vulgate, éditée par saint Jérôme, il y a plus de treize cents ans, et approuvée par le saint concile de Trente. Or, la Vulgalc s'accorde, comme nous venons de le dire, avec le texte hébreu de l'IIcriturc. Ensuite, la version des Septante est évidemment fautive; car, au chapitre iv do la Genèse , elle place la mort de Malliusalem quatorze ans après le déluge. En elTct, d'après les Septante eux-mêmes. Mathusalem engendra Lamech l'an 269 de son flgc, et Lamech engendra Noé à Tàge de 88 ans. Ainsi , à ia naissance de Noé , Mathusalem avait 3Jj ans. Or, comme le déluge commença l'an 600 de l'jge de Noé, il est clair que Mathusalem avait alors 055 ans; et comme Mathusalem a vécu en tout 969 ans , il s'ensuit qu'il a vécu quatorze ans après le déluge , ce qui est tout à fait faux. En effet, saint Pierre cp. 1, viii, 20, dit formellement que huit personnes seulement survécurent au déluge : Noé , sa femme , ses trois ûls cl leur» trois femmes : (Juando cxpectabant Dci paiicntiam in diebus .Voe*, cum jabricareiur arcn^ in qua pauci, id est octo animœ salvœ factœ sunt per aquam. 'Cette erreur et d'autres encore parfaiiement constatées , nous disons que parmi la grande variété d'opinions sur l'année de la naissance de notre Seigneur, et qui s'élèvent à plus de 130, les savants adoptent de préférence celle •jui place ce grand événement l'an ûOOO du niunde. IIis probe conslitutis^ dicimus, intrr lot varias de natali Christi anno senlcntias , quas ad ccntum et iriginta d uns numéral Michael Moeslliniis, tnalUetnalicus et chronologus non incclebn's, eam place) e magis smtentiain cruditis viris, quir slatnit ClwiHum natum e^se anno quater millcsiino ah orbe condito. liened. XIV, n. /i?, 3, i, p. 400: voir sur cette question, le célèbre ou>rage du P. Magnan, de l'ordre dcf Mineurs, l'roblema de anno nativilatis Christi; Koma*. 177:^: furlout les page* 205-7 et page .3JH.

' Scrm. XXXI, p. iC6. Qucm ceiisum icslem ndcli^simum Dominicoe Nativilatis romana archhla cujlodiunt Terlull. odt. Marcio, llh. iv, p. 507. VII. 30

siècles pour trouver l'origine de la fôte de Noël ".

L'une des plus célèbres de Tannée, elle jouit de deux privilèges bien glorieux : le premier, de suspendre la loi de Tabstinence, en sorte qu'on peut faire gras le jour de Noël, fut-il un vendredi ou un samedi - ; le second, de donner aux Prêtres la faculté de dire trois messes. On dit la première pour célébrer la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père; la seconde, sa naissance de la bienheureuse Vierge Marie; la troisième , sa naissance spirituelle dans nos âmes par la foi et la charité.

Autrefois les Prêtres étaient dans Tusage de dire chac|ue jour plusieurs messes; ils avaient toute liberté d'en user suivant les mouvements de leur dévotion. Ce fut le concile de Salgunstadt, près de Mayence, tenu Tan 1002, qui en restreignit le nombre à trois pour chaque jour et pour chaque Prêtre. Mais le Pape Alexandre II , qui mourut en 1 073 , changea cet usage cl ne laissa plus la liberté dédire les trois messes qu au jour de Noël. Ils ne peuvent mieux faire que d'y assister, mais 1 Église ne les oblige pas : une seule sufiit pour accomplir son précepte.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir envoyé votre divin Fils pour nous racheter; faites-nous comprendre, aimer et pratiquer les leçons qu'il nous donne à la crèche.

' l'roplcr cxccllenliara f«8li, dil le pai)C Honorius III. * Aiig. Kpi«t. cxix, c. 1,2.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Taraour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je dirai souvent : Divin Enfant Jésus, rendez mon cœur semblable au votre.

Sd.

XXIX* LEÇON

LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE

Temps de Noël. — Sollicitude de l'Église. — Fêles de saint Etienne, de saint Jean, des sainls Innocents. — Circoncision. — Raisons de cette cérémonie. — Nom de Jésus. — Sagesse du Père éternel. — Nom de Jésus, son excellence, sa signification. — Sentiment qu'il doit nous inspirer. — Antiquité de la fêle de la Circoncision. — Élrennes. — Souhaits de bonne année. — Itile pratique.

