VII
\\i CATÉCHISME dit rien à votre cœur? et cela n agrandit pas vos idées? et cela ne vous fait pas comprendre toute la magie de ce nom incommunicable de l'Église votre mère catholique?
VI. Matines. — La première heure de l'office s'appelle Matines^ veilles^ nocturnes ou heures du Tuatin, parce qu'autrefois on la récitait la nuit, comme nous le faisons encore à Noël, et parce que dans les chapitres, on la dit aujourd'hui de bon matin. Le dimanche, les Platines sont divisées en trois nocturnes ou parties composées de trois psaumes, de trois antiennes, de trois leçons, précédées d'une bénédiction et suivies d'un répons. Les premières leçons sont tirées de l'Écriture sainte, les secondes des ouvrages des Pères ou des légendes des Saints de qui on célèbre les fêtes, et les troisièmes commentent l'évangile du jour, dont on cite (juelques versets.
D'abord, les Matines du dimanche se divisent en trois nocturnes. Le mot nocturne veut dire office de la nuit. Vous savez que les anciens divisaient la nuit en quatre parties, de chacune trois heures : la première, depuis six heures jusqu'à neuf; la seconde, depuis neuf heures jusqu'à minuit; la troisième, depuis minuit jusqu'à trois heures; et la quatrième, depuis trois heures jusqu'à six heures du matin. Chaque partie s'appelait veille ou faction : on disait la première veille, la seconde veille, etc. Cette dénomination est prise de la langue militaire. T^es soldats veillaient ou faisaient faction chacun pendant trois heures ^
Comme les armées des Césars, l'armée de Jésus- Christ, l'Église toujours en campagne, ordonne aux
' Vegellus, lib. De re militari, c. 8,
ecclésisstiques de veiller tour à tour à la garde du camp, surtout pendant la nuit; car c'est le temps mauvais, disent les Pères, le temps où vient le tentateur, le temps du péché ' .
Aussi, dans les premiers siècles, les nocturnes se récitaient séparément : le premier pendant la première veille, le second pendant la deuxième, le troisième pendant la troisième, et Laudes pendant la quatrième. Les Fidèles y assistaient; mais, après chaque nocturne, ils étaient libres d'aller prendre du repos jusqu'au nocturne suivant. Les personnes même les plus délicates n'y manquaient pas. Nous avons vu que saint Jérôme, écrivant à la 61le des Paul Emile et des Scipion, lui dit de se conformer à r usage et de se lever la nuit deux ou trois lois pour chanter les hymnes et les psaumes^.
Dans la suite des temps, TÉglise, ayant égard à la faiblesse humaine, permit de réciter les trois nocturnes •avec les Laudes dans une nèème veille de la nuit; mais ses intentions n'ont point changé. Elle veut, par chaque heure de Toflice, honorer les principaux mystères de la Passion du Sauveur, nous donner à chaque instant du jour et de la nuit les plus utiles leçons, et nous procurer les grâces appropriées à chacun de nos besoins : nous développerons toutes ces choses à mesure que nous expliquerons chaque heure en particulier.
Et maintenant on peut demander pourquoi les Matines, qui sont la première partie de Tofiice, commencent le soir.^ C'est que le jour ecclésiastique commence le soir : usage vénérable qui nous rappelle Tanliquilé, car chez les Juifs aussi le jour commenrait le soir. Iléri.
' nîlar. m Piaf, cxviii; Ambros. Kib. vu, in Lucnm,
' .Noclibu», hïi, Icrque siirgcndum. Ad Eustoch. epist, xxii.
n.^ CATKCHISMK
lière do la Synagogue, l'Église catholicjue a continué cet u?ai?o, d'ailleurs plein de mystères. En effet, les Matines se récitent durant la nuit : 1° parce que c'est durant la nuit que furent mis à mort, par l'ange exterminateur, les premiers-nés des Égyptiens : événement à jamais raémorablequi amena la délivrance de la nation d'Israël, antique figure de l'Église; 2" parce que c'est durant la nuit que naquit le Libérateur du monde; 3 qu'il accomplit une partie des mystères de sa douloureuse Passion. En mémoire de ces événements, les plus grands qui aient marqué dans les annales du monde, en actions de grâces de ces bienfaits et aussi en exj)iatioii des crimes des Juifs et de tant d'autres qui se commettent pendant la nuit, rÉglise a voulu que les Prêtres et les religieux, tous les anges de la prière, fussent en adoration et payassent la dette de l'univers. N'est-ce pas là, que vous en semble, une assez belle idée?
Aussitôt que la cloche avait retenti dans les airs, qu'il était beau de voir ces Prêtres, ces religieux, ces vieillards à cheveux blancs se rendre à l'église! on eût dit une armée qui court aux armes au premier son de la trompette. « Arrivés à l'église, dit un de ces anciens soldats de Jésus-Christ, nous nous prosternons devant l'autel, nous saluons notre général, nous lui protestons de notre obéissance, tout en reconnaissant que nous ne pouvons vaincre sans lui'.»
L'office commence, mais de quelle manière? comme doit commencer toute œuvre surnaturelle, par l'aveu de notre impuissance. Le Prêtre fait le signe de la croix sur ses lèvres en disant : Seigneur, ouvrez lues lèvres, afin fjuc ma bouche puisse chanter vos louanges. Mais lan-
• Durandus, lil). v.
dis que le Prêtre demande à Dieu la grâce et la permission de chanter ses louanges, le démon redouble d'efforts pour rendre sa prière inutile; c'est pourquoi, après la permission obtenue, le Prêtre ajoute aussitôt en s'armant du signe tout-puissant de la croix : 0 Dieu^ venez à mon secours; et tout le chœur, pénétré aussi de sa propre faiblesse, répond à haute voix : Seigneur^ hàlezvous de me secourir. Sur-le-champ le Prêtre dit : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et le chœur répond : Comme il était au commencement, comme il est maintenant et comme il sera au siècle des siècles : c'est-àdire aioire éternelle au Dieu de Téternité. Pourquoi cette hymne de gloire et de reconnaissance aussitôt après le cri de détresse? En voici la raison : le Seigneur a dit: Vous n'avez pas fini de m' invoquer que me voilà '. Pleine de confiance en la promesse de son divin Epoux, l'Église, comprenant quelle est exaucée, se hâte de rendre gloire à la sainte Trinité. Le Gloria Patri fut composé par saint Jérôme, qui Tenvoya au pape Damase.A la prière du saint anachorète de Bethléem, le souverain Pontife établit que cette doxologie se chanterait à la fin des psaumes^.
Depuis Pâques jusqu'à la Septuagésime, le Gloria Patri est suivi de ï Alléluia^ mot hébreu qui veut dire joie, allégresse. L'Église le place en tête de ses oflices, afin de nous exciter à la joie en servant Dieu, suivant cette recommandation du Prophète : Servez le Seigneur dans la joie \ Et quand un enfant sera-t-il heureux, sinon quand il chante les louanges de son père?
' Adhuc te loquente ccce adsum. /saïc, i.viir, 9.
' Quelques auteurs doniieni au Gloria une ori^^iiio plus ancienne : ils l'aiiribuent au concile de Mcée.
' Psal. xn\.
Après Valleluia vient Vinvitaloire ou Vinmtatîon. f.e Prêtre ne se contente pas de loner Dieu tout seul ; prophète de la Loi nouvelle, ambassadeur du Très-Haut, il invite tous ses frères à le louer avec lui. L'invitatoire est une phrase qui contient en peu de mots la raison particulière que nous avons de louer Dieu dans la fête qu'on célèbre. Cette prière est suivie de ces paroles : Vcncz-y adorons, que le chœur répète jusqu'à six ou sept fois; car, après avoir donné à ses frères le motif particulier qu'ils ont de louer Dieu dans la fêle du jour, l'officiant leur en donne les raisons générales et immuables contenues dans le psaume Veiiite, exsultemus; il dit :
«Venez, louons le Seigneur; il est notre salut. »
Le Chœur : « Venez, adorons. »
L'Olliciant : « Il est le Dieu des dieux, le maître de r univers, et, malgré sa grandeur, il ne dédaigne point les prières de ses enfants. »
Le Chœur : « Venez^ adorons, n
LOITiciant : a La mer lui appartient, la terre est l'ouvrage de ses mains; il nous a faits nous-mêmes, et nous n'avons pas craint de l'oflenser. Tombons à ses genoux, répandons devant lui des larmes d'amour et de repentir; nous sommes son peuple et la brebis chérie qui mange dans sa main. »
Le Chœur : « Venez, adorons.»
L'Ofliciant : « Il nous y invite; ne soyons pas sourds à sa voix, dans la crainte qu'il ne nous arrive comme aux Israélites du désert.»
Le Chœur : « Venez, adorons. »
LDfTiciant : a Ils furent, pendant quarante ans, dans la solitude et condamnés à ne point voir la terre promise.»
DE PERSÉVÉRANCE. Hf»
Le Chœur : « Venez, adorons. »
Prenez tous les poètes anciens et modernes, cherchez, cherchez encore, et dites si vous trouverez quelque chose d'aussi beau, d'aussi sublime, d'aussi touchant que ce magnifique dialogue! Ce poétique entretien, si propre à former dans le cœur l'esprit de la prière, se termine par un élan d'amour pour la sainte Trinité : Gloria Pat ri, etc.
PRIÈRE
0 mon Dieu ! qui êtes tout amour , je vous remercie d'avoir institué le saint jour du Dimanche; c'est bien plus pour moi que pour vous que ce jour doit être consacré à la prière ; faites-moi la grâce de bien le sanctifier.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour Taraour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, /e m'appliquel'ai à bien comprendre les cérémonies de V Eglise,
Vlir LEÇON.
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Matines (suite). — Hymne. — Antienne. — Psaumes. — Versets. — bénédictions. — Leçons. — I\épons. — Différence des Matines de ne\jf cl de trois leçons.— Te Deum. — Verset sacerdotal. — Laudes. — Capitule. — Hymne. — Verset. — Cantique.
