IV. Disposition à cette fête. — Quoique très-solennelle
• Lib. XXI. — ' Grcg. Naz. Orat. \\.
la fête de TÉpiphanie n'est précédée d'aucun jeûne, parce qu'elle est comme la continuation de la fête de Noël, et que la vigile de Noël est en quelque sorte la vigile de rÉpipbanie. Ce jour-là TÉglise étale à nos yeux et la pompe de ses décorations, et les trésors de sa poésie. Les accents des Prophètes, la prose, les hymnes, les psaumes du soir, tout se réunit pour chanter, avec un enthousiasme extraordinaire, le Soleil de justice se levant sur les nations assises depuis tant de siècles dans les ombres de la mort. Ah! si nous connaissons le don de Dieu, si nous réfléchissons à Tétat où étaient nos pères et dans lequel nous serions encore sans T Évangile, avec quels sentiments de reconnaissance nous unirons notre voix à la voix de TÉglise, notre cœur à son cœur, notre prière à sa prière, pour remercier celui qui a daigné placer notre berceau dans le sein du Christianisme!
Si ces souvenirs nous touchent peu, tournons nos regards vers tant de nations infortunées, courbées, avilies encore à l'heure qu'il est sous le joug de Fidolàtrie. «Regardez, nous disent-elles, voyez notre abjection, notre misère profonde, notre barbarie, nos sacrifices inhumains ; ce que nous sommes vous le fûtes, et vous le seriez encore sans le Christianisme. Gardez -bien ce que vous possédez : la Religion qui vous tira de la barbarie seule vous empêche d'y retomber. » Interrogeons encore les nations qui ont perdu la foi. Que nous disent ces cotes d'Afrique autrefois si florissantes, cette patrie des Augustin, des Cyprien, des Tertullien; que nous dit cette haute Asie, cette Grèce arrosées des sueurs des saints Apôtres? Là étaient les ferventes Églises d'Antioche, dÉphèse, de Corinthe , de Thessalonique, et dans leur enceinte un peuple éclairé, heureux et
libre; à la place que voyez-vous? des ruines et encore des ruines ; le croissant a remplacé la croix ; la barbarie, la science; l'esclavage, la liberté : à la joie ont succédé les pleurs; à l'opulence, les haillons et la faim. Et du milieu de ces ruines de leur antique gloire, ces nations et ces villes nous crient: ((Peuples de l'Europe, nous fûmes vos aînées dans la civilisation ; à nous les prémices de la foi ; nous fûmes ce que vous êtes, éclairées, libres et heureuses; gardez bien ce que vous possédez : la Religion qui vous a tirés de la barbarie , seule vous empêche d'y retomber. » Oh ! non, mon Dieu, ce n'est pas sans raison que vous environnez les nations chrétiennes d'une vaste ceinture de peuples idolâtres ou devenus barbares; vous voulez par ce spectacle tout à la fois lamentable et terrible nous instruire et nous rendre reconnaissants et fidèles.
Que ces graves leçons nous Cessent rentrer en nousmêmes , et que la vue de tant de misères touche notre cœur : mais ne nous en tenons pas à une stérile compassion, volons au secours de ces peuples infortunés. Que de légères aumônes, secondant le zèle héroïque de nos missionnaires, procurent à ces hommes rachetés comme nous d'un sang divin, le bonheur dont nous jouissons peut-être avec trop peu de reconnaissance. Qui sait ? la conservation de la foi parmi nous est peut-être à ce prix. Procurer la lumière de l'Évangile à ceux qui sont ensevelis dans les ombres de l'erreur, c'est, n'en doutez pas , le vrai moyen d'entrer dans l'esprit de la fête de lEpiphanie, et de la célébrer dignement.
La conduite des Mages est aussi un exemple que nous devons imiter. N'est-il pas temps de montrer la mêmt» fidélité à la grûce? Toutes les fois que Dieu nous parle.
OU par Torgane de ses ministres, ou par ses inspirations saintes, ou par les révolutions, les fléaux et les bienfaits, c'est une étoile qu'il fait briller sur notre horizon : c'est un astre qui nous appelle à Dieu. Suivons-le comme les Mages suivirent Y éioWQ.promptement, généreusement, purement^ fidèlement, et comme eux nous trouverons Jésus-Christ; et puis, comme eux encore, après l'avoir trouvé, après avoir déposé à ses pieds l'hommage de notre cœur, marchons par un autre chemin-, gardonsnous, possesseurs de Dieu même et de sa grâce, de retourner auprès des Hérodes qui veulent faire mourir l'enfant. Ces Hérodes, et chacun en connaît, sont les mauvais Chrétiens, dont les discours, les exemples, et les sarcasmes tendent à nous ravir le trésor de Finnocence.