I. Temps de Noël. — La saison des frimas continue ; la neige couvre les campagnes, la plupart des châteaux sont veufs de leurs habitants; la porte des chaumières s'ouvre plus rarement ; le laboureur , environné de sa famille, reste sédentaire au coin du foyer ; les riches sont réunis dans les villes, où se multiplient pour eux les bals, les spectacles et les fêtes. Tandis que le monde promène de plaisirs en plaisirs ses bruyants essaims d'adorateurs, l'Eglise, comme une tendre mère, réunit ses enfants sous ses ailes et les conduit sur les pas du Dieu de Bethléem. Les touchants mystères de sa sainte enfance sont tour à tour présentés à leurs adorations, et le riche y trouve une leçon de charité et le pauvre un modèle de résignation. Et le cœur du riche se laisse toucher, car c est au nom du petit enfant Jésus qu'on lui demande Taumône; des secours abondants vont soulager T indigence obscure qui tremble de froid ou qui meurt de faim dans son réduit ignoré.

Vous le voyez, durant les rigueurs de l'hiver, la charité du Christianisme lutte contre Tégoïsme du monde : dans cette saison nos fêtes chrétiennes sont multipliées. Il en résulte que la Religion a trouvé moyen de faire

DE PERSÉVÉRANCE. iG9

pratiquer un plus grand nombre d'œuvres saintes , et de donner à des millions d'infortunés quelques moments de bonheur. Ces fêtes ont d'autant plus de charmes qu'elles existent de toute antiquité, et le pauvre surtout trouve avec plaisir , en remontant dans le passé , que ses aïeux se sont réjouis à la même époque que lui.

Dans la nuit de la naissance du Messie, les troupes d'enfants qui adoraient la crèche, les églises illuminées et parées de fleurs, le peuple qui se pressait autour du berceau de son Dieu, les Chrétiens qui, dans une chapelle retirée, faisaient leur paix avec le Ciel ; les nJlcluia joyeux, les noëls pleins de naïveté, le bruit de l'orgue et des cloches , nous ont olTert une pompe pleine de charmes et d'innocence. Dans les maisons chrétiennes, Bethléem, la grotte, la crèche, le divin enfant, les bergers, ont été, pendant plusieurs jours, le sujet des récits de Taïeul aux cheveux blancs, et des lectures du soir en présence de toute la famille assise autour du foyer.

Mais voici d'autres fêtes. Dès le lendemain de Noël, l'Église célèbre avec une grande pompe le triomphe du premier de ses martyrs ; puis la fête de l'apôtre saint Jean, le disciple bien-aimé , puis celle des saints Innocents : vous savez, ces milliers de jeunes victimes audessous de deux ans, emportées par la cruelle jalousie d'Hérodc, et qui, maintenant glorifiées dans le ciel , jouent avec leurs couronnes de lis et de roses devant l'autel de l'Agneau. L'Église se plaît à mettre sous nos yeux tous ces triomphes miraculeux , pour nous montrer la vertu toute-puissante de l'Enfant divin ; car c'est lui qui donna le courage à Etienne, qui alluma le beau feu de l'amour chrétien dans !e cœur de Jean , et qui

m CATÉCHISME

couronna les innoceqles victimes de Bethléeno. En nous

révélant l'esprit du Christianisme, tous ces glorieux

souvenirs alTermissent la foi à la divinité du Fils de

Marie.

En cela TÉglise suit pas à pas la conduite du Père éternel. A chaque humiliation de son fils correspond une manifestation de sa gloire : en Jésus-Christ l'homme ne paraît jamais seul, le Dieu apparaît toujours à ses côtés. Il s'anéantit dans la crèche, mais l'armée des cieux vient chanter sa naissance. Il en sera de même dans tout le cours de sa carrière : des prodiges révélateurs de sa divinité accompagneront chacun de ses abaissements. Huit jours après la fête de Noël, l'Église réunit de nouveau ses enfants à la crèche : un attendrissant spectacle les y attend. Victime du monde, l'enfant Jésus se hâte d'offrir à son Père les premières gouttes de ce sang réparateur qu'il doit un jour répandre tout entier sur le Calvaire : il va subir la loi douloureuse de la circoncision. Telle est la circonstance mémorable de la vie du Sauveur, que l'Église honore le jour octaval de sa naissance.