I. L'hymne. — Après le Gloria Patri , cet élan damour, ce cri de joie poussé vers la sainte Trinité ; après la répétition de Tinvitatoire, chant de joie ou de tristesse selon le mystère qu'on célèbre , vient Thymne , l'hymne destinée à louer Dieu, à élever en haut les pensées et les affections , à former ou à fortifier en nous les sentiments et les vertus que la fête du jour doit inspirer : aussi tous les assistants sont debout, tous les cœurs s'animent , et toutes les voix se réunissent pour chanter Vhymne.
« Trois choses, dit saint Augustin, constituent nos hymnes : 1° la louange; 2" la louange de Dieu; 3° le chant ' : » Tusageen remonte jusqu'au berceau du Christianisme. Nos pères dans la foi chantaient des hymnes dans leurs cénacles et dans les Catacombes; ils suivaient en cela le conseil de saint Paul lui-mcme^. Saint Chrysostome le premier établit qu'on chanterait des hymnes pondant Fofïice de la nuit : voici à quelle occa-ion. Pcruhiiit la nuit, les Ariens couraient les rues
' Aug. aU l'sal. lxmi; GrcR. Naz. C<inii. xv.
' ColoM. lit, 10; Kphcs. V, 19; Euscb. Util. lib. il.
de Constantinople , chantant des hymnes où respiraient leurs doctrines iiîi[)ies. En sortant de l'ofiice, les Chrétiens rencontraient ces hérétiques et se trouvaient exposés à les entendre. Pour prolonger Todice jusqu'à ce que les Ariens fussent rentrés dans leurs maisons, et aussi pour Ibrtifîer la foi des fidèles par des chants orthodoxes , le saint Patriarche ajouta les hymnes à Matines et à Laudes'.
A Matines, Thymne précède les psaumes ; elle les suit à Laudes , à Vêpres et à Co m plies. Elle les précède à Matines, parce que le matin appartient aux justes qui ont la joie d'une bonne conscience, tandis que le soir est aux pénitents dont la conscience éprouve l'aiguillon du remords. La joie conduit les premiers au travail, figuré par les psaumes, comme nous le dirons pins tard; c'est par le travail que les seconds doivent parvenir à la joie. Les hymnes se chantent debout, pour montrer, par l'attitude du corps , que nos cœurs doivent être élevés vers Dieu pendant que notre bouche annonce ses louanges. Ainsi , tout dans le culte extérieur nous rappelle la nécessité du culte intérieur; tout semble nous redire cette parole du divin Maître : Le Père veut des ado râleurs en esprit et en vérité^.
H. L'antienne. — L'hvmne finie, loliiciant entonne l'antienne. Qu'est-ce qu'une antienne? L'antienne est un chant alternatif, un chant exécute par deux chœurs (jui se répondent. L'antienne signiûe lamour de Dieu , et le psaume le travail des bonnes œuvres. L'officiant entonne le preniier mot de l'antienne , alin d'animer le psaume, c'est-à-dire le travail |)ar l'esprit de charité, sans lequel le travail ne sert de rien. Le psaimie chanté,
• *^ocral lil). m. — ' Joan. iv, 2^.
tout le chœur reprend l'antienne , afin de mêler constamment la charité à la foi , dont les œuvres ne sont ellicaces que par la charité. Ainsi , ces deux grandes vertus du Christianisme sont ici comme deux sœurs, occupées du même ouvrage , qui se donnent la main et s'aident mutuellement. Le Prêtre seul qui entonne Tantienne vous rappelle Jésus-Christ, de qui seul est venue la charité; tout le chœur, qui la chante à la fin du psaume , vous marque Teffusion de la charité de Jésus- Christ dans tous ses membres. Le chant des antiennes remonte à la plus haute antiquité et vient dune origine infiniment respectable. Saint Ignace , martyr, la gloire de rOrient et le héros du second siècle, ayant entendu les esprits bienheureux chanter en chœur des antiennes dans la Jérusalem céleste , fit connaître sa révélation ; et l'usage s'établit de chanter des antiennes dans la Jérusalem terrestre ' .
IIL Les psaumes. — Après l'antienne vient le chant des psaumes : ainsi l'établit le pape Gélase. Ces divins cantiques rappellent les souffrances, les travaux, les combats d'un roi persécuté , la joie et le bonheur qu'il éprouve de la protection du Ciel , en même temps qu'ils expriment avec enthousiasme les sentiments de la plus vive reconnaissance. Chants prophétiques , ils redisent les peines, le travail et les combats, le triomphe et la gloire du véritable David , de TÉglise son épouse, et de Tàrae fidèle, sa fille chérie, sa vivante image. Ainsi, quatre voix dans les psaumes : voix de David, voix de Jésus-Christ, voix de l'Église, voix du Chrétien.
Il est donc évident que les psaumes représentent le travail de la vie, le labeur des bonnes œuvres. Le mot
« Durandu», lib. v.
psaume veut dire chant qui s'exécute sur le psaltérion. Le psaltérion était un instrument de musique : Je cluinterai vos louanges, Seigneur, sur mon psaltérion à dix cordes \ Paroles mystérieuses qui indiquent que nous devons louer Dieu en accomplissant ses dix commandements : car celui-là seul loue dignement le Seigneur qui observe sa loi.
Le pape Damase régla que les psaumes se chanteraient à deux chœurs : admirable institution ! Ne vous semble-t-il pas voir les Saints de la terre s'exciter alternativement au travail des bonnes œuvres , en se communiquant et leurs joies et leurs espérances, et leurs larmes et leurs soupirs, et leur reconnaissance et leur amour ; se renvoyant sans cesse les paroles enflammées qu'ils adressent au Dieu prolecteur du faible , appui de l'orphelin, père du pauvre, consolateur de lafïligé et rémunérateur du juste? Ne vous semble-t-il pas encore voir l'accomplissement de ce précepte du grand Apôtre : Soulagez-vous mutuellement , en portant le fardeau les ims des autres^? Ne vous semble-t-il pas voir ces chérubins entrevus par Isaïe , qui, placés devant le trône de Dieu , la face voilée de leurs ailes, se crient l'un à l'autre : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées; la terre est remplie de l'éclat de sa gloire^?
Comme les antiennes , les psaumes se chantent delx)ut, pour exprimer l'ardeur au travail, le zèle du bien. Vous voyez encore les chanoines simplement appuyés sur leurs staux, pendant qu'on les chante à toutes les heures de Toftice, excepté à Complies. Nous dirons bientôt le motif de cette exception.
Chaque psaume est suivi du Gloria Patri : 1" pour
• PmI. \\\u. — » Galat \i, ?. — * I«ale, v, 2-5
rendre gloire à Dieu du bien quil vient d'opérer; 2 pour rappeler à riionime Taugusle Trinité, de qui tout vient et à qui tout doit retourner; 3*^ pour lui redire que la foi en la sainte Trinité est le fondement de la vie chrétienne; i° pour témoigner qu'en toutes circonstances, dans la joie comme dans la tristesse, dans le travail comme dans le repos, nous voulons bénir et louer le Seigneur.
IV. Les versets. — Après chaque nocturne viennent (rois leçons : les leçons elles-mêmes sont précédées de versets et de bénédictions qu'il faut d'abord expliquer. Le verset est une courte maxime , un mot vif, un avertissement donné pour réveiller l'attention. Il peut se faire, en effet, que duiant la récitation ou le chant des psaumes, qui dure quelquefois longtemps, nous nous laissions aller a la distraction et à la langueur. Le verset se chante donc par une seule voix , afin de réveiller plus sûrement par cette variété tous les assistants et de les tenir attentifs à ce qui va suivre. Qu'en pensez-vous? Connaissait- elle bien la faiblesse humaine, 1 Eglise votre mère qui a établi ce bel ordre ? Auriez- vous trouvé un meilleur moyen pour soutenir l'attention de l'esprit et la dévotion du cœur?
Au verset chanté par une voix enfantine succède le Pater entonné par la voix grave de rolTiciant : on dit le Pater, parce que la leçon va suivre. En effet, l'homme, <|ui a besoin de sagesse et d intelligence pour comprendre et pour goûter les vérités saintes, ne doit-il pas les demander à celui qui les donne avec abondance et sans reproche? On dit le Pater à voix basse, pour exciter le recueillement et marquer que nous parlons seul à seul avf (• Dieu , et enfin qu'il entend, sans le recours d(i la
DE PERSÉVÉRANCE. ^io
paioie , la prière de notre cœur. Arrivé à ces mots : Et ne nos inducas : Et ne nous laissez pas succomber à la tentation , le Prêtre élève la voix, afin d'apprendre à tous pourquoi on récite le Pater ^ et d'empêcher le lecteur et l'auditeur de succomber aux tentations de Tennemi durant la lecture : tentation de vanité pour l'un , et de négligence pour r autre.
V. Les bénédictions. —Le Pater est suivi d'une courte [)rière qu'on appelle Bénédiction. Elle a pour but d'obtenir ce qu'on vient de demander par l'Oraison dominicale; dans celte nouvelle prière , on s'adresse tour à tour à chacune des trois personnes de Tauguste Trinité.
Il ne s'agit plus maintenant que de savoir qui sera digne de lire la parole de Dieu. Un des assistants se lève, et, se tournant vers l'officiant, représentant de Jésus-Christ, il lui dit à haute voix : Juhe , Domne, bencdicere : Ordonnez , Scif/neur, de bénir, c'est-à-dire ordonnez qu'on annonce votre parole de bénédiction *. Ce petit détail renferme une leçon de la plus haute importance : il nous apprend que, dans l'Église, nul ne doit exercer de ministère à raoins qu'il n'y soit appelé par lautorité légitime. Ce n'est pas seulement pour l'état ec- (îlésiastique que sont nécessaires les vocations et les missions divines, c'est encore pour les divers états de la société. D'oij viennent en grande partie les maux qui nous tourmentent, sinon de ce que personne, à peu près, n'est à sa place ou ne veut y rester? Mais revenons à notre sujet. A cette demande de bénédiction qui se réitère avant chaque leçon , l'olliciant répond par des prières propres à intéresser toute la Jérusalem céleste
' Le mot Domne €$i une coniraclion du mol nominr : clic rcmoiUc au ncu- Tième ou dixième siècle.
au succès de la lecture sainte; tantôt il demande que le Seigneur daigne ouvrir notre cœur à sa loi , de peur que la parole sainte que nous allons entendre ne soit comme une semence que les oiseaux du Ciel enlèvent, ou que les ronces étouffent, ou que les passants foulent aux pieds; tantôt il demande que nous soyons admis au bonheur des Saints dont nous allons lire les vertus. Le Prêtre nous souhaite toutes ces choses au nom de Dieu, il montre par là que ce n'est point à lui, homme pécheur, qu'il appartient de bénir, mais à celui qui seul est bon , c'est-à-dire parfait et auteur de tout bien.