La reconnaissance pour notre vocation à la foi, le zèle pour la propagation de l'Évangile, une disposition sincère de répondre à la grâce, afin de conformer en tout nos mœurs à notre croyance, telles sont en général les dispositions dans lesquelles nous devons entrer pour célébrer dignement la fête de TÉpiphanie.
V. Liturgie. — L'office de ce grand jour offre quelques particularités dignes de remarque. A la Messe, le Prêtre ou le Diacre, après avoir chanté l'Évangile, se tourne vers le peuple et lui annonce le jour de Pâques en ces termes : « Votre charité saura, mes chers frères, » que, parla miséricorde de Dieu et de Jésus-Christ, » nous célébrerons la Pâque du Seigneur, le... du )' mois de.... » Cet usage est très ancien : en voici l'origine. Au second siècle, on fixa le jour de Pâques pour toutes les Églises d'Orient et d'Occident; mais il n'y avait point encore de calendrier. Comme les plus habiles astronomes se trouvaient à Alexandrie dKgyptc,
alors la cité savante, c'était d'après les tables astronomiques que le patriarche de cette ville lui envoyait chaque année, que le Souverain Pontife informait les métropolitains de l'Occident du jour de Pâques. Dans le concile ou le synode qui se tenait tous les ans, chaque métropolitain indiquait le jour de Pâques de Tannée courante; les autres Évéques et les Prêtres présents au concile notaient cette indication dans leurs tablettes, et, aux fêtes de Noël , l'annonçaient à leurs peuples. On choisissait le jour de l'Epiphanie, dernier jour des solennités de Noël, et dernière grande fête avant Pâques, afin que le peuple, assemblé en plus grand nombre, eut connaissance de Tauguste solennité. Aujourd'hui, TÉglise catholique conserve l'annonce de Pâques, comme le savant conserve une précieuse médaille de l'antiquité. A matines de T Epiphanie, il n'y a pas d'invitatoire, parce qu'aux grandes fêtes le peuple était convoqué à l'odice de la nuit par le chant de l'invitatoire. Lorsque les veilles furent abolies par les fidèles, et celle de 1 Kpiplianie fut la première, à cause des abus qui s'y glissèrent, l Evéque et son clergé continuèrent à direlollice, mais on retrancha l'invitatoire, qui devenait sans objet. On le laissa subsister dans les autres fêtes, parce que le peuple était encore convoqué à Tollice de la nuit. Enfin, depuis que l'ofiice de nuit a été tout à fait supprimé, on conserve l'invitatoire comme un vestige de l'antique usage'. Ainsi la suppression de l'invitatoire à lollicede rÉpiphanie, et sa conservation dans les autres fêtes, est un double monument qui rappelle toute la discipline de IKglise dans la célébration de ses veilles saintes.
« Voyez Di:rantl. nation, lib. \i, c. 10; cl Tliomas*. llb. ii, c. G; Conc. d'OrK-aii», en 011, et dAii\crrc, en D78.
Vil. 3Î
408 CATÉCHISME DK PEUSÉVÉRANCE.
Enfin, le jour de TÉpiplianic, il est une circonstance qui, bien que profane dans son origine, peut nous donner lieu à exercer la grande vertu du Christianisme, la charité. Le gâteau des Rois, qui réunit à une même table les parents et les voisins, devient pour eux une occasion de concorde et de paix, et de miséricorde envers les pauvres. Oh! qu ilest touchant 1 usage, encore conservé dans nos anciennes familles chrétiennes, de prendre avant tout, dans le gâteau royal ^ la pari de Dieu, c'est-à-dire la part des pauvres. On apporte l'immense gâteau devant le curé de la paroisse qui, ce jour-là, est de la fête ; on le prie de marquer la part des pauvres en lui recommandant de la faire bien grande. Celte pari est mise de côté, et si par hasard la fève ne se trouve pas dans les autres portions offertes aux convives, alors, pour avoir le droit de la chercher dans la part des pauvres , il faut la racheter du curé par une aumône envers les nécessiteux et les malades de la paroisse.
Soyez bénie, Religion sainte! tendre mère qui permettez à vos enfants une innocente gaieté, mais qui voulez que tous les membres de votre grande famille aient part à la fête.
PRIÈRE
0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir appelé les Gentils à la foi; éclairez les infidèles qui ne vous connaissent pas et les hérétiques (pii vous connaissent; et faites que, dociles à la voix de la grûce, nous méritions de conserver la foi.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Tamour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je m associerai à la propar/alion de la foi.