II. Fête de la Circoncision. — L'objet de notre foi dans cette fête , c'est l'enfant de Bethléem subissant la marque de la circoncision, et recevant le nom de Jésus. Voici la raison de cette cérémonie, à laquelle le Verbe incarné daigne se soumettre aujourd'hui.

Tous les fils d'Abraham devaient porter sur leur chair la marque de l'alliance que le Seigneur avait faite avec ce Père des Croyants. Le précepte de la circoncision était fondé sur trois raisons principales. Elle devait élre 1" le sceau de l'alliance que le Seigneur avait coq- Iraclée avec Abraham ; 2" un signe qui distinguât des

autres peuples de la terre les descendants du saint Patriarche ; 3" un gage des bénédictions promises dans la personne d'Abraham à tous ceux qui observeraient fidèlement les ordonnances du Seigneur. Une de ces bénédictions, et sans contredit la plus précieuse, était la rémission du péché originel. La circoncision ne l'opérail point par sa propre vertu, mais par la foi en la passion de notre Seigneur, dont elle était la figure : foi salutaire que professait en recevant la circoncision l'adulte pour lui-même, les parents pour Tenfant. Toutefois Tenfanl circoncis qui venait à mouiir n'entrait point dans le ciel, il devait attendre Tascension de notre Seigneur. '

La circoncision avait lieu huit jours après la naissance de l'enfant. L'usage était d accomplir ce devoir, non dans le temple, mais dans les maisons particulières. Il n'était point nécessaire d'avoir des Prêtres et des Lévites pour cette cérémonie; ordinairement le père, et quelquefois la mère en étaient les ministres*. Saint Epiphanc,

> CircuiDcitio iiiftlituta eral ad reinc(.liiiroori;;ii)ali8peccali. In circumcitione conferebalur gralia nuii ex >irlute circimicis onis. »• d tx >irtiile fidei Pa>*iotiis Cliri&ii, ciijus bigiius eral (ircumcinio : iia fcciiUci quod bomo . qui a^cipif^bal circuinci<>iuiic-in, pronteliauir se euscipere talcin fidein vcl adulius pro se, vel aliu8 pro par>ulis. L). Tb 3 p. q. 38, art. 3; id. q. 70, art. li. Ku»- ^éne IV e*t ilu luciuc a^U, in (Uact. ad Arm. Le pape Iiiuoccul 111 bcxprimc ainsi : (^(lOiiiauK ifci oii^jiiiaiisculpa rtiniiubalur pcr circuinci»ioiii6 inysleiiuoi, et daoïuaiionis periculum \i(aba(ur, noii tainiii per>ei)icbatur ad ro^iuiiu c«U>ruai,qtiod ui»qiie ad nioruui CItriAii (uil umnibus ub&trvatuDi. In dccnlal. majores. \ alilo prol)abde tsl quod dtatl .•sfbaktianué epihcopus Oxunieiibi», cl ex eo .suan-z, 3 p. q. 70, d. 29, secl i : »<i.icel circunicii»ioi»em, qualeiius ipjia fuil rciucdiuui , quo rc-mtilebaïur ptccalum onijinale , ci proft*àiu ûdei de <.bri»iu \ciiluru puiui&i>c es»c in ubu uiiiniuui f;i-iiiiiiui ; palueruiil cn<ui ipu* boc »it;nuin ebgere inlcr alia, quod aine dubio \aUdum irai ad lalcui tdecluui, si ea iiittnlioiK- fi'Tet , quamvis uun bcrel ruin int( uliune prolilctidi Judaismura , M-'que iUi populo adjuittjendi. liaquc lale^ circuuici^iune cxpiabaniur a percaio orit;*uali, nun tero obli^abanlur ad l(-g(*ui uiokaicam. (^oru. a I.ap. in Cen. wn, 10. >o\fz auMi saint Bernard, (ir llapliimo.

' Gen. wii, 7. Exud- iv. I Macbab. i.

né en Palestine, et mieux instruit que personne des traditions sacrées de son pays, dit expressément (jue le Sauveur fut circoncis dans Tétable de Bethléem', et probablement de la main de la sainte Vierge ou de saint Joseph. Jésus, étant Dieu, pouvait se dispenser de cette douloureuse cérémonie de la loi mosaïque ; mais il a voulu s'y soumettre pour plusieurs raisons également dignes de sa sagesse et de son amour.