VI. Les leçons. — Les esprits attentifs, la bénédiction obtenue, les grâces d intelligence et de sagesse sollicitées, les leçons commencent. Elles se composent, soit de l'Ancien , soit du Nouveau Testament , soit des commentaires des Pères et des Docteurs , soit de la vie du Saint dont on fait la fête. L'Écriture, c'est la loi; les écrits des Pères, l'explication; la vie du Saint, Tapplication. Quelle instruction plus complète! Pour la mieux écouter, on s'assied et on garde un profond silence. Estil au monde une parole qui mérite mieux c^tte attitude de recueillement et de respect? Les leçons se terminent par ces paroles : Tu autem^ Domine^ miserere nostri : Pour vous, Seigneur y ayez pitié de nous. Touchant aveu de notre misère! « Oui, mon Dieu, dit le lecteur, pardonnez-nous les fautes qui ont pu accompagner cette lecture; à moi , les sentiments de vanité ou la négligence dont je me suis rendu coupable; à mes frères, les distractions et le peu de ferveur avec lesquelles ils ont peut-être écouté vos divins oracles. »
Tous les assistants répondent : Z)eo gralias : Gnkes au Seigneur. Ces paroles se rapportent à la leçon. En
voici iesens : u Si c'est un devoir pour Thomme de remercier Dieu de la nourriture corporelle que chaque jour il lui envoie, combien n'est pas plus sacrée Tobligationde lui rendre grâces de la manne de sa parole dont il nourrit notre àme! Enfants de Dieu , nous rendons grâces à notre Père céleste de la nourriture spirituelle qu'il vient de nous donner. » Nous voilà instruits, et même reconnaissants, de la doctrine que nous venons de recevoir. Or, quel moyen de témoigner notre reconnaissance, sinon de mettre en pratique la parole sainte, et d'imiter les beaux exemples qu'on vient de mettre sous nos yeux? C'est à quoi tous les assistants s'obligent par les répons qui se récitent aussitôt après la leçon, et alternativement par les deux chœurs. Les répons de la troisième leçon se terminent parle Gloria Patri , atin de nous rappeler que toutes nos prières et toutes nos œuvres doivent se rapporter à la fin dernière de toutes choses , à la sainte Trinité.
Ainsi se récite ou se (îhante le premier nocturne, c'està-dire la première partie des Matines. Durant les premiers siècles, on le disait vers les neuf heures du soir , au moment où les hommes ont coutume d'aller prendre leur repos. Dans plusieurs églises, il était sans invitatoire, parce que les ministres sacrés le récitaient seuls sans que le peuple fût convoqué. Ce premier nocturne s'appelait proprement veille ou vigile, en mémoire des bergers qui veillaient sur leurs troupeaux dans les environs de Bethléem, lorsque le Sauveur du monde naciuit. Que de mystères cette heure sacrée nous rappelle ! la veille des bergers, les tendres adieux du Sauveur aux Apôtres, son agonie au jardin de Gethsémani. Si nous avons la foi, (pielles effusions de cœur, quelles ferventes prières se
4ÎS CATÉCHISME
mêleront, pendant ce premier nocturne, aux gages d'amour et au sang de la grande Victime !
Dans les églises où le peuple n'assistait point au commencement de Toitice, le second nocturne commençait par Vinvïtaloire, parce que tous les Fidèles, hommes et femmes , y étaient convoqués. Ici encore une belle tradition, une touchante harmonie : anges de la terre, les ecclésiastiques invitaient à l'adoration du Sauveur les Fidèles confiés à leur vigilance, comme les Anges y avaient invité les bergers de Bethléem. Le second nocturne se chantait à minuit. Que de mystères encore cette heure sacrée nous rappelle ! la naissance du Sauveur, l'appel des Anges et Tadoration des bergers, les souffrances du Sauveur devant les tribunaux d'Anne et de Caïphe.
Le troisième nocturne se récitait vers les trois heures du matin. Cela pour trois grandes raisons : la première, afin d'honorer le Sauveur dans les ignominies de cette nuit horrible qu'il passa à la merci des valets et des soldats ; la seconde, pour demander pardon de la sentence de mort, {prononcée contre lui vers cette heure par Caïphe; la troisième, pour expier le reniement de saint Pierre.
Le dimanche et dans certaines fêtes, il v a trois noctûmes à Matines; dans d'autres temps il n'y en a qu'un : d'où vient cette différence? Klle vient de la solennité plus ou moins grande de la fête. Dans ces grands jours l'Église déroule toutes ses magnifiques traditions^ nous fait admirer toutes ses belles harmonies, et remet sous les yeux de ses enfants l'histoire de soixante siècles, avec tous les sublimes enseignements dont elle est l'héritière.
« Voici , disent nos pères , la raison de celte mystérieuse distiibiilion de nos Matines solennelles : les trois nocturnes rappellent les trois grandes époques de T humanité : Tépoque patriarcale, l'époque mosaïque et Tépoque chrétienne ; chacune de ces trois époques se divise en trois périodes ; de là , dans chaque nocturne, trois psaumes, trois antiennes , trois leçons : on dirait un po<'me divisé en neuf chants. L'époque patriarcale a sa première période depuis Adam jusqu'à Noé ; la seconde, depuis Noé jusqu'à Abraham ; la troisième, d'Abraham à Moïse. L'époque mosaïque nous offre aussi ses trois époques : la première, de Moïse à David; la seconde, de David à la captivité de Babylone; la troisième, de la captivité de Babylone au Messie. Enfin, l'époque chrétienne se divise également en trois périodes : la première, qui comprend la fondation de TKglise par notre Seigneur, et son établissement par les Apôtres : c'est la période des Martyrs ; la seconde, qui comprend le temps des grandes hérésies et des grandes lumières de l'Orient et de rOccident : c'est la période des Pères de l'Église ; la troisième, qui comprend le temps de paix qui suivit l'extinction des grandes hérésies : c'est la période de l'Église régnante '. ))
Le nombre trois, tant de fois répété, est une hymne éloquente aux trois adorables personnes de la Trinité, comme les neuf psaumes sont un souvenir des neuf chœurs des Anges et de toutes les harmonies de la Jérusalem céleste, aux canti(|ues de laquelle sa jeune sœur, la Jérusalem terrestre, invite tous ses enfants à mêler leurs voix ; en sorte ([ue, dans nos jours solennels, de la
' Duranilus , lib. v.
130 CATÉCUISMK
voix du Ciel et de la voix de la terre il no se foi iiie qu'une grande voix disant : « Saint, saint, saint est le Dieu des » armées, les cieux et la terre sont remplis de l'éclat de » sa majesté. ^ Quelle source de pensées saintes et touchantes pour les Vidèles instruits et pieux ! quelle source d'inspirations sublimes pour le poc'te chrétien!
VII. Le Te Deum. — Le troisième nocturne se termine par le Te Deum. Hymne, prière, poëme épique, le Te Teum est tout ce qu'on veut , tout ce qu'il y a de plus beau dans aucune langue. Honneur immortel à vous, Ambroise et Augustin, sublimes génies, saints illustres, qui avez su rendre les pensées de votre esprit et lesafreclions de votre cœur, comme les séraphins rendraient les leurs si les séraphins parlaient la langue des mortels. Le Te Deum est tellement beau , que les Prolestants, si froids dans leurs prières, si glacés dan^^ leur culte , si ennemis de l'Église romaine, Tontsoigneu-^ sèment conservé.
Mais pourquoi se dit-il à la fin du troisième nocturne? A cette question voici la réponse. Tous les enfants de Dieu , Prêtres et Fidèles, viennent de louer le Seigneur,, de s exciter mutuellement à la charité et à la ferveur ; ilsviennent d'entendre la lecture de la loi qui dilate le cœur, l histoire de leurs frères déjà glorifiés dans le sein du Père commun ; ils ont vu des palmes et des couronnes , une récompense immortelle pour un travail de courte durée, comment voulez-vous que tous ensemble, pleins de ces pensées, ils n'éclatent pas en actions de grâces? Ne vous étonnez plus qu'ils chantent le Te Deum. Le son des cloches, qui autrefois se mêlait à leur voix , était une nouvelle expression de l'allégresse et de l'ardeur universelle, une solennelle convocation qu'ils faisaient à tous^
leurs frères et à toutes les créatures de louer avec eux un Père si magnifique et si bon.
Le Te Deum est suivi d'un verset appelé sacerdotal ; ce verset se dit également dans les Matines où Ton ne récite pas le Te Deum. Par ce vei-set le PnHre exhorte les Fidèles à persévérer dans la louange du Seigneur. Que doit être en effet la vie de l'homme , sinon une hymne à Dieu, hymne de paroles, de sentiment et d'action , commencée au berceau pour ne jamais finir ?
VllI. Les Laudes. — Les trois nocturnes forment les trois premières parties des Matines, les Laudes forment la quatrième. Cette division a été établie, comme nous l'avons déjà indiqué, pour sanctifier les quatre veilles de la nuit. Les Laudes se récitaient anciennement, et devraient, régulièrement parlant, se réciter encore au f)oint du jour. En voici les raisons : I ' c'est au point du jour que notre Seigneur sortit victorieux du toml^eau; 2" c'est au point du jour qu'il marcha sur les ondes, et y fit marcher saint Pierre. Le mot laudes veut dire louanges; en effet, c'est dans cette partie de roffice de la nuit que nous célébrons paiticulièrement les louanges de Dieu, et que nous le remercions : 1" de la résurrection du Sauveur, miracle fondamental du Christianisme, opéré à ce moment ; 2'' des grâces que le Seigneur nous accorde pour marcher, comme saint Pierre, pendant la nuit de cette vie sur la mer orageuse du monde ; 3° de la création deTunivers, dont l'apparition de la lumière nous retrace l'image; i** enlin, du soin paternel avec lequel Dieu a veillé sur nous pendant la nuit, et de la bonté avec laquelle il nous donne un nouveau jour.
De môme que les nocturnes, les Laudes commencent par linvocation Deus in adjuloriumy accompagnée du
132 CATKCHISMH
signe de la croix, et suivie du Gloria Patri, de V Alléluia et de l'imposition de Tantienne. A la fin de chaque psaume on répète le Gloria Patri. La reconnaissance veut qu'il en soit ainsi. N'avons-nous pas vu que les psaumes expriment les bonnes œuvres, le travail chrétien? Or, quoi de plus juste que de rendre grâces à Dieu^ de qui vient toute bonne œuvre, et qui mérite en conséfiuence d'être loué et remercié comme au comineuccment, lorsqu'il créa le ciel et la terre; et maintefia?2t, qu'il conserve le monde matériel et spirituel ; et toujours, parce que la création ne subsistera jamais que par lui; et aux siècles des siècles, alors qu'il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre, et que Dieu sera tout en toutes choses?
A Laudes on dit cinq psaumes, ou plutôt quatre psaumes et un cantique. Le renouvellement de nos cinq sens, c est-à-dire la réparation de tout notre être par le Christianisme, dont on vient de célébrer pendant la nuit les principaux mystères, telle est la raison mystérieuse de ce nombre cinq, et Timportante leçon que l'Église nous donne au commencement du nouveau jour. Le dimanche, après les trois premiers psaumes, on chante le cantique des trois enfants dans la fournaise. L'Église a voulu nous rappeler et les tribulations des justes de tous les temps, et leur joie au milieu des épreuves, et la Providence qui veille sur eux. Sa voix semble nous dire : « Au commencement de ce jour souvenez-vous que vous avez été régénérés en Jésus-Christ; vivez donc saintement, veillez sur vos sens, gardezvous de les profaner; de rudes combats vous attendent, mais ne craignez rien, ils tourneront à votre gloire ; le Seigneur, qui a délivré vos pères, veillera sur vous : le
cantique que vous récitez vous en fournit la preuve. » Le cantique est suivi du cinquième psaume. Voici le sens de ce psaume et la raison de la place qu'il occupe : les enfants de l'Église répondent aux promesses de victoire qu'elle vient de leur donner. « Nous le savons, lui disent-ils, nous serons vainqueurs, et nous en bénissons et nous invitons toutes les créatures du Ciel et de la terre à en bénir avec nous le Seigneur. » C'est pour cela que le cinquième psaume de Laudes commence toujours par ces mois : Laiida ou Laudate : Loue ou Louez ; et cette invitation de louer Dieu s'adresse tour à tour aux Anges et aux Saints, à toutes les créatures inanimées , à TÉglise, aux nations, aux hommes de toute tribu et de toute langue. L'homme reconnaissant veut que tout ce qui existe s'unisse à lui pour b'''nir le bienfaiteur universel.
Le cantique des trois enfants dans la fournaise n'est point suivi du Gloria^ parce que les augustes personnes de la sainte Trinité y sont louées d'un bout à l'autre'. IX. Le capitule. — Après la dernière antienne vient le capitule. Le mot capitule veut ÔAva petit chapitre, petite leron. Il se compose de quelques versets de TEcriture analogues à roftice du jour. Si cette leçon est plus courte aux oflices du jour qu'à ceux de la nuit, c'est que les occupations de la journée réclament notre temps et notre présence. Comme le capitule se récite ordinairement par l'ofliciant, il n'est point précédé du Jubé, Doinne, ou de la demande de bénédiction. Outre rinslruction qu'il nous donne, le capitule a pour objet
■ Dans certaines I^grises, les Laudes ilu Dimanche ont huit psaumes. Il serait trop long d'expliquer ici lis rai^ors de celle diffirence. Voycj Durandus, lil). V, r. ft.
de ranimer la fcrveur clans 1 àme des assistants ; 1 Église veut ainsi les préserver du châtiment des Juifs, qui, dégoûtés de la manne, furent exposés aux morsures des serpents.
A Laudes, en particulier, le capitule est admirablement propre à enllainmer notre courage, soit pour pratiquer le bien, snit pour combattre le démon : tantôt on nous y exhorte à demeurer fermes dans la foi, tantôt à voler aux œuvres de miséricorde ; d'autres fois, à nous revêtir, comme des guerriers, des armes de lumière. Alors le chœur, semblable à une armée que vient d'électriserla harangue de son général, s'empresse de répondre d'une voix unanime : Deo (jraiias! « Grâces à Dieu, telles sont nos dispositions. » Et comme une armée de braves qui ne demande qu'à marchera l'ennemi, il entonne Thymne; l'hymne, expression de son ardeur, de sa reconnaissance et de sa confiance sans bornes au Dieu qui ne l'appelle au combat que pour le conduire à la victoire.
L'hymne finie, vient le verset; c'est comme un refrain destiné à porter l'enthousiasme du soldat chrétien au plus haut degré; il se chante par une seule voix, à laquelle toutes les autres répondent. On le fait ainsi et pour fixer davantage Fattenlion, et pour montrer l'unanimité de sentiments qui règne dans tous les cœurs. Au verset succède Vantienne; oh! que cette expression d'amour est bien placée après l'hymne où nous venons de chanter et la victoire obtenue par les Saints, nos frères aînés, et celle que nous espérons pour nousmêmes! Tamour, qui fait l'union, fait aussi la force.
X. Le cantique. — Mais l'homme fragile est si porté à la défianc, que l'Eglise veut encore le rassurer : c'est
DE PERSÉVÉRANCE. 43j
pourquoi elle place ici le cantique Benedictus : Béni soU le Dieu d'Israël. Ce cantique contient Taccoaiplissemi nt littéral de toutes les promesses que Dieu a faites aux Patriarches et aux Prophètes. « Hommes de peu de foi , semble nous dire TÉglise en nous faisant chanter ce cantique, pourquoi doutez- vous? Le Seigneur, pour qui vous allez combattre durant ce jour, a-t-il manqué à une seule de ses promesses ? Interrogez les siècles; ne le voyez-vous pas, toujours le même, d'une miiin secourant ses soldats, de l'autre couronnant les vainqueurs ? »
Le Benedictus chanté, l'espérance du Chrétien atllrmie en Dieu, comme l'ancre fixée au rivage qui retient le navire au milieu des tempêtes, on rend grâces à la sainte Trinité en disant : Gloria Patri. On lui proteste de nouveau de son amour sans bornes par la répétition de l'antienne; enfin, on lui demande l'accomplissement de toutes ses promesses par l'oraison qui termine l'office.
Allez maintenant, soldats de Jésus-Christ, maison de Dieu, camp d Israël; allez au combat : rien ne vous manque pour moissonner des lauriers. Oh! si nous récitions ces admirables prières de l'office avec intelligence et dans Tesprit de foi qui les a disposées, ne serions-nous pas, au sortir de là, suivant le mot de saint Chrysostome, comme des lions qui respirent le feu, et dont le seul aspect fait trembler les légions infernales? Et pourquoi n en serait-il pas ainsi? de qui cela dépendil? De nous, et de nous seuls.
PRIÈRE
0 mon Dieu I qui êtes tout amour, je vous remercie
d'avoir établi tant de belles prières par lesquelles nous sommes assurés d'obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin ; je vous demande pardon du peu de foi avec lequel j'ai prié jusqu'ici.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je dirai souvent comme les Apôtres : Seigneur^ apprenez -nous à prier.
IX' LEÇON
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Office du jour. — Prime. — Tierce. — Sexto. — Nonc. — VC-pres.
Aux nuits coupables du monde l'Église vient d'opposer de saintes veilles. Ses anges ont été en adoration devant Dieu ; ils ont demandé miséricorde pour les mondains: ils ontéloii2;né du bercail endormi les lions ru^issanls, plus redoutables durant les ténèbres que pondant le jour ; ils ont tour à tour mêlé leurs voix et leurs larmes à celles des anges pour honorer la naissance et Tagonie du Dieu de Bethléem et de Gethsémani : que vontils faire maintenant? la nuit est passée. Voici l'aurore qui dore de ses feux naissants la cime élancée des montagnes ; voici les oiseaux qui célèbrent par leurs chants joyeux l'arrivée du soleil; voici les tleurs qui , ouvrant leur calice , exhalent un parfum délicieux que la brise du matin emporte vers le Ciel : on dirait des milliers d'encensoirs d'or et de perles allumés devant Dieu. La nature est un temple ; voilà les musiciens, voici l'encens du Sacrifice : tout s'émeut, tout semble renaître. Encore une fois, que vont faire les enfants de Dieu, les anges de la prière ? A la voix de la nature ils vont mêler la leur : loffice du jour (-ommence. Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complics sont les parties qui le composent.
Aussi bien que celles de la nuit, le Sauveur du monde a marqué toutes les heures du jour par des bienfaits : il
faut Tcn bénir. Comme celles de la nuit, les heures du jour «apportent à l homme de nouveaux devoirs : il faut solliciter la grâce pour les accomplir. Tel est, en général, rol)jet de l'ofiice du jour; son existence et sa division remontent à la plus haute antiquité \ Entrons dans le détail.
I. Prime. — Prime est la première heure de Toflice du jour. Elle porte le nom de Prime parce qu'elle se récitait à la première heure du jour, c'est-à-dire vers les six heures du matin, suivant la manière de compter des anciens. Cette heure a été établie : V pour honorer notre Seigneur couvert d'opprobres par les Juifs et conduit devant Pilate; Si*" son apparition à ses Disciples sur le bord de la mer, après sa résurrection ; 3° pour offrir à Dieu les prémices de la journée, comme les Juifs lui offraient les prémices de la moisson et des fruits, afin de les lui consacrer tout entiers.