1"En y assujettissant sa personne sacrée, il abrogeait d'une manière honorable un rite que Dieu n'avait établi que pour un temps.

2'' 11 prouvait par là qu'il avait véritablement un corps humain, et confondait d'avance les sophismes de l'hérésie qui, malgré la preuve évidente tirée des souffrances et des actions de sa vie mortelle, devait un jour en nier la réalité.

• Kalus est in Bethléem, circiimcisus in spclur.ca, oblatus in Jérusalem, in ulnas acceplus a Simcone. S. Kpiph. Ilœr. 20. — On nous saura gré de citer ici l'histoire des premières années de notre Seigneur telle qu'elle est rapportée par SDiut Epiphane : elle sert à lever plusieurs difTicultés qui embarrassent les commentateurs. Anno Herodis xxxiii 'seu viii antc «ram vulgarcm) Bethléem i in Judxa Salvator nascitur, atqiie in specu circumcisus , Hierosolymis oblatus est; ibique a Simeone inter brachia susceplus, et ab Anna, l'hanuclis filia, Prophetissa praedicatus , Nazarctum deportalus est. Tuni anno sequenti Hierosolymis se coram Deo repraesenlavit : atqueinde Bethleemum propter generis propinquilatcm a matre delatuscst. Sed rursus Nazaretum rediens anno altero vertente (vi nempe ante .rram \ulgarem) Hierosolymam Belhleemumque, gestante matre, pcrductus est. Bethleeml porro cum ad a?de8 quasdam cum matre et Josepho divertisset, qui jam grandis natu cum Maria dcgebat, secundo ab nativitatis anno a Magis adorandi causa conventus, ac donisornatus est. Eadem vero noctc , cum Josephu» prr somnium ab angelo esset admonitus, in yp.gyptum transfertur, llerodis anno xxxv, Inde rursus, post biennium moriuo Jam Herode, ac succcdcnte Archelao, reverliiiir. Quarc neccsse est ïxxvii Herodis anno quarlum .rtatis sii.r pucrulum egissc, cum Herodes, inqiiam, scptem ac Iriginta confcctis annis vivendi finem habuit. Post hune Archclaut novem annis imperavit; quo rcgnum incuute Josephus ex ^Egyplo cum Maria tt puero digrcssus, ubi Arriiclaum impcrare didicit. In Galllaîam •cccssH, ac lum Nararclhi consedit. Ilœrcs. t. I. Uœr. xx. — Id. Uœres. u.

3" En montrant qu'il était fils d'Abraham, de qui le Messie devait sortir, il prévenait les objections que pourraient faire les Juifs pour lui contester la divine qualité de Messie, sous prétexte qu'il était étranger, et il acquérait le droit de converser avec eux pour le salut de leurs âmes.

4* Il devenait notre modèle, nous apprenait l'obéissance aux lois de Dieu, nous inspirait l'horreur pour le péché, et se faisait notre victime.

Ilf. Dispositions à la fête. — Notre devoir à tous est d'entrer dans les sentiments du Sauveur et de profiter des leçons qu'il nous donne aujourd'hui. Pour cela, efforçons-nous P de concevoir une vive horreur du péché qui soumet ce tendre enfant à une cérémonie si douloureuse; 2*^ détachons-nous sincèrement des choses créées, et veillons exactement à la garde de nos sens, pour les préserver de la séduction des objets extérieurs; 3" unissons nos cœurs à celui de Marie. Qui peut exprimer ce qu'éprouva cette tendre mère lorsqu'elle vit couler les premières gouttes du sang de son Fils ! Comme Jésus et Marie, offrons-nous en sacrifice au Seigneur. Soumeltons-nous avec fidélité et respect à toutes les praticjues saintes que sa loi nous impose, et acceptons sans murmures les peines que sa Providence nous envoie : tels doivent être dans cette fête si instructive et si touchante nos sentiments et nos dispositions.