Prime se compose de l'invocation Deus, in adjuloriinn, du Gloria Patri ^ suivi de V Alléluia ^ d'une hymne, de trois psaumes, d'une antienne, d'un capitule, d'un répons, et de quelques autres prières. L'hymne que nous chantons à Prime, et qui s'y chantait déjà au treizième siècle ^, exprime très-bien les sentiments que la foi doit éveiller dans un cœur chrétien à la naissance du jour. A la vue du soleil matériel qui vient éclairer le monde physique, nous supplions le Soleil de justice et de vérité de se lever pour nous, afin que, marchant à sa lumière, nous évitions et les ténèbres de l'erreur et les pièges du démon. Nous prions ce divin Soleil d'être lui-même notre guide. « Voyez-vous ces brebis, dit un de nos pères
' Duran-.lus, lib. ii, c. 7. — ' Ibid. lib. v, c. 3.
dans la foi \ qui, durant la nuit, abritées au bercail, demandent à sortir dès le matin dans les vastes campagnes; elles réclament un berger qui les conduise au pâturage et les protège contre les attaques des loups. Nous aussi , lorsque Taurore vient nous appeler au saint travail, nous nous empressons de demander un maître qui nous instruise et un protecteur qui nous défende. Il nous faut l'un et l'autre : sans cela le loup infernal viendra disperser le troupeau dans des lieux inconnus et déchirer les brebis. »
Pour échapper aux traits du démon , l'Église nous rappelle admirablement, dans les psaumes de Prime et dans le Symbole de saint Athanase, qu'il faut nous revêtir de la même armure qu'ont portée tous les héros chrétiens : le bouclier de la foi, le casque de l'espérance et le glaive de la charité. C'est afin de nous y exciter plus fortement que cette mère attentive nous remet sous les yeux les combats et les triomphes des Saints. A Prime, on lit le Martyrologe : c'est l'histoire sanglante mais glorieuse de nos frères qui , autrefois soldats comme nous, se reposent aujourd'hui dans le Ciel sur leurs lauriers immortels.
Après la lecture du Martyrologe, l olliciant dit : Elle est précieuse devant Dieu ! — La mort de ses Saints, répond le chœur, et, au nom de tous ses frères, rofïiciant exprime ce vœu si chrétien : « Que la sainte Vierge et (|ue tous les Saints nous aident , par les prières qu'ils adresseront pour nous au Seigneur, à devenir saints en toutes choses, comme est saint celui qui nous a appelés à la sainteté. » Après cette prière, Tolliciant répète trois
' Amalar. Forlunal. lib. i\, de Eccl. ofjic. c. 2.
fois : Seigneur, venez à mon aicle^ et le cliœur ajoute : Seigneur, hàtez-vous de me seeourir. Cette triple répétition est destinée à obtenir protection contre nos trois grands ennemis, le démon, le monde et la chair. Elle est suivie du Gloria Palri, afin de rendre grâces, au nom de tons nos frères, à Tauguste Trinité, de qui est venue la mort précieuse des Saints et de qui viendra la nôtre.
Mais, hélas! des chutes sont à craindre; la faiblesse humaine est si grande ! D'avance nous demandons miséricorde , et trois fois nous disons : Kyrie eleison ou Chrisle eleison : Seigneur, Christ^ ayez jritié de nous; pour l'obtenir plus sûrement, cette miséricorde, nous récitons rOraison du Seigneur. Nous la terminons en suppliant le Père céleste de diriger ses enfants : et ses enfants, c'est nous ; et de nous aider à diriger les nôtres : et nos enfants sont nos pensées et nos œuvres.
II. Tierce. — Tierce est la seconde heure de l'office du jour. On lui donne ce nom parce qu'elle se récitait à la troisième heure du jour, suivant la manière de compter des anciens ; pour nous, Tierce répond à neuf heures du matin. Prime et Tierce se composent des mêmes parties, à Texception des prières finales. L'Église, qui, par ses sacrements, grave, imprime en quelque sorte la sainteté sur tous nos sens, écrit aussi ses augustes mystères dans chaque heure de la journée : son office les rappelle successivement à notre adoration et à notre amour. Le Sauveur , poursuivi par les clameurs sanguinaires des Juifs, attaché à la colonne par ordre de Pilate , et cruellement flagellé ; le Saint-Esprit descendant sur les Apôtres et donnant naissance à l'Église : tels sont les événements mémorables que nous célébrons par les
DE PERSÉVÉRANCE. Mh
prières de Tierce. Comme les autres heures, celle-ci remonte aux temps apostoliques '.
En mémoire de la Loi nouvelle écrite en lettres de tlammes dans le cœur des Apôtres, on chante des psaumes qui célèbrent la douceur, la perfection de cette loi de grâce et d'amour. Lhymne rappelle aussi la descente de l'Esprit saint, qu'on supplie de renouveler en notre faveur les merveilles du Cénacle.
III. Sexte. — Sexte est la troisième heure de Tofiice du jour : elle répond à midi. Même composition, même antiquité que la précédente^. De grands souvenirs nous y sont rappelés, car de grands événements consacrent cette heure mémorable. A Tierce , lÉulise nous avait conduits au prétoire, et, en face de cette colonne ensanglantée, elle avait ouvert nos lèvres à la prière. Ici , nous prenant par la main , elle nous conduit au Calvaire, et nous arrête là devant un instrument de supplice. Jésus élevé en croix , voilà le premier objet de nos prières et de nos méditations à l'heure de Sexte. Aussi l'Église, pénétrée de reconnaissance, nous fait chanter des psaumes qui respirent un amour brûlant. Mon âme est tombée en défaillance en pensant à mon Sau-
veur ^
Ici se révèle une magnifKjue harmonie qui n'a point échappé à la sagacité de nos pères dans la foi. Instruits parla tradition , ils enseignent que ce fut à la sixième heure du jour (ju'Adam se rendit coupable et périt par le fruit de Tarbre. Pour faire coïncider la réparation avec la chute, Jésus voulut être élevé à la même heure
' Iiînal. Epist. ad Tratl. — ' Conilit. aposlol. lib. vni, c. 20. ■^ Psûl. CWIII.
U2 CATKCHISiME
sur l'arbre salutaire'. L'n autre événement est encore l'objet de noire reconnaissance. C'est à l'heure de Sexte que Pierre eut la révéialion claire de la vocation des Gentils, et qu'il reçut ordre de porter l'Évangile aux nations; bienfait inappréciable dont vous et moi nous ressentons encore aujourd'hui Tinlluence. Ainsi, le Fils de Dieu ; attaché à la croix , et Pierre portant l'Évangile aux nations, en faut-il davantage pour exciter notre ferveur et notre reconnaissance durant celte nouvelle heure ?
IV. Noue. — Xone, qui vient continuer ces admiiables souvenirs, est la quatrième heure de l'ofiice du jour. C'est pour nous trois heures du soir, et pour les anciens elle était la neuvième heure du jour : de là son nom. Elle renferme les mêmes parties que les précédentes, et nous offre la même antiquité^. C'est encore sur la grande scène des douleurs que l'Église nous retient. Le soleil obscurci, la terre ébranlée, le voile du temple déchiré , 1 Homme-Dieu expirant, le côté du nouvel Adam ouvert par la lance du soldat, et donnant naissance à la nouvelle Eve, l'Église catholique, notre tendre mère : tels sont les événements que cette heure nous redit. En futil de plus propres à nous faire répandre devant Dieu des prières et des larmes ?
Les p-aumes des petites heures du dimanche nous olVrent une harmonie si belle , que nous ne pouvons ré-
' Quo tcmporc cvcrsio fuit, codcm ruisus fada reparaiio. Cyril. Uierosol. Cnlrcli. XIV ; id. Thcopliiinct. in Matlh. ad ea verba : A scxta aulem hora, etc. Voici encore d'autres harmnnics : « Proplcr protoplastum Adam... '^Christus) sc\la hora in cruccm asccndil, se.\lo die sxculi, in scxla hora ejusdcm millenar,i,ct8c\la hcbdomadis et scxla hora scxli dici.nelc. S. Ana^t. Sinaït. 1. vu, Commenta); in hexacm.
" lîabil. in !:r//ul. inlrrrog. o\.
sister au plaisir de vous la signaler; el!o montrera que tout, jusqu'à un iota, est disposé, dans les offices de lÉglise, avec une sagesse et une profondeur de vue qu'on ne pourra jamais assez admirer. Toutes les petites heures de ce jour se composent de deux psaumes, dont le second est divisé à Prime, à Tierce, à Sexte et à None. Chaque division de ce psaume contient seize versets. Pourquoi ces deux psaumes seulement? Pourquoi ces seize versets? Ces deux psaumes rappellent les deux alliances de Dieu avec les hommes, Tancienne et la nouvelle. Ces seize versets signifient les interprètes de cette double alliance. Pour l'ancienne, les douze petits Prophètes et les quatre g'-ands; pour la nouvelle, les douze Apôtres et les quatre Évangélistes '.
Les psaumes et les hymnes des petites heures sont également en harmonie avec les différentes heures du jour auxquelles nous les récitons. Au lever du soleil le commencement , à Tierce la continuation, à Sexte la perfection , à None la fin de la charité et de la vie; car, hélas! la vie n'est qu'un jour.
V. Vêpres. — Les Vêpres sont la cinquième heure de Tofiice du jour. Leur antirpiité est la mémo que celle de rÉglise^. Oh! que c'est à juste titre que l'Église a consacré cette heure à la prière! Que de souvenirs elle nous rappelle! C'est d'abord le sacrifice du soir offert chaque jour au temple de Jérusalem; puis 1 institution de la sainte Eucharistie; enfin la desrente de la croix et la sépulture de notre Seigneur. Telles sont les raisons pour lesquelles l'Kglise désire si vivement que nous soyons en prières pendant cette heure mémorable.
Connaissent-ils le prix de la prière; leur cœur sait-il
' Duraudus, lib. v, c. 5. — ' Conslit. ar05t. lib. vîii, c.50.
lii CATÉCHISME
battre de reconnaissance , ces Chrétiens de tout âge et de toute condition qui dédaignent d'assister à Vêpres? Les Vêpres , disent-ils dans leur légèreté impie , les Vé- , près sont pour les Prêtres. Ce n est donc pas pour vous qu'a été instituée la sainte Eucharistie? Vous ne devez donc rien à Dieu pour ce bienfait? Ce n'est donc pas pour vous que Jésus-Christ a été immolé? L'heure à laquelle ces grands miracles ont été opérés ne vous dit donc rien? Et qu'en faites-vous, de cette heure sacrée où des larmes brûlantes devraient couler de vos yeux et se mêler à des prières plus brûlantes encore? Si je veux le savoir, j'interroge les places publiques, les promenades , les maisons de jeu et de plaisirs profanes , elles me répondront. Eh quoi ! ne rougirez-vous jamais de blesser ainsi les convenances chrétiennes? 0 nos pères dans la foil qu'auriez-vous pensé si Ion vous eût dit que vos enfants profaneraient une heure si sainte , une lieure chargée de tant de bienfaits? Honte à ceux qui trouvent la reconnaissance lourde et difiicile! les cœurs ingrats sont de mauvais cœurs ; ils ressemblent à ces fruits que le soleil ne peut mûrir et qui n'ont ni saveur ni parfum. Honte aux cœurs servîtes qui ne vont à l'église le matin que par crainte, puisque le soir, alors qu'il n'y a pas d'anathème et de menace de péché mortel, ils s'en dispensent !
Pour nous, Chrétiens dociles, plus les Vêpres sont abandonnées, |)lus nous devons nous faire un devoir dy assister : nos obligations semblent croître en proportion de rindiilêrence du grand nombre. Venons au pied des autels prier, gémir, adorer, remercier pour nos frères ingrats , irjp heureux si nous pouvons dédommager leur Sauveur et le notre!
La beauté de l'ofTice du soir suilirait à elle seule pour nous y rendre assidus. Les Vêpres se composent do cinq psaumes, de cinq antiennes, d'un capitule, d'une hjmne, du Magnificat et d'une seule oraison , si on ne fait pas mémoire de quelques fêtes. Ce nombre cinq a été établi pour honorer les cinq plaies de notre Seigneur et pour expier les péchés que nous avons commis durant le jour par nos cinq sens.
La trompette de TÉglise militante , la clociie , a retenti trois fois : la première, pour annoncer l'otTice ; la seconde, pour nous dire qu'il est temps de partir; la troisième, pour marquer que l'office commence. Arrivés à réglise, le clergé et les fidèles se recueillent un instant ; ils préparent leur âme à la prière en récitant le Pater et VAve Maria; ces deux oraisons se disent à genoux et en silence. On commence par le signe de la croix, pour invoquer le secours de la sainte Trinité et pour confesser les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. La main qui, en le faisant, se porte de quatre côtés, vous redit que le Fils de Dieu est venu appeler ses élus dispersés aux quatre vents. Quand donc vous voyez le célébrant, du haut de son siège élevé, faire le signe adorable, représentez-vous Jésus-Christ surla croix au sommet du Calvaire, les bras étendus pour embrasser les enfants d Adam devenus les siens , et les appelant tous dans son cœur par cette parole ineffable d'amour : Sitio : J'ai soif, soif de vous.
Eu faisant le signe de la croix, le Prêtre, tourné vers
l'autel, dit : Deus, in adjutoriiun meiim intende : 0 Dieu,
venez à mon aide! Les fidèles, également debout et
tournés vers Tautel , pour exprimer (jue leur confiance
est toute dans les mérites de Jésus-Christ, répondent VII. -lu
avec empressement : Domine, ad adj uvandum me feslina : Seigneur, liàtez-vous de me secourir. Puis, pour témoigner davance la gratitude que leur inspire cette céleste protection , ils chantent avec un élan d'amour le Gloria Pairi, etc. : Gloire au Père, etc. Leur joie et leur ardeur à publier les louanges de leur Père qui est dans les Cieux s'expi'iment par ces mots : Alléluia , allégresse , bonheur. Pendant le Carême , temps de jeûne et de pénitence , V Alléluia est remplacé par ces mots , qui ont le même sens : Laus tibi, Domine, rex œternœ gloriœ : Louange à vous, Seigneur, roi éternel de gloire.
Après l'imposition de 1 antienne destinée à enflammer notre charité \ un choriste entonne le premier psaume : Dixit Dominus Domino meo. a Le Seigneur, Père éternel. Dieu tout-puissant , a dit à Jésus-Christ, son Fils et mon Seigneur, al jour de son ascension glorieuse : Asseyezvous à ma droite. » Dans ce psaume magnifique TÉglise chante la génération éternelle du Fils de Dieu, son sacerdoce également éternel , aussi bien que son empire éternel et absolu sur le monde, devenu la conquête de la croix. Mais quoi ! les Vêpres ne sont-elles pas destinées à honorer les funérailles de Jésus-Christ? Gomment donc 1 Église , cette tendre épouse, agenouillée, pour ainsi dire, sur la tombe de son divin Époux, ne fait-elle entendre que des chants de joie et des hymnes de triomphe et d'immortalité? Ah! c'est qu'elle voit la vie sortir du sein de la mort , et la victoire des souffrances : grande leçon pour vous et pour moi !
Le second psaume des Vêpres du dimanche est le Confitebor : Je vous louerai , Seigneur. Il est comme la suite du premier. Par la bouche de David, l'Église
' Explication des Matines à la leçon prOcédenle.
chante les bienfaits du règne de son divin Époux ; elle célèbre en particulier Tinstitution du banquet divin, auquel sont invitées toutes les générations qui viennent en ce monde.
Que reste-t-il maintenant, sinon à décrire le bonheur de ceux qui se soumettent à 1 empire de Jésus-Christ? c'est ce que lÉglise fait dans le psaume : Bcatus vir qui limet Dominum .Heureux l homme qui craint le Seigneur. A côté de la description simple et touchante du boniieur de l'homme juste qui craint Dieu et observe ses coujmandemenls , 1 Église place le tableau du pécheur. Durant sa vie il est triste et malheureux ; au moment de la mort il grince des dents et sèche d'épouvante; après la mort il entre dans le lieu des supplices , à la porte duquel il laisse l'espérance : l'espérance d'en sortir jamais.
L Église vient de rappeler aux justes, dans le psaume précédent , que le Seigneur les rend heureux s'ils portent son aimable joug. Quoi de plus naturel que de les exhorter maintenant à chanter leur bonheur? Et voilà que cette tendre mère, empruntant la voix du Koi Prophète, les exhorte à louer et à bénir la grandeur, la puissance , et surtout l'admirable bonté de leur Père céleste. Laudale, pueri , Dominum , laudale nomcn Domini : Mes enfants y louez le Seigneur, louez le nom du Seigneur. Cette invitation provoque un élan d amour, et toutes les bouches et tous les cœurs s'unissent pour répondre : Oui, que le nom du Seigneur soit béni, dès maintenant et jusqu'au siècle des siècles : Sit nomen Domini benediclum, ex hoc nunc et usque in sœculum ; et dans la suite de ce psaume admirable, chacun proclame à Tenvi les raisons particulières qu'il a de bénir
iJ8 CATÉCHISME
le Dieu bon, le Dieu qui veille sur le pauvre et le faible
comme sur la prunelle de son œil.
Des motifs personnels qui pressent chacun de nous et tous les hommes en général de bénir Dieu et de l'aimer, rÉglise passe aux raisons spéciales à la grande famille catholique. A moins que nous n'ayons un cœur de bronze , ces bienfaits sont tels que nous devons fondre d amour en nous les rappelant. Tel est l'objet du cinquième psaume : In exitu Israël de /Egypto , domus Jacob de populo barbaro : Lorsque Israël sortit de r Egypte, la maison de Jacob de chez un peuple barbare. (ci l'Église, nous reportant au delà de trois mille cinq cents ans , sur les bords de la mer Rouge et au désert du Sinaï , déroule à nos regards le magnifique tableau des merveilles et des prodiges que Dieu opéra pour tirer Israël de l'Egypte et le faire entrer dans la Terre promise. Sous ces miracles de l'Egypte , de la mer Rouge , (lu désert et du Sinaï, elle nous en fait apercevoir de plus glorieux et de plus consolants opérés en notre faveur : notre délivrance du démon, du péché, delà mort et de l'enfer par le Baptême ; la foi , qui nous conduit au travers du désert de la vie, comme la colonne conduisait Israël; la loi de grâce descendant du Calvaire, comme la loi anti(|ue descendait du Sinaï; le pain des anges nourrissant notre âme, comme la manne nourrissait les Hébreux ; et ces miracles de la loi nouvelle présentés eux-mêmes comme un gage de miracles plus grands encore par lesquels le Seigneur veut nous conduire du désert de la vie dans la Jérusalem céleste : tels sont les bienfaits que l'Église nous rappelle. Puis, comme David, comparant le Dieu tout-puissant et fort aux idoles faibles et impuissantes des nations, cette
tendre mère nous presse , dans toute l'étendue de sa charité et de son zèle, d'abjurer le culte des dieux étrangers , pour nous attacher irrévocablement au Seigneur, qui nous a donné des marques si éclatantes de sa grandeur, de sa puissance et de sa bonté.
Ce psaume, auquel la poésie profane n'a rien à comparer, est suivi de Tantienne et du capitule. Le capitule des Dimanches ordinaires est tiré de rÉpître de saint Paul aux Éphésiens : Benedictus Deus, etc. : « Béni soit Dieu , le père de notre Seigneur Jésus-Christ , qui, pour nous conduire au Ciel, nous a comblés par son Fils de toutes sortes de bénédictions spirituelles, comme il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints et irrépréhensibles à ses yeux '. » Le célébrant lit debout le capitule, et s'adresse aux fidèles qui viennent de chanter les louanges de Dieu, afin d'encourager leur zèle et de donner à leur piété un nouvel élan. Cette posture, dictée parla bienséance, convient aux saintes paroles qu'il prononce, et exprime le respect qu'il porte aux membres de Jésus-Christ qui récoulent. L'assemblée reçoit avec reconnaissance cette courte exhortation , et répond : Deo gratias : Nous en rendons grâces à Dieu.