Il était d'usage chez les Juifs de donner un nom à Tenfant le jour de sa circoncision. En elTet, n'é(ait-il pas juste (ju'au moment où le fils de l'homme était inscrit parmi les enfants de Dieu, honoré de son alliance, comblé de ses dons et rendu héritier de ses promesses, il prît un nom qui rappelât cette glorieuse adoption et le

474 CATFXHISME

caraclère sublime dont il était revêtu? Notre Seigneur aussi voulut prendre son auguste nom lorsqu'il fut circoncis, pour se soumettre en tout non-seulement aux lois, mais encore aux pieuses coutumes du peuple de Dieu; afin de nous apprendre avec quelle fidélité nous devons nous conformer aux pratiques religieuses et aux rites de lÉglise. Mais quel nom prendra-t-il? qui a le droit de lui en imposer un? Aux pères le droit de nommer leurs enfants; et les noms les plus convenables sont ceux qui désignent le mieux les qualités essentielles des choses auxquelles on les applique. Il suit de là que nulle créature dans le Ciel ou sur la terre, pas même Joseph et Marie, ne pouvaient nommer dignement le Fils de Dieu ; car aucune n'était capable de comprendre lexcellence de sa nature et la dignité de ses fonctions. Dieu le Père pouvait seul donner à son Fils un nom qui exprimât parfaitement son caractère adorable. •

Et voilà que le Père éternel charge un prince de sa cour d apporter du Ciel en terre le nom de son Fils. L'ar- <?hange Gabriel, honoré de cette auguste commission, vient annoncer à Marie et sa maternité divine et le nom quelle donnera au fils qui naîtra d'elle'. Il fut aussi découvert par un ange à saint Joseph dans une autre circonstance ^ Jusque-là ce nom adorable n'était connu que du Père éternel , des anges , de Marie et de Joseph : le moment de le révéler au monde est arrivé.

IV. Nom de Jésus. — Du haut du Ciel, contemplant son Fils bien-aimé soumis à rhuniiliantc et douloureuse cérémonie de la circx)ncision. Dieu le Père rompt tout à coup le silence et lui donne un nom par lequel il le dé-

' Luc. 1, 31. — ' Matlh. i, 21.

clare exempt de péché, Tinnocence et la sainteté même, le principe du salut pour tous les hommes. Voulez-vous le connaître? Prosternez-vous le front dans la poussière; car à ce nom tout genou fléchira éternellement au Ciel, sur la terre et dans les enfers ' : Jésus, c'est-à-dire Sauveur : tel est le nom du Fils de Dieu ; nom de puissance, d'amour et de victoire'.

Le nom de Jésus est un nom de puissance. Il nous rappelle celui par qui tout a été fait, le Verbe de Dieu qui porte le monde dans le creux de sa main ; le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, dont le royaume spirituel est de toutes les nations et de tous les âges; TAgneau dominateur du monde, pour (jui tous les siècles ont été faits; pour qui les rois et les peuples, le voulant ou ne le voulant pas, sont comme le bâton dans la main du voyageur ou comme les serviteurs sous la puissance de leur maître; serviteurs qu'il élève et qu'il glorifie s'ils lui sont fidèles, qu'il jette et qu'il brise comme des vases d argile s'ils osent se révolter contre lui.

Nom d'amour. Le simple son des deux syllabes qui composent le nom de Jésus réveille notre attention et notre reconnaissance pour Tauteur de notre salut qui s'est fait homme pour nous élever à lui, qui est né dans une étable, qui a [)leuré, qui a été persécuté, calomnié, chargé de reproches, bafoué, flagellé et crucilié pour nous; (jui, pour nous réconcilier avec son Père, est ressuscité des morts, est monté aux Cieux, où il fait pour nous l'oUice d'avocat et de médiateur; enfin qui,

» Phnipp. M, 10.

* Abscondiliir iii praf;6epio, scd prodilur radiante htdla decœlo, «le et circmncbio Teritatem suscepix probat humanitatis; et nomcn quod fit tupcr omne nomcn c'or'am indicat maji»lalli. Bern. Serni. in Cire. n. J.

pour nous consoler, nous soutenir, s'est fait le compagnon de notre pèlerinage, en demeurant nuit et jour sur nos autels.

Nom de victoire. Jésus veut dire sauveur, conquérant, triomphateur. L'homme et le monde étaient tombés sous la puissance du démon, ce fort armé (jui tenait sa proie enchaînée depuis quatre mille ans. Et Dieu sait quel usage il faisait de son pouvoir! Le fils du Père descendit du ciel pour chasser l'usurpateur, briser son joug et délivrer l'univers captif : et son nom rappelle sa victoire. Jésus est notre Sauveur dans la signification la plus étendue de ce mot.