Alors on entonne l'hymne; Thymne, expression d'amour, d'ardeur, de courage, pour accomplir ce qu'on vient d'entendre: c'est le chant d'une armée (jui marche au combat. L'hymne varie suivant la fête, afin d'exprimer toujours les sentimenls analogues à la circonstance. Le règne de Jésus-Christ commencé sur la terre , consommé dans le Ciel , voilà ce (jue l'Église chante le Diraanc;he : aussi l'hymne des Vêpres du Dimanche est un
• Ephes, r, 3, 4.
long soupir vers le Ciel. Heureux le Chrétien qui sait se pénétrer de l'esprit de celte sainte prière ! son cœur épreuve une consolation et un bonheur que le monde et ses plaisirs ne sauraient lui donner.
L'Église vient de chanter les bienfaits du Seigneur; elle a vu dans le passé sa délivrance du démon , son établissement sur la terre, les faveurs sans nombre dont elle a été l'objet; elle a vu dans l'avenir le Ciel entr'ouvert pour la recevoir et consommer son bonheur en l'immortalisant. Comment exprimera-t-elle toute sa reconnaissance? Elle succombe sous le poids, elle cherche un interprète des sentiments qu'elle éprouve : elle l'a trouvé. A la place de la sienne, une voix s'élève au son de laquelle le Ciel et la terre doivent faire silence; une voix si suave , si pure, si mélodieuse, et en même temps si puissante, qu'elle réjouit infailliblement le cœur de Dieu : cette voix est celle de l'auguste Marie. Voici donc la douce Vierge de Juda , la Mère de Dieu, la Vierge par excellence, la Reine du Ciel qui va soupirer la reconnaissance de la vierge de la terre, la chaste épouse de l' Homme-Dieu, l'Église catholique. On entonne le Mafpiificat , chant sublime, élan d'ineffable amour, poëme en dix chants, prophétie magnifique qui valut à Marie le titre glorieux de Reine des Prophètes : Mon âme glorifie le Seigneur, etc.
On se tient debout pendant le Magnificat, par respect pour les paroles de Marie, et parce que cette noble attitude montre bien la joie et le contentement d'un cœur comblé de grâces et disposé à tout entreprendre pour témoigner à son bienfaiteur les sentiments de sa reconnaissance. Au moment du Magnificat, le célébrant sort de sa place et va se revêtir de la chape. Bientôt,
DE PERSÉVÉRAN'CE. loi
précédé d'un clerc qui porte l'encensoir, il monte à l'autel, prend le vase qui contient Tencenset en met sur le feu, et dit : Ab illo benedicaris ni cujus honore cremaheris : Sois bénit par celui en l'honneur duquel tu vas être consumé. En prononçant ces paroles, il forme le signe de la croix pour rappeler que ce n'est que par les mérites de Jésus-Christ que toute bénédiction se répand sur la terre ; puis il prend l'encensoir des mains du clerc , encense trois fois la croix placée sur le tabernacle, d'abord à droite, ensuite à gauche, enfin de cliaquo côté, comme pour environner l'autel, figure de Jésus- Christ, du parfum de l'enrens, symbole de la foi des fidèles et de la ferveur de leurs prières.
Cette cérémonie achevée , le clerc encense le célébrant et lui rend ainsi honneur comme au représentant de Jésus-Christ. Après l'encensement, le Prêtre chante : Dominus vobiscum : Que le Seigneur soit avec vous. Les fidèles répondent : Et cum spiritu tuo : Et qu'il soii avec votre esprit. Vient ensuite l'oraison de la Messe appelée collecte^ parce qu'elle recueille en quelque sorte les prières et les vœux des assistants pour les adresser à Dieu. Le Prêtre dit de nouveau : Dominus vobiscum ^ et après ce souhait de paix et de charité, les clercs invitent les fidèles à louer et à bénir le Seigneur par ces mots : Benedicamus Domino : Béîiissons le Seigneur. Tous les assistants répondent : Deo gratias : Nous rendons grâces à Dieu. Ainsi se termine cette partie de l'office du soir. Connaissez-vous quelque chose de plus beau, de plus complet, de mieux ordonné?
PRIÈRE
0 mon ni(^u ! qui êtes tout amour, je vous remercie
de m avoir instruit des saintes cérénaonies de votre culte ; faites qu'elles raniment en moi Tesprit de la foi et de la prière.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus tontes choses, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, fassàterai régulièrement à Vêpres,
DE PERSÉVÉRANCE. \o1
X' LEÇON
LE CHRISTIANISME RENDU SENSIBLE
Compiles. — Usage de la langue laiine dans la liturgie. — Sagesse de l'Église. — Chant, sa raison, son origine, sa beauté. — Exemple de saint Augustin , de Jean-Jacques Rousseau.
I. Les Compiles. — L'homme comblé de bienfaits vient d'exprimer à Dieu sa reconnaissance : il est animé des meilleures dispositions; la terre lui paraît triste, la vie pesante; il soupire vers le Ciel, mais son exil n'est pas fini, plus d'une épreuve lui reste à subir. Déjà le jour sur son déclin annonce l'approche de la nuit; delà nuit , temps mauvais sous tous les rapports : 1 homme, soldat fatigué, va dormir, mais le démon ne dormira pas; au contraire, il mullipliera ses pièces. Lion rugissant, il va rôder avec plus de fureur, afin d emporter et de déchirer quelques brebis : telle est la position de Thomme à la chute du jour. S'il venait vous demander ce qu'il doit faire pour éviter les embûches de l'ennemi, et se conserver fidèle à Dieu jusqu'au retour de la lumière, quels conseils lui donneriez-vous? En attendant votre réponse , je vais vous expliquer ceux que l'Eglise lui donne; vous me direz ensuite si vous connaissez quehjue chose de mieux.
<( Mon fils, lui dit-elle, jetez- vous entre les bras de voire Père céleste ; soyez sobre et vigilant; priez l'ange (jui vous garde et les saints qui \ous aiment de vous protéger; priez surtout Marie de veiller sur vous comme une mère veille sur son fils endormi. Sous leur puis-
45i CATÉCHISME
sanle protection dormez en paix : le démon ne pourra vous nuire. » Et pour fortifier dans le Chrétien ces vifs sentiments d'une confiance enfantine, TÉglise lui fait réciter les Coînplies ^ La preuve de ce que nous venons de dire se trouve dans l'explication môme de cette dernière heure de 1 office, écoutez:
Les Com plies commencent par ces paroles : Convertissez-nous^ 6 Dieu qui êtes notre Sauveu7\ et détournez de nous votre coIèrcLu seule chose qui puisse éloigner Dieu de nous et Tempécher de prendre de notre repos le soin paternel que nous sollicitons, c'est le péché. Voilà pourquoi nous commençons par le supplier de nous en purifier en nous convertissant de tout notre cœur; nous lui en donnons le plus puissant motif en lui rappelant qu'il est notre Sauveur.
Le premier psaume nous rappelle le Roi-Prophète témoignant au Seigneur sa reconnaissance pour les marques de protection qu'il en avait reçues, et implorant son secours contre ses ennemis : sa confiance est en Dieu, et il se repose absolument sur son sein paternel. Quel cantique pouvait être mieux [)lacé dans la bouche du Chrétien, cet autre roi-prophète qui, ayant combattu ses ennemis et terminé sa journée avec l'aide de Dieu, va, dans un repos nécessaire, prendre de nouvelles forces et une nouvelle vigueur pour combattre Tonnemi de son salut? Tel est le sens du psaume Cuin invocarem : Lorsque je Fai invoqué, ce Dieu auteur de ma justice m'a exaucé.
« Mes enfants, invoquez donc le Seigneur, dit l'Église daoB ce premier canliciue ; votre espérance ne sera point ^ trompée. » Voulez-vous savoir de quelle manière Dieu
• Cooipiiet *cul iljre complément, parce que rcilc heure complèlc l'oflicc.
protège 1 homme qiy espère en lui? le second psaume va vous rapprendre. Il nous montre etî'ectivement celui qui habite sous la garde du Très-Haut reposant avec assurance sous la protection du Dieu du Ciel ; le démon et ses embûches, les méchants et leurs machinations éloignées de la demeure du juste : Qui habitat in adjutorio Allissimi, ni protectione Dei Cœli commorahitur : Celui qui s appuie sur le bras du Tout-Puissant demeurera 671 paix sous la protection du Dieu du Ciel.
Que reste-t-il maintenant? un avis à nous donner, mais un avis bien salutaire : c'est d'être nous-mêmes sur nos gardes, et, si nous nous éveillons durant la nuit, de tourner aussitôt notre cœur vers Dieu. Tel est l'objet du troisième psaume : Ecce nunc benedicite Domimim . Maintenant donc bénissez le Seigneur. S'il en est ainsi, conclut l'Église : Du haut de la montagne de Sion, le Dieu qui a fait le Ciel et la terre vous bénira. Tous les cœurs et toutes les voix se réunissent pour chanter Tantienne, c'est-à-dire pour assurer qu'ils seront fidèles à ces sages recommandations. L'hymne qui vient ensuite est un long soupir vers le Ciel, et comme le commencement de celte prière de la nuit, qu'on ne manquera pas de faire s'il survient des insomnies.
Le célébrant insiste sur cette disposition essentielle en récitant le capitule immédiatement après que l'hymne est chantée. Mes frères, dit-il, vous êtes tous cnfafits de la lumière et enfants du jour par la foi et par la charité que Dieu vous a données; noua ne sonunes point enfants de la nuit et des ténèbres, puiscpie nous croyons en Jésus-Christ; ne donnons donc point comme les autres, qui n'ont pas le môme bonheur, mais veillons et soyons sobres\ Vraiment l'Église n'a lion oublié, et ces dernières
' 1 Tliess V, j.
paroles conlienneut un avis de la dernière importance pour éviter le mal durant la nuit. Les Fidèles, reconnaissants de cette leçon, remercient le Prêtre et bénissent le Seigneur par ces paroles : Deo gratias : Nous en rendons grâces à Dieu.
Ici commence, entre tous ces enfants de la même famille réunis maintenant aux pieds de leur Père commun , et bientôt dispersés dans leurs maisons particulières, un colloque, une espèce d'adieu, de bonsoir chrétien, dont la langue ne peut exprimer la tendresse ni la touchante naïveté : c'est au cœur de la sentir.
Un enfant de chœur chante de sa voix pure comme celle d'un ange : In manus tuas y Domine , commendo spiriium meum : Seigneur , je remets mon âme entre vos mains.
Les Fidèles répondent : In manus tuas. Domine, commendo spiritum meum : Seigneur, je remets mon âme *mtrc vos mains.
L'enfant de chœur : Redemislime, Domine^ Dcus veritatis : Vous ni avez racheté., Seigneur, Dieu de vérité. L'ange de la terre donne à Dieu les plus puissants motifs de nous protéger; nous lui appartenons, il nous a achetés à grand prix, et il est le Dieu de vérilé, le Dieu fidèle à ses promesses : or, il a promis de nous protéger.
Les Fidèles : Commendo spiritum meum : Je remets mon âme.
L'enfant de chœur : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto : Gloire au Père, aie Fils et au Saint-Esprit.
Les Fidèles : In manus tuas, Domine, commendo spiriium meum: Seigneur, je remets mon âme entre vos mains.
\jà pensée de Texil et l'approche des dangers de la nuit jettent sur ce répons une mélancolie qui ne permet
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pas- d'achever le Gloria Patri : Comme il était au commencement, et maintenant, et aux siècles des siècles. Ces paroles sont réservées à la patrie : l'Église de la terre ne les fait entendre que dans le moment de ses grandes joies.
L'enfant de chœur : Custodi me. Domine, ut pupillam oculî : Gardez-moi, Seigneur, comme la prunelle de Vœil.
Les Fidèles : Sub umbra alarum tuarum protège me: Protégez-moi à l'ombre de vos ailes.
Dites-moi, connaissez-vous quelque chose de plus beau que ce colloque? quelque chose qui peigne mieux la candeur d'un petit enfant entre les bras de son père? Cet enfant chéri, assuré que le Dieu qui règne dans le Ciel Taime avec la plus vive tendresse, n'a plus qu'un désir, c'est de quitter cette terre d'exil, cette vallée de larmes, et d'aller se reposer en paix dans le sein du Seigneur. Et voici sa mère, l'Église catholique, toujours si bien inspirée, qui lui met dans la bouche les paroles du vieillard Siméon, lequel, après avoir vu le salut d Israël, ne demandait plus qu'à mourir : Nufic dimittis, etc. : Laissez maintenant , ô mon Dieu, votre serviteur s'en al^ 1er en paix. Suit une prière qui résume admirablement les demandes adres-^écs à Dieu dans les Complies.
Voilà donc la famille chrétienne qui va se séparer; mais celui qui en est sur la terre le chef et le père ne peut quitter ses enfants sans leur souhaiter les plus abondantes bénédictions; le Prêtre ne se contente pas du salut ordinaire : Dominas vobiscum : Que le Seigneur soit avec vous; il lui faut des expressions plus touchantes et qui rendent mieux l'alTeclion qu'il leur porte et le désir (j-.ril a de les voir heureux. 11 dit : Gratia Domini, etc. : « Que la grâce do notre Seigneur Jésus-
Christ, la charité de Dieu le Père, et la communication du Saint-Esprit soit avec vous. Aîiien : Puisse- i-il en être ainsi.»
Avant de se retirer, tous ensemble saluent une dernière fois leur tendre Mère qui est au Ciel; ils la supplient d'abaisser sur ses enfants les regards de sa miséricorde et de leur ouvrir ses bras maternels. Est-il, en effet, un asile plus sur que le sein d'une mère ? Alors vous entendez les voûtes du temple retentir tour à tour du Salve Regina, de VInviolata, de VAve Regina cœlonim, que les Anges écoutent avec bonheur et s'en vont répéter sur leurs harpes d'or dans la Jérusalem céleste, aux pieds de la Vierge pleine de grâce, notre mère et leur reine. Allez maintenant, enfants bien-aimés, dormez en paix, le remords ne troublera point voire sommeil. « Ainsi, le dimanche a passé doucement pour ceux qui savent vraiment le sanctifier; la prière, la charité, des joies innocentes, des réunions de famille, des loisirs paisibles Tout rempli; et quand ce jour est fini, quand, avec tous les autres jours, il va tomber dans Tabîme du passé, il y va radieux des bonnes œuvres qu'il a fait faire et parfumé de Tencens brûlé devant les autels'.»
Finissons ce qui regarde les Complies en ajoutant que cette dernière heure de l'office du jour se trouve indi- (juée dans les anciens Pères de TÉglise^. L'usage de prier avant de prendre son repos semble établi par la nature elle-même. L'Église l'a consacré; et, en nous ordonnant de remercier Dieu à la fin de la journée, elle
« Tableau poit. de» iùlcs r.lircl. p. 33.
' Basil, in IXrrful. interrog. 37; Clcra, Alexand. lib. ii Pœdag. c. h\ I»id. lib. I, c. 21, rff OIHc ecct.
propose à notre adoration le Sauveur mis dans le sépulcre : en sorte que, dans son office quotidien, elle honore son divin Époux depuis sa naissance jusqu'à sa sépulture. Quel beau sujet de méditation pour ses enfants ! quel admirable moyen de les rendre tels qu'ils doivent être, d autres Jésus-Christ' !
II. L'usage du latin. — Toutes les heures de son office, l Église les offre à Dieu dans une langue inconnue aujourd hui à la plupart des Fidèles ; elle les lui adresse en chantant. Il est juste de vous faire admirer dans ce double usage la profonde sagesse de votre mère. Et d'abord, pourquoi l'usage de la langue latine dans les prières publiques?
1" C'est pour conserver Ywiilé de la foi. A la naissance du Christianisme, le service divin se fit en langue vulgaire dans la plupart des églises. Mais, comme toutes les choses humaines, les langues sont sujettes au changement. La langue française, par exemple, n'est plus la même qu'elle était il y a deux cents ans; bon nombre de mots ont vieilli, d'autres ont changé de signification. La tournure des phrases diffère autant que nos modes diffèrent de celles de nos aïeux. Cependant une chose doit rester immuable, c'est la foi. Pour la mettre à l'abri de cette instabilité perpétuelle des langues vivantes, l'Église catholique emploie une langue fixée, une langue qui, n'étant plus parlée, n'est plus sujette au changement. L'expérience prouve que l'Église a été, ici comme partout, dirigée par une sagesse divine. Voyez ce qui se passe chez les Protestants ; ils ont voulu employer dans leurs liturgies les langues vivantes, et voilà qu'ils sont sans cesse obligés de renouveler les formules, de
' ChrUtiaoïu aller Chrislut.
relouclier les versions de la lîible : de là, des altérations sans fin. Si l'Église en avait fait de même, il aurait fallu tous les cinquante ans assembler des conciles généraux pour rédiger de nouvelles formules dans l'administration des sacrements.
2° C'est pour conserver la calhoUcité de la foi. L'unité de langage est nécessaire pour entretenir une liaison plus étroite et une communication de doctrine plus facile entre les différentes Églises du monde , et pour les rendre plus tldèlement attachées au centre de Tunité catholique. Olez la langue latine, et voilà que le Prêtre italien qui voyage en France, ou le Prêtre français qui voyage en Italie, ne peut plus célébrer les saints mystères ni administrer les sacrements. C'est là ce qui arrive au Protestant ; hors de sa patrie, il ne peut plus participer au culte public : le Catholique n'est dépaysé dans aucune des contrées de l'Éelise latine. Honneur donc aux souverains Pontifes qui n'ont rien négligé pour introduire partout la liturgie romaine, f.'homme impartial y trouve une nouvelle preuve de leur zèle éclairé pour la catholicité, caractère auguste de la véritable Eglise. Hélas ! si les Grecs et les Latins n'avaient eu qu'une môme langue, il n aurait pas été aussi aisé à Photius et à ses adhérents dentraîner toute TÉglise grecque dans le schisme , en attribuant à TÉglise romaine des erreurs et des abus dont elle ne fut jamais coupable !
3" C'est pour conserver à la Religion la majesté qui lui convient. Une langue savante, qui n'est entendue que des hommes instruits, inspire plus de respect que le jargon po|)ulaire. Les mystères les plus saints ne paraîtraient-ils pas ridicules s'ils étaient exprimés dans un langage trop familier? Chacun le comprend. Les Protes-
tants eux-mêmes, ennemis jurés de l'Église romaine, l'ont senti comme les autres ; mais plutôt que de renoncer à leurs préjugés aniicalholiques, ils ont mieux aimé devenir inconséquents avec eux-mêmes. Ils ont fait traduire 1 oftice divin en français : fort bien; mais les Bas-Bretons, les Picards, les Auvergnats, les Gascons n'avaient-ils pas autant de droit de faire Toflice divin dans leur patois que les Calvinistes de Paris en avaient de le faire en français? Pourquoi les réformateurs, si zélés pour l'instruction du bas peuple, n'ont-ils pas traduit la liturgie et l'Écriture sainte dans tous ses jargons? Cela n'aurait-il pas contribué beaucoup à rendre la Religion respectable ' ?
Au contraire, la langue grecque en Orient, la langue latine en Occident, double idiome du peuple-roi, conservent quelque chose de la majesté romaine , qui convient on ne peut mieux à la majesté bien plus grande de Ib^glise catliolicjue. A une Religion maîtresse du monde la langue des dominateurs du monde, comme à une doctrine immortelle une langue immuable. Si la Religion et la raison doivent des actions de grâces à lEglise catlioli({ue pouiavoir adopté les langues grecque et latine, les sciences ne lui doivent pas moins de reconnaissance. En immortalisant leur langue, l'Église a immortalisé la littérature des Grecs et des Romains, de même que les Papes ont sauvé, en les sanctiûant, les monuments des Césars. Sans la croix qui la domine il y a longtemps que la colonne Trajane ne serait plus debout.
Du reste, il n est pas vrai que, par l'usage d'une langue morte, les Fidèles se trouvent privés de la connaissance de ce qui est contenu dans la liturgie. Loin de leur
' Bcrgior, arl. Langue.