Sauveur de l'homme tout entier. Il sauve notre esprit du joug de l'erreur et des superstitions humiliantes, infâmes, cruelles; il sauve notre cœur de la tyrannie des passions; il sauve notre corps des maux qui pesaient sur lui dans le Paganisme ; il lui communique le germe de l'immortalité glorieuse. Il sauve l'enfant, l'époux, le père, la société : il a tout sauvé. Encore un peu de temps, lorsque le Sauveur vint au monde, et c'en était fait de la société ; aujourd'hui, il nous empêche de retomber dans l'abîme d'où il nous a tirés. Jésus est toujours notre Sauveur, le Sauveur du monde entier. Sans Jésus, le monde physique retomberait à Tinstant dans le chaos, englouti par nos crimes*; sans Jésus, le monde intellectuel retomberait à l'instant dans les ténèbres de l'erreur, comme la terre y tombe lorsque le soleil (juitte Thorizon ; sans Jésus, le monde moral s'abîmerait à l'instant dans le cloaque du vice et de la corru[)tion, comme le corps tombe en dissolution quand

' In hoc sjIus mundi iota consislil. OJo Cliin. ()f)us. !ib. ii, c. 28; saint Licuor. Selv. t. i , p. 255.

lame le quitte, comme Taliment tombe en putréfaction quand il perd le sel qui le conserve. L'histoire des peuples, depuis dix.-huit siècles, est là pour rendre témoignage à cette vérité.

Et maintenant, est-il diillcile de comprendre que la confiance la plus entière, Famour le plus tendre, la joie la plus vive et le respect le plus profond , doivent être les sentiments de notre cœur lorsque notre bouche prononce le nom adorable de Jésus? Qu'il soit notre première parole à notre réveil , et la dernière au moment de notre repos, qu'il reste imprimé toute la nuit sur nos lèvres comme un cachet; dans nos tentations, dans nos dangers, dans nos peines, prononçons le nom de Jésus : il est tout-puissant pour réjouir notre cœur, et mettre en fuite le démon. Tertullien permet aux Païens de répandre le sang du Chrétien qui , invoquant le nom de Jésus, manquerait de chasser le démon du corps d'un démoniaque qui lui serait présenté'.

Contractons T heureuse habitude de le prononcer souvent durant la vie ; nous éprouverons une grande confiance en le prononçant pour la dernière fois au moment de notre mort. Entrons dans les sentiments d'un pieux serviteur de Dieu qui s'écriait : «O divin Jésus! de vous dépend mon bonheur, ma vie et ma mort. Tout ce que je ferai sera fait sous votre protection et en votre nom. Si je veille, Jésus sera devant mes yeux; si je dors, je respirerai son saint amour; si je me promène, ce sera dans la douce compagnie de Jésus; si je m'assieds, Jésus sera à coté de moi ; si j'étudie, Jésus sera mon maître; si j'écris, Jésus conduira ma main et ma plume, mon |)lus grand plaisir sera de tracer son adorable nom ; si

• Apol C 23.

je prie, Jésus dictera mes paroles, animera mes accents ; si je suis fatigué, Jésus sera mon repos; si je suis malade , Jésus sera mon médecin et mon consolateur ; si je meurs, ce sera dans le sein de Jésus; Jésus sera mon bonheur, et son nom mon épilaplie. »

Nous sommes obligés de rendre hommage au nom de Jésus, non-seulement par reconnaissance, mais encore pour obéir au Père éternel , qui a voulu qu'à ce nom tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers '. De cet ordre divin est venu la très-ancienne coutume que tous les fidèles témoignent leur vénération pour le saint nom de Jésus en inclinant la tête toutes les fois qu'ils le prononcent ou Tentendent prononcer. En 1;274, le second concile général de Lyon confirma ce pieux usage. Plus tard, Sixte V accorda une indulgence de vingt jours à ceux qui, avec les sentiments d'une contrition sincère, inclineraient la tête en proférant le saint nom de Jésus. En 1577, le même Pontife accorda à tous les Chrétiens une indulgence de cinquante jours, toutes les fois qu'en saluant ils useraient de la formule suivante, soit en latin, soit en langue vulgaire : Loué soit le Seigneur ^ Laudelur Jésus -Chrislus, ou qu'ils y répondraient : Ainsi soit-il, ou Dans ions les siècles des siècles^, In sœcula sœculorum. Il fut aussi accordé une indulgence plénièreà l'article delà mort pour ceux qui, ayant fait des salutations au nom de Jésus ou de Marie, avec pratique habituelle, les répéteraient dans leur cœur, n'ayant plus la force d'articuler. Ces indulgences furent confirmées en 1728 par IJenoîrXilP.